INFLUENCE DU PETIT CARÊME
Quoiqu'il en soit , l'exemple et les succès de ce grand orateur eurent une influence funeste sur ceux qui le suivirent. La plupart se précipitèrent à l'envi dans la même route. Ils oublièrent cette règle si profonde et si lumineuse de Bossuet : On veut de la morale dans les sermons, et on a raison, pourvu qu'on entende que la morale chrétienne soit fondée sur les mystères du christianisme. (Sermon sur l'unité de l'Eglise.)
Les grands sujets de cette belle et solide instruction chrétienne, si bien indiqués par l'Eglise dans l'ordre annuel et la distribution des évangiles ; ces sujets si importants, si féconds, si riches pour l'éloquence, et sans lesquels la morale, dépouvue de l'appui d'une sanction divine , et déshéritée de l'autorité vengeresse d'un juge suprême, n'est plus qu'une théorie idéale et un système purement arbitraire qu'on adopte ou qu'on rejette à son gré ; ces sujets magnifiques furent plus ou moins mis à l'écart par les orateurs chrétiens qui composèrent malheureusen^nt avec ce mauvais goût , et qui , en s'égarant dans ces nouvedles régions, renoncèrent d'eux-mêmes aux plus grands avantages et aux droits les plus légitimes de leur ministère. Tout fut bientôt mêlé en ce genre, et dès lors tout fut corrompu. On ne put sanctifier la philosophie ; on sécularisa, pour ainsi dire, la religion.
La belle manière des grands prédicateurs du siècle précédent fut remplacée par le bel esprit, par le philosophisme, par le jargon de la métaphysique, par la manie de réduire toute la morale à la bienfaisance , mot nouveau , dont on fit , pour ainsi dire, le sobriquet de la charité.
On prêchait alors sur les petites vertus, sur le demi-chrétien, sur le luxe, sur l'humeur, sur l'égoïsrae, sur l'antipathie, sur l'amitié, sur l'amour paternel, sur la société conjugale, sur la pudeur, sur les vertus sociales, sur la compassion, sur les vertus domesti-