CHAPITRE XVI
Etat de l’émigration armée. — Son licenciement. — Sa dispersion. — Armée de Coadé. — Légion de Saint- Simon. — Apparition du régiment de la Châtre.
Voyons quelle était à la même époque la position des émigrés us-à-vis la France.
La défaite des Prussiens dans la Champagne , et les victoires de Dumouriez dans la Belgique, n’avaient point anéanti leurs espérances ; les premiers et courts succès de la coalition à l’ouvertnre de la campagn.e de 1793 les firent renaître plus menaçantes et plus vives. L’armée sous les ordres des princes français avait été licenciée , mais ses débris , réduits au service des vingt puissances coalisées , se trouvaient épars dans tous leurs rangs , et combattaient la France sur tous les points pour le compte de ses ennemis. “ •
On trouvait des pelotons d’émigrés au service de l’Angleterre , de l’empereur , du stathouder , du roi de Prusse, dans les régimens de tous les petits princes confédérés.
JL’armée de Condé elle-même était au service de François II.
Cette armée n’avait point éprouvé le sort de celle des frères du roi et du duc de Bourbon. L’invasion de Mayçnce et de Francfort par Custine ayant fait présumer qu’elle pouvait être utile dans la position qu’elle occupait , la cour de Vienne , auprès de* laquelle le prince de Condé avait fait les démarches les plus actives, décida que ce corps serait conservé. L^empereur continua de fournir le pain et le fourrage aux gentilshommes (1) , et fit donner à leurs soldats une paie semblable à celle des troupes.
Plus tard un nouvel ordre arriva, et cette • armée faillit être entièrement désorganisée ; les instances du prince firent de nouveau révoquer cette mesure , et l’empereur ordonna au comte de Wurmser de réunir le corps de Condé à l’armée du Rhin , dont
(1) Campagnes du prince de Condé, par. le marquis d’Ecquevilly, pag. <ji. •'
ce général avait le commandement. Sa formation devait être assimilée à celle des troupes autrichiennes ; on lui accorda le même
traitement, le même uniforme, et tous les
objets qui pouvaient la mettre dans le cas d’entrer en campagne. L’armée de Condé formait alors un corps de six mille hommes.
Quelques émigrés des provinces du midi s’étaient aussi montrés sur les frontières de la Savoie et du comté de Nice , et formaient une légion qui voulut défendre ces contrées contre les armées de la république. Cette 'légion fut taillée en pièces , et à peine ses débris purent-ils rejoindre dans la Forêt- Noire l’armée du prince de Condé. On en vit même quelques-uns sous les drapeaux du roi d’Espagne. Voici la proclamation assez curieuse que publia le marquis de Saint-Simon pour former une légion de ces émigrés : t
«Nous soussigné, Claude-Anne, marquis » de Saint-Simon , grand d’Espagne de la
• première classe, maiwnaldes camps et » armées de LL. MM. catholique et très-
• chrétienne , gouverneur de Saint-Jean-
» Pied-de-Port ,
Annonçons avec empressement à tous *
» les bons Français , de quelque état et con- » dition qu’ils soient , attachés à la religion » catholique , apostolique et romaine , au » trône , à l’honneur et à leur devoir , que » le roi d’Espagne , notre maître , nous a » ordonné de former une légion française, » dans laquelle les émigrés français pensant » loyalement seront reçus et très-bien traités ;
» que S. M. eatholique les prend à son ser- » vice , sous sa protection , et à sa solde.
» S. E. don Bonaventure de Caro, capi- » tafne général des armées de Navarre et de » Guipuscoa , a ordonné à tous les postes » avancés de les recevoir ; il leur sera accor- » dé des passe- ports pour se rendre à Pam- » pelune, lieu du rassemblement de cette » légion, ou à l’endroit où elle se transportera.
» Les armes , les harnais et les chevaux * qu’ils amèneront, et qui seront propres au » Service , leur seront payés comptant à leur » atrivée.
» Nous préveno^que les bataillons seront » formés autant que possible par provinces , » et d’individus qui se conviennent.
» Donné au quartier général de Burguette, » le 6 juin 1693.
• Signé, le marquis de Saint-Simon.»
Le même mois, presque le même jour que cette proclamation était connue , les journaux annonçaient que le gouvernement anglais venait de faire débarquer une légion d’émigrés à Ostende , ayant à sa tête le comte de la Châtre , qui fut depuis ambassadeur.de Louis XVIII à la cour d’Angleterre , duc et pair de France , et premier gentilhomme de la chambre.
On savait déjà que le gouvernement anglais avait embarqué plusieurs corps de troupes ; quelques émigrés avaient commencé à pénétrer dans les départemens de l’ouest en insurrection , mais seulement ceux qui avaient pu traverser secrètement les îles de Jersey et de Gernersey. On parlait maintenant de diviser en deux leur armée et de mettre à leur tête le comte d’Artois , que l’on attendait d’un moment à l’autre à Londjres. L’impératrice de Russie avait relevé les espérances de ce prince ; des sommes considérables avaient été mises à sa disposition et sa protection lui était éternellement assurée , pourvu qu’il se montrât digne de sa bienfaitrice en allant dompter et punir les rebelles. C’est le 1 8 juin que l’on apprit l’apparition du comte de la Châtre à Ostende.
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