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l'homme : en le formant à son image et pour lui-même , Dieu a imprimé en lui, pour premier trait de ressemblance, le sceau divin de l'immortalité , et lui a donné des désirs avides et insatiables, une espérance immortelle et un amour des biens parfaits et infinis; il lui a dit : Tout ce qui t'environne existe pour toi, mais lu existes pour moi : et c'est pour cela que j'ai mis en toi une capacité sans bornes, comme j'ai fait le vaste abime de l'Océan pour recevoir la multitude des eaux , l'immensité des cieux pour contenir les innombrables corps de lumière qui roulent sur ta tète : je t'ai fait plus grand que tout cela pour voir et posséder ton Dieu. Tu seras toujours vide jusqu'à ce que je vienne à loi pour te remplir; toujours affamé, jusqu'à ce que je le nourrisse et te rassasie de moi-même; toujours brûlé d'une soif ardente , jusqu'à ce que je descende en toi comme un fleuve de délices , pour te désaltérer et , pour ainsi dire , l'enivrer de mon propre bonbeur. Telle est , mes frères , la nature et la qualité de notre âme. Rien de moins que Dieu ne la contente : étrangère et captive ici-bas , elle y chercbe partout le souverain bien qui lui manque , elle le demande à toutes les créatures ; ne le trouvant point , elle sort par la pensée de ce monde visible , elle s'élève au-dessus de tous les cieux , s'étend au-delà de tous les siècles , pour s'unir au moins par l'espérance à l'objet éternel, parfait, infini, dont elle sent le besoin et hors lequel il ne saurait y avoir ni bonheur, ni repos, ni félicité pour elle. Et cet objet , seul capable de la satisfaire, pour lequel seul elle a été créée, vous le lui retranchez, incrédule , et cette espérance , vous la lui arrachez ! Fille du ciel , héritière de l'immortalité , avide et affamée de Dieu , qui est son aliment et sa vie , vous l'avez condamnée à ramper dans la poussière, à s'en nourrir, à se croire elle-même cendre et poussière, à n'avoir pour perspective que la mort , la pourriture et le néant, et vous lui dites : sois heureuse ! Mais , pour qu'elle puisse l'être , que lui donnez-vous à la place de ce que vous lui ôtez ? Quoi ! les voluptés charnelles? Ah ! elle s'efforce de s'en assouvir, elle s'y plonge , et bientôt elle s'écrie : c'est de la boue ! je ne puis souffrir l'infection et la honte de ces infâmes plaisirs ! plus je m'y abandonne , et plus ils me causent des dégoûts ; plus je m'y enfonce, et plus je me souille; tout me devient insupportable, et je me fais horreur à moi-même. Que lui donnerez-vous encore? des richesses? Ah ! elle entasse des monceaux d'un vil métal , elle multiplie ses terres , ses palais, ses équipages, ses maisons de plaisance. Qu'a-t-elle gagné? 0 insensée! dit-elle, j'ai rempli mes coffres et je demeure vide , j'ai multiplie mes embarras et mes
soucis , bien plus que mes biens et mes trésors ; j'ai l'inquiétud© que le pauvre ne connaît pas, et je n'ai pas la paix et le contentement qu'il goûte quelquefois dans sa misère. Eh bien ! voilà des titres , des décorations et des honneurs. Ah ! ce ne sont que des hochets ! je m'en suis amusée un moment , et j'en suis lasse ; tant que j'y aspirais encore , ils m'ont paru quelque chose de grand : depuis que je les ai obtenus , je n'y vois qu'un éclat frivole et passager. Eh bien ! la célébrité du nom, une brillante renommée , la gloire qui s'attache aux talents , à la science , au génie. Ah ! c'est une fumée ! elle enflait mon cœur, et elle ne l'a pas nourri ; elle irrite la soif de mon orgueil au lieu de l'apaiser ; elle me rend plus inquiète et non plus heureuse. Eh bien! les lauriers de la guerre , les sceptres , les couronnes , la conquête de l'univers. Ah ! en ravageant la terre , j'ai fait beaucoup pour le malheur des autres hommes et rien pour mon bonheur. Si j'avais conquis cent royaumes et cent mondes , il me faudrait encore d'autres mondes à conquérir, et loin d'avoir comblé l'abîme qui est en moi , je n'aurais fait que le creuser davantage et me convaincre qu'il est sans fond.... Et n'a-t-on pas vu des hommes riches et puissants , des conquérants fameux , qui , nés dans la poussière , se sont assis sur le trône , ont régné sur les peuples et même sur les rois , ont rempli l'univers du bruit et de la terreur de leur nom? Au milieu de tant de prospérité , qui les a vus tranquilles, qui a pu les croire heureux? Le noir chagrin n'avait-il pas comme établi son siège sur leur front livide? Leur inquiète ambition leur a-t-elle permis un instant de se reposer et de jouir? Semblable à un aiguillon brûlant , ne les a-t-elle pas poussés sans cesse , comme égarés et furieux , d'entreprises en entreprises , au gouffre où ils ont été ensevelis tout-à-coup , avec leurs vastes desseins , leur puissance redoutée et leur gloire vaine ? Ne reprochez pas à notre cœur, mes frères, d'être insatiable de bonheur; il a dû l'être : toutes les créatures ensemble ne sauraient rassasier le vide qui est en lui. Ses besoins sans cesse renaissants sont le cri d'un besoin immense , par lequel il demande le bien parfait et infini , seul aliment qui lui convienne et qui puisse le rassasier : et en le lui refusant , on ne lui présente pour le satisfaire que des biens périssables , qui ne sont qu'un pur néant. Sa faim, toujours croissante , ne trouvant rien qui l'apaise, se tourne en rage et en désespoir, et ce cœur malheureux, à qui tout manque , retombe sur lui-même , se dévore , comme on voit l'homme affamé dévorer et déchirer ses propres membres. Ainsi toutes les sources du bonheur sont taries pour l'incrédule,
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parce que pour lui la nature entière est sans âme et sans vie : la société de ses semblables sans douceur et sans charmes , et tous les biens réunis sans proportion avec les besoins de son cœur. >
Ce n'est encore là cependant que le premier degré de son malheur. Car il est de plus cruellement en proie à ses passions, à ses remords et aux terreurs de l'avenir ; et pour comble de tourments , il ne peut avoir aucune consolation solide dans ses maux. L'orateur entre sur tous ces points dans des développements pleins de force , et il les termine par ce trait :
« Mais il survient quelquefois des épreuves extraordinaires , de ces catastrophes dont la seule pensée fait frissonner d'épouvante , auxquelles cependant tout homme est sujet, et dont nulle sagesse, nulle force ne peut garantir dans certaines circonstances qu'il plaît à la Providence de permettre : c'est surtout aux époques funestes des révolutions qu'on en voit de fréquents exemples. Et ce n'est pas à celle génération qu'il faut apprendre que les grands et que les puissants peuvent descendre de la plus haute élévation jusqu'au foHd des cachots , que les bons et que les méchants peuvent expirer ensemble dans les mêmes supplices , et que l'impie et le fidèle ont quelquefois rougi le même échafaud de leur sang. Or, si l'on me demande ce qui soutiendra le fidèle et le juste dans ces effroyables crises , je n'aurai pas de peine à répondre : ce qui le soutient, c'est son admirable résignation à la volonté du Seigneur, c'est le souvenir de Jésus-Christ , c'est la vue de l'éternité. S'il faut que le juste livre ses mains pures au bourreau pour être chargées de liens, et que la nature frémisse, on lui dira : Ainsi fut livrée la victime adorable qui s'est immolée pour le salut du monde ; imitez-la : et aussitôt les mains sont tendues pour recevoir des chaînes. S'il faut ensuite qu'il subisse la mort des criminels, on lui dira : Enfant des saints, montez au ciel, et il montera les degrés de l'échafaud avec la même majesté qu'il montait les marches du trône. Voilà comment la religion soutient, ennoblit et divinise pour ainsi dire le malheur. Mais où en seral'incrédule s'il éprouve un sort semblable , s'il est opprimé par l'injustice, si un puissant ennemi l'accable, le jette dans les fers , le destine à périr dans les tourments , et qu'il ne lui reste aucune assistance humaine ? Que fera-t-il dans son désespoir? Invoquera-t-il alors la matière, le néant , le hasard, divinités muettes et sourdes qui ne peuvent ni l'entendre ni lui répondre? Osera-t-il lever les yeux vers le ciel , où habite le Dieu
trois fois saint qu'il blasphème et dont la pensée le glace de terreur? S'adressera-t-il à celte philosopîiic mensongère qui l'a séduit, qui lui promettait un si chimérique bonheur dans les passions qui l'ont souillé , dans des biens et des plaisirs qui ne sont plus, dans une vie qui va finir? Oh ! cette maîtresse d'erreur n'a plus rien à lui dire , son rôle est fini , elle a perdu maintenant tout son pouvoir. Je me trompe , mes frères ; elle a encore une ressource digne d'elle à lui offrir : elle approche , le glaive d'une main et le poignard de l'autre , et lui dit avec un cruel sourire : Choisis maintenant, tu es au fond de l'abime; toutes les illusions sont dissipées , il n'y a plus pour toi d'espérance , tu peux te donner la mort, n'en aies pas de scrupule, car je te le permets. Quand mes leçons ont conduit mes disciples au désespoir, voilà le dernier conseil, la dernière ressource que je leur offre , c'est le suicide. Philosophie véritablement infernale , qui , après avoir ravi à l'homme la vertu qui fait toute sa consolation et sa ressource , et l'avoir conduit par les illusions des passions dans des maux de tout genre , vient enfin l'inviter à se plonger lui-même, par un dernier coup , dans les enfers. »
Ce discours sur le malheur, et deux autres sur la folie et sur le crime de l'incrédulité, sont de très-beaux ouvrages. Le sermon sur le cœur de Marie, et quelques autres , se font également remarquer et par la force des raisons, et par la vivacité des sentiments, et par l'agrément du style. La déclamation de l'orateur ajoutait beaucoup à leur mérite. Elle inspirait tant d'admiration dans la capitale , que plusieurs prédicateurs qui aspiraient à l'imiter, copiaient tous les gestes du P. Maccarthy, et même une attitude particulière qu'une infirmité ou un défaut corporel lui faisait prendre dans la chaire : c'est ce qu'on appelait prêcher à la Maccarthy.
Les dispositions qui animaient le P. Maccarthy dans le ministère de la parole peuvent être offertes pour modèle à tous les prédicateurs. Sa pensée habituelle et comme dominante était de sauver les âmes et d'être utile à l'Eglise. On peut dire qu'il ne vivait que pour la religion , que pour la faire régner dans les esprits et dans les cœurs. Il regardait la composition de ses discours non comme une œuvre littéraire , mais comme un exercice religieux et une occupation toute divine. Ses sermons étaient le fruit de ses méditations et de ses prières , et c'est à cette habitude d'union avec Dieu qu'il faut rapporter ce caractère d'onction et de piété qui le distingue. Il craignait sur toute chose d'écrire où
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de parler pour sa propre gloire et sous l'influence de l'amourpropre. c Avanl la révolution, disait-il quelquefois, on distinguait les prédicateurs et les convertisseurs. J'aimerais bien mieux être de ces derniers. » « La fonction qui m'est habituellement imposée, écri- \ait-d dans une de ses retraites, est celle de prédicateur. Si je m'y propose pour fin ma gloire propre et ma réputation , qu'arriverat-il? Premièrement, en supposant que je prêche bien et utilement pour les autres, je perdrai par mon orgueil et par le dérèglement de ma volonté, tout le fruit et la récompense de mon travail. Secondement, je me préparerai pour mes discours comme un orateur profane , je donnerai trop d'attention au tour de la phrase , au choix de l'expression , à l'ordre , à l'harmonie, etc., ma composition en sera moins animée , et se sentira moins de l'esprit de Dieu. Elle me prendra un temps considérable , et par conséquent m'en laissera moins pour la lecture, la méditation , la prière qui sont les sources où se puisent l'onction , la force , la lumière , et ces mouvements impétueux du zèle qui sont les véritables mouvements oratoires de la chaire ; il résultera encore de là que , faisant mes sermons avec trop d'étude, je n'en pourrai faire qu'un petit nombre , et il m'en manquera beaucoup sur des sujets très-importants. Troisièmement, je craindrai de monter en chaire quand je serai peu ou mal préparé. Je n'oserai parler en apôtre , de peur que la réputation de l'orateur n'en souffre, ou, si je suis forcé de me hasarder quelquefois, ce sera, non avec la confiance d'un homme qui parle de la part de Dieu et qui méprise tout ce qu'on appelle succès, mais avec la timidité d'un acteur qui parait en tremblant sur un théâtre, où il ne s'attend pas à être applaudi. » On peut assurer que ces saintes réflexions lui ont servi constamment de règle dans l'exercice de la prédication. 11 écrivait de Bordeaux, le 8 juillet 1821. c Ma chère mère. Il y a bien longtemps que je n'ai eu la consolation de vous écrire. Vous vous en plaignez peut-être, et moi j'en gémis. 3Iais vous savez si je suis le maître de faire ce qui me serait agréable, et si je dois me dévouer aux saintes obligations qui me sont imposées. Je ne veux pas vous contrisler en vous disant que mon travail n'a presque rien produit jusqu'à présent, et que je ressemble à un esclave attaché à une meule (juil tâche de tourner par de grands ed'orls , mais qu'il ne remue pas. Il y a quelque chose de singulier en moi que j'ai remarqué toute ma vie , que je ne comprends point, et qui est sans doute une disposition de la providence pour m'humilier ; c'est qu'il m'est à peu près impossible de rien faire à lavancc ; il faut que le moment
de prononcer un discours approche , pour que je sois en état de le faire. Jusque-là je n'ai ni force, ni chaleur, ni faculté de m'appliquer à mon sujet. Je me fatigue et me tourmente en vain pour lâcher de saisir mes idées, qui s'échappent et voltigent autour de moi , sans que je puisse les atteindre ni les rassembler : elles ne se livrent et ne sont à moi que lorsqu'enfin il me reste à peine assez de temps pour leur donner un corps et les revêtir à la hâte de quelque couleur. Je n'avance pas dans mes discours, et je n'ose m'occuper d'autre chose , de peur d'avoir des distractions à me reprocher. Ainsi le temps se perd , et si je gagne quelque chose à ce stérile travail , c'est qu'il est au moins une bonne pénitence. C'est pour essayer de tirer mon esprit de cette langueur, que j'ai quelquefois prêché depuis mon séjour ici , mais ce moyen ne m'a pas mieux réussi que les autres. S'agit-il de parler sans avoir écrit ; aussitôt je m'enflamme , la veine s'ouvre , et il me semble que voilà la fécondité revenue. Faut-il ensuite reprendre la plume ; tout s'éteint , se dessèche , et ma stérilité se trouve la même qu'auparavant. C'est dans cet état que j'ai passé l'année dernière , cinq mois à L*"* : il est probable qu'il m'en arrivera autant cette année , mais après tout , pourvu que la volonté de Dieu s'accomplisse , tout est bien. »
Dans cet état de sécheresse et comme d'anéantissement d'esprit , sa ressource ordinaire était de s'humilier en présence de Dieu. Il se jetait à genoux devant son crucifix , il priait quelque temps les bras étendus en croix , ou bien il se prosternait la face contre terre. « Jamais, disait-il lui-même, je ne me suis relevé sans me sentir rempli d'une force toute nouvelle. » Dieu ne laissait point son humilité sans récompense. Souvent même il lui arriva d'être soudainement saisi d'une vive et puissante émotion , et si fortement pénétré au fond du cœur des vérités de la religion que les larmes coulaient de ses yeux en abondance. Aussi assurait-il que ces sortes d'épreuves étaient pour lui un gage infaillible de succès, et que jamais le ciel ne bénissait sa prédication , si elle n'avait été précédée de quelque humiliation de ce genre.
Le P. Maccarthy prêcha pendant plus de quinze ans, soit dans la capitale , soit dans les grandes villes de nos provinces , où il renouvelait les plus étonnants prodiges de l'éloquence des missionnaires.
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Guyon.
Le P. Guyon , avec des talents aussi remarquables , montrait peut-être plus de variété dans sa manière. Avait-il à raconter? on ne pouvait rien ajouter aux grâces et aux charmes de ses récits. Voulait-il décrire? Son discours était fleuri, brillant, sublime, comme les choses dont il présentait les tableaux. Dans le raisonnement, son langage devenait précis , nerveux, exact; ses conséquences déduites avec justesse , exposées avec cJarté, semblaient à tous évidemment conformes au bon sens naturel et aux règles de la plus sévère logique.
Il était aussi très habile à pénétrer dans les replis du cœur, et à dévoiler les mystères de nos passions. Quand il voulait attendrir, sa voix prenait un accent touchant , ses paroles brûlantes arrivaient jusqu'au fond de l'âme et y excitaient des sentiments qui se manifestaient bientôt par des larmes abondantes.
Quelquefois il augmentait le pathétique par quelque trait d'histoire appropriée à son sujet. Ainsi il terminait son sermon contre le respect humain , par ce récit qui a tout l'intérêt d'une scène.
a Dans une grande ville du midi , vivaient deux époux parfaitement assortis. Naissance , fortune , éducation , ils avaient tous deux également ces avantages précieux ; ils avaient plus que tout cela encore , des vertus. L'époux était environné de la considération de ses concitoyens; il avait tant de fois donné des preuves non équivoques de sa loyauté, de son désintéressement et de son zèle pour le bien public , qu'on lui avait confié les fonctions les plus importantes et les plus honorables. L'épouse , animée d'une piété douce et éclairée , pleine de grâces et de pudeur, servait de modèle aux jeunes épouses, et faisait la gloire et le bonheur de sou époux dans l'intérieur du ménage. Dieu bénit leur douce union par la naissance d'un fds , et ce bienfait de la Providence , accordé à leur tendresse mutuelle, ne fit qu'augmenter encore les charmes et le bonheur de leur alliance. L'épouse surtout sentit toute l'étendue des devoirs que lui imposait le titre de mère. Elle ne laissa pas son fils sucer le lait d'une étrangère; elle voulut jouir de son premier sourire , et voir éclore ses premières pensées et ses premiers sentiments; il lui semblait doux d'en cire elle-même le premier objet. Oh! quelles prières ferventes sa piété adressait
au Seigneur pour le bonheur de cet enfant que le ciel lui avait donné, et qu'elle n'élevait que pour le ciel! Et quand son fils put bégayer quelques sons , comme elle lui apprit à répéter le nom du Dieu qui l'avait créé, le nom du Dieu qui l'avait sauvé! Son zèle s'accrut à mesure que son fils croissait en âge ; et quand sa raison, à son aurore, commença à jeter quelques lueurs, elle voulait toujours être auprès de lui , elle ne pouvait souffrir d'en être séparée un seul instant , tant elle redoutait qu'une main ennemie ne vint semer l'ivraie du vice dans celte terre neuve qui lui promettait une ample moisson de vertu , quand elle aurait reçu la semence de la foi! Aussi quel était son empressement à expliquer à son fils les éléments de la religion et de la morale de Jésus-Christ , dont la pureté était si bien en harmonie avec la simplicité et la candeur de son âme ! Dieu bénit les efforts de cette vertueuse épouse. La piété du fils égala bientôt la piété de la mère. Le jour vint où cet enfant devait , pour la première fois, se nourrir de son Sauveur. On le vit s'avancer à l'autel avec tout le recueillement des anges. La douce joie du ciel rayonnait sur son front, et des larmes de bonheur coulaient de ses yeux modestes.
> Depuis ce jour sa ferveur fit des progrès plus rapides encore : il semblait deviner la perfection de la vertu , et il s'y livrait avec tout l'élan d'une âme aimante. Amour du travail, obéissance parfaite, recueillement habituel, lectures édifiantes, fréquentation des sacrements, telles furent ses occupations, ses goûts et ses délices durant trois années, sans que jamais il se démentit un seul instant. La vertueuse mère ne cessait de remercier Dieu des grâces dont il favorisait son fils, et de se livrer à la joie que donne aux saints le spectacle de la vertu. Mais quelle fut sa tristesse, lorsqu'elle s'aperçut que la piété de son enfant diminuait ! Il remplissait encore ses devoirs , mais son zèle avait disparu. Il ne demandait plus à faire des lectures édifiantes, il fallait les lui suggérer; il ne refusait pas de s'approcher des sacrements, mais il fallait lui rappeler qu'il devait le faire , et lorsqu'il remplissait quelques-uns des devoirs de la piété chrétienne , on remarquait en lui je ne sais quel air de contrainte qui contrastait singulièrement avec cette ferveur franche et naïve dont il avait auparavant présenté le modèle. Rien de tout cela n'avait échappé à l'œil attentif de la pieuse mère. Vainement elle avait essayé de ranimer la vivacité de la foi dans l'âme de son fils, et de ressusciter en lui les sentiments dont il avait été pénétré. Ses exhortations tendres et touchantes avaient été écoutées avec attention , avec do-