PRÉDICATEURS QUI ONT PRÉCÉDÉ IMMÉDIATEMENT LA RÉVOLUTION
C'est dans les provinces de la France que les missionnaires produisaient ces grands effets de la parole. Les chaires de la capitale, au contraire, étaient, comme nous l'avons vu, envahies par le bel esprit et par le mauvais goût. Cependant nous devons dire, avec M. de Boulogne, t que plusieurs prédicateurs, loin de céder à la contagion et de subir la loi du monde, honorèrent leur ministère par un noble courage. On en vit même qui, au risque de déplaire, signalaient, du haut de la chaire royale, et les scandales qui
déshonoraient la cour, et les malheurs qui menaçaient la monarchie. On les vit foudroyer constamment l'impiété moderne, comme l'avant-coureur de notre ruine ; et quoique l'orage qui devait fondre un jour sur notre malheureuse patrie , ne fût encore qu'un point imperceptible qui paraissait au loin sur l'horizon, ils le montraient, à travers les nuages, à la France endormie et fascinée par les sophistes. Sentinelles toujours vigilantes, tandis que tout était muet , eux seuls sonnaient l'alarme ; eux seuls , en annonçant ces jours de deuil et de désolation , s'écriaient avec Jérémie : Malheur à Babylone! Malheur à Samarie! Malheur à Jérusalem! Longtemps on conservera le souvenir des paroles prophétiques que l'un d'entre eux, le P. Beauregard, faisait retentir dans l'église de Notre-Dame , treize années avant nos malheurs :
« Oui, Seigneur, s'écriait-il d'un ton inspiré , oui, vos temples seront dépouillés et détruits, vos fêtes abolies, votre nom blasphémé, votre culte proscrit! Mais qu'entends-je, grand Dieu! que vois-je! aux saints cantiques qui faisaient retentir ces voûtes sacrées en votre honneur, succèdent des chants lubriques et profanes ! Et toi, divinité infâme du paganisme, impudique Vénus , tu viens ici même prendre audacieusement la place du Dieu vivant, t'asseoir sur le trône du Saint des saints, et recevoir l'encens coupable de tes nouveaux adorateurs. »