CHAPITRE XI
Tentative infructueuse sur Strasbourg. — Création de nouveaux corps militaires à Coblentz. — Convocation de la noblesse émigrée. — Rapport du ministre des affaires étrangères, en présence de Louis XVI, Commencement de la guerre.
Cepend nt tout se préparait à- Coblentz et àWorms pour se montrer sous les armes; Ca- , lonne prétendit que la ville de Strasbourg lui offrait ses portes ; le prince de Condé marcha avec sa petite armée composée alors de dix-huit cents hommes pour s’emparer de cette place; à cette époque il n’y avait encore aucune des puissances de l’Europe qui fût en mesure de porter le moindre secours à ce prince, soit pour protéger son entrée à Strasbourg , soit pour l’y maintenir.
On sentit que cette pénurie absolue de toute espèce de secours , jointe à l’intempé-
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rie de la saison la plus rigoureuse de l’hiver, exposait le prince de Condé , ses enfans et sa petite armée, ainsi que la famille royale à Paris, à être massacrés; le marquis de Jaucourt reçut ordre de sc faire informer par son neveu, en garnison à Strasbourg , des véritables dispositions de cette, .ville. Strasbourg n’avait rien offert ; les corps administratifs , les habitans et sa garnison tenaient plus que jamais à la nouvelle constitution, et la place était dans le meilleur état de défense ; d’après ces informations , le prince de Condé rétrograda et alla 8e cantonner à Bingen , près de May^Cd:
Le sénat d£ Coblentz, qui ne pouvait mettre en marche une armée , décrétait encore la création de corps militaires , et les emplois se vendaient au poids de lVr; les officiers aux gardes françaises payèrent six cent millelivres l’agrément de se recréer sous la dénomination de gendarmerie à pied ; on forma six régimens illyriens , et un d’impériaux russes ; les emplois en furent aussi vendus en toute propriété héréditaire ; on y paya les compagnies jusqu’à trente-cinq mille livres.
La noblesse émigrée fut convoquée par provinces pour délibérer sur un acte impor-
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tant. On lui demandait entr’autres articles de consentir l’aliénation des revenus de l’état , jusqu’à la concurrence de quarante millions , et de donner ses biens pour caution. La province de Normandie , délibérant la première , accepta l’acte dans toute sa teneur ; la province du Poitou rejeta cet acte sur la motion d’un de ses membres , et les autres provinces refusèrent. Les corps illyriens ne furent pas levés faute de trouver des soldats. Mais on créa un état-major général de l’armée qui se monta à huit cents personnes, y compris les aides-de-camp ( 1 ).
Le cabinet de Vienne ûvaftt mis ouvertement quelques obstacles à l’armement des émigrés dans le territoire soumis à sa domination. Cette résistance semblait indiquer que Louis XVI improuvait les opérations de Cobientz , et ne voulait y prendre aucune part.
Louis XVI , qui en effet avait sanctionné le décret sur le séquestre des biens des émigrés , se transporta à l’assemblée, et annonça un rapportdu ministre des affaires étrangères : « La nation française, y était-il dit, est calomniée ; des émigrés rebelles trouvent asile
(1) Histoire secrète de Coblentz.
chez nos voisins, ils s'assemblent sur nos frontières , ils menacent ouvertement de pénétrer dans leur patrie , et d’y porter le fer et la flamme; » et Louis XYI proposa de déclarer la guerre au roi de Bohème et de Hongrie.
Bientôt la guerre s’alluma dans la Flandre autrichienne ; dans le premier combat qui se - donna après la déclaration de guerre, trois cents émigrés du rassemblement d’Ath étaient accourus se rallier aux Autrichiens.
N’ayant point d’armes , ils sollicitèrent le général Beaulieu de leur en donner , et celuici leur en refusa , disant qu’il lui fallait des ordres de la cour.
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