‹ Histoire de l'éloquenceChapitre 18 sur 77 · POULLE · texte numérisé non relu

POULLE

L'abbé Poulie sut agir sur rimagination des auditeurs en leur présentant des images tantôt douces, tantôt fortes.

c II faudrait étaler ici cette foule prodigieuse de nourrissons de la patrie, ils n'ont pas de meilleur intercesseur que leur présence et leur nombre. Pourquoi les cacber? c'est le jour de leur moisson, c'est la fête de leur adoption. Où sont-ils? apprébenderait-on de les introduire dans ce temple?

> Jésus- Cbrist les aime, il vous exborte à ne pas les empêcber d'aller jusqu'à lui : Sinile parvuîos ventre ad me. Il vous les propose comme des modèles que vous devez imiter : Estote sicut infantes. Que craindriez-vous vous-mêmes de ces enfants timides? Leur présence n'a rien qui puisse offenser votre délicatesse ; ils ne vous importuneront pas de leurs gémissements ni de leurs plaintes; ils ne savent pas qu'il sont pauvres; puissent-ils ne le savoir jamais! ils ne vous reprocberont ni la dureté de vos cœurs, ni vos prodigalités insensées, ni vos superfluités ruineuses. Ils ignorent les droits qu'ils ont sur vous , et tout ce que leur coûtent vos passions et votre luxe. Vous les verrez se jouer dans le sein de la Providence , incapables également de reconnaissance et d'ingratitude. Toujours contents, dès que les premiers besoins de la nature sont satisfaits , leurs désirs ne s'étendent pas plus loin. Présentez-leur l'or et l'argent que vous leur destinez , ils le saisiront d'abord avec empressement comme un objet d'amusement et de curiosité ; ils s'en dégoûteront bientôt , et vous le laisseront reprendre avec indifférence. Ces prémices intéressantes de la vie , la faiblesse et les grâces de leur âge , leur ingénuité , leur candeur, leur innocence , leur insensibilité même à leur propre infortune vous attendriraient jusqu'aux larmes. Eh! qu'il vous serait alors aisé d'achever leur triomphe sur vous ! »

Ils ne savent pas qu'ils sont pauvres.... Vous les verrez se jouer dans le sein de la Providence ^ etc. Ce ne sont pas là des beautés vulgaires, c'est un mérite d'expression vraiment admirable.

Le discours sur l'aumône, en faveur des prisonniers, est remarquable aussi par la véhémence des mouvements et par des traits d'une imagination sensible. Tel est ce passage où , profitant des circonstances du lieu et du moment , il montre à la fois Jésus-Christ sur les autels et dans la personne du pauvre.

€ Vous voilà placés entre l'autel et les cachots , entre Jésus- Christ adore et sur le trône des miséricordes , et Jéôus- Christ

méprisé et souffrant dans ses membres, également voilé dans l'un et dans l'autre sanctuaire , sous des symboles obscurs et mystérieux , également victime dans l'un et dans l'autre état ; ici , victime de son amour pour nous ; là , victime de la dureté des ricbes. Ecoutez cette voix qui sort du fond de ce tabernacle ; c'est la voix de celui qui vous a rachetés ; c'est la voix de celui qui jugera les vivants et les morts. Il vous dit : qu'ai-je besoin des honneurs hypocrites que vous me rendez? Votre feinte humiliation est un outrage ou une cruauté. Vous m'avez foulé aux pieds en entrant dans le temple , et vous venez vous prosterner tranquillement devant mes autels! Ne vous ai-je pas dit que f aimais mieux la miséricorde que le sacrifice? Ames intéressées , il ne vous en coûte rien pour m'adorer ; il vous en coûterait pour me secourir. Ne suis-je donc votre Dieu que quand j'ai des grâces à distribuer ? Comme Pierre , vous me reconnaissez pour votre Seigneur sur le Thabor, et vous me reniez dans le prétoire. Honorez-moi de votre substance , de ces richesses qui sont et mon ouvrage et mes bienfaits. Voilà l'encens , voilà l'offrande , voilà l'action de grâces que je vous demande. Acquittez-vous en partie, par vos largesses , du sang que j'ai versé pour vous. Nouveaux Josephs , nourrissez votre père céleste , et devenez , en quelque façon , les sauveurs de votre Sauveur même.

» Date, dit encore l'orateur : Répandez. Vous n'avez pas à craindre l'ingratitude des pauvres, qu'ils se taisent , qu'ils oublient vos largesses. L'aumône n'a pas besoin d'introducteur ; elle monte toute seule jusqu'au trône du Dieu vivant , assurée d'en rapporter la récompense qui lui est due. >

NeuTUle. (1693—1774.)

Le P. de Neuville (jésuite) avait beaucoup moins de génie que l'abbé Poulie , mais il eut plus que lui la véritable manière d'un prédicateur. Une imagination féconde, un coloris brillant, des pensées ingénieuses lui valurent, dès son début, une vogue qui dura trente années consécutives, et l'on poussa même l'enthousiasme jusqu'à le considérer comme l'héritier de Massillon , « avec lequel cependant, dit un peu trop sévèrement le cardinal Maury, il n'avait rien de commun. » Le même critique lui reproche de la symétrie, de la recherche, du luxe dans les expressions. Il attaque surtout la diffusion de son style. « Ses discours, dit-il , sont.

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