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SOURCES PRINCIPALES DE L ÉLOQUENCE DE LA CHAIRE

Un prédicateur qui serait rempli de l'importance de sa mission , trouverait dans celte unique pensée la source de la plus haute éloquence. En effet, rien n'agrandit le talent de l'orateur comme de songer qu'il parle avec autorité à des peuples qui sont obligés de l'entendre. Alors il s'oublie lui-même ; il faut qu'il se rende digne de représenter celui qui lui a confié l'admirable puissance d'annoncer sa parole aux hommes. Ceci rappelle les prophc-

tes, qui ne parlaient jamais d'eux-mêmes , mais qui prêtaient seulement leur voix à l'esprit inlérieur qui se servait d'eux pour annoncer d'immortelles et d'effrayantes vérités.

Aussi la rhétorique du prédicateur est -elle bien différente de celle des orateurs profanes. Tout se borne à ce mot de saint François de Sales : La prédication est la déclaration de la volonté de Dieu : et par conséquent il faut au prédicateur chargé d'une si solennelle déclaration, une longue et savante méditation de cette volonté redoutable. Rien d'humain ne doit se montrer dans une éloquence toute céleste. Une foi profonde est la prédication de l'orateur; une piété vive est toute sa force; et après cela, les paroles ne manquent pas au zèle. Plus le cœur est pénétré d'amour et de foi, plus l'éloquence est entraînante et impétueuse. C'est ce qu'ont pensé tous les prédicateurs qui n'ont pas fait de leur mission un trafic d'amour propre; et l'un d'eux, le P. le Jeune, disait avec une naïveté ingénieuse : « Le premier advis que je vous donne pour bien prêcher, c'est de bien prier Dieu ; le second , c'est de bien prier Dieu ; le troisième, le quatrième, le dixième, c'est de bien prier Dieu.

D'ailleurs l'aspect des vertus de l'orateur est toujours pour les peuples un attrait qui les dispose à le bien entendre. » Par un abandon bien soumis sous la main de Dieu , dit le P. Rapin, le prédicateur s'attire la vénération des peuples, et imprime dans leurs esprits ce respect profond qui est dû à la parole de Dieu »... « Avec quel front, dit encore ce savant écrivain, peut-on prêcher la parole de Dieu sans lui rendre témoignage par la sainteté de sa vie et par une conduite irréprochable!... » Et enfin il ajoute : « Qu'on cherche tant qu'on voudra le secret de bien prêcher et de convertir, on trouvera que ce n'est que par l'humilité, par la mortification et par la vie édifiante que fructifie d'ordinaire la parole de Dieu. » [Réflexions sur l'éloquence.) *

* L'art sans cloute n'est pas inutile, mais il doit être employé par un zèle apostolique, t Quelques talents que vous ayez reçus de la nature , disait h ce sujet M. Guyon dans son Cours d'éloquence sacrée, quelqu'heureuses dispositions que vous laissiez apercevoii' du cùté de l'imagination, de la vivacité d'esprit, même de l'élude et du travail, si vous voyez dans la prédication autre chose que ce que Jésus-Christ l'a faite, un instrument de salut pour les autres et pour vous-même , vous n'êtes selon l'expression du prophète qu'une nuée sans eau, nuée passagère, mais stérile... Laissez-moi, Messieurs, vous raconter l'un des plus beaux traits de la vie de M. le cardinal Maury. J'avais occasiûu de le voir beaucoup depuis son retour en France. La confiance dont il m'honorait, me permit de loi demander un jour s'il ne ferait pas imprimer ses sermons. L'on sait avec quel éclat il les avait prêches. Il avait para dans les chaires de la capitale, surchargé, en quelque sorte, de courounes académiques, escorté de la brillante auréole que lui donnaient les suffrages et les applaudissements, orateur de cour, orateur d'académie. — Sans doute, Monseigneur, vous vous proposez, lui dis-je, de publier vos sermons. — J'y avais pensé, me répondit-il, et je comptais employer îj ce travail le loisir de ma retraite à Montefiascone ; mais les ayant lus elcxamioés du nouveau, je Us ai brûlés tous, Ul'ejiceptioa de mon panégyrique de

Il ne faut pas trop s'étonner que l'on rappelle souvent aux orateurs chrétiens ce premiel* précepte de l'humilité et de la vertu, qui devient le premier précepte de leur éloquence. Par malheur l'homme qui parle à de grandes assemblées est toujours tenté de croire que c'est à son génie qu'il doit le haut ascendant qu'il obtient sur elles; c'est une de? illusions de l'éloquence populaire : et cette illusion est plus sensible peut-être dans la chaire, à cause de la domination que l'orateur exerce sur des multitudes qu'un sentiment religieux abaisse à ses pieds. Voici donc l'écueil du prédicateur, la vanité. Et ceci mérite d'être attentivement médité; car il est remarquable que l'amour de la gloire, qui peut devenir une puissante inspiration pour les autres orateurs, n'est jamais pour l'orateur sacré qu'une source d'égarements et qu'un principe de décadence. Il semble que Dieu veut ainsi témoigner que le triomphe de sa parole ne dent point au génie de l'homme ; ou du moins , et c'est encore ici une haute leçon pour le chrétien, que la perfection du génie ne tient qu'à la perfection de l'humilité et de la vertu.

L'histoire de l'éloquence de la chaire en est la preuve. On voit qu'elle s'agrandit ou se dégrade suivant que les orateurs sont animés par des pensées de piété et de foi, ou par un vain désir d'acquérir de la renommée. Nous en avons fait la remarque pour les temps qui ont précédé le siècle de Louis XIV. Mais on pourrait croire que les grands orateurs de ce siècle fameux durent leur supériorité à l'avantage de se servir, dans la chaire, d'une langue faite et dépouillée de ce qu'elle avait eu précédemment de désordonné et de barbare. Cet avantage , il est vrai, a donné de la régularité à leurs discours, mais il n'a point fait leur éloquence. Elle avait sa source dans les inspirations de leur zèle, dans les brûlants transports de leur piété. Peu importe de marquer ici les différents caractères de génie de ces grands hommes.

Laissons à Bossuet son langage inspiré, ses mouvements impétueux et le bruit de son tonnerre ; à Bourdaloue la marche grave et solennelle de ses discours et l'imposant appareil de sa raison ; à Fénélon son onction touchante et la magnificence de sa parole; à Massillon la fécondité toujours nouvelle d'un génie

saint Vincent de Pau\. — La cbose n'est pas possible , m'éeriai-je. — Elle n'est qne trop vraie, reprit l'abbé son frère, présent h la conversation : j'ai moi-même assisté à l'exécution, et ni mes prières, ni mes résistances n'ont pu les sauver de Tincendie. — Pourquoi donc ce cruel sacrifice? — Pourquoi? continua le cardinal, pai-ce que ces s«rmons-ra n'étaient point le langage d'un apôtre. Depuis j'ai appris k mieux coanaltie la dignité et les vrais caractères du ministère de la prédication . >

heureux et la connaissance approfondie des mystères de notre coeur- Ce sont là des natures diverses,' où Dieu a également déposé la richesse de ses trésors. Qu'un de ces orateurs paraisse dans un temple avec la seule pensée de faire briller aux yeux d'un grand peuple les dons de son esprit et la pompe de son éloquence, il ne sera bientôt qu'un déclamateur, et son génie même manquera à sa vanité.

Reconnaissons que la parole de Dieu est ce qui donne la vie à ces rares talents. C'est la foi qui les anime et les agrandit, et plus ils entrent dans l'esprit du christianisme, plus aussi leur parole devient imposante et solennelle. S'il leur arrive de s'en éloigner quelquefois, leur éloquence s'affaiblit à l'instant même : ceci est sensible dans Massillon.

Ce grand orateur n'est connu des gens du monde que par ce qu'on nomme le Petit Carême : ils citent ce recueil comme un beau modèle de langage ; ils ne savent pas que c'est le plus faible litre de gloire de l'orateur : à peine même si l'on rencontre quelque trace de cette majestueuse éloquence de la chaire qui se développe dans ses grands sermons. L'évêque n'est plus ici qu'un docte et élégant moraliste, qu'un écrivain pur et ingénieux ; mais il n'est point un de ces apôtres qui sont envoyés aux nations pour faire retentir la parole sainte ; l'Evangile disparaît de son langage ; la piété et la foi ne l'animent pas de leurs inspirations ; rien de grand ne se manifeste dans son discours; aucun mouvement oratoire ne vient saisir et enflammer l'auditeur; n'oscrait-on pas même dire qu'il y a au fond de toute cette perfection de style je ne sais quoi de monotone qui fatigue l'esprit et produit l'ennui.

Au contraire Massillon ■ x'cparait avec toute l'autorité de la parole de Dieu dans ses grands sermons. On y retrouve l'orateur qui cède avant tout au besoin de convaincre et de toucher les hommes, de répandre l'amour de la vérité, et de faire triompher l'Evangile , et si cette remarque est plus sensible encore dans ses conférences ecclésiastiques, c'est que ces derniers discours se prononçaient en présence de tout le clergé de l'illustre évêque. Ici l'éloquence chrétienne reprenait naturellement son vrai caractère : car les assemblées font aussi les orateurs, et devant une multitude de prêtres chrétiens, l'orateur ne pouvait être animé que par des pensées de foi : de là la supériorité de son éloquence.

C'est ce sentiment de foi qui anime les autres grands orateurs de ce siècle , Bossuet, Bourdaloue , Fénélon. Chacun d'eux, avec le caractère particulier de son génie , suit également ce mouvement du cœur, cette pensée intime, cette profonde conviction qui

fait les grands orateurs et qui rend les discours sublimes. Chacun songe également à défendre la vérité, et ni l'un ni l'autre ne songe à briller par la perfection de son langage. Leur langage est pourtant admirable, mais c'est uniquement parce qu'il est une inspiration. (M. Laurentie , De l'étude et de l'enseignement des lettres.)

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