‹ Histoire de l'éloquenceChapitre 46 sur 77 · SECONDE MOITIÉ DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

SECONDE MOITIÉ DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE

Nouveaux progrès de l'éloquence du barreau. — Loyseau deMauléon. — Elie de Beaumont. — Target. — Linguet. — Gerbier. — Causes extraordinaires : Lally-Tollendal. — Beaumarchais. — • De Sèze.

A mesure que l'on avance dans le dix-huitième siècle, l'éloquence du barreau devient plus substantielle, en s'approchant quelquefois des questions de droit public et de jurisprudence universelle. On aperçoit ce progrès philosophique dans quelques mémoires de Loyseau de Mauléon , d'EIie de Beaumont , de Target , qui ont eu à traiter des causes où la philosophie pouvait développer des vues générales , soutenues par des moyens oratoires. Ces mémoires, qu'un intérêt public et de tous les temps tirait de la classe des plaidoyers éphémères , sont au nombre des bons ouvrages de littérature, quoiqu'on puisse leur reprocher souvent l'abus des phrases et l'enflure des mots , sans que ce défaut soit cependant assez marqué pour effacer le mérite : il semble seulement que ce soit un dernier tribut paye aux habitudes d'état et à l'exagération trop naturelle aux plaidoiries.

Lojseaa de Manléon. (1 728 — 1771).

€ Je lui prédis, dit J.-J. Rousseau, en parlant de Loyseau de Mauléon , que s'il se rendait sévère sur le choix des causes , et qu'il ne fût jamais que le défenseur de la justice et de la vertu , son génie, élevé par ce sentiment sublime, égalerait celui des plus grands orateurs. Il a suivi mon conseil , et il en a senti l'effet. Sa défense de M. de Portes est digne de Démosthènes. >

Cet éloge, quoique dicté par une amitié bienveillante, ne manque cependant pas de justesse. Loyseau de Mauléon ne possède point , il est vrai , l'entraînante rapidité , ni la mâle énergie de l'orateur d'Athènes , mais son style est plein de chaleur et d'élévation ; ses idées sont vives et fécondes ; ses narrations attachantes et faciles.

La tournure un peu romanesque de son esprit le portait à s'attacher principalement à la narration des faits et au développement des circonstances qui pouvaient leur donner de l'intérêt. Aussi rien n'est plus attrayant que la lecture de ses mémoires pour mademoiselle AUiot , pour Valdahon, pour Savary et Laîné. Mais son plus beau titre de gloire est la défense de la famille Calas. Là son éloquence s'élève jusqu'au pathétique le plus touchant, et pénètre d'une admiration constante.

Elie de Beanmont. (1732—1786).

Parmi les nombreux mémoires composés par Elie de Beaumont, les plus remarquables sont ceux pour Béresford , pour les Calas et pour Sirvin. Ses autres ouvrages , écrits avec la .précipitation qu'entraînent les soins d'une clientèle nombreuse, ne présentent plus la même correction , ni le même intérêt ; mais on y trouve toujours de la grâce et et de la clarté. Comme Loyseau de Mauléon, il connut l'art d'intéresser aux personnages qu'il met en scène , et de prêter au raisonnement des formes séduisantes. Plus élégant que profond , plus littérateur que philosophe , il eut plus d'esprit que de génie, plus de justesse que d'étendue dans les idées.

Target. (1733—1807).

Trois ouvrages de Target méritent une estime particulière, le plaidoyer de la Rosière de Salenay, la consultation pour la dame d'Anglure, et le mémoire pour le cardinal de Rohan dans la fameuse affaire du collier. Ce mémoire est considéré comme un modèle de narration et d'éloquence. « Porter l'ordre et l'évidence dans le récit d'une intrigue obscure et compliquée , pénétrer dans les conseils de la fraude , découvrir ses machinations , éclairer toutes ses démarches: ramener à un vaste ensemble de faits les détails les plus secondaires, les prouver, les expliquer tous, et leur donner à la fois de l'intérêt et de l'importance , courir au même

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