‹ Histoire de l'émigration 17891825Chapitre 23 sur 63 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Rapport de Tallien à la convention sur l’expédition de Quibcron. — Lettres du général Hoche — Décret de la Convention.

Les représentans s’étaieot rendus au cantp de Hoclie; ils voulaient témoigner devapt la patrie de la bravoure des républicains : on les avait vus suivre leurs colonnes, assister en personne à l’attaque du fort de Penthièvre. Le général Botta avait été grièvement blessé aux côtés de Tallien. C’est sur la plage fumante encore que le conventionnel écrivit le rapport suivant, adressé à la convention.

Représentans du peuple ,

J’accours des rives de l’Océan joindre un nouveau chant de triomphe aux hymmes triomphales qui doivent célébrer cette grande solennité.

Je te salue , époque auguste où le peuple écrasa la tyrannie décemvirale ! Heureux , trois fois heureux anniversaire où les défenseurs de la patrie ont terrassé la coalition de l’étranger et des parricides , je te salue.

Le comité de salut public nous a ordonné de vaincre les ennemis de la république qui avaient osé souiller son territoire ; il est obéi. L’armée républicaine a vaincu celle de la contre-révolution. Quiberon, le fortPenthièvre , et tout ce qui s’est trouvé dedans est au pouvoir de la république.

Oui , représentans , courbé trop longtemps sous le faix ignominieux des vaisseaux d’Albion , l’Océan français a vu ses légitimes dominateurs reprendre , sur ses bords du moins, l’attitude qui leur est naturelle , l’attitude de la victoire. Il a tressailli à l’aspect de nos braves , armés par la vengeance , guidés par l’enthousiasme de la république , poursuivant au sein des flots qui les ont rejetés sous le glaive de la loi ce vil ramas des complices, des stipendiés de Pitt , ces exécrables auteurs de tous les désastres et de tous les forfaits contre lesquels la Frapce lutte depuis cinq ans.

« Ilsontosé (disions-nous, en parlant des émigrés , dans une proclamation publiée à Vannes ) ,

» Ils ont osé remettre le pied sur la terre natale , la terre natale les dévorera. » C’en est fait : l’oracle s’est accompli , la terre natale les a dévorés.

Après avoir perdu , par son ineptie , le fruit d’une descente préparée à si grands frais , annoncée avec tant de jactance , favorisée par tant d’intrigues extérieures et intérieures; battue à Carnac , forcée d’évacuer Auray , Lan-»devant , et tous les postes que la surprise lui avait livrés , l’armée Anglo-chouane-émigrée ne tarda pas à se voir bloquée dans son repaire de Quiberon', par les excellentes dispositions du général Hoche. Deux fois les modernes paladins voulurent tenter la vigilance et le courage de nos troupes républicaines ; deux fois ils ont essayé de se faire jour à travers nos colonnes. La première , ils furent repoussés par notre seule avant-garde , dont l’impétuosité les sauva d’une entière défaite. La seconde , ce fut le 28 messidor , cette même avant-garde, instruite par l’expérience, se replia à l’apparition de l’ennemi; celui-ci prend cette manœuvre pour une fuite : déjà

il croit inspirer la terreur qu’il a lui-même si souvent éprouvée; il s’avance fièrement , l’arme au bras, contre nos troupes qui l’attendent dans le calme et le silence le plus profond: les deux armées ne sont plus qu’à la demi-portée du pistolet. Tout à coup un feu terrible de mousqueterie se déploie sur le front de notre ligne ; il est soutenu sur ses flancs par deux pièces chargées à mitraille.

L’audace de l’ennemi disparaît ; elle fait place à la terreur et à la confusion: deux minutes décident sa déroute ; il est poursuivi la baïonnette dans les reins , et se rallie à grand’peine sous la protection du feu de son fort , et de l’escadre anglaise qui vomit une grêle de boulets sur nos phalanges victorieuses. Quatre cents hommes de cavalerie de plus , et aucun n’eût échappé ; mais la mort des héros eût été trop douce pour des traîtres. La Providence leur réservait un châtiment dqnt la rigueur et l’opprobre devaient être proportionnés à leurs crimes , et qu’ils n’ont pas tardé de subir. Pour vous mettre à même de suivre avec l’intérêt qu’elle mérite l’opération décisive dont j’ai à vous entretenir, il est à propos de vous donner un léger aperçu des localités.

Un arrive à Quiberon par une langue de terre sablonneuse, nommée la falaise , qui peut avoir une lieue dans sa plus grande largeur, et vient en s’étrécissant jusqu’à l’entrée de la presqu’île où elle n’a plus que trente toises. Cette entrée est hermétiquement fermée par le fort Pentliièvre , qu’une lâche capitulation avait mis au pouvoir de l’ennemi.

Notre camp, appuyé par ses deux ailes à la mer, était situé sur la falaise , à une lieue et demie du fort, en avant du petit village de Sainte-Barbe ; la flotte anglaise mouillait à sa gauche, plusieurs bâtimens occupaient sans cesse la droite, et il n’y avait pas de jour que les chaloupes canonnières de l’ennemi ne s’avançassent jusqu’à portée de fusil du rivage.

C’eût été compromettre la dignité de nos armes que d’attaquer le repaire de ces brigands suivant les règles de l’art, c’eût été leur ménager la possibilité d’une fuite qui en eût soustrait la plus grande partie à la veu 7 geanee nationale; et il fallait à la vengeance nationale un exemple terrible qui effrayât quiconque serait tente de les imiter. L’âme de mon collègue, celle du général et la mienne, ne formaient à cet égard qu’un même voeu ;

il était conforme à celui de l’armée, qui’ chaque jour demandait à grands cris qu’on la conduisît à l’ennemi, que l’on fît une attaque de vive force.

Il fut ordonné à une colonne d’élite , commandée par l’adjudant-général Ménage , de filer par la droite, le long de la mer, jusqu’au pied du fort , de l’escalader et de s’en emparer; une autre colonne, aux ordres du général Valteau, fut chargée d’attaquer de* front; et une troisième , conduite par les généraux Humbert et Botta, après avoir suivi par la gauche la laisse de basse mer jusqu’au fort, fut destinée en partie à le tourner, à venir l’escalader par la gorge, et à se porter au village de Kerostin pour s’opposer aux mouvemens que pourraient faire les troupes ennemies cantonnées dans la presqu’île.

D’après ces dispositions, l’attaque devait être exécutée dès la nuit du 1“ au 2 thermidor ; elle ne put l’être que la nuit suivante : les troupes se mettent en marche à onze heures du 6 oir, au nombre de deux mille hommes ; un orage affreux éclatait alors dans ces parages , la pluie tombait à grands flots , un vent froid et impétueux la jetait aux yeux du soldat, et lui ôtait la faculté de se diriger.

Errant sur cette vaste mer de sablé sans aucun signe qui puisse guider leur marche , nos colonnes se heurtent , se rompent et se confondent, et n’offrent plus qu’un chaos qui semble impossible à débrouiller. Il fallait, pour y parvenir , toute l’activité , tqut le sang-froid du général : à travers les ténèbres les plus épaisses, il reconnaît les chefs, distingue les différens corps , rectifie les erreurs, •supplée par de nouveaux ordres à ceux qu’il est impossible de remplir, excite, presse, encourage , et réussit enfin à rendre chacun à son poste et à sa destination.

Le point du jour nous trouva en présence du fort Pentbièvre ; notre centre fut reconnu le premier , et commença l’attaque. Pendant ce temps , les colonnes latérales s’avancent en silence vers les points qui leur sont indiqués ; bientôt elles sont aperçues par les chaloupes canonnières anglaises qui bordaient le rivage, et dans les eaux desquelles nos soldats étaient obligés de passer jusqu’à la ceinture. Ces intrépides soldats n’avaient de moyens de défense que dans leur courage ; tout le succès de cette affaire avait été confié à leurs baïonnettes ; on n’avait pas môme amené une pièce de canon , et l’humidité

avait rendu leurs fusils des armes inutiles, Foudroyées de front par les batteries , sur les flancs par les chaloupe^ et les frégates anglaises , les troupes s’étonnent un instant et font un mouvement rétrograde ; l’instant d’après elles sont ralliées ; mais il n’était plus temps , l’entreprise paraissait manquée , et la plus grande partie d’entre elles reprenait tristement le chemin de ses lignes. Tout à coup un bruit sourd se fait entendre : une colonne des nôtres a pénétré , se disaient les soldats. Je lève les yeux vers le fort , et je n’y vois plus flotter l’étendard des rebelles ; le drapeau tricolor l’avait remplacé. '

Citoyens, le fort était à nous. A travers les flots d’une mer mugissante , sous le feu meurtrier.de la mitraille anglaise, l’intrépide Ménage , à la tête de ses deux cents braves , s’était glissé de rocher en rocher jusqu’au pied du roc de la forteresse , l’avait gravi , et se précipitant le sabre à la main dans l’intérieur» avait exterminé tous ceux qui avaient résisté.

Nous étions maîtres du fort , et les canonniers ennemis , composés de Toulonais rebelles et fugitifs à l’époque de la repise de ce port , tiraient encore sur nos troupes.

Cet exploit eût suffi sans doute à d’autres qu'à des Français ; mais , pour eux et le général qui les commandait , ce n’était que le premier pas dans la carfière , et ils avaient juré d’en parcourir toute l’étendue et d’exferminer dans cette journée toute l’armée royaliste.

Deux bataillons restent |»our la garde du fort ; le surplus de l’armée s’élance dans la presque île sur lès traces du général et des représentans du peuple. En un clin d’œil elle a parcouru cette presque île d’une lieue et demie de profondeur : tous les hameaux , toutes les maisons en sont fouillés avec soin. L’ennemi , débusqué partout , se rend ou fuit à vau-de-route. Quelques-uns des siens se rallient sur une hauteur et font mine de résister ; un léger combat s’engage entre eux et nos tirailleurs , mais l’aspect de deux colonnes qui vont les envelopper éteint ce léger essor de courage ; ils fuient et se hâtent de rejoindre les compagnons de leur honte et de leur félonie.

Chassés comme un vil troupeau , ils se réunissent tous sur le rocher , au bord de la mer , à l’extrémité de la presqu’île. C’est à ce rocher que viennent se briser leur fol orgueil , leur»

espérances, parricides , leur audace extravagante. En vain cherchent- Us à retarder le coup qui doit les frapper; en vain envoientils plusieurs parlementaires pour obtenir quelques conditions.

Quelle relation pouvait exister entre nous et ces rebelles? qu’y avait-U de commun entre nous que la vengeance et la mort? La charge bat à coups redoublés par ordre du général ; l’escadre anglaise , au nombre de 1 54 voiles , tâche en vain d’en imposer à nos troupes par un feu terrible et non interrompu. Les boulets, la mitraille, pleuvent sur nos colonnes ; mais rien ne peut arrêter les républicains, Sept cents grenadiers fondent avec impétuosité sur le rocher, la baïonnette en avant. Les vaincus jettent des cris de désesppir ; Us demandent à se rendre. Le général leur envoie l’ordre de mettre bas les armes, et de faire cesser le feu des Anglais. « Eh ï s’écrient-ils , ne voyei-vous pas qu’ils tirent sur nous comme sur vous ? » Cependant le général s’aperçoit qu’on profite du moment de répit qu’il a bien voulu donner, pour faire quelques embarcations. A l’instant , deux pièces de canon sont traînées sur te bord delà mer, et une vingtaine de coups à mitraille empêchent les bâtimens de revenir. Ce

moment fut le terme fatal pour le châtiment de tant de crimes et de trahisons. Tout ce que l’île contenait d’ennemis vient mettre bas les armes, et se rendre à discrétion. Quel spectacle pour la France, pour l’Europe, pour le monde entier , que ces émigrés si fiers, déposant humblement les armes entre les mains de nos volontaires, les remerciant, avec des larmes de honte et de remords , de ces sentimens de générosité si communs chez les Français , et que les belles âmes éprouvèrent toujours au sein de la victoire, suivant les vainqueurs en vomissant des imprécations contre l’étranger perfide dont les funestes secours les ont rendus tout à la fois les plus coupables et lesplus malheureux des hommes !

Ils disaieut : « Les puissances étrangères nous ont toujours trompés ; elles nous donnent encore en ccmoment, parleurlâche abandon, une preuve de leur attachement. »

Tel est , représentai, le résultat de cette expédition véritablement étonnante, qui a fait tomber entre les mains de la république la totalité de cette armée prétendue si formidable, et qui avait été vomie sur nos cAtes par le gouvernement anglais , pour opérer la contre-révolution, assassiner les patriotes.

«t ravager les propriétés de ceux qui étaient restés fidèles à la cause de la république.

Je tiens à la main l’un des poignards dont tous ces chevaliers étaient armés, qu’ils destinaient à percer le sein des patriotes , et dont ils n’ont pas fait usage pour eux-mêmes , parce qu’ils connaissaient le venin que cette arme recélait (Tallien présente ce poignard.) 11 faut apprendre à toutes les nations qu’un animal en ayant été frappé , il a été vérifié que la blessure était empoisonnée (t).

Tels sont les moyens employés par cet atroce gouvernementpour perpétuer au milieu de nous les horreurs de la guerre civile la plus sanglante. . .. - ^ * ■

(i) « Ces poignards supposés, à ce que prétend » M. de Villeneuve, n’étaient en rigueur autre chose » que des couteaux de chasse que les officiers anglais » portent sur leurs vaisseaux, et dont ils avaient » fait présent aux officiers du régiment d 'Hector, « qui étaient tous du corps de la marine française. » Tallien , pour donner plus de poids à son affreuse aco cusation, après avoir empoisonné un de ces couteaux » qu’il s’était procuré, avait fait apporter un chien ; il » l’en fit frapper devant l’assemblée , et l’animal mou- » rut en d’horribles convulsions. » ( Mémoires sur Quihéron . ) , V

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Mais toutes les combinaisons machiavéliques de Pitt sont venues échouer devant le courage imperturbable des défenseurs de la patrie.

Je dois, citoyens, vous faire encore connaître un des moyens employés par nos ennemis pour parvenir à notre destruction , mais qui a accéléré la leur.

Une fouledeprisoimiersfrançais gémissaient dans les prisons d’Angleterre ; chaque jour on redoublait de dureté à leur égard ; on leur retranchait successivement la ration de pain qui servait à leur nourriture ; on calculait le degré d’affaiblissement de leurs forces physiques : alors les émigrés se présentaient à eux , et leur offraient d’améliorer leur sort s’ils voulaient s’engager dans leurs corps.

Beaucoup résistèrent pendant long- temps; mais les horreurs de la famine,, les maladies çontagieuses, le spectacle de leurs compagnons d’infortune périssant par milliers , en déterminèrent un grand nombre à prendre parti : mais ils ne furent pas plus tôt débarqués , qu’ils se ressouvinrent qu’ils étaient français», et dès, lors plusieurs abandonnèrent le, camp, ennemi, et vinrent nous rendre compte de tout ce qui s’y passait , de ce

que l’on projetait, des forces qu’on pouvait nous opposer. Je ne puis en ce moment vous faire connaître le nom de tous ceux qui les premiers vinrent se ranger sous nos drapeaux ; mais je ne puis passer sous silence le dévouement héroïque de Nicolas Litté, Antoine Mauvage, sergens-majors au 4 I e régiment, et Jacques-Philippe David, de Dieppe , qui sont venus nous donner les renseignemens les plus importans, qui ont guidé nos colonnes lors de l’attaque , et qui ont ainsi contribué d’une manière particulière au succès de cette journée. Nous avons cru entrer dans vos intentions , en récompensant sur le champ de bataille même ces braves citoyens; ces deux sergensHoaajors ont été faits capitaines , et David sous-lieutenant de cavalerie. Vous ratifierez, sans doute ces nominations.

Au moment ert après l’attaque du fort, tm nombre de soldats également enrôlésde force sont venus déposer leurs armes ; nous avons pris des mesures pour nous assurer que parmi oes transfuges il ne se trouvait pas d’émigrés.

Empressé de venir vous rendre compte de cette victoire importante , désirant surtout arriver pour célébrer avec vous l’anniversaire du 9 thermidor d’une manière digne du peuple

et de vous , je n’ai pu apporter avec moi la liste de tous les émigrés faits prisonniers. On a remarqué principalement l’évêque de Dol et tout son clergé; presque toute la ci-devant marine royale, composant le régiment d’Hector. On a trouvé sur le champ de bataille plus de 600 épées, portant sur la garde une ancre, une mappemonde et trois fleurs-de-lis; beaucoup de ci-devant nobles bretons. Le jeune Sombreuil, arrivé la veille avec cinq régimens d’émigrés , commandait toute l’armée , qui était composée de 10,000 hommes, dont environ 1 , 5 oo émigrés , 1 , 5 oo chouans , et 6,000 prisonniers français, qu’ils avaient encadrés dans leurs corps. Nous avons trouvé des magasins immenses de farines , biscuit, rum , fromage, 70,000 fusils, j 5 o,ooo paires de souliers, des effets d’habillement et d’équiquement pour une armée de 4o,ooo hommes.

Le général- vous fera passer les états dès qu’ils seront achevés.

Je ne vous détaillerai pas tous les actes de courage qui ont eu lieu; ils sont innombrables : mais je dois rendre une justice éclatante à la conduite du général Hoche. Hardiesse de conception , sang-froid au milieu des contrariétés de toute nature , bravoure , intrépidité, pré-

voyance , activité et fermeté ; telles sont les qualités qu’il a déployées dans cette journée. Il a répondu d’une manière victorieuse à ses détracteurs , et justifié la confiance du gouvernement.

La conduite des généraux Humbert , Valleau , Le Moine, et de l’adjudant- général Ménage , mérite les plus grands éloges.

La légion pantaise et les grenadiers du 32 * régiment se sont conduits de la manière la plus distinguée lors de l’attaque du fort.

Dans cette journée mémorable , nous n’avons pas à regretter plus de vingt défenseurs de la patrie ; le nombre des blessés est d’environ soixante. Parmi ces derniers se trouve le général de brigade Botta , excellent officier qui à la tête de sa colonne a eu le pied emporté par un biscaïen. Son état était trèsinquiétant au moment de mon départ.

Il est une circonstance précieuse que je ne dois pas taire : c’est la générosité , l’humanité avec laquelle se sont conduits les soldats.

Hors du combat il n’a péri qu’un seul ennemi , il n’en a même été insulté aucun J’en ai vu plusieurs conduire les émigrés malades ou blessés , les traiter avec humanité et leur prodiguer les soins qu’exigeait leur état. « Ré-

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présentans , nous disaient ces braves gens , nous ne sommes pas des assassins , nous nous défendons contre celui qui est armé , mais nous protégeons le criminel sans défense. Il existe des lois contre les traîtres, nous demandons quelles soient exécutées. »

Nous leur avons promis que justice serait faite par la commission militaire : elle est actuellement en activité et s’occupe de l’application de la loi.

Tel est le rapport que j’avais à vous présenter. Pressé par le temps , je n’ai pu apporter à sa rédaction touie l’attention que l’impoftance du sujet méritait; mais je n’ai oublié aucun fait importante

C’est à nous , chers collègues , à profiter de cette victoire qui doit accélérer la paix de l’Europe. Les émigrés armés sont détruits , mais leurs partisans comptent encore sur nos divisions ; ils espèrent voir encore les Français s’eotr egorger. Déjouons tous leurs projets criminels par notre fermeté ; mettons à combattre le terrorisme, de quelque nature qu’il . soit , le même courage que déploient chaque jour nos années pour détruite- leurs cohortes infâmes. Rappelons- nous à chaque instant que nous sommes la convention nationale

du 9 thermidor, et que le sort de la république est entre nos mains.

Déjà la nouvelle de cette victoire, répandue dans les départemens de l’ouest, a produit d’heureux effets ; beaucoup de chouans viennent remettre leurs armes, et je puis assurer à la convention qu’en adoptailt quelques mesures fermes , mais sages , il est possible de •

préparer l’époque prochaine du retour dans le sein de la patrie d’un grand nombre de ses énfans égarés. J’ai recueilli à Quiberon beaucoup de papiers ; plusieurs sont importais. On y voit quelles sont les espérances de nos ennemis ; on lit dans une de ces lettres écrites de Londres : Les chouans pourraient bien se laisser tenter par le modérantisme. Je suis bien fâché que les jacobins se soient laissé abattre aussi promptement à Paris ; mais nous avons encore d'autres cordes à notre arc.

Nous avons cru seconder vos intentions paternelles en faisant sur-'e-champ mettre '

en liberté toutes les femmes et enfans des chouans ; nous rendons ainsi plus de trois mille bras à l’agriculture qui dans ces contrées en a un pressant besoin.

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Au quartier-général île l'armée des côtes de lires ta Vsqjnes , le 4 thermidor , l'an 3 de la république, une et indivisible*

Le général en chef aux citoyens composant le comité de salut public.

Représentais , l’armée de la contre-révolution , renfermée dans la presqu’île de Quiberon, a été contrainte hier- de déposer ses armes, après l’enlèvement de vive force du fort Penthièvre et du camp retranché qu’il défend. Les différentes attaques , marches et manœuvres, ont été faites sous les yeux des représentans du peuple Tallien et Blad. Ces .citoyens n’ont pas quitté la tête des colonnes; ils vous donneront les principaux détails de l’affaire.

Signé L. Hoche.

Relation de l'affaire du 3 thermidor , troisième année républicaine.

Hier , 3 thermidor , deux heures du mâtin * le fort Penthièvre , le camp retranché de la presqu’île de Quiberon , ont été attaqués par trois mille hommes de troupes du camp de Sainte-Barbe, qui , après une heure de corn-

( ao " )

bat, g’en sont emparés de vive force sous le feu des chaloupes cauonnières anglaises. Les attaques ont été dirigées par les généraux Humbert,, Valteau, Botta (cet excellent officier a eu le pied gauche emporté par un biscaïen), et l’adjudant-général Ménage : celuici , avec moins de trois cents hommes, bravant le feu du fort, celui des chaloupes cauonnières, et les flots de la mer qui montait et était très -mauvaise dans ce moment, a gravi les rochers de la pointe de l’ouest et a facilité l’attaque de front du général Valteau. Bientôt nos troupes ont été à la poursuite de l’ennemi , et la présence de 2,000 hommes dans la presqu’île a fait mettre bas les armes aux régimens d’Hervilli et d’Hector. Cinq régimens débarqués le 1" thermidor (Damas, Behon, Rohan, Salm , formant la division du comte Charles de Sombreuil), Royal-Emigrant , et les chouans , ont fait mine de vouloir se défendre en se retirant du côté du port où ils devaient se rembarquer; les tête 3 des colonnes ont été dirigées sur ces rebellés , et 700 grenadiers , les tenant en échec , les ont contraints d’imiter leurs camarades ; ce qu’ils firent, n’ayant d’autre espoir que d’ètre jetés à la mer ou passés au fil de la baïon-

neite. Déjà les embarcations rejetaient quelques chefs à bord, une vingtaine de coups de canon à mitraille les empêchèrent de revenir} et là, sur un rocher, en présence de l’escadre anglaise qui tirait «ur eux et sur nous, furent pris l’état-major, à la tête duquel était Sombreuil, les chefs de corps, officiers d’artillerie , du génie.

Nos troupes étaient sur pied depuis dix heures du soir par le temps le plus horrible ; elles firent halte en ce moment seulement (six heures du matin) ; tous les prisonniers, dont aucun même ne fut insulté, furent conduits au fort, et de là transférés à Auray ; les femmes chouanes et leurs malheureux enfans furent mis en liberté : je ne puis vous dire au juste ce qui s’est trouvé dans Quiberon ; on m’a parlé de 70,000 fusils , i 5 o,ooo paires de souliers , des magasins immenses de vivres, munitions , d'effets d’habillement et d’équipement.

Le voilà donc , M. Pitt, le résultat de trois années de travaux ! Quels sentimens pensezvous inspirer à ceux que vos nombreux arméniens ne pourront sauver de la vengeance nationale? Il vous abhorrent; vous les avez indignement sacrifiés : envoyez-nous d’autres

victimes , elles apprendront à connaître votre politique lorsqu’elles seront sur notre sol.

Vous n’ignorez pas, Monsieur, qu’il n’est jamais envahi impunément; mais ces malheureux sont nés en France , et conséquemment ils sont ainsi que nous l’objet de votre haine : demandez à M. de Puizaye, qui s’est rembarqué au premier coup de fusil , s’il est aussi aisé de vaincre les républicains sur leur territoire que dans votre cabir net? Monsieur Pitt, il est un dieu vengeur, vos forfaits seront punis.

Signé Lazare Hoche.

Loi qui ordonne l’impression dur apport ci-dessus.

Du 9 thermidor.

La convention nationale , après avoir entendu le rapport de son comité de salut public , décrète :

L’armée des côtes de Brest ne cesse de bien mériter de la patrie.

La conduite de l’adjudant général Ménage, des citoyens Litté , Mauvage, sergens-majors au 4i* régiment , et Jacques-Philippe David , sera mentionnée honorablement au procès-

verbal , et expédition sera envoyée à ses concitoyens.

Les nominations faites par les représentans du peuple Tallien et Blad , de Litté et Mauvage au grade de capitaine, celle de David au grade de sous-lieutenant de cavalerie, sont ratifiées.

Le rapport fait par Tallien , au nom du comité de salut public , ainsi que le présent décret, seront imprimés et envoyés aux armées et aux départemens.

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