CHAPITRE XYir
Campagnes de «793. — Défaites successives des émigrés et de la coalition.
La convention avait vu la campagne de 1 793 s’ouvrir sous de funestes auspices. Le Stathouder avait reconquis une partie de ses états , tandis que les Autrichiens repassaient le nainaut et pénétraient en Alsace. Dumouriez , après avoir expié à Nerwinde la gloire de Jemmapes, évacuait successivement Bruxelles , Gand , Anvers , Mons et Namur , et las de verser son sang pour une révolution qu’il ne pouvait maîtriser, passait bientôt du côté de ses ennemis. Dumouriez ne servit point l’émigration de son épée, mais il lui amena du moins de nouveaux renforts. En même temps qu’il privait la patrie du secours de
Son bras. Sa défection fut une chance de plus pour ceux qui la déchiraient.
Valenciennes , Condé et le Quesnoy tom J bent bientôt au pouvoir de l’ennemi; Cambray est investi , le duc d’York assiège Dunkerque , Toulon est livré à l’amiral Hood , Bagnoles et le port Yendres sont occupés par les Espagnols ; en meme temps Lyon et Marseille lèvent l’étendard de la révolte. La Normandie renouvelle sa fédération de 1792. En Bretagne , la chouannerie donne le signal de l'insurrection ; la moitié de la population des rives de la Loire inférieure prend les armes à la voix d’un voiturier; les troupes républicaines sont partout battues; Bressuire, Thouars , Parthenay , Châtillon , Fontenay, Chollet, Saumur , deviennent la proie des Vendéens.
La convention eût tremblé si ses membres, qui avaient dès long-temps placé leur tribune en face de l’échafaud , eussent été capables de peur. Alors ces lois déjà rendues dans sa colère contre ceux qu’elle accusait partout de nos maux devinrent des lois de désespoir et de rage. Elle qui croyait représenter la nation, frappa de ses foudres tout ce qui ne se déclarait pour elle; la proscription se pro-
menait en son nom et trouvait partout des licteurs. Mais au bruit de ses désastres la patrie fit entendre des cris qui ne pouvaient être méconnus, quel qu’en fût l’interprète. La France entière courut aux armes , et le souvenir des succès de ses ennemis s’évanouit comme un songe.
L’armée de la Moselle avait préludé par le combat d’Àrlon à la victoire de Hondtschoot.
Le duc d’York épouvanté avait levé le siège de Dunkerque, abandonnant ses canons, ses munitions , ses bagages et se retirant précipitamment sur Fumes. Le Quesnoy arborait le drapeau républicain , et Clairfayt était vaincu A Vattignies. La prise de Mayence , celle de Valenciennes sitôt reconquise, n’avaient peut-être pas été moins fatales aux ennemis de la révolution que tous les succès éphémères de l’étranger. Les garnisons de ces deux villes transportées au sein de la Vendée y répandirent la terreur et la mort. Les Vendéens, repoussés avec une perte immense de Nantes qu’ils avaient attaqué , chassés de Saumur qu’ils n’avaient occupé qu’un instant, sont battus près de la Tremblaîe, mis en déroute devant Chollet , écrasés sous les murs de Granville où ils espéraient quelque chose des
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Anglais ; et leur armée, réduite au désespoir , est eùfin détruite et dispersée à Savenay.
Toulon, où Hood s’était introduit par trahison , et qu’il ne sut pas défendre, Toulon n’était pas encore en leur pouvoir, que déjà Marseille s’était soumise à la république.
Hood s’enfuit bientùt avec son escadre, satisfait sans doute d’avoir vu des Français sentr egorger , et d’avoir livré à la rébellion une ville qui , comme Lyon, où Kellermann venait d’entrer , devait en être punie.
Toutes ces victoires n 'étaient que le prélude de victoires nouvelles et de succès quelquefois aussi cruellement achetés. Et n’aveivous pas entendu l’un de ceux au génie desquels on les devait en partie , Carnot , s’écrier plus tard au sein de la convention : « Ces premières victoires et toutes celles qui ont signalé l’immortelle campagne de 1794 sont à vous ; elles sont l’effet des mesures qu’on nous reproche comme des crimes. C’est avec ces succès que nous rendrons compte de tout le sang que nous avons versé. »