‹ Histoire de l'émigration 17891825Chapitre 30 sur 63 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Insurrection du Berry étouffée par le général Canuel. — Mouvemens partiels. — Derniers soupirs de la Vendée et convention de Montfaucon. — Réflexions sur la guerre de la Vcudée.

Au mois d’août 1 796 , le foyer de la Vendée , éteint dans le sang de Stofflet et de Charette. se transporta un instant au centre de la France ; les mouvemens des royalistes de l’intérieur , depuis trop long-temps abandonnés par -ceux qui ont émigré, sont bientôt comprimés. Plielippeaux d'Herbaut , commandant des insurgés du Berry , s’était emparé de Sancerre ; il est mis en déroute par le général Canuel; c’est ce Phelippeaux qu’on vit depuis eu Egypte uni à l’Anglais Sidney Smith , défendre contre les Français la ville

d’Acre , où il mourut. Il avait été élevé à Brienne avec Bonaparte.

Des mouvemens partiels, des insurrections d’un jour, toujours mal conçues et exécutées sans audace , eurent encore lieu sur divers points de la France, mais elles ne troublèrent plus que la tranquillité de quelques bourgades et d’une ou deux villes importantes.

Les Vendéens eux-mêmes réduits ou captivés par les tnénagemens de Hoche, cessèrent bientôt de s’armer contre la république; désespérant de revoir jamais les princes qu’ils appelaient encore de leurs vœux , ils retournent à leurs travaux paisibles , et cultivent la terre si long -temps engraissée de leur sang. Le feu de cette guerre intestine ne jettera plus que des lueurs fugitives, rallumées par des chefs de bandes , des éiftîgrés rentrés ou proscrits, qui n’élèveront, par intervalle , le drapeau blanc que pour la satisfaction de quelques intérêts particuliers , pour se donner une importance éphémère et marchander leur soumission , quand lé gouvernement montrera le désir sincère d’assurer la paix dans ces contrées désolées (1). Les succes-

(i) Abrégé ehrnn. de F Histoire de France.

seurs des Laroche j acquelein , des Lescure , des Charrette , n’étaieut plus que des chefs de bandes isolées , sans disciplina, agissant à la manière des contrebandiers , attaquant les voyageurs et les maisons écartées, quand , par la convention de Montfaucon , les généraux Brune et Hédouville éteignirent enfin au mois de janvier 1800 les dernières étincelles de l’incendie.

Mais cette guerre de la Vendée même, l’honneur doit-il en rejaillir sur les émigrés? les avait-on vu lever les étendards sous lesquels se sont rangés les premiers Vendéens ?

les ont-ils poussés sur le champ de bataille ? N’est-ce pas d’eux au contraire qu’ils ont reçu le premier exemple du courage , la première leçon des combats qu’ils pouvaient livrer , plutôt que d’émigrér ? N’est-ce pas d’eux enfin qu’ils ont appris comment on pouvait soutenir ou défendre en France la cause des princes français? Cette guerre n’avait même étéexcitée, comme on l’a cru , ni par les nobles , ni par les piètres de l’intérieur. « De malheureux paysans , dit madame de Larochejacquelein »

blessée dans tout ce qui leur était cher , soumis à un joug que le bonheur dont ils jouissaient auparavant rendait plus pesant,

n’ont pas pu le supporter , se sont re'voités -, et ont pris pour chefs et pour guides des hommes en qui ils avaient mis leur confiance et leur affeetion. Les gentilshommes et les curés , proscrits et persécutés , et qui d’ailleurs étaient ennemis de la cause qu’attaquaient les paysans, ont marché avec eux ; et ont soutenu leur courage , mais n’ont point commencé la guerre , car aucune personne raisonnable ne pouvait supposer qu’une poignée de pauvres gens sans armes et sans argent parviendrait à vaincre les forces de la France entière. On s’est battu par opinion , par sentiment, par désespoir , et non par calcul : on n’avait ni but , ni même une espérance positive , et les premiers succès ont passé l’attente qu’on avait d’abord conçue. Il n’y a eu ni plan, ni complots, ni secrètes intelligences. Tout le peuple s’est levé à la fois, parce qu’un premier exemple a trouvé tous les esprits disposés à la révolte. Les chefs des diverses insurrections ne se connaissaient même pas. Pour ce qui regarde MM. de Lescure, .

Larochejacquelein, Donissan, je puis affirmer qu’ils n’ont fait aucune démarche quipût amener la guerre; ils la prévoyaient, la désiraient même, mais c’était une idée vague et éloignée.

S’ils eussent provoqué la révolte par quelque sourde menée, s’ils eussent activementtravaillé à exciter les paysans , je le saurais, et assurément il n’y aurait pas lieu de le cacher.... Je erois pouvoir affirmer que dans toute la Vendée les choses se sont passées à peu près de la même sorte (1). »

( i ) Mémotrti de madame de Larochejacquelein , chapitre in.

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