CHAPITRE XXXVIII
Projet de loi relatif à l’indemnité réclamée par les émigrés.
La question de l’indemnité, présentée en 1 S 1 5 , avait soulevé tous les esprits; agitée plusieurs fois depuis cette époque par les membres les plus exaltés üu côté droit, elle avait été repoussée en 1823 par les ministres mêmes sous les auspices desquels on la reproduit en t 8 a 5 . Mais alors ils avaient encore la confiance du parti qu’ils voudraient acheter aujourd’hui au prix de nos sacrifices; alors ils ne croyaient pas devoir immoler la tranquillité et la fortune publique à des intérêts particuliers et à leur tranquillité personnelle.
On peut évaluer, dit-on, à 750 millions la valeur des biens à rendre dans les 86 dé-
partemens. C’est plus qu’il ne nous en a coûté pour tenir compte aux alliés du mal qu’ils nous ont fait en 1 8 1 5; c’est par conséquent être menacé de payer deux fois notre défaite. On nous parle tous les jours d’oubli et de concorde , mais les combats ont-ils cessé quand on dispute encore sur les traités de paix ?
Je n’ai point l’intention de discuter ici la loi proposée. Livrée à l’examen des esprits éclairés» la discussion du projet paraît insoutenable , et sou adoption serait la plus grande calamité dont la France ait été frappée depuis vingtcinq ans , car toutes les réactions , les haines, les divisions qu’elle pourrait enfanter , sont incalculables.
C’est combattre d’avance uu pareil projet que de rappeler l’histoire de ceux qui prétendent à l’indemnité demandée ; que de montrer cette noblesse émigrée abandonnant son roi au milieu de ses ennemis , au lieu de l’entourer pour le défendre , au lieu de se faire hacher, comme les preux de Bovines , pour sauver l’oriflamme. Cet abandon précipité, ces efforts impuissans pour rentrer en armes , voilà ce qui a fait tous les malheurs de la France; trente ans de guerre au dehors, l’anarchie et la terreur au dedans , voilà les
fruits sanglans de 1 émigration. Oui , tout ce que la France a souffert, tout ce qu’elle a perdu, son roi, les grands hommes qu’elle pleure encore , un million de ses enfans morts dans la Vendée et sur tous les champs de bataille, voilà ce qu’elle doit aux émigrés : et ils parlent d’indemnité! N’était-ce pas à eux à lui faire oublier tant de maux , quand die voulait bien oublier leurs fautes?