CHAPITRE XXXIII
Rentrée des émigrés en France. — Dernières campagnes du corp3 de Condé. — L’Angleterre veut l’embarquer pour l’Égypte. — Dissolution de l’armée émigrée.
On vit alors arriver de tous les coins de l’Europe les émigrés qui y étaient restés dispersés. Il ne demeura plus sur la terre étrangère que les mille proscrits , dont une grande partie parvint ensuite à se faire également rappeler. Quelques-uns de ceux qui avaient adopté une nouvelle patrie ne voulurent point renoncer aux avantages que cette naturalisation leur offrait ; ils restèrent Anglais, Russes, ou Prussiens. L’émigration française ne présenta plus que quelques groupes isolés , et ne fut pour ainsi dire que la réunion de quelques ser-
viteurs dévoués et fidèles, autour des fils d’Henri IV, exilés comme eux.
Nous avons vu que dès l’année 1 797 les émigrés composant l’armée du prince de Condé ne cherchaient qu’un prétexte pour rentrer en France , et que leur entrée au service de la Russie leur avait offert un prétexte de départ dontun grand nombre avait profité.
Malgré les lois de la république , le gouvernement , dès lors plus humain ou plus tolérant, avait fermé les yeux sur leur retour. L’armée du prince se trouvait presque réduite à moitié, quand les rigueurs et différentes mesures aussi bizarres qu’inattendues ordonnées par Paul I" empêchèrent encore plus de cinq cents des gentilshommes émigrés de rejoindre leurs régimens prêts à entrer sur le territoire russe.
Le corps de Condé , destiné à faire la campagne de 1799, sous les ordres de Souvarow, apprit bientôt la déroute de Korsakoff à Zu- ’rich ; il ne rejoignit les débris de l’armée de ce dernier à Constance que pour éprouver lui -même un échec presque semblable; il suivit sa déroute jusqu’à Lindau. Après cette campagne, funésteà l’armée émigrée comme à farinée russe, le corps de Condé, sur le point
dëtre abandonné par l’empereur, repassa à la solde de l’Angleterre, partit pour l’Italie, reçut à Pordonne l’ordre du commissaire anglaisde retourner sur ses pas, et de se réunir à l’armée autrichienne. Il était en cantonnement sur les bords de l’Inn pendant que Moreau gagnait la bataille d’Hohenlinden ; il battit en retraite avec les Autrichiens, se dirigea sur Rothman en Hongrie, dont l’archiduc Jean lui laissa défendre les gorges à travers lesquelles les Français pouvaient pénétrer' jusqu’à Vienne. Après la déroute complète des Autrichiens, il occupait Léoben.
Un armistice avait été conclu entre les armées françaises et l’empereur d’Autriche; Léoben së trouvait dans la ligne de démarcation qu’il fallait évacuer. Un détachement de vingt-cinq hussards républicains destinés à prendre possession de la position y arriva;, il avait passé le corps des émigrés sur la route , et était déjà en bataille sur la place avant que le prince de Condé ne fût monté à cheval. « Cette cohabitation momentanée et si extraordinaire, dit M. d’Ecquevilly en rapportent ce fait , ne produisit aucune espèce de désordre ou de discussion. Nos corps traversèrent successivement la ville , le détache-
ment républicain de hussards restant toujours à cheval en bataille , sans qu’un seul eût mis pied à terre. »
L’armée autrichienne était en déroute sur tous les points , et entièrement désorganisée. Vienne voyait en tremblant l’arrivée des Français , qui n’étaient plus qu'à deux journées de ses murs; la famille impériale était sur le point de se disperser. Le général républicain accorda la paix à l’empereur, à des conditions qu’une pareille position explique assez. Le corps de Condé alla s’établir à Wendishfeistrick dans lecvrc le de Cilli en Stirie. Au mois de janvier 1801, les commissaires anglais prirent de nouvelles dispositions à l’égard des émigrés français ; on devina bientôt que ces mesures ne tendaient rien moins qu’à les embarquer pour l’Egypte. Là ils devaient encoretrouverdes Français à combattre ; l’Anglais souriait d’avance à cette épouvantable perspective. Mais ce gouvernement semblait trop évidemment n’avoir jamais regardé les émigrés que comme des stipendiaires à ses ordres, et qu’il pouvait employer dans toutes les parties du monde, tantôt avec l’uniforme russe, tantôt sous le costume autrichien. Il prétendait aujourd’hui les envoyer combattre
sur les rivages de l’Afrique, pour s en défaire peut-être comme il avait déjà fait à Quiberon de la marine de Toulon et de la division du comte de Sombreuil. Est-ce une trahison nouvelle qu’il méditait? et Pitt pouvait -il compter encore sur le suceès?
Au premier bruit de l’embarcation projetée , un escadron du régiment d’Enghien était passé avec armes et bagages aux avant-postes français.
Tout le régiment noble , et les troupes soldées quffomposaient le corps des émigrés furent bientôt licenciés et dispersés.
Le i" mai 1801 il n’y avait plus d’armée de Condé.
Ses débris formèrent un régiment britannique qui fut destiné à la défense de 1 île, de Malte.
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