PÉLISSON
Patru était regarde comme un excellent critique. Tous les grands hommes de son siècle le consultaient sur leurs ouvrages, et il mérita d'être appelé le Quintilien français.
Erard. (Dix-septième siècle.)
Après lui on fait mention , dans l'éloquence judiciaire, d'un autre avocat nommé Erard, qui a laissé un volume de plaidoyers assez remarquables par la pureté et l'élégance du style. M. Bureau Delamalle parle de lui avec avantage dans son Essai d'Institutions oratoires. * Si la simplicité noble, dit-il, le naturel intéressant et la correction qui le distinguent, étaient relevés par un style plus serré, plus soutenu, par plus de chaleur et d'énergie, peut-être il mériterait d'être proposé pour modèle. »
Pélisson. (le^i — 1693.)
« Mais ce que l'éloquence judiciaire produisit de plus beau , ""à cette époque , n'appartient pas proprement au barreau , ne fut pas l'ouvrage d'un légiste, ni la plaidoirie d'un avocat, ni même un mémoire juridique ; ce fut le travail de l'amitié courageuse défendant un infortuné qui avait été puissant ; ce fut le fruit d'un vrai talent oratoire, animé par le zèle et le danger, et signalé dans une occasion éclatante. On voit bien que nous voulons parler du procès de Fouquet, et des défenses publiées en sa faveur par Pélisson, et adressées au roi. Voltaire les compare aux plaidoyers de Cicéron; et au moment où Voltaire écrivait ce jugement , ces apologies de Fouquet étaient sans contredit tout ce que les modernes pouvaient en ce genre opposer aux anciens, et ce qui se rapprochait le plus de leur mérite. Ce n'est pas qu'elles soient encore tout à fait exemptes de cet abus de figures qui sentie déclamateur; qu'il n'y ait pas aussi quelques incorrections dans le langage, quelques défauts dans la diction, comme la langueur des phrases, l'embarras de quelques constructions et la multiplicité des parenthèses ; mais les beautés prédominent, et il n'y a pas ici de vices essentiels. Tout va au but et rien ne sort du sujet. On y admire la noblesse du style, des sentiments et des idées, l'enchaînement des preuves, leur exposition lumineuse , la force des raisonnements , et l'art d'y mêler sans disparate une sorte d'ironie aussi convaincante que les raisons ; l'adresse d'intéresser sans cesse la gloire du roi à l^bsolution de l'accuse , de réclamer la justice de manière à ne
renoncer jamais à la clémence et de rejeter sur le malheur des temps et la nécessité des conjonctures ce qu'il n'est pas possible de justifier ; une égale habileté à faire valoir tout ce qui peut servir l'accusé, tout ce qui peut rendre ses adversaires odieux, tout ce qui peut émouvoir ses juges; des détails de finances trèscurieux par eux-mêmes, par les rapports qu'ils offrent avec l'étude de cette science , telle qu'elle est de nos jours, et par la nature des principes qui établissent un certain désordre comme inévitable, nécessaire, et même salutaire dans les finances d'un grand empire. » (^La Harpe, Cours de littérature.)
« Et quant au particulier de qui j'ai entrepris la défense, dit Pélisson à la fin de son second discours, particulier maintenant, et des moindres et des plus faibles, la colère de votre Majesté, Sire, s'emporterajt-elle contre une feuille sèche que le vent emporte? Car à qui appliquerait-on plus à propos ces paroles que disait à Dieu même le modèle de la patience et de la misère, qu'à celui qui, par le courroux du ciel et de votre Majesté, s'est vu enlever en un seul jour et comme d'un coup de foudre, biens, honneur, réputation, serviteurs, famille, amis, santé, sans consolation et sans commerce qu'avec ceux qui viennent pour l'interroger et pour l'accuser?.... J'ignore ce que veulent et ce que demandent, trop ouvertement néanmoins pour le laisser ignorer à personne, ceux qui ne sont pas satisfaits encore d'un si déplorable malheur; mais je ne puis ignorer, Sire, ce que souhaitent ceux qui ne regardent que votre Slajcsté, et qui n'ont pour intérêt et pour passion que sa seule gloire. Il n'est pas jusqu'aux lois, Sire, qui tout insensibles et tout inexorables qu'elles sont de leur nature , ne se réjouissent, lorsque, ne pouvant se fléchir elles-mêmes, elles se sentent fléchir d'une main toute puissante, telle que celle de votre Majesté
» C'est un beau nom que la chambre de justice; mais le temple de la clémence , que les Romains élevèrent à cette vertu triomphante en la personne de Jules-César, est un plus grand et un plus beau nom encore. Si cette vertu n'offre pas un temple à votre 3Iajesté, elle lui promet du moins l'empire des cœurs, où Dieu même désire régner et en fait toute sa gloire.... Courez hardiment , Sire , dans une si belle carrière ; votre Majesté n'y trouvera que des rois, comme Alexandre le souhaitait, quand on lui parla de courir aux jeux olympiques. Que votre Majesté nous permette un peu d'orgueil et d'audace : comme elle, Sire, quoique non autant qu'elle, nous serons justes, vaillants, prudents.