‹ Histoire de l'émigration 17891825Chapitre 13 sur 63 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Siège de Thionyille par les émigrés. — Campagne du roi de Prusse. — tes émigrés restent campés près de Verdun. — Retraite précipitée de la Champagne. — Licenciement de l’armée des princes.

Les émigrés suivaient l’armée prussienne , qui les laissait trois ou quatre marches en arrière. Comme ils avaient assuré que toutes les villes ouvriraient leurs portes à leur vue , le siège de Thionville leur fut confié. On s’approcha de la place, et le corps de la marine émigrée se trouva opposé aux volontaires nationaux de Brest. On se reconnaît , et les injures sont bientôt échangées.

La place forte de Thionville ne pouvait être prise sans canon; une négociation fut entamée avec les Autrichiens de Luxembourg pour

obtenir deux pièces de 24; enfin , elles arrivent , et c’est avec ce formidable appareil que la place est sommée de se rendre; sur le refus du commandant on tire inutilement contre la ville quelques centaines de coups de canon.

La plus petite sortie mettait toutes leurs forces en mouvement ; heureusement que leurs adversaires n’étaient guère plus formidables; cependant sous leurs tentes les émigrés exhalaient leur mécontentement, en plaisanteries contre leurs chefs. Un jour les deux petits canons étaient traînés sur le grand chemin par des officiers d’artillerie , faute de chevaux, lorsqu’un officier général arrive au grand galop et s’arrête indigné à la vue des canons roulant vers la place , la culasse en avant : » Comment, cria-t-il aux officiers, est-ce bien des gentilshommes qui conduisent ainsi leurs canons à l’enûemi? et, s’il se présentait, comment pourriez- vous tirer dessus? » On eut peine à lui faire comprendre qu’on ne pouvait faire autrement (1).

Cependant les Prussiens , ayant tourné les places frontières de l’Alsace , pénètrent ra-

(1) Le comte de Las Cases, . .

pidcment jusqu’à Verdun ; les Autrichiens entrent en Flandre , et entreprennent le siège de Lille. '

Le roi de Prusse, jugeant que le secours des Français ne pourrait lui être utile, décide qu’ils resteront campés près de Verdun, et s’avance témérairement sur la Champagne; bientôt vaincu à Valmy, et se voyant compromis dans une entreprise dont l’issue devenait de plus en plus incertaine , il traite secrètement avec le général Dumouriez, et évacue le territoire français de nuit, à marches forcées.

Aussitôt les malheurs de toutes espèces viennent assaillir les émigrés , et la plus épouvantable déroute commence. Trompés dans des espérances trop facilement conçues , ils accablent le roi de Prusse de vains reproches et - d’injures. Et eux qui l’avaient d’abord appelé l’Agamemnon moderne ne l’appellent plus que l’opprobre des rois. Les Prussiens à leur tour les abreuvent d’outrages; leurs chefs sont dégradés, méconnus, insultés; leurs équipages, leurs effets les plus nécessaires, tout jusqu’à leur linge est pillé ; et leurs personnes mêmes sont indignement maltraitées.

Ainsi s’évanouirent en six semaines les espérances de deux années. La fuite préci-

pitée des émigrés et de leurs auxiliaires, qui avaient fait entendre de si hautes prétentions, devint une déroute générale dans tous les états voisins , éleva la confiance des milices nationales, l’audace des révolutionnaires, et mit le comble au découragement des royalistes de l’intérieur; et voilà où conduisirent et les expressions outrageantes d’un général étranger, le duc de Brunswick,, et les impru* dentes démonstrations de ceux qui n’ont cessé de dire : « Il n’a fallu que quelques semaines pour réduire le Brabant , pour remettre la Hollande sous le joug du stathouder; il ne faudra que deux mois pour renverser la révolution de France : ceux qui voient différemment ne sauraient être que des jacobins déguisés. »

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