‹ Histoire de l'émigration 17891825Chapitre 29 sur 63 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

Les lois depuis le g thermidor Jusqu’à la nouvelle du débarquement de Quiberon deviennent favorables à la rentrée des émigrés. — Elles retrouvent un instant leur rigueur. — Clôture des séances de la convention nationale ; elle amnistie tous les auteurs de délits révolutionnaires , à l’exception des prêtres et émigrés rentrés ou non rentrée. — Les assemblées qui lui succèdent reviennent à des sentimens d’indulgence.

La chute de Robespierre, et les événement qui suivirent le 9 thermidor , avaient été pour l’émignation comme pour la France l’annonce de temps plus heureux. Dès les premiers jours du mois suivant , le tribunal révolutionnaire, qui devait bientôt être tout-à-fait détruit, fut assujéti à des formes plus favorables aux accusés. Le club des jacobins , arsenal d’assassinats et de proscriptions, fut fermé ; le désar-

moment des terroristes fut ordonné par un décret ; la division de la commune de Paris en douze arrondissem.ens porta le coup mortel aux factieux qui dominaient la France; et la journée du 1“ prairial, (20 mai 1795), digne complément du 9 thermidor, vit expirer les derniers efforts de la terreur.

Un décret du octobre 1794 (5 brumaire an 3 ) avait provisoirement réintégré dans la jouissance de leurs propriétés les prévenus d’émigration qui obtenaient des arrêtés favorables des corps administratifs ; le i 5 frimaire suivant (5 décembre) la convention rendait un décret favorable à la rentrée en France de plus de deux mille citoyens du Haut et du Bas-Rhin que les cruautés commises par Saint- Just et Lebas dans ces départemens avaient forcés à s'expatrier. Trois jours avant, elle avait promulgué une loi additionnelle, à, ce^e du a 5 brumaire an 3 , dont les divers articles tendaient tous à faciliter à une fqule d’émigrés la radiation de leurs noms sur la liste; le 21 décembre elle faisait surseoir à la vente ‘des biens de leurs pères et mères ordonnétpar les décrets antérieurs ; et le 12 janvier 1 795 elle « ordonnait qu’en attendant lalevéedu séquestre apposé sur ces biens, il fût accordé sur leur

produit tous les secours qui étaient nécessaires aux pères et mères et autres ascendans d’émigrés.

Soixante-treize députés, échappés au 3i mah, étaient rentrés dans la convention ; parmi eux on distinguait Boissy - d’Anglas , Henri Larîvière, Lanjuinais etDaunou. L’appâritiou de tels citoyens au sein de la représentation nationale était Une garantie dé la sagesse et de la modération des mesures qui seraieut successivement proposées. La première fut la restitution des biens des condamnés par les tribunaux révolutionnaires pour toute autre cause que pour émigration ; contraste étrange!

les biens de Robespierre et de Louis XVI furent seuls exceptés (i).

Après avoir trop long-temps exalé de cruels et inutiles regrets sur des terres inhospitalières, u#e foule d’émigrés commençaient à rentrer secrètement, et l’on, consentait à rayer leurs noms des listes de l’émigration; on fermait les yeux sur la restitution de leurs biens, qui s’opéra^ par de pieuses fraudes , et en contravention avec des lois formelles, quand on

(i) Décret du 3 mai 1798.

annonce tout à coup le débarquement de l’armée des émigrés dans la baie de Quiberon.

La convention , furieuse , indignée , retrouve

les lois de vengeance qu’elle a déjà lancées contre eux ; elle arrête aussitôt par un décret la suspension de toute radiation des listes; elle déclare immortelles les lois de proscription qui pèsent sur la tète de ceux que le sol natal devait dévorer. •

« C’est une particularité remarquable , dit un écrivain , que pendant tout le cours de la révolution , pendant plus de trente ans , les efforts des royalistes , à l’exception des Vendéens, n’aient servi qu’à l’affaiblissement de leur parti , et n’aient amené que la confusion de leurs espérances. Leur conduite ne fut jamais qu’un tissu de fautes commises par l’orgueil en dépit des plus simples notions du bon sens. »

L’évêque de Dol et la milice sacerdotale étaient venus l’Evangile à la main réchauffer dans le cœur des chouans le feu sacré de l’insurrection. Un décret bannit à perpétuité tout prêtre déporté , et qui rentrerait juchais sur le territ<*re français ; et lorsque la convention, terminant sa session le 26 octobre 179b, don- \ liait amnistie à tous les auteurs de délits ré-

volutionnaires qui n’étaient pas compliqués de vol ou d’assassinat , elle en exceptait les prêtres déportés , comme les émigrés rentrés ou non rentrés. Mais les assemblées qui lui succédèrent revinrent bientôt à des sentimens

d’indulgence; on commença le 3 août 1796 par rendre aux prêtres reclus la propriété de leurs biens. L’année suivante , une loi provoquée par Camille Jordan fit rapporter tous les décrets relatifs à la déportation ou à la réclusion des prêtres non assermentés. Si plus tard encore nous voyons les émigrés conservés sur des listes où leur fuite les avait fait inscrire, il ne faut en accuser que leur haine immodérée contre la révolution , et leurs intrigues toujours renaissantes contre ses chefs.

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' v CHAPITRE XXIX.

Intrigues des nobles et des émigrés dans l'intérieur. — Journée du 18 fructidor. — Rapport coritrc eux. — On demande la déportation contre les prêtres et les nobles complices des émigrés. — Ces derniers sont privés des droits de citoyens français.

Je ne chercherai point à retracer quelle part ils eurent dans toutes les guerres et les conjurations dirigées contre la France ; il faudrait refaire ici l’histoire de notre révolution tout entière, et remonter aux causes de tous nos troubles civils. Consultez les journaux du temps , lisez leurs Mémoires , les diverses relations de ce qu’ils ont fait. Là vous verrez leurs titres àjla gloire, leurs droits à notre reconnaissance*; ^ils nous .les ont complaisamment dénoncés , afin de pouvoir un jour nous en demander la récompense.

Mais comment suivre ieurs démarches et leurs trames , comment dévoiler tous Jeurs moyens d’attaque contre les divers, gouve'r neinens qui ne les.OBt pas toujours également repoussés ?

Ecoutez les plaintes de l'un d’eux, elles vous apprendront tout ce qu’on ne saurait vous expliquer : « On avait, dit-il , so^t des agens visibles, soj| des agens inconnus , qui, formant des. factions dans les factions, établissant des loyers d’intrigue dirigés encore par d’autres intrigants plus subalternes , qui souvent même étaient doublement agéns et doublement espions du parti royaliste et du parti républicain , payés par l’un et par l’autre , par conséquent vèndüs aux uhs et aux autres, qui en embrassant tout , détruisant tout , minaient , eontreminaient , augmentaient de toutes les ma nièi'es possibles tous les embarras que les chefs avaient déjà à organiser, conduire et vivifier leurs partis (i). »

Les émigrés , dit-on , xfont fiu que s’agiter ét non pas agir par eux - mêmes ; aussi se sont-ils beaucoup agité. Mais l’histoire dédaigne le récit trop long de ces intrigues, de

(1) Mémoire i i>r comtf. i>f. Vaubak.

Digitizecf by

ces agitations toujours comprimées, et dont il suffit de connaître les tristes résultats.

Les nobles de l’intérieur entretenaient une correspondance active avec les émigrés. Les plans , les moyens, tout était combiné dans un foyer commun ; les rôles étaient distribués ; les places , les récompenses , tout était assigné d’avance ; en un mot, l’émigration existait au milieu de la France, elle était dans la république, et souvent gouvernait beaucoup plus que le gouvernement républicain.

La journée du 18 fructidor an 5 ( 4 septembre 1797 ) ne pouvait laisser de doute sur les projets du parti qui venait d’être vaincu ; et dès le soir même la commission de salut public créée du matin fit un rapport sur les causes de cette révolution , dont le résultat venait de soustraire la France au jougde l’émigration. On peut lire , dans un discours que prononça vingt jours après le rapporteur de cette commission , tout le développement des causes morales , des intrigues qui avaient amené cette journée. L’orateur donne les plus grands détails sur les moyens et le but de la conspiration , et sur ses principaux agens ; la déportation fut demandée contre eux , comme le seul moyen de délivrer la république des

prêtres, des émigrés, et des autres ennemis de la révolution. C£ rapporteur était pourtant le même membre du conseil des cinq cents qui , deux mois auparavant, avait fait la proposition aussi humaine que politique de rappeler tous les prêtres déportés.

Les tentatives des émigrés au dehors comme à l’intérieur étaient également malheureuses ; leurs efforts ne servaient jamais qu’à augmenter la rigueur de leur position, et à appeler sur la tête de leurs agens et de ceux qu’on pouvait supposer leurs complices toute la sévérité du gouvernement en vigueur. Un mois après les événemens du 18 fructidor une commission nommée pour faire un rapport sur cet objet proposa d’expulser de la république cette partie de la noblesse qui n’ayant point quitté le sol français, était plus dangereuse par sa présence , ses correspondances et ses intrigues , que celle qui avait émigré.

Ce projet , dont plus d’une république ancienne avait donné l’exemple pour assurer son^ repos et sa stabilité, n’eût amené, dans l’étaf actuel de la France , que des proscriptions nouvelles; il fut vivement combattu et présenté comme l’essai d’une horrible ty-

rannie. Mais l’assemblée , cédant un moment aux intérêts de la politique , priva des droits de citoyen français toutes les classes de nobles qui ne furent pas spécialement exceptées.

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