‹ Histoire de l'émigration 17891825Chapitre 28 sur 63 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

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Grâces envoyées par Louis XVIII au corps du prince de.Condé. — Lettres du comte d’Artois. — L’Angleterre cesse d’accorder des secours au corps deCondé.'

— Passage du Rhin à Dirsheim par le général Moreau et A Neuwied par le général Hoche. — Déroute des Autrichiens. — L’armistice de Léoben sauve l’armée émigrée. — Elle passe au service de la Russie.

Au commencement de 1797 , le corps de Coudé était cantonné vers Rotliweil en Souabe. Louis XVI 11 venait enfin de trouver un asile à Blankenbourg , petite ville des états du duc de Brunswick, d’où il envoya au prince différentes grâces pour son armée. Ces grâces consistaient en grand nombre de croix de Saint-Louis , de brevets de grades supérieurs, et un cordon rouge ; quarante-deux gentilshommes furent élevés au grade de maré-

chal-de-camp. Les années précédentes ce corps avait déjà reçu diverses faveurs de son roi, et une fois entre autres cent vingt officiers, et à leur tête le duc de Berry , avaient été reçus chevaliers de Saint-Louis. ,

Le comte d’Artois , retiré à Edimbourg , écrivait à la même époque au prince de Condé. «Vous sentez mieux qu’un autré, mon cher cousin, que celui qui remplit son devoir trouve dans sa propre conduite une compensation aux sacrifices les plus pénibles ; mais je dois vous avouer que depuis le mois de juin j’éprouve un supplice difficile à exprimer de ma douloureuse inaction , et d’être privé de partager les dangers , les fatigues et' la gloire de vos intrépides compagnons d’armes; soyez du moins mon interprète auprès d’eux , parlez-leur de mes regrets , de mes sentimeDS , de mon admiration pour leur constance autant que pour leur valeur, et ajoutezleur qu’uniquement occupé de leurs intérêts communs , j’espère que le ciel finira par protéger mes efforts , et par rendre heureux les fidèles Français qui ont toujours suivi le

chemin de l’honneur. «

Ces faveurs , ces. grâces et ces illustres suffrages étaient sans doute d’un grand prix aux

yeux des émigrés. Mais leurs affaires n’en allaient pas mieux; et l’on ne devait long-temps former pQur eux que des vœux impuissans.

Un autre Crawfurd , frère du premier, vint encore , au nom du généreux gouvernement britannique, faire subir à leur corps de nouvelles réformes et de plus grandes économies. Des cadres de régimens , au lieu d’être remplis, furent supprimés ou confondus avec d’autres. Un grand nombre d’aides-de-camp, de commissaires des guerres et d’employés attachés ai^ corps , cessèrent d’y recevoir la solde anglaise. La Russie vint heureusement à son secours.

L’armée républicaine avait passé le Rhin à Dirsheim, laissant Kehl derrière elle, et culbutant tout ce qui s’opposait à son passage ; elle avait forcé toutes les lignes autrichiennes sur le Rhin; infanterie , cavalerie , tout avait fui ou mis bas les armes devant elle. Cinquante cavaliers français , qui s’étaient portés au quartier-général d’Ofenbourg, s’étaient emparés de la chancellerie autrichienne, de ses équipages, et des fourgons du baron de Klinglin, où Moreau trouva cette fatale correspondancedePicliegru, qu’il livra lâchement à ses ennemis. Enfin, les Français présentaient un

fïout de 40,000 hommes sur la rive droite du Rhin. Hoche avait aussi passé le fleuve à Neuwied , et battu l’armée autrichienne, qui se trouvait dispersée sur tous les points.

Les avant-postes des Français étaient déjà près d’Hornberg ; ils étaient parvenus à la hauteur d’Elteinheim ; la vallqe de Kenzig , le Brisgaw et tous les débouchés étaient occupes.

Le corps de Condé, coupé en deux et cerné de toutes parts , allait tomber dans les mains des républicains , lorsque la nouvelle de l’armistice de Léoben, conclu à vingt-cinq lieues de Vienne entre le général Bonaparte et l’archiduc Charles , amena une suspension d'armes ; l’armée des émigrés fut sauvée.

La cour de Vienne signa la paix avec le directoire, et la facilité avec laquelle on rentrait alors en France déterminait chaque jour une foule de gentilshommes à demander des passe-ports pour prendre ce parti (1). Le corps de Condé , à la veille d’être abandonné par l’Angleterre et l’Autriche, et peut-être de se licencier lui-même, passa alors au service de Paul I“. Mais un grand nombre des individus

( 1 ) Campagnes de Condé. D’Ecquerilly page ao5.

qui le composaient, effrayés de l’idée de s’expatrier , sans prévoir le moment ni la possibilité du retour, prirent leur congé pour rester sur les bords du Rhin; d’autres, qui ne cherehaient qu’un prétexte pour rentrer en b rance , saisirent pour la quitter celui de 1 expatriation à laquelle l’armée se voyait destinée (1); le reste partit pour la Russie sous les- ordres du duc d’Enghien , que le prince de Condé avait chargé du commandement pendant la route.

(1) Campagnes de Condé.

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