CHAPITRE XX
Diversion opérée par l’Angleterre en laveur de l’Autriche. — Tableau de la Vendée de 1793 à 1795. — Traité de la Jaunaye. . — Violation du traité. — Nouvelle insurrection, excitée par le comte de Puisaye agent de l’Angleterre. .
François II, chassé de la Belgique, avait à soutenir la guerre dans l’Italie et sur le Rhin ; l’Angleterre, expulsée du continent , n’avait plus à faire valoir contre la France que ses vaisseaux, ses trésors et sa politique infernale. Pour l’énerver de plus en plus , et sous prétexte d’affaiblir ses moyens d’agression contre l’Autriche , Pitt , aidé par les émigrés , ralluma les feux de la Vendée , et prépara les désastres de Quiberon.
Depuis la sanglante défaite de Savenay , le fanatisme vendéen semblait éteint ; ses chefs
les plus braves , ses guerriers les plus enthousiastes , avaient trouvé le martyre ; Lescure , Cathelineau , Talmont , d’Elbée,Bonchamps, reposaient sous la tombe , où Henri de Larochejaquelein mortàTrémentine, Marigny fusillé par les siens , et toute cette famille des Cathelineau qûi eût composé seule une armée , devaient bientôt les joindre. Mais la terre de la "Vendée était féconde en héros de cette sorte; il ne- fallait que les appeler aux armes.
Dès la fin de 1 793 le comte Joseph de Puisaye , émigré français et agent de l’Angleterre , avait réorganisé l’insurrection sur la rive droite de la Loire et dans toute la Bretagne. Cette insurrection avait déjà été entreprise par Armand de la Rouairie , qui fut une de ses premières victimes (.); mais son exécution était devenue plus facile depuis qu’une division de l’armée vendéenne avait su donner quelque élan aux paysans bretons, et cette population nouvelle commença la guerre des chouans.
(1) Mémoires sur l’ expédition de Quiberon, paç M. de Villeneuve la Roche-Barnaud. Celte guerre fut appelée guerre des chouans , du nom vulgairement donné dans
er
Dans les premiers moistle 1794 les chouans se signalèrent par plusieurs affaires sanglantes contre les républicains , qu’ils appelaient les bleus. À la même époque, les soulèvemens qui avaient eu lieu en Normandie dans l’année 1 792 , par l’influence du comte de Puisaye , se renouvelaient par les soins du comte Louis de Frotté , émigré , qui venait de faire la campagne de Champagne dans l’armée des princes, et celle de 1793 dans l’armée de Condé. Ce militaire commandait plusieurs petites divisions qui se répandaient depuis les confins de la Bretagne jusqu’aux bords delaSeine, etpouvaicnt inquiéter Paris. La convention fit alors ce qu’elle avait déjà fait en 1 793 ; délivrée de la craiqte d’une invasion dè la part de ses ennemis du dehors, elle détacha quelques régimens de ses frontières , et mit le général Hoche à leur tête. De ce moment les choses changèrent de face :
quel que fût le courage des chouans, comment,
le pays à quatre frères nommés Cottereau , qui parurent à la tête d’un parti avant même que le marquis de la Rouairic eût pris le commandement en chef de l’armée insurgée. Les frères Cottereau étaient des environs de Laval.
dépourvus d’artillerie, d’approvisionnemens, eussent-ils pu tenir la campagne contre des armées régulières ? Ils se bornèrent à des attaques de postes , à des incursions , qui finirent par leur coûter l’élite de leurs divisions ; ils essuyèrent dans plusieurs occasions des pertes si considérables, qu’enfin, au mois de janvier 1795 , ils consentirent à une suspension d’armes pour traiter de 'la paix , lorsqu’ils apprirent la prise de la Hollande.
A cette époque Puisaye se trouvait à Londres; il s’y était rendu pour accélérer l’envoi d’un secours d’armes , de munitions et d’argent , qui lui avait été offert par le gouvernement britannique , à la sollicitation des princes français. Loin de songer à se soumettre aux lois de la république , il ne désespérait point de parvenir au contraire à résister avec plus de succès au moyen de la correspondance qui s’établissait avec les Anglais. Dès qu’il apprit qu’une trêve venait d etre signée en son absence , il écrivit aux siens pour les engager à traîner en longueur les négociations de paix , se flattant de se trouver bientôt en état de reprendre les hostilités. La plupart des chefs vendéens et des chouans n’avaient fait que céder à la nécessité du moment en accep-
tant la suspension d’armes proposée par un décret de la convention ( i ) ; leur intention n'était que de gagner du temps (2).
Les conférences pour la paix avec les Vendéens se tinrent d’abord à la Jaunaye près de Nantes. Gharette signa en leur nom un traité que signèrent ensuite , à la Mabilais près de Rennes , les différens chefs des postes du Maine , de la Bretagne , de la Normandie. Là s’étaient trouvés réunis plus de cent vingt chefs de ces trois provinces , parmi lesquels celui qui se montra le plus disposé à la paix , et qui figura comme principale partie contractante , fut Désoteux de Cormartin , tout nouvellement arrivé dans le pays pour prendre part à la guerre , et que le comte de Puisaye avait nommé major général avant son départ pour Londres.
Quelques-uns des chefs chouans ou vendéens refusèrent de signer , entre autres Frotté et le chevalier de Tintiniac, qui retourna aussitôt en Angleterre pour rendre compte de ce
(1) Décret du 2 décembre 1794 , portant amnistie pour le passé si les rebelles voulaient rentrer dans le devoir.
(2) Mémoires sur /’ expédition de Quibcron , pag. i 85 .
qui venait de se passer. Stofllet, que sou refus d’adhérer avait mis dans une situation très-périlleuse , fut obligé , le ao avril , de déclarer qu’il se soumettait aux conditions du traité de la Jaunaye.
Ces deux traités n’étaient dans; le fait que « des actes illusoires , signés , de la part des royalistes , sans autre intention que celle de détourner l’orage près de fondre sur leur tête, et de gagner quelques mois de repos pour se préparer à de nouveaux combats.
Charette, Stofflet , et Désoteux lui-même, avaient cru pouvoir , sans blesser les lois de l’honneur, dissimuler avec les envoyés d’une autorité illégitime et tyrannique , lorsque la force des circonstances ne leur laissait aucune voie pour sortir de l’état de détresse où ils étaient réduits (i).» Quoi qu’il en soit, les délégués de la convention voulurent bien se contenter d’un tel résultat des conférences : en conséquence , ils firent proclamer avec solennité la nouvelle de la pacification générale , et de ce moment la plus grande partie des troupes républicaines reflua vers le Rhin.
Tel était l’état des choses dans l’intérieur
(1) Mémoires sur l'expédition de Quiberon , pag. 192.
de la France au commencement de «795. Il n’y avait qu’une apparence de paix ; la moindre étincelle devait y rallumer le feu de la guerre civile. Or , cette situation de la France offrait précisément le moyen d’opérer une diversion en faveur de François II. Il s’agissait de travailler à remettre en état d’insurrection , le plus promptement possible, les Vendéens et les chouans ; de leur fournir des secours de toute espèce, et principalement de l’artillerie et de l’argent : tel fut le plan qu’arrêtèreutlcs cours deVienneet deLondres.L’angleterre se chargea des frais des expéditions qui se combineraient avec les royalistes de l’intérieur de la France. On vit bientôt les effets de l’empressement que mit le cabinet britannique à remplir ses promesses.
L’amiral Bridport, qui croisait à la hauteur de Brest , reçut ordre de protéger les communications qui allaient s’ouvrir avec les côtes de France. Une correspondance officielle fut entamée avec le comte d’Artois , qui à cette époque résidait à Edimbourg. Ce prince, sur les premières espérances que lui fit concevoir le ministère anglais, expédia secrètement le marquis de Rivière auprès de Charette pour le décider à ne pas observer le traité forcé de la
Jaunaye , lui donna des avis nécessaires et le disposa à agir de son côté quand le moment serait venu ; alors Charette rassembla douze mille hommes à Belleville (i).
Les principaux chefs des, chouans reçurent des lettres de créance octroyées par les membres de la famille royale (a) ; Stofflet avait reçu le titre de maréchal-de-camp , Charette celui de lieutenant-général et le cordon rouge. Voici une lettre que Monsieur avait écrite de Véronne à ce dernier : «Enfin, Mon- » sieur, j’ai trouvé le moyen que je désirais «tant : je puis communiquer directement » avec vous ; je puis vous parler de mon ad- » miration, de ma reconnaissance, du désir » ardent que j’ai de me joindre à vous, de » partager vos périls et votre gloire. Je le rem- » plirai , dût-il m’en coûter tout mon sang ; » mais en attendant ce moment heureux , le » concert entre celui que ses exploits rendent » le second fondateur de la monarchie et celui » que sa naissance appelle à la gouverner » sera certainement de la plus haute impor- » tance. Personne mieux que vous ne con-
(1) Abrégé chronolog. de l’Hist. de France, pag. a 5 1 .
(2) Mémoires du comte de Vauban.
» naît l’utilité des démarches que je peux faire » relativement à l’intérieur : vous penserez » qu'il est bon que ma voix se fasse entendre » partout où l’on est armé pour son Dieu et * le roi; c’est à vous de m’éclairer sur les » moyens d’y parvenir. Je confie cepen- » dant à yotre prudence l’expression d’un » sentiment que je ne puis plus contenir. A » présent que je ne puis parler moi-même à » vos braves compagnons d’armes , si cette » lettre est assez heureuse pour vous parvenir » à la veille d’une affaire, donnez pour mot » d’ordre , saint Louis ; pour mot de rallie- » ment , le roi et la régence. Je commencerai » à être parmi vous le jour où mon nom sera » associé à l’un de vos triomphes.
» Signé , Louis-Stanislas-Xavier (i). »
(i) Cette lettre, citée dans les Mémoires de M. de Villeneuve - Laroche - Barnand comme une marque honorable de l’intérêt que portait ce prince à M. de Charette et à ses succès, se trouve dans un ouvrage intitulé : Réfutation des calomnies publiées contre le général Charette , commandant en chef des armées catholiques et royales de la Vendée ; par M. Lebouvicr des Mortier. Paris , 1 809. Cet ouvrage fut saisi chez l’éditeur par la police impériale.
Le comte de Puisaye attendait toujours à Loudres le résultat de ses sollicitations; les pair faites par les différens chefs vendéens avaient paralysé leurs différentes armées. Tout était donc fini si l’étranger ne fût intervenu , et sans son intervention rien n’eût commencé peutêtre. Le comte de Puisaye, bien pénétré de cette idée, renouvelle les offres qu’il avait déjà faites plus d’une fois ; on l’admet à des conférences plus suivies ; on lui demande des renseignemens précis sur les dispositions actuelles du parti , qui , selon lui , a signé une paix en jurant de lui être infidèle. On lui accorde des troupes , des armes , des munitions et de l’argent, et il promet de ressusciter la Vendée.
Bientôt les brandons sont jetés ; le signal des combats est donné; dès la fin de mai l’insurrection éclate dans la Bretagne. Le comte de Sili insurge le Morbihan ; il est tué; George Cadoudal rallie les débris de la division, et vaincu, poursuivi lui-même, il demande aux forêts du Morbihan une retraite conJtre les vengeances des républicains.
Dans le département d’Ille-et-Vilaine , un jeune homme de dix-neuf ans. Piquet Duboisgny, déploie l’étendard des lis; sa division
le reconnaît pour chef, les princes français confirment cette nomination ; mais , battu et mis en déroute par le général Humbert , il va rejoindre George Cadoudal dans l’épaisseur des bois.
Boishardy , chef de la division des Côtesdu-Nord, après quelques affaires d’avantpostes contre l’adjudant -général Crublier, tenait conseil de guerre avec ses officiers dans son château : il est surpris ; lui et les siens sont percés de coups , ou tombent entre les mains des Français , au moment où ils projetaient contre eux des combats nou-
veaux.
Des insurrections dans la Mayenne., la Çatihe, et dans une partie du département de Maine-et-Loire, avaient simultanément éclaté ; leur résultat était à peu près le même. Cependant les chouans, repoussés sur Maine-et-Loire , prolongeaient la guerrede .ce côté : on s’y battait encore le 10 juillet, et, quoique rejetées depuis jusque vers Angers , les bandes royalistes n’avaient pas brisé
: . l'-ii .-.J - ». .
’ii** Ai * 1 * il t * »Vxi - ^ f ‘ , i
^\VVVW« VWlVVVaVWVt/VVVVVlWVVVVVVVW