SAINT VINCENT DE PAUL
bords ; ce n'est point la foudre qui épouvante , qui consterne ; c'est un feu qui répand une pure lumière , qui croît par degrés, qui agit sans efforts, qui consume imperceptiblement les liens des anciennes habitudes, et qui change tout sans rien détruire... II peint avec des couleurs si vives , il représente avec des traits si touchants la tyrannie des passions, le repos, la joie d'une bonne conscience , les pures et chastes délices de la vertu , les espérances futures , les miséricordes infinies du Dieu Sauveur , les tendres épanchements de son amour, que les regrets de la vie passée et les désirs d'une vie nouvelle s'emparent de tous les cœurs. î {Neuville.)
Saint Vincent de Paul. (1376—1660.)
Quelle n'était pas aussi l'éloquence de saint Vincent de Paul dans ces conférences ecclésiastiques où se réunis'sait ce qu'il y avait de plus distingué dans le sanctuaire ! Bossuet lui-même peut nous l'apprendre , lui qui écrivait à l'âge de soixante-douze ans , qu'en assistant, dans sa jeunesse , aux instructions de Vincent de Paul , son premier maître, il se sentait tellement émii qu'il croyait entendre parler Dieu lui-même. Et si nous suivons sur d'autres théâtres ce héros de la charité chrétienne , quelle idée ne nous ferons-nous pas de la puissance de ses discours ! Avec quelle onction touchante il exhortait ses saintes filles à se consacrer à Dieu et à vaincre généreusement les plus fortes répugnances de la nature pour le servir dans ses membres souffrants ! Avec quelle sensibilité profonde il remuait les entrailles des riches en faveur des pauvres , des orphelins et des enfants délaissés ! Combien de fois il attendrit jusqu'aux larmes ces dames de la charité qu'il avait su pénétrer de son esprit! Comme il leur peignait avec énergie , non-seulement les maux qui affligeaient la capitale , mais encore tous les fléaux qui désolaient les provinces ! Comme il savait soutenir leur zèle au milieu de tant d'oeuvres de miséricorde qu'il leur faisait entreprendre ! Comme il les élevait au-dessus d'elles-mêmes, et leur inspirait cet héroïsme de la charité qui triomphe de tous les obstacles et opère de véritables prodiges! L'histoire ne perdra jamais le souvenir de ce pathétique discours qu'il leur adressa , lorsque , les voyant sur le point d'abandonner, à cause de leur multitude, les enfants trouvés qu'elles avaient d'abord consenti à recueillir, il les rassembla pour les exhorter à continuer une si boinic œuvre. Par un innocent arli-
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fice , il avait fait placer dans le sanctuaire cinq cents de ces pauvres enfants dont il voulait plaider la cause. Le cœur oppressé de cette charité qui égale dans son âme toute l'énergie de l'amour maternel, il monte en chaire et mêle ses sanglots aux cris de ces innocentes créatures. Il les montre au sexe compatissant qui l'environne; puis profitant de l'émotion qu'un tel spectacle ne peut manquer de produire :
« Or sus, Mesdames, s'écrie-t-il , vous avez adopté ces enfants, vous êtes devenues leurs mères selon la grâce , depuis que leurs mères selon la nature les ont abandonnés. Voyez si vous voulez aussi les abandonner pour toujours. Cessez, dans ce moment, d'être leurs mères pour devenir leurs juges. Leur vie et leur mort sont entre vos mains. Je m'en vais prendre les voix et les suffrages. Il est temps que vous prononciez leur arrêt. Les voilà devant vous. Ils vivront , si vous continuez d'en prendre un soin charitable, et ils mourront tous demain si vous les délaissez. »
On ne répondit à cette touchante exhortation que par des pleurs et par dos cris de miséricorde. Le même jour, au même instant, l'hôpital des Enfants-Trouvés de Paris fut fondé par acclamation et doté de quarante mille livres de rente. Jamais orateur remporta-t- 11 un plus beau triomphe !
Nous pourrions recueillir plusieurs autres traits de l'éloquence de Vincent de Paul. Toutes les fois qu'il parlait , soit dans des entretiens particuliers, soit dans des discours publics, on pouvait voir que les talents qu'il avait reçus de la nature étaient admirablement fécondés par les vertus célestes qui remplissaient son cœur.
Il en était ainsi , dans des degrés divers , de tous les prédicateurs qu'animait l'esprit de Jésus-Christ. Que ne pourrions-nous pas rappeler d'un cardinal de Bérulle , dont le célèbre Du Perron avait coutume de dire : Si vous voulez convaincre les hérétiques, envoyez-les-moi ; si vous voulez les convertir , adressez-les à François de Sales ; mais si vous désirez les convaincre et les convertir à la fois , c'est à M. de Bérulle qu'il faut les envoyer? Que ne pourrions-nous pas rappeler d'un père Suffren qui attirait des multitudes autour de sa chaire, et les étonnait par l'autorité de sa parole , comme il les touchait par l'exemple de sa piété ! Que ne pourrions-nous pas rappeler d'un Père Edmond-Auger, qui , sous Henri III , convertit par son zèle et par son éloquence quarante mille protestants? Que ne pourrions-nous pas rappeler enfin de tous ces orateurs jésuites , oratoriens , lazaristes ou
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autres , qui prêchaient avec tant de zèle et de succès , soit dans les campagnes , soit dans les villes , soit à la cour des princes ? Il y avait sans doute de réloqucncc dans leurs discours qu'animait le feu de l'apostolat; il y en avait aussi dans ces autres missionnaires qui allaient jusqu'au bout du monde pour y convertir des âmes par la prédication de la croix ; il y en avait dans un saint Ignace, dans un saint François-Xaxier, lorsqu'ils développaient aux pécheurs , avec le zèle des apôtres et l'enthousiasme des prophètes , cette parole du Sauveur : Que sert à l'homme de gagner l'univers, s'il vient à perdre son âme?