CHAPITRE XXXI Y
Le prince de Condé passe en Angleterre. — L’émigra-» tion se resserre autour du chef des Bourbons. — Tableau de Blankembourg. — SéjoXfei Mittau. — L’empereur de Russie force Louis XVIII à chercher un asile à Varsovie. — Propositions de Bonaparte au roi de France. — Départ pour l’Angleterre. — Réunion de la famille des Bourbons à HarlweL — Restauration de i8i4-
Le prince de Condé , après le licenciement de son armée , se rendit à Tienne ; il s’embarqua à Hambourg pour l’Angleterre, ou résidaient le comte d’Artois et le duc de Bourbon ; le duc d’Angoulême était alors avec le roi à Varsovie , où le duc de Berry le rejoignit après la dissolution du corps. L’infortuné duc d’Enghicn resta en Allemagne.
Louis XVIII î^vait depuis long -temps quitté Blanckenbourg. Pendant qu’il habitait cette ville , il occupait trois pièces au deuxième étage , dans une maison trè$-médioçre qui apr partenait à un brasseurlogé au premier; la pièce du milieu de l’appartement servait de salon et de salle à manger. Le roi couchait dans une des chambres latérales, oùl’on av?bt pratiqué un petit cabinet au moyen d’unq cloison ; l’autre pièce était occupée par le duc de Grammont, capitaine des gardes-du-corps, et servait de supplément au salon et à la salle à manger; c’étaif aussi dans cette troisième pièce que l’on célébrait la messe, à laquelle le roi assistait tous les jours. Sa société habituelle était composée du duc de Grammont et du comted’Avaray, capitaines deses gardes; des ducs de Villequier et de Fleury, premiers gentilshommes de sa chambre ; le marquis de Jaucourt , le comte de la Chapelle , la comtesse de Marsan, son ancienne gouvernante; la princesse Charles de Rohan , nièce de la comtesse, et les ducs d’Angoulême et deBerry, lorsqu’ils n’étaient pas à l’armée, formaient toute la cour du petit-lils de Louis XIV. Trois pièces au deuxième étage , dans la maiSou d’un brasseur, tel était l’asile que des
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rois sur le trône accordaient à un roi détrôné.
Au bout de trois ans de séjour en ces lieux , Paul 1 " , qui venait de déclarer la guerre à la France , ne craignit plus d’offrir un asile aq petit-fils du roi qui avait accueilli son père , au frère du souverain dont lui-même avait reçu l’hospitalité dans les palais de Versailles. Louis XVIII partit pour Mittau , château destiné à servir de caserne , mais que l’empereur fit meubler pour y recevoir son nouvel hôte.
C’est là que fut célébre^-le mariage de Madame et du duc d’Angoulême. Après une détention de quarante mois , la jeune princesse , survivant seule aux prisonniers du Temple, avait retrouvé la liberté le 19 novembre 1795. Sa délivrance était enfin devenue l’objet des négociations du cabinet autrichien , et l’Europe apprit alors que la maison d’Autriche s’intéressait aux infortunes de la famille royale de France; mais l’Europe sut aussi que la cour de Vienne , profondément méditative , ne s 'était déterminée à ces démarches que par des vues d’une sordide et lâche ambition , « que par l’espoir qu’un mariage unissant la jeune princesse à
l’un des frères de l’empereur , pourrait un jour faire rentrer l’Alsace et la Lorraine, fiefs nonmascM/e'ns,souslapuissanceautrichienne. »
La jeune Marie-Thérèse préféra le cœur d’un parent proscrit à la main de l’archiduc , et le premier trône de l’Europe sera le prix de son désintéressement.
Paul I" changea tout à coup de conduite à l’égard de Louis XVIII , comme de politique avec la France. Ce monarque venait de rompre avec l’Angleterre et de contracter une alliance étroite avec le premier consul. Louis XVIII apprit bientôt qu’il fallait abqndônner l’asile qu’on lui avait offert dans d’autres temps , et il fut obligé de sortir de Mittau dans les vingt-quatre heures; cent gardes du -cdrpS' que l’empereur avait lui-même placés auprès de sa personne reçurent en même temps»
1 otdre de quitter la Russie, sans qu’aucune espècede secours fûtaccordéeàces infortunés^
La politique tremblante des souverains de l’Allemagne repoussait Louis XV 1 IJ de tous leurs états. La Prusse' l’avait autorisé à se retirer à Warsoviç ; mais, malgré cette apparente protection, elle ilhésita pas, dès l’année suivante , à faire arrêter à Bareuth M. de Précy, commandant de Lyon en 1 79a ,
et que le gouvernement français dénonçait comme un affidé du prince et un conspirateur. C’e6t à Warsovie, où il résidait depuis deux ans, que Bonaparte lit faircH Louis XY1II l’étrange proposition de renoncer au trône de France. Le futur empereur offrait , dit-on, à l’illustre exilé des indemnités considérables et lui garantissait la possession du royaume de Pologne.
Le personnage chargé de faire cette proposition , auquel la Prusse passa pour avoir servi d’intermédiaire , fut un mois 6ans recevoir de réponse; au bout de ce temps le prince lui fit remettre la lettre si noble et si modérée qui attira bientôt sur la tête de son auteur des persécutions nouvelles.
« Je ne confonds pas M. Bonaparte avec » ceux qui l’out précédé; j’estime sa valeur, » ses talens militaires ; je lui sais gré de plu- » sieurs actes d’administration , car îe bien » qu’on fera à mon peuple me sera toujours
> cher. Mais il se trompe s’il croit m’enga- » ger à transiger sur mes droits : loin de là, . il lesétabürait lui-même, s’ils pouvaient être » litigieux , par la démarche qu’il fait en ce
> moment. J’ignore quels sont les desseins de » Dieu sur ma race et sur moi , mais je eon-
» nais les obligations qu’il m’a imposées par » le rang où il lui a plu de me faire naître. » Chrétien , je remplirai ces obligations jus- » qu’à mon dêrnier soupir; fils desaint Louis* * je saurai , à son exemple, me respecter jus- » que dans les fers ? successeur de François I*',
» je veux Ai mutas pouvoir dire comme lui :
» Nous avons tovtt perdu , hors Chonnti». »
Bonaparte répondit à cette lettre dans les fossés de Vincennes. - • ■ ■s 1 '-' ■
A la fin de la campagne de 1 8©5 , Si malheureuse pour rAutriche , 'Louis XYÏ1I se vit contraint d’abandonnerWarsovie. '
Dès l’année précédente , Bonaparte avait ceint la couronne impériale, et la protestation solennelle des princes français , adressée aux souverains de l’Europe contre cet acte du consul , avait excité tous les transports de sa colère. Alexandre , en héritant du trône de son père , n’avait suivi qu’un instant sa politique. Changeant ^bientôt de système, il ne craignît pas de rendre à Louis XYIII l’asile même que Paul I er l’avait forcé d’abandonner; mais les effets de cette protection d’un roi régnant sur un roi sans état furent de courte durée : une des premières conditions de la paix que Napoléon dicta à Tilsitt fui
le renvoi immédiat des Bourbons da territoire russe. Louis XVIII abandonna alors le continent , partit pour l’Angleterre , et sur la fin de 1809 il vint s’établir au château d’Hartwelj , avec le duc et la duchesse d’Angoulême. Le comte d’Artois, le prince de Condé et le duc de Bourbon , se réunirent à eux ; c’est dans le château d’Hartwell que les événemens de 1 8 14’ vinrent surprendre la royale famille.
Tandis que le duc d’Angoulême pénétrait en Franceaveclesarméesanglaise et espagnole, le comte d’Artois arrivait dans la Franche- Comté avec les armées russe et autrichienne , et se présentait comme lieutenant-général du royaume : il essayait de réveiller la fidélité de quelques émigrés , qui , à la nouvelle de la prise de Paris, se hâtèrent de lui. donner des preuves de leur dévouement. L’ajbdicatio.n de l’empereur et la chute de }’empire rendaient le trône aux Bourbons. Le comte d’Artois était entré dans la çapitale ; , et un sénat avili , qui prétendait encore disposer de la couronne et des libertés publiques , présenta au lieutenant -général du royaume l’acte constitutionnel avec lequel il voulait lier la France et le roi.
« J’ai pris connaissance de l’acte constitutionnel qui rappelle au trône de France le roi mon auguste frère , répondit le prince à ce sénat ; je n’ai point reçu de lui le pouvoir d’accepter la constitution; mais je connais ses sentimens et ses principes , et je ne crains pas d’être désavoué en assurant en son nom qu’il en admettra les bases.
» Le roi, en déclarant qu’il maintiendrait la forme actuelle du gouvernement , a déjà reconnu que la monarchie devait être pondérée par un gouvernement représentatif, divisé en deux chambres ; ces deux chambres sont le sénat et la chambre des députés des départemens ; que l’impôt sera librement consenti par les représentans de la nation , la liberté publique e^individuelle assurée, la liberté de la* presse respectée, sauf les restrictions nécessaires à l’ordre et à la tranquillité publique, la liberté des cultes garantie; que les propriétés seront inviolables et sacrées, les ministres responsables pouvant être accusés et poursuivis par les représentans de la nation ; que les juges, seront inamovibles , le pouvoir judiciaire indépendant , nul ne pouvant être distrait de ses juges naturels; que la dette publique sera garantie;
que les pensions, grades, honneurs militaires, serônt conservés , ainsi que l’ancienne et la nouvelle noblesse; que la légion d’honneur sera maintenue ; le roi en déterminera la décoration ; que tout Français Serà admissible aux emplois civils et militaires ; qu’aucun individu ne pourra être inquiété pour ses opinions et ses votes ; et que la vente des biens nationaux sera irrévocable.
• Voilà ce me semble, messieurs, les basés essentielles et nécessaires pour consacrer tOns les droits, tracer tous les devoirs , assurer toutes les existences , et garantir notre avenir.»
ChàcUn 'applaudit âuX paroles du prince , et South à sés promesses t mais elles n‘e contentèrent pas tous les é*»igré6.
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