‹ Histoire de l'émigration. Coblentz, 1789-1793 (d'après des documents inédits)Chapitre 14 sur 20 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Le roi de Prusse et les émigrés. — Bouille à Magdebourg. — Son entrevue avec le duc de Brunswick. — Il obtient pour les princes et leur armée une place dans les opérations. — Mauvais vouloir de l'Autriche. — Irritation du prince de Gondé. — On apprend à Coblentz les événements du 20 juin. — Louis XVI et les projets «Je manifeste. — Mission de MalletduPan. — Instructions du ro'. — Mallet du Pan et le maréchal de Castries. — Il va à Coblentz et à Francfort. — Echec de sa mission. — Lettre de Malouet. — Le couronnement de François II à Francfort. — Le roi de Prusse à Mayence, à Bingen et a Coblentz. — Il se laisse émouvoir par les émigrés. — Brunswick les prend en mépris. — Nouvelle proposition de régence. — Dutheil envoyé à Paris.— Breteuil fait avorter la proposition. — Découragement de Brunswick. — Il son^e à battre en retraite.

Le roi de Prusse , Frédéric-Guillaume , même lorsqu'il considérait que les intérêts de sa couronne lui défendaient de prendre parti pour les émigrés, n'avait cessé de leur donner des témoignages de bienveillance.

De cette bienveillance, les princes, à diverses

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reprises, avaient ressenti les effets. Le baron de Roll qui les représentait à Berlin leur répétait fréquemment que Frédéric-Guillaume était disposé à les servir, et que si sa bonne volonté, trop souvent, restait en défaut, il n'en fallait accuser que ses ministres.

Les apparences confirmaient cette assertion. Non seulement les princes avaient, en plusieurs cirnstances, trouvé auprès du roi bonne grâce et urtoisie, mais, à diverses reprises, sa bourse s'éit ouverte pour leur venir en aide. En outre, les igrés venus à Berlin, y recevaient un favorable cueil, des distinctions, des emplois et des grades. Indépendamment de ces Français assez nomeux à qui était ainsi offert un asile et assuré un cours, le général, marquis de Bouille, s'était vu, près l'aventure de Varennes, mandé à Berlin par e flatteuse lettre du roi dont d'autres traits enre révélaient les dispositions.

Aussi, quoiqu'ils eussent subi du côté de la russe comme du côté de l'Autriche, d'assez vives déceptions, les princes ne laissaient pas d'espérer qu'ils la rendraient favorable à leur cause. A la fin du mois de mai, elle paraissait vouloir les laisser e rapprocher d'elle et leur permettre de discuter part qu'ils auraient dans la guerre. Le gouvernement prussien était-il sincère? On peut en douter. Mais, il jugeait tout au moins qu'avoir l'air de con-

sentir à employer les émigrés, était encore le meilleur moyen de les contenir.

Un Français réfugié à Berlin où il avait pris du service et obtenu un grade, le comte de Caraman (1), s'attachait depuis longtemps à préparer le terrain des pourparlers et secondait puissamment les démarches faites dans le même but par le baron de Roll, agent des princes. D'autre part, un lieutenant-général, le marquis de Lambert, agissait, dans le même sens, auprès du duc de Brunswick. Que les dispositions prussiennes fussent dues aux efforts combinés de ces personnages ou à d'autres causes, ce fut Bouille, qui le premier, en recueillit les témoignages. Le 30 mai, il vit le roi de Prusse à Magdebourg. Il lui fit part des craintes conçues

(1) Voir pour le rôle ultérieur du comte de Caraman, mon livre : Les Bourbons et la Russie. A Berlin, il avait été chargé par Louis XVI, comme d'autres ailleurs^ d'engager le roi de Prusse à hâter l'entrée en campagne. Cette mission choqua le vieux de Castries. Il écrivait à Louis XVI : « Je ne peux m'empêcher de dire au roi que d'employer un négociateur auprès de lui (le roi de Prusse) lorsque le baron de Roll a déjà sa confiance et que M. de Lambert, olficier général, a déjà celle du duc de Brunswick, c'est compliquer les affaires, c'est donner à un jeune homme un avantage sur deux personnes qui ont acquis et mérité de la considération ; c'est enfin marquer de la défiance à deux bons serviteurs dans lesquels le roi peut prendre confiance. Personne n'a pu prendre le change dans l'armée prussienne sur le masque qu'on a donné à M. de Caraman. On sait parfaitement le motif du grade de major qui lui a été accordé. »

par beaucoup de Français sur les intentions des alliés, en ce qui touchait les suites de leurs victoires probables et les prétentions qu'ils manifesteraient après les avoir remportées. 11 l'entretint aussi du manifeste qu'il convenait d'adresser à la France avant d'ouvrir les hostilités, du fond et de la forme de ce document.

Sur tous ces points, le roi de Prusse le rassura. *as plus après la victoire qu'avant, il ne serait lestion de démembrer la France. Dans le manijste, il n'y aurait d'autre dessein affirmé, que celi de rendre à Louis XVI son autorité et de lui lisser, cette autorité rétablie, le soin de régler les mditions d'existence du gouvernement qui lui paraîtrait le mieux convenir à son royaume. Il ajouta, en présence du duc de Brunswick, qu'il désirait que les princes jouassent un rôle convenable dans les opérations militaires. Mais, il entendait que ces arrangements demeurassent secrets, et que si les frères du roi de France adressaient pour leur compte un manifeste à la nation française, ce document lui fût communiqué avant d'être envoyé. Dans ce même entretien, Bouille ayant affirmé qu'aussitôt après l'entrée des alliés en France, toutes les populations se soulèveraient pour les acclamer et chasser du pouvoir les Jacobins, et que des régiments entiers passeraient du côté des princes Français, le roi de Prusse s'engagea à

prendre à sa solde ces régiments, à la condition vainement combattue par Bouille qu'ils prêteraient serment de fidélité, pour la durée de la campagne, à lui ou à l'Empereur.

Une discussion s'ouvrit ensuite sur les positions qu'occuperaient les légions des émigrés. Brunswick était d'avis de mettre ces troupes derrière le Rhin, ou de les diviser entre les armées alliées, étant entendu que le corps de Condé qui ne devait marcher qu'après celui des princes, formerait l'arrière-garde. Bouille demandait, au contraire, que les émigrés lussent placés en tête de l'armée d'invasion. C'était, disait-il, une condition de succès, le meilleur moyen de prouver aux Français que la guerre n'avait d'autre but que le rétablissement de l'autorité du roi.

Les deux généraux ne parvinrent pas à s'entendre. Brunswick étant seul maître des opérations qui allaient s'engager, son opinion prévalut. Plus tard, lorsque pour justifier la retraite incompréhensible et non encore expliquée, qui suivit la prise de Verdun, il se plaignit d'avoir été trompé sur les dispositions des Français, par les rapports des émigrés, Bouille eut le droit de lui rappeler leur entrevue de Magdebourg et de lui reprocher de n'avoir pas voulu faire aux soldats qui marchaient sous les ordres des princes Français, une meilleure place, car, selon lui, s'ils avaient été les premiers à entrer

m France, toute autre eût été l'issue de la camigne.

Bouille ne fut pas plus heureux, quand il delanda pour le comte de Provence un rang d'honleur auprès des souverains alliés et le titre de lieutenant-général du royaume. Cette satisfaction lui fut également refusée. On se sépara sans avoir rien décidé, sinon que les émigrés seraient admis à îombattre. Malgré tout, c'était déjà beaucoup d'avoir Lit accepter le principe de leur participation à la ;uerre. Les princes parurent disposés à se contenir de ce résultat. Condé lui-même, bien qu'il souf- 1t de se voir relégué au dernier rang, alors qu'il )rûlait de jouer un grand rôle, n'hésita pas à déclarer que le roi de Prusse était « charmant. » Il est rrai que pour la première fois, on semblait prendre lu sérieux les princes et leurs soldats et vouloir îompter avec eux.

Malheureusement, si précaires que fussent ces satisfactions, elles ne se réalisèrent pas. L'Autriche refusa de ratifier ce qu'avait promis la Prusse. Frédéric-Guillaume, lui-même, parut l'oublier, se dérober et ne plus se souvenir qu'il s'était engagé à prendre à sa solde, sous la condition du serment, les régiments français qui passeraient du côté des alliés (1).

(1) Il est à peine besoin de faire remarquer qu'aucun régiment français ne passa du côté de l'ennemi. Quelques offi-

Les princes protestèrent. Le comte d'Artois reprit avec Brunswick les pourparlers entamés par Bouille. Il y eut entre eux d'aigres querelles. Ces questions finirent par se régler, mais non selon le vœu des princes. Leurs troupes, jusqu'à la fin de la campagne, furent réduites à l'immobilité et durent rester étrangères à presque toutes les opérations.

C'est toujours à l'influence autrichienne que les émigrés attribuaient non sans raison leurs déboires et à celle de Marie- Antoinette. Selon Condé, l'Empereur François II qu'il maltraitait par ses propos plus encore qu'il n'avait maltraité de son vivant Léopold n'était qu'un « mandrin. » Quant à la reine de France, il l'accusait d'être à la tête « du Comité autrichien de Paris », formulant ainsi contre elle, lui, p]'ince de sang royal, la même accusation que les Jacobins, accusation que l'infortunée souveraine devait payer de sa vie.

Voilà dans quelles conditions se préparait la guerre au camp des alliés, tandis qu'à Paris se précipitaient les événements. Désormais, ils allaient

ciers seulement désertèrent. M. de Toulongeon, commandant militaire de Franche-Comté, parut mieux disposé à accepter la condition du serment imposé par la Prusse. Il est vrai que les princes le lui reprochèrent sévèrement, et quand il menaça d'agir dans ce sens sur les troupes qu'il commandait, ils lui envoyèrent l'ordre de n'en rien faire.

y marcher parallèlement avec ceux du dehors et la Révolution victorieuse à l'intérieur, répondre aux menaces de la coalition comme aux intrigues des émigrés, par de nouveaux coups portés à la Monarchie

Le 20 juin, le peuple envahissait les Tuileries, insultait à la famille royale, coiffait Louis XVI du bonnet rouge, préludait ainsi aux journées tragi- ^^ques qui, maintenant, allaient se succéder. Ce san- ^H^lant affront infligé à leur frère exaspéra les princes I^Bet leurs courtisans. Leur fureur, c'est à peine ^Bcroyable, s'exerça tout autant contre le souverain ^■vaincu, qui s'était vu contraint de le subir, que i^^contre ceux qui le lui avaient infligé . Leur ardeur s'exalta et les confirma dans cette conviction que le roi étant impuissant à dompter la révolte déchaînée autour de lui, c'était àeux qu'il appartenait de sauver l'Etat et la Couronne.

Mais, loin d'être prêt à céder à son impuissance, loin de vouloir abdiquer au profit de la régence de Monsieur, Louis XVI, soutenu par son héroïque femme, persistait à se croire encore roi, à se préoccuper de l'intérêt de ses sujets. Au moment où al-, lait éclater la guerre, il cherchait le moyen de les rassurer, les ayant vus, aux premières menaces de l'Autriche, prendre peur. Quoique l'espoir de vaincre eût dicté et soutînt les résolutions de l'Assemblée qui déclarait la guerre en leur nom, ils re-

doutaient, en prévision d'une défaite, le démembrement du pays, les vengeances des émigrés et l'influence que la coalition victorieuse prétendrait exercer sur le gouvernement royal qu'elle aurait établi.

Vainement, la diplomatie impériale déclarait que la guerre avait pour unique objet la défense du sol germanique et des princes allemands, les Français, à l'instigation de l'Assemblée nationale, attribuaient aux alliés d'autres calculs, des intentions de conquête.

C'était aussi, on l'a vu, la crainte de beaucoup d'émigrés. Ils soupçonnaient l'Empereur d'Autriche et le roi de Prusse d'être, malgré leurs déclarations, moins soucieux de délivrer la famille royale que d'agrandir leurs Etats au détriment delà France. Chez quelques-uns, s'éveillait peut-être le remords d'avoir favorisé, sans le vouloir, ces ambitions, et le patriotisme reprenait ses droits ; chez d'autres, il dégénérait en véritable fureur.

Ces faits rapportés au roi le disposaient à redouter que, sous l'empire d'un entraînement patriotique, ces émigrés rentrassent en France, au péril de leur vie, pour aller grossir le nombre des défenseurs de la patrie, parmi lesquels le malheur des temps voulait qu'il ne vît plus que des ennemis, pendant que les Parisiens affolés par la peur, incités à accuser la famille royale d'avoir appelé

l'étranger, se porteraient contre elle aux pires excès delà terreur et du désespoir.

Il était urgent de conjurer ces périls. Rien n'y paraissait plus propre, dans l'entourage du roi, que deux manifestes à la nation française, signés Fun par les princes ses frères, l'autre par les souverains alliés et dont les termes seraient concertés entre eux et le monarque pour le salut duquel ils en- [treprenaient la guerre.

Ces projets de manifeste, au moment où l'on s'en ^occupait à Coblentz comme à Berlin et à Vienne, 'urent conçus à Paris par ceux des partisans de iOuis XVI qu'il se plaisait à consulter et qui pou- '■aient encore communiquer avec lui. Deux d'en- -e eux, le constitutionnel Malouet et l'ancien milistre Montmorin en prirent Tinitiative. Sur leur îonseil, le roi chargea le publiciste Mallet du Pan, qui se préparait à s'enfuir de Paris où il n'était plus en sûreté, de se rendre auprès de ses frères et des souverains alliés et de leur suggérer à chacun l'idée d'une proclamation.

Celle des princes devait avoir pour uniques bases : 1° la sûreté du roi, de la reine et de la famille royale ; 2° la liberté franche et entière du roi et de sa famille ; 3° la sûreté des membres du clergé et de la noblesse et de tous les bons citoyens restés dans le royaume et la conservation de toutes les propriétés ; 4° le rétablissement de l'ordre et le

maintien de la religion catholique, apostolique et romaine (1).

Les instructions du roi portaient en outre : « Les princes doivent déclarer qu'ils se sont armés pour assurer ces différentes bases.

« Le roi pense que, pour y parvenir, le manifeste doit mettre tous ces objets sous la responsabilité de l'Assemblée nationale, du maire de Paris, des commandants et officiers de la garde nationale parisienne et autres, et de tous les départements, districts et municipalités de Paris et du royaume.

(c Pour se conformer au vœu du roi, le manifeste doit menacer les factieux et non pas la France. Il ne doit laisser percer aucun sentiment d'animosité, ni de vengeance; on doit éviter toutes les expressions, qui, à différentes époques, ont pu occasionner des divisions entre les ordres.

c( Sa Majesté désire qu'on tende les bras à tous les gens faibles ou douteux qu'une foule de circonstances ont pu retenir dans les provinces, ou empêcher de se déclarer. Les dispositions et menaces de rigueur doivent être bornées aux crimes et aux actes de résistance.

(( Enfin, Sa Majesté demande particulièrement que les princes s'attachent, par le style et le ton de

(1) J'ai trouvé cette pièce importante dans les papiers du maréchal de Castries à qui elle fut remise par Mallet du Pan, au mois de juin 1792, lorsqu'ils se virent à Cologne.

leur manifeste, à persuader à la multitude qu'aucun ressentiment personnel ne les anime, non plus que la noblesse, et qu'ils n'entrent en France que dans l'intention de rétablir la Monarchie, de remettre le roi sur son trône, de faire renaître l'ordre, lajustice et la paix. ))

Quant à la proclamation des alliés, elle devait [avoir pour principal objet de déclarer qu'ils ne faisaient pas la guerre pour démembrer la France, [inais pour y remettre le roi en possession de son 'autorité. Pour le reste, le roi s'en référait aux ins- •tructions envoyées à ses frères, lesquelles indi- [quaient l'esprit qui, dans l'intérêt de sa sûreté, de- '■ait inspirer le langage à tenir au peuple français. ;Mallet du Pan était encore chargé de demander aux princes et aux émigrés, au nom du roi, de s'abstenir de toute immixtion dans les hostilités qui allaient s'engager (1).

Il quitta Paris dans la seconde quinzaine de mai et se rendit à Genève d'où le 24, il écrivit au maréchal de Castries pour lui annoncer sa visite. Puis, il partit pour Cologne. Sur son chemin à travers la Suisse, il rencontra nombre d'émigrés qu'il avait connus à Paris et notamment le comte de Montlosier, le chevalier de Panât, Cazalès. Par eux, par les étrangers, il connut mieux qu'avant de sortir

(1) Voir plus haut, page 249.

de France, Fétat d'esprit de Coblentz, les dispositions des puissances. Il put se rendre compte aussi de la lenteur des préparatifs de cette guerre qu'en France, on croyait devoir être immédiate. Il fut consterné par tout ce qu'il apprit.

Le maréchal le reçut d'abord assez froidement. Quand il l'eut écouté, le vieux soldat parut lui accorder confiance, mais s'étonna que, pour une mission si grave, le roi n'eût pas fait choix d'un personnage plus important. Sans mettre en doute son caractère d'envoyé de Louis XVI, il lui insinua que ni les princes, ni les souverains alliés ne voudraient croire à cette mission, s'il n'en était donné des preuves formelles. Maliet comprit à demi-mot. Il en demanda de nouvelles à Paris, d'où bientôt, il recevait le billet suivant, écrit de la main du roi.

« La personne qui présentera ce billet connaît mes intentions, et on peut y avoir confiance. »

Tandis qu'il attendait cette réponse, il apprit les événements qui s'étaient passés à Paris le 20 juin. Ses angoisses devinrent plus vives. Il supplia le maréchal de faire sentir aux puissances combien leur lenteur, leur silence, l'incertitude où elles laissaient les émigrés aggravaient les maux de l'intérieur, désespéraient les royalistes et le roi luimême. Puis, quand il fut en possession de l'autographe royal, il se mit en route pour Coblentz, convaincu que toutes les portes allaient s'ouvrir devant

[lui. Ce qui le lui faisait croire, c'est que le maréfchal de Castries avait écrit aux princes pour leur [faire connaître les désirs du roi et la venue prochaine de son envoyé (1).

Le 4 juillet il était à Coblentz et demandait une

audience en descendant de voiture. Mais, le 6, il

[attendait encore qu'on lui répondît. « Tout est à

[Coblentz dans la confusion, écrivait-il, et j'ai été

)erdu au milieu des embarras, des déplacements

[de l'arrivée du duc de Brunswick et du prince

[de Nassau. Cette circonstance m'aura sans doute

fait oublier. »

C'était vrai. Les princes se préparaient à rece •

w le duc de Brunswick généralissime des armées

alliées et le prince de Nassau qui venait de Russie,

apportant un nouveau million envoyé par Cathe-

(1) Voici un extrait de cette lettre : « Je supplie Monsieur et Monseigneur de trouver bon que je prenne la liberté de leur observer qu'il pourrait être utile de réparer dans la pièce qu'ils feront publier, ce qu'ils ont déjà manifesté sur leur soumission pour le roi et d'aller ainsi au-devant de tout ce qui a été dit sur leur esprit d'indépendance et sur le désir qu'ils avaient de la prolonger.

» Les princes pensent, sansdoute aussi, qu'unappel àTarmée

et l'ordre de se rallier au parti du roi, en l'éclairant sur les

devoirs et sur la force de ses premiers serments, interprétant

d'ailleurs les derniers comme ils peuvent l'être, pourrait dé-

erminer l'indécision des consciences timides, qui ont besoin

êlre soutenues pour se remettre dans la voie dont elles se ont écartées. »

rine aux irères du roi de France. D'autre part, ils s'apprêtaient à quitter Coblentz pour se rendre Francfort et y assister au sacre de François I] comme Empereur, dont la date avait été fixée ai 19 juillet. Ils voulaient y assister, entourés de leui cour et c'était encore pour eux une cause de soucis pressants. Quand ils étaient tout entiers à ces pré-i paratifs, quelle place pouvait tenir dans leurs] préoccupations l'envoyé du malheureux Louis XVI etles commissions dont il était chargé? N'avaientils pas résolu de ne plus écouter les avis ni lesj ordres d'un souverain dépossédé de tout pouvoir et; de tout prestige ?

Ils finirent cependant par recevoir MalletduPan. Mais, exaltés par l'imminence de la guerre, par] Tenthousiasme des gentilshommes qui se pressaienti autour d'eux, par l'agitation qui régnait à Coblentz, ils l'accueillirent avec une dédaigneuse hauteur. Ils] sô dérobèrent à toute explication sur leur manifeste] dont leur frère prétendait régler le fond et la forme. Ils alléguèrent qu'ils n'en avaient encore arrêté nij la date ni l'esprit.

Quand Mallet du Pan leur fit connaître que le roi leur ordonnait de se tenir, eux et les émigrés, à(j l'écart des opérations militaires, ils bondireni comme sous une insulte. Ils répliquèrent que lorsque l'Europe s'armait pour le salut de la monarchie' française, que lorsqu'en France, en Vendée, dans

les Cévennes, les royalistes fidèles n'attendaient qu'un signal pour se soulever, eux-mêmes se déshonoreraient en ne s'associant pas à ces généreux eiïorts. Ils ne furent pas ébranlés par le tableau que traça Mallet du Pan, des périls auxquels ces soulèvements exposeraient les jours du roi, s'il était avéré que ses frères y prenaient part.

Kll eut bientôt discerné, dans leur langage, la ferme volonté de ne pas obéir. Il ne lui restait donc plus qu'à se rendre à Francfort et à poursuivre sa paission auprès des souverains alliés. Mais, il ne put se dissimuler que les princes s'appliqueraient à la contrecarrer.

Ce fut ensuite un autre embarras. Il attendait de Paris des lettres qui devaient l'introduire auprès de l'Empereur, Ces lettres n'arrivaient pas. Finalement, il dut se résigner à solliciter du comte de Romanzof le moyen de parvenir jusqu'à François II pour lui présenter le projet de manifeste qu'il avait à l'avance préparé.

A Francfort, l'attendaient des déceptions nouvelles. D'abord, il ne put obtenir une audience de l'Empereur. On le renvoya aux ministres Autrichiens et Prussiens. C'est à eux qu'il communiqua son

I projet. Ils en approuvèrent les idées, les déclarèrent conformes à celles des cours alliées, s'engagèrent à en tenir compte comme de tous les désirs exprimés par le roi de France et à proclamer en des termes

clairs et précis que les puissances n'étaient animées d'aucun sentiment d'ambition ni d'intérêt personnel.

Malheureusement, derrière lui, arrivaient les princes. Quand ils surent qu'il voulait un manifeste « qui inspirât autant de confiance que de terreur » et propre à rassurer tous ceux qui redoutaient le retour de l'ancien régime, ils objectèrent que c'était là (( une doctrine monarchienne )> et que les adversaires de l'ancien régime étaient des factieux desquels il n'y avait rien à attendre que par la force.

Eux aussi, d'ailleurs, apportaient un projet. Composé par le marquis de Limon, personnage compromis à Paris et à la cour dans des affaires véreuses et des intrigues inavouables, il avait, grâce à sa violence, excité l'admiration de Calonne, puis celle des princes qui s'y étaient ralliés en l'adoptant comme leur œuvre. Cette question de manifeste, si grave aux yeux des Tuileries que Mallet du Pan déclarait « tout perdu » si elle n'était pas résolue au gré du roi, les alliés la considéraient^ comme secondaire. Ils prirent à la légère le projet du marquis de Limon, mirent de côté celui de Mallet du Pan, et le duc de Brunswick fut invité à publier le premier. Il hésita durant quelques jours, comme s'il eût compris tout ce que contenait de malhabile et d'impolitique ce document. Puis, il se décida aie lancer, sans deviner que le coup des-

lé aux Jacobins allait atteindre la famille royale imprimant une impulsion nouvelle aux furieuses

•deurs de ses ennemis.

Quant à Mallet du Pan, devant l'échec de sa

lission et de son impuissance à servir le roi, il se borna à presser les alliés de porter secours à son

laître. 11 colportait, dans leur entourage, les lettres

l'il recevait de Paris et qui dépeignaient l'affreuse

^tuation de la famille royale.

L'une de ces lettres, écrite probablement par

[alouet, disait : « Le peuple, la populace, la petite iourgeoisie sont intimement persuadés que la Constitution étant faite et les lois écrites, le roi seul est la cause directe ou indirecte qu'elle ne réussit pas. Aucun raisonnement ne peut faire changer leurs idées là-dessus. » Et plus loin : « Ils sont toujours dans la même sécurité sur les armées étrangères.. Les Parisiens chanteront et danseront lorsque l'ennemi sera à vingt lieues d'eux ; ils creuseront des fossés, des retranchements ; ils s'amuseront encore à la construction du Champ-de-Mars, parce qu'ils sont persuadés qu'aucune armée ne peut prendre une ville qui renferme sept cent mille âmes. ....Des soldats! des soldats! Et encore des soldats! Qu'on ne se flatte plus! Si les forces étrangères n'entrent pas au plus tôt, il me paraît impossible que le roi et les siens ne succombent incessamment. On n'obtiendra rien en proposant et en parlementant,

car, c'est faute d'actions et non de paroles, que le royaume a péri. »

Les alliés se préparaient à exaucer les vœux exprimés dans cette lettre. L'armée prussienne se concentrait aux entours de Coblentz. Chaque jour, les princes allaient voir arriver ces régiments destinés à combattre la France et qu'acclamaient les émigrés, en demandant à marcher avec eux. Ils s'arrachèrent à ce spectacle, le 12 juillet, pour se rendre à Francfort, aux fêtes du couronnement de François IL

Grâce au dernier million envoyé par Catherine, ils avaient doré leur cour sur toutes les coutures. Une nombreuse et brillante suite les accompagnait. On y pouvait voir Condé, son fils, son petit-flls, le prince de Nassau, les maréchaux de Broglie et de Castries, Bouille, tout un flot de courtisans, et, taciturne au milieu d'eux, Calonne qui, certain de n'avoir inspiré que défiance aux alUés, songeait que son rôle était fini et parlait mélancoliquement de retraite et d'oubh. Les gardes du corps escortaient les frères du roi, ainsi que des soldats d'élite détachés du camp de Worms.

La semaine suivante, mêlés au cortège impérial, les princes partaient pour Mayence où le roi de Prusse venait se réunir à l'Empereur. Ils assistèrent a l'entrevue des deux souverains. Pendant trois jours, ce ne fut que bals, concerts, spectacles, illu-

minations. Le palais électoral, témoin de ces magnificences, était devenu le rendez-vous de tous les princes allemands, de leur noblesse, de la noblesse française émigrée. On s'amusait le soir; le jour on négociait.

Là, fut adopté définitivement le tex.te du manifeste des alliés, rédigé par le marquis de Limon. Brunswick y mit sa signature et le document, tiré à des millions d'exemplaires, fut livré aux agents qui devaient le répandre en France. Puis, on décida

■^ sort de l'armée des émigrés. Elle fut divisée en bis groupes et répartie entre les trois corps de celle de Brunswick, cinq mille hommes, sous les ordres de Condé, dans le corps du général de Wallis ; trois mille commandés par le duc de Bourbon dans le corps du général Clayrfait, et Tarmée des princes forte de douze mille hommes, les frères du roi à sa tête, dans le corps prussien et sur sa gauche.

Ces troupes furent passées en revue par le roi de Prusse, dans les plaines deMayence. Il leur adressa tine allocution vibrante, promit aux émigrés de les rendre à leurs familles et de sauver Louis XVL Ses paroles furent couvertes par des acclamations : « Vive le roi ! Vive les alliés ! A bas les Jacobins I w Enfin, le 30 juillet, Frédéric-Guillaume fit aux princes l'honneur d'aller dîner chez eux à Bingen.

Après le repas, ils l'entretinrent de leur détresse, de celle de leurs soldats. Ils décrivirent en termes

li^

si touchants la misère qui se dissimulait sous les uniformes français qu'il en fut tout ému. Ils lui demandèrent douze ou quinze cent mille francs. Il allait les promettre. Mais, un de ses ministres veillait afin de le garder contre les entraînements de son cœur et, sous un prétexte, coupa l'entretien avant que la promesse eût été faite.

Il fallut reprendre cette négociation le lendemain. Elle aboutit en partie, mais seulement grâce au prince de Nassau qui donna sa caution pour huit cent mille francs. Ce secours arriva fort à propos, car les princes en étaient à ne plus pouvoir nourrir l'armée qui venait de défiler devant le roi de Prusse. Par malheur, il allait être vite épuisé.

En quittant Mayence, Frédéric-Guillaume, toujours suivi des princes Français, descendit le Rhin jusqu'à Coblentz où l'attendait sa propre armée campée à Rubenach. Il y fut reçu par toute la société émigrée, les femmes de la cour, les courtisans de l'exil, les généraux, les hauts membres du clergé. Tout ce monde s'attacha à lui inspirer confiance, à lui démontrer que la France était monarchique, qu'elle accueillerait comme des libérateurs les alliés qui viendraient lui rendre son roi ; qu'il ne fallait pas s'attarder aux sièges des places, mais, marcher droit sur Paris.

— Je réponds de la prise des forteresses, disait Bouille, car j'en ai toutes les clés dans ma poche

Frédéric-Guillaume se laissait prendre à ces excitations, y lisait le présage de ses futures victoires, et y associait volontiers les émigrés. Mais Brunswick qui jugeait plus froidement ce qu'il voyait et entendait, qui « consultait les femmes d'émigrés plus que les maris », ne tarda pas à discerner ce qu'il y avait d'exagéré, de léger, de factice dans les propos enthousiastes qu'on tenait au roi et se fit une conviction toute contraire. Par la pénurie et la désorganisation des troupes royales dont un tiers à peine avait des armes, où pour un soldat on comptait jusqu'à deux domestiques, il comprit qu'elles ne pouvaient lui être bonnes à rien. Son attitude, d'abord bienveillante, se modifia peu à peu. A l'aménité des premiers jours, succéda une sorte de dédain, à peine dissimulé sous des formes courtoises et bientôt le désir d'en finir au plus vite avec cette guerre qu'il entreprenait sans confiance, uniquement pour plaire au roi de Prusse (1).

Du reste si les émigrés n'eussent été aveuglés par leurs illusions et leurs espérances, ils se seraient aperçus qu'en dépit de ce qui se passait, la ferme volonté des alliés était de sauver le roi de France,

(1) Il suffit de dix jours pour confirmer ces impressions. Le 7 août, de Bruxelles où elles étaient connues, Fersen écrivait à la reine : « Les émigrés sont tellement dépourvus de tout qu'un quart à peine pourra suivre les opérations. Le duc de BrunswicR en est déjà bien fatigué. >/

en s'abstenant, autant que possible, de recourir à eux. Longtemps, ils avaient accusé TAutriche et la Prusse, l'Autriche surtout, d'être résolue à paralyser leur action. Maintenant trompés par les apparences, ils n'accusaient plus. Mais la réalité restait toujours la même. On ne voulait ni les mettre en avant, ni les laisser combattre. Malgré le patronage que leur avait accordé l'Impératrice de Russie, les deux souverains allemands, François II plus encore que Frédéric-Guillaume, y étaient décidés, parce que tel était le désir que leur avait lait exprimer par Breteuil le roi Louis XVI. Seulement, dans l'impuissance où on était de se débarrasser d'eux et de les contenir, on se donnait le mérite de paraître prêt à les satisfaire ; on les leurrait de belles promesses qui ne devaient jamais être réalisées.

Au moment même où l'armée des alliés allait se mettre en marche, — c'était durant le mois d'août, — une grave question se posa. Elle n'était pas nouvelle. Aussitôt après Varennes, elle avait été discutée entre les princes et les puissances étrangères, toujours ajournée par le mauvais vouloir de l'Autriche, puis abandonnée ; c'était la question de la régence de Monsieur. Cette fois, la présence des souverains alliés et de leur ministres, permettait de la résoudre, et les circonstances exigeaient qu'elle le fût sur-le-champ. Il s'agissait de décider si, en

entrant en France, les alliés ne trouveraient pas avantage à avoir auprès d'eux un prince français, investi de tous les pouvoirs du roi captif, et s'il ne convenait pas que, pour remplir le rôle qu'on attendait de lui. Monsieur fût revêtu de ce titre de régent qu'il avait si souvent réclamé sans l'obtenir.

Ce fut Galonné qui suggéra la reprise de cette ancienne proposition dont il était l'auteur et Monsieur qui en entretint d'abord le roi de Prusse. Il eut le bonheur de le conquérir à son idée. Le duc de Brunswick consulté ne se montra pas contraire à Tavis du roi. Il parut même y souscrire. Mais, soit que dans le fond, il ne l'approuvât pas, soit qu'il trouvât de stricte justice de consulter Louis XVI avant de rien décider, il objecta qu'on ne pouvait proclamer la régence, sans connaître le sentiment personnel de ce souverain. Frédéric- Guillaume se rendit à cette opinion. Toutefois, afin d'éviter les récriminations que ne manquerait pas d'y opposer Monsieur, il résolut de ne pas lui en faire part. En même temps, il décidait d'envoyer aux Tuileries un homme de confiance, dont la véritable mission serait dissimulée sous des prétextes.

On se mit donc à la recherche de cet homme de confiance. On le trouva dans la personne d'un émigré du nom de Dutheil, ancien administrateur

de l'intendance de Paris (1). «Il fut convenu, est-il dit dans une note rétrospective du maréchal de Castries, que le prétexte vis-à-vis des princes serait l'approvisionnement des armées et c'est sous ce seul point de vue que M. Dutheil parla de son voyage à leurs Altesses royales. Les différents objets dont M. le duc de Brunswick le chargea furent :

« 1° De connaître d'une manière précise l'état de Sa Majesté, afin de lui en rendre compte, ainsi qu'au roi de Prusse.

« 2° De savoir du roi de France, s'il consentait à ce que Monsieur prit le titre de régent, en entrant en France, et de lui dire qu'ils pensaient qu'il y aurait beaucoup d'avantages à ce que ce prince s'en revêtît.

« 3° D'annoncer à Sa Majesté et à la Reine que les armées Prussiennes et Autrichiennes allaient entrer en France, et qu'ils espéraient pouvoir bientôt les délivrer de leur captivité.

(c 4° De faire imprimer et afficher dans toute la capitale la déclaration des puissances alliées.

« b° De monter une machine pour faire passer et imprimer tous les écrits, qui pourraient préparer et changer l'opinion publique.

(1^ Dutheil devint un des principaux agents de l'Émigration. Voir : Les Bourbons et la Russie; Les Émigrés et la seconde coalition.

(( 6° De préparer des magasins et des approvisionnements pour les armées à une vingtaine de lieues à la ronde de Paris.

« 7° Enfin, de rendre un compte exact de l'état de Paris et de celui des esprits en France.

(( M. Dutheil ajoute, qu'il lui fut remis par le roi de Prusse, et M. le duc de Brunswick, un mémoire pour Sa Majesté, dans lequel il était dit qu'ils pensaient l'un et l'autre que le titre de régent donné à Monsieur, aurait beaucoup d'avantages en entrant en France, pourvu que Son Altesse Royale se laissât conduire par eux, par le baron de Breteuil, et le maréchal de Castries, exigeant d'ailleurs que M. de Calonne fût écarté.

(( M. Dutheil fit sa commission, et exécuta ponctuellement tous les ordres qui lui avaient été donnés.

« Il revint le 10 ou le 11 septembre 1792. Il rendit compte à M. le duc de Brunswick et au roi de Prusse, chacun en particulier, que Sa Majesté consentait à ce que Monsieur prît le titre de régent, à la condition qu'il suivrait les avis du roi d« Prusse, s'en rapportant d'ailleurs à ce que M. le baron de Breteuil, et M. le maréchal de Castries pourraient juger utile et convenable, ainsi qu'à ce que M. Dutheil pourrait leur dire de sa part. Sa Majesté ajoutait qu'on ne le calculât pour rien, et qu'il sacrifierait toujours sa vie à la Monarchie.

« M. Dutheil remit, le 12 ouïe 13 septembre, une

lettre de Sa Majesté à M. de Breteuil, dans'laquelle il lui marquait de ne mettre aucune opposition à la régence de Monsieur. »

C'est à Verdun où se trouvaient alors le roi de Prusse, Brunswick, le maréchal de Castries, Breteuil, que Dutheil rapporta ses réponses et conféra avec chacun d'eux, à Tinsu des princes français. Après l'avoir entendu, Frédéric-Guillaume, pressé par le maréchal de Castries, estima que rien ne s'opposait plus à ce qu'on laissât Monsieur prendre le titre de régent qu'il ne cessait de réclamer. Mais sans tenir compte de la lettre du roi, rapportée par Dutheil, négligeant d'en parler, convaincu qu'elle avait été arrachée à la faiblesse du malheureux monarque, prisonnier depuis le 10 août^ Breteuil exprima une opinion toute contraire.

Puis, quand il vit qu'on allait passer outre, il fît intervenir le prince de Reuss, représentant de l'Autriche. Ce diplomate exigea qu'aucune décision ne fût prise sans l'agrément de sa cour. La question fut donc ajournée. Les événements, en se précipitant, allaient en rendre inutile la solution et on l'oublia (i). C'était pour les émigrés un nouveau et cruel échec.

(\) On sait que, même après la mort du roi et de la reine, Monsieur, qui s'était déclaré régent du royaume, ne parvint pas à se faire reconnaître en cette qualité par les puissances.

COBLEN'TZ

A ce moment la Terreur ouvrait la longue série [de ses forfaits. Les sanglantes journées de Septembre étaient venues épouvanter l'Europe. La famille royale avait été conduite au Temple. La ^Convention, nouvellement élue, organisait la défense fdu territoire, lançait sur la coalition les armées de la France, Les généraux, après les premiers revers, îommençaient à remporter des victoires, et Brunsnck, quoiqu'il se fûtavancé jusqu'à Verdun et que ;on entourage le pressât de marcher sur Paris, se laissait décourager par ce soulèvement de tout un >euple. Il n'osait plus aller en avant et songeait à )attre en retraite.

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