‹ Histoire de l'éloquenceChapitre 35 sur 77 · CONFERENCE SUR LA PRIERE · texte numérisé non relu

CONFERENCE SUR LA PRIERE

« Monseigneur,

> L'homme n'a pas toujours compris la dignité de son âme et de ses glorieuses destinées. Distrait par le plaisir ou préoccupé par la souffrance , trop souvent dominé par les intérêts matériels du temps , agité par les passions , séduit par la concupiscence des yeux et l'orgueil de la vie, comme parle saint Jean : L'homme oublie qu'il voyage pour se rendre dans une éternelle demeure ; il oublie qu'il doit fidèlement suivre la voie tracée pour l'y conduire , et commencer ici-bas Ihcureuse union du ciel en se rattachant à Dieu par des liens indissolubles. Aussi, Messieurs, il est triste et vrai de le dire , la langue de la religion n'est réellement parlée que par le petit nombre ; elle n'est guère non plus écoutée ni comprise au milieu du tumulte qui remplit le monde; pour en

pénétrer le sens et pour se replacer sous l'influence des pensées divines, il faut un de ces jours , une de ces heures où rame est recueillie , la conscience éclairée , le cœur soumis à la foi et à ses leçons salutaires.

» Messieurs , entre les choses qui ne sont pas comprises ou le sont mal dans cette haute et paternelle économie des conseils de Dieu sur l'homme pour l'accomplissement de sa destination finale, il est un grave enseignement , dogme et précepte tout ensemble, sur lequel il faut hien une fois nous expliquer, c'est la prière.

» Baume consolateur dans les maux, refuge dans la douleur, soutien dans la faiblesse , la prière est aussi l'aliment et la vie de l'intelligence , replacée dans sa dignité la plus haute. Je vous étonne, Messieurs , en vous parlant ainsi, mais il n'importe. Un esprit réfléchi le reconnaîtra aisément , et un courage véritablement chrétien proclamera ces principes professés , il y a longtemps, par le génie catholique de saint Thomas et par la philosophie la plus élevée , à savoir que la prière est pour l'homme l'acte souverain de la raison, que seule la prière donne à l'âme le complément divin de sa vie, et les conditions d'ordre, de beauté, de grandeur et de gloire , qui constituent sa fin même et sa destination immortelle.

» Daignez, Messieurs, m'en croire; jamais peut-être , je n'apporterai dans celte chaire un enseignement qui , à plus juste litre , mérite d'occuper vos méditations. Que je serais heureux si, pour prix de mes désirs et de mon dévouement au salut de vos âmes, je trouvais dans la mienne la conviction assurée qu'au sortir de celte enceinte vous aurez recueilli , et que vous conserverez les biens renfermés dans cette grande et noble vérité !

ï Vous le savez , Messieurs, on peut distinguer dans l'homme la raison pure ou spéculative , et la raison pratique. Le dogme de la prière, dont j'ai à vous entretenir, n'appartient pas à la raison purement spéculative , à cette puissance intellectuelle de notre âme qui s'applique sur les théories et se plaît parmi les charmes, quelquefois dangereux , de l'idée métaphysique et absolue des choses ; non , et j'en conviens devant vous avec bonheur. La dignité de la prière, véritable dignité de l'âme humaine, a son siège, j'ai presque dit son trône, dans la raison pratique; l'ange de l'école le prouve admirablement, dans cette raison à laquelle il est donné de dicter des lois à nos actions , d'en prescrire les motifs, d'en commander et disposer l'accomplissement, suivant l'ordre le plus vrai , le plus juste et le plus beau.

> Oui, Messieurs, l'àme qui prie , remplit une fonction sublime de la raison. Par la prière , elle atteint au perfectionnement le plus avancé de l'être spirituel ; par la prière , l'âme est comme achevée, complétée et couronnée.

j> Cette fonction souveraine de la raison, cette perfection et cette couronne à jamais désirable des puissances et des actions de l'homme , nous allons les présenter devant vous dans leur véritable éclat , en exposant le dogme , en fixant la nature et la haute signification de la prière chrétienne.

» Messieurs, je vous parle librement et avec joie de ces choses : Vous êies dignes de les entendre. Et s'il me faut pour appui le courage de la conscience et la plus indépendante énergie de la foi , je les trouve dans vous-mêmes , et je sais y compter.

j Première partie. — Lorsque la raison s'interroge elle-même au moment du calme et du silence, elle ne peut s'empêcher de découvrir la beauté , la grandeur et la nécessité de rapports de l'âme avec Dieu. Au plus intime de notre être , au centre même de nos affections et de nos pensées , une aspiration puissante vers le bien parfait et inconnu, vers le repos plein de gloire et de joie, nous avertit de notre premier besoin et de notre premier devoir. Il est si vrai que l'esprit et le cœur de l'homme ont besoin de s'unir à la lumière incréée et infinie , au bien souverain et parfait qui est Dieu seul , que parmi les jouissances , non moins que parmi les peines , dans l'abondance et dans le malheur, un des apanages constants de la liberté humaine est l'inquiétude , la sollicitude empressée qui ne se satisfait jamais. J'ai dit un apanage, parce qu'il y a la une dignité marquée de notre âme, en sorte que nous devons chercher sans cesse , à condition de ne le trouver jamais sur la terre, le lieu du l'afraiciiisscment et de la paix. Il est ailleurs.

i Ce fait est l'expression de la grande loi de l'humanité. Saint Augustin la présentait en homme qui en avait cruellement ressenti la puissance au milieu de ses résistances prolongées contre le besoin de Dieu qui le pressait. L'ordre , la paix, le bien-être intérieur de l'âme et la conscience de la destination remplie, ne se trouvent donc que dans des rapports établis avec l'intelligence souveraine , source de toute vérité , avec le bien souverain , source de tout bonheur.

> La raison , si elle mérite ce nom , doit conséquemment présider à l'établissement de ces rapports glorieux autant que nécessaires entre l'âme et sa fin divine. Elle est préposée par sa nature même à cet ordre éminent et régulier qui unit le rayon à son

foyer, la pensée humaine à la pensée de Dieu , notre amour à sa bonté, en un mot, la créature à son auteur. Sans quoi, nous n'aurons plus devant nos yeux , comme au-dedans de nous-mêmes, que ce monde orphelin dont la seule hypothèse attristait le génie de Leibnitz , et déshéritait dans son estime cette philosophie qui ne cherche pas, avant tout, le règne de Dieu, sa justice et son intime alliance avec l'âme.

» Or, pour saisir le premier anneau de cette chaîne qui relie la terre au ciel , pour nous élever jusqu'à la puissance et la bonté divine, pour faire descendre d'en haut l'abondance des dons qui fécondent nos désirs et apaisent leurs clameurs, il est impossible de rien trouver, de rien nommer comme moyen ou ressort efficace , si ce n'est la prière.

» Elle est, suivant la notion élémentaire, cette ascension mystérieuse de l'âme vers Dieu ; elle est Toffrande et l'hommage d'une intelligence et d'un cœur indigents, mais qui s'approchent dt^ l'océan immense de lumière et de bonheur pour s'y [)longer et s'y nourrir. La prière est le langage qu'on parle à Dieu ; la réponse divine est ce qui éclaire, instruit, console, soutient cl foriifie. Dans cet élan et cet effort de l'âme pour aller à Dieu , nous reconnaissons un premier besoin rempli , une première faculté satisfaite, la grande et souveraine loi de la création exécutée : le besoin , la faculté de tendre à Dieu, de le chercher, de former à l'avance une intime et bienheureuse aUiancc avec ses perfeclions infinies de sagesse et de bonté.

» Alors notre pauvre âme se relève , elle sent en elle-même que le complément de bien-être et de vie qui lui manquait lui arrive par le canal de la prière. Mais , quand celle-ci est exilée de nos cœurs , quand il n'y a plus le divin échange des grâces et des désirs, des supplications de la terre et des richesses du ciel , l'ordre a péri, il s'est retiré de la création, du monde intelligent, l'âme est sans destinée, elle demeure incomplète et inachevée; mal immense, lamentable désordre qu'une saine raison ne peut souifrir, puisqu'elle a surtout pour mission de rétablir ou de conserver la dignité humaine !

» Mais il ne suffit pas que l'homme s'élève par la prière vers Dieu, qui est la fin suprême, et reçoive dans les communications divines le complément même et la gloire de son être; il est une seconde loi de l'humanité , un second et impérieux besisin de notre âme qu'il faut satisfaire.

» L'homme dépend en toutes choses de celui qui règne, éprouve, frappe, guérit, pardonne , mais ne peut jamais abandonner les

droits de son souverain domaine. Dieu l'exerce à toute heure , il demande que l'homme paisiblement soumis accomplisse l'ordre et la justice en adorant avec amour, en aimant avec la plus profonde dépendance l'auteur souverain de son êlre, le créateur, le Seigneur souverain de ce qui est.

j> L'adoration est donc aussi la loi suprême , la suprême justice , qui consiste assurément et avant tout à x^econnaîire la souveraine puissance de Dieu , et son droit sur tout ce qui respire.

> L'adoration est ce devoir senti de la raison et du cœur assez semblable à l'admiration , et qui ne peut, non plus qu'elle, périr parmi les enfants des hommes , tant que la conscience de ce qui est grand, vrai,, beau et divin, demeurera dans le monde des intelligences. Grâces immortelles en soient rendues au Seigneur !

» L'homme sait bien encore qu'il s'honore lui-même, et qu'il grandit quand il adore et quand il admire en Dieu même le type auguste de toute puissance et de toute gloire.

p La prière, et la prière seule, accomplit ce devoir et cet honneur ; car l'adoration prie et la prière adore.

» Et la raison cesse d'être raisonnable , la philosophie n'est plus sage ni vraie , dès qu'elle ne sait plus placer au premier rang des lois divines et humaines la dépendance entière de l'homme envers Dieu ; dès qu'elle ne recherche pas avant tout à resserrer ce lien continu de dépendance et d'adoration, qui doit nous rattacher au principe et à l'auteur de la vie , au maître et au dispensateur souverain des biens du temps et de l'éternité.

ï Vous craignez de vous abaisser jusqu'à la prière , vous la dédaignez ! Hélas! vous ne savez donc pas recouvrer la dignité de votre âme , son bien-être , sa lumière , sa gloire et sa vie véritable ! Et oîi donc est la science, la vérité, l'illumination du génie et l'inspiration d'une grande gloire, sinon en Dieu même, intelligence, beauté, science et grandeur infinies! Où réside dans son type et dans sa source la vertu , la saintet^é , le bien moral à sa dernière et plus haute puissance, si ce n'est en Dieu saint, bon, juste et tout-puissant !

» L'homme se débat en vain dans sa laborieuse faiblesse; il cherche et recherche péniblement dans son esprit et dans son cœur, il croit tout posséder dans l'orgueil confiant de sa raison et dans le travail d'une philosophie stérile qui n'enfante jamais la vertu. Et il demeure pauvre, nu, aveugle, inutile, inutile du moins dans l'ordre de ces bienfaits régénérateurs qui seuls éclairent , vivifient et sauvent l'humanité.

» Mais qu'une courageuse effusion de l'âme aille jusqu'à re-

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trouver les éternelles émanations des richesses et des perfections divines; que la prière s'en saisisse, qu'elle s'unisse confondue avec elles, rhomme alors participe à la puissance , à la bonté, à la science de Dieu dans cet ordre supérieur et dans ces proportions magnifiques qui valent mieux que les éclairs brûlants de la pensée humaine , mieux que l'orgueil dévastateur du génie.

» Aussi le souverain réparateur d'ordre et de justice sait , du haut du ciel et quand il le veut, retrouver l'hommage de la terre et reconquérir les témoins qui publient sa grandeur, sa puissance et sa gloire dans l'attitude et la langue de la prière. " > 0 Dieu que j'adore et que je prie, montrez à mes regards, donnez à mon âme le plus consolant des spectacle;^ ; un peuple prosterné dans la prière, conjurant votre justice, sollicitant votre miséricorde et votre amour !

» Ce spectacle qui réjouit le cœur de Dieu et l'œil de l'ange , vous l'avez donné plus d'une fois , Messieurs , vous le donnerez encore à la fin de la grande semaine dans laquelle nous entrerons bientôt , et lorsque se sera accompli dans vos âmes le mystère de la résurrection de l'Homme-Dicu.

» Je n'ai pas fini l'énuméralion des lois accomplies par la prière : Je liens à les constater et à les exposer complètement devant vous.

» Seconde partie. — L'homme n'est pas seulement une pensée ) un cœur qiii prie et adore , comme le disait un de nos premiers apologistes que je ne puis traduire à mon gré : « Nous ne sommes pas de ceux qui seulement pensent de grandes choses; nous les réalisons dans notre vie par nos actions : Non qui magna cogitamus, sed magna vivimus ; » admirable éloge de l'homme chrétien ! Une grande loi régit donc encore l'âme humaine , laloi d'action et de combat.

» Notre âme est active : la vie qu'elle reçoit est le principe même intérieur de son action. Il faut agir; l'ordre et la raison demandent encore que sous l'empire de cette double loi de tendance et d'adoration qui nous rattache à Dieu , et dont il a été question tout-à l'heure, l'homme développe l'énergie et la dignité de ses actes.

» Dieu agit aussi lui-même pour sa propre gloire et pour le besoin de l'homne. Sa providence attentive nous environne des soins les plus tendres et les plus assidus. De là , ce devoir et cet ordre obligé d'une coopération digne , forte et fidèle à l'action divine. Car l'aclion raisonnable et libre de l'homme doit réellement, par une auguste et intime alliance, s'associer à l'action

de Dieu : et telle est bien aussi la destinée , la fin de l'homme sur h terre, non moins que sa gloire et son honneur.

» Dieu sans doute n'a pas besoin pour lui-même de nos efforts ; il n'en a pas besoin pour enfanter ses œuvres , pour prodiguer ses merveilles et ses grâces; il n'en a pas besoin non plus pour nous bénir. Sans cesse il nous prévient et nous comble de ses dons, alors même que nous n'avons pas songea les désirer et aies obtenir de sa bonté; Dieu n'ignore pas non plus quelle est notre faiblesse , et il n'a pas besoin de notre parole suppliante pour nous connaître et nous comprendre; il sait tout ce qui nous manque, il sait quels secours nous sont nécessaires; il est prêt à ouvrir ses mains et à verser avec abondance sur nos âmes le torrent de sa grâce.

» Mais admirable et touchante disposition de la Providence ! Dieu créa l'homme intelligent et libre ; il veut sa coopération et sa prière , sa coopération comme l'hommage et l'emploi légitime de ses forces, comme la consécration même et le mérite de sa liberté ; sa demande et sa prière comme une condition justement imposée aux faveurs divines. Dieu seul fait croître et mûrir les moissons; le travail du laboureur est cependant exigé et nécessaire. Il en est de même pour féconder le champ de nos âmes.

» Agir et prier, prier et agir. Attendre tout de Dieu, ne négliger ni soins , ni désirs , ni efforts ; cet ordre est sage , il est grand et beau, il renferme l'économie de la Providence, la condition même de son gouvernement , le pacte de Dieu avec l'homme.

> Loin de nous surtout la pensée d'un désespérant fatalisme! Il est écrit dans nos livres saints que Dieu obéit à la voix de l'homme. Le paganisme lui-même ne nommait-il pas la prière une clé d'or ouvrant les cieux ? Non : Dieu ne nous accable pas sous un joug inflexible; il n'a pas tracé la ligne de fer que suivraient inévitablement nos actes et ses décrets. Prévoyant tout, il a prévu les vœux , les désirs du cœur de l'homme et ses efforts; et il arrêta dans sa bonté d'accorder librement aux libres prières de l'homme et à sa libre coopération, le succès, la récompense.

» En un mot. Dieu a mis cette condition aux plus grands biens de notre âme : la prière.

» Il en était le maître sans doute.

» Il le fallait ainsi pour arracher l'homme à sa torpeur, à sa dédaigneuse indifférence. Aussi, quand le Sauveur a dit, dans sa divine concision : c Demandez et vous recevrez ; » il a fondé par ces simples paroles un ordre moral et spirituel; et de grands biens ou de grands maux s'y rattachent , suivant que l'on observe ou

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que l'on néglige la leçon divine à cet égard. Nous ne le savons que trop, l'action de l'homme ici-bas est une lutte continuelle au milieu des périls. Pauvre rameur courbé avec effort dans sa nacelle, il doit résister au torrent qui l'entraîne, car la vertu n'est pas un torrent facile , tant s'en faut , elle est , au contraire , le flot à remonter et à combattre.

» Et c'est bien aussi pour satisfaire à cette loi inévitable du combat que la prière est donnée à l'homme : elle est son arme toute puissante et invincible.

» La faiblesse est en nous, la force en Dieu. Vaincus trop souvent sans combattre, complices intéressés de nos penchants mauvais, nous répondons volontiers à la conscience comme à l'amitié qui nous presse : Je ne puis.

» Et cela est vrai , trop vrai sans la prière. On se décerne alors un brevet d'incapacité et d'impuissance sans en rougir. 3Iais ici le malheur et la honte de la défaite ne sont pas précisément dans les fautes commises , dans la dégradation subie , dans les peines encourues. La honte , le malheur, la lâcheté de la désertion se trouvent dans l'abandon de la prière.

> Il connaissait la puissance de ces augustes communications avec Dieu , ce roi de la catliolique et infortunée Pologne, l'illustre Sobiesky. Les troupes musulmanes assiégeaient les murs de Vienne, et, ce rempart une fois emporté, elles menaçaient la civilisation moderne tout entière d'une sanglante et irréparable invasion. Que fit ce religieux capitaine? il pria, il s'unit à son Dieu par le pain eucharistique , et avant la bataille , il ordonna aux légions qu'il commandait de se prosterner humblement devant celui qui distribue la victoire et régénère les nations. Vous savez le reste : l'Europe fut sauvée par sa glorieuse et vaillante épée.

> Eh bien ! oui , dans les desseins de Dieu , que nos Ecritures ont si bien nommé le Dieu fort , il a fallu , comme condition d'héroïsme et de triomphe , comme condition et principe de vertu , il a fallu le cri du faible qui implore, l'humble supplication du combattant , qui , pour résister, s'abaisse devant Dieu seul , et s'armant par la prière, y trouve l'indomptable énergie delà confiance du secours divin. Car, enfin. Messieurs, l'homme doit avouer qu'il n'est pas Dieu, qu'il n'est pas puissant et fort, il doit néanmoins vouloir et obtenir la puissance et la force; il ne fait tout cela qu'en priant. Dans la prière seule il est faible et puissant tout ensemble, vaincu et vainqueur, fidèle conquérant et soumis aux lois du roi immo tel des siècles.

» Et quand on ne f*omprend pas ces choses , on ne comprend

rien à l'humanité, à ses luttes morales, on ne connaît pasl'hom»me, sa force, sa grandeur, sa misère, ni les armes du combat, ni la palme décernée au courage. On ne sait rien.

» On n'entend rien à Tordre du temps et de l'éternité , aux perpétuelles alternatives de la terre , aux infaillibles promesses du ciel, quand on n'entend pas la prière.

» Par elle. Messieurs, et par la grâce avec elle. Dieu , pour ainsi parler, s'ajoute à l'homme, il le transforme, l'élève et le dispose pour régner et vaincre avec lui.

» Voilà tout , c'est bien assez ; comprenez-vous la prière? J'ose l'espérer maintenant.

» Ah ! au jour où vous avez tant souffert , où vous avez sondé l'abîme de vos maux et mesuré leur profondeur, si le chagrin s'empara de vous , si vous avez désespéré de Dieu et de vousmêmes , si vous avez cru votre faiblesse plus forte que sa grâce et que sa liberté , c'est que vous avez abandonné la prière.

î Si , au contraire , trahis par vous-mêmes , délaissés par de vains et faux amis, en proie au mécompte et au déboire des passions, vous avez su retrouver un jour le marchepied d'un autel solitaire pour y appuyer votre front; si votre voix, vos soupirs, l'accent éloquent du malheur reprirent alors la route oubliée de la prière, au calme inconnu qui naissait dans votre âme, à l'onction secrète et puissante des consolations divines , vous avez senti que Dieu ne brisait pas le roseau courbé par l'orage, qu'il n'étouffait pas la flamme à demi éteinte, mais qu'il les relevait, les ranimait et leur rendait la force, la chaleur et la vie.

» Fasse le ciel que jamais la fatigue ne vous prenne dans l'accomplissement des lois souveraines de la prière ! Il se passera dans votre cœur d'admirables merveilles; le monde les ignorera, ou il pourra même les mépriser. Laissez-le avec sa folle raison , ses froids calculs et ses labeurs stériles. Le champ où Dieu moissonne est celui qu'il cultive avec l'homme , et le travail à jamais couronné est surtout celui de la prière qui, s'élevant jusqu'à la source même des eaux vives de la grâce , en redescend avec elles , et fécondant par elle la terre de nos âmes , y dépose le germe impérissable de l'immortaUté. »

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