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par déférence pour son souverain , n'avait consenti à le reconnaître pour régent et à partager avec lui l'administration ; mais Adrien n'eut qu'un vain titre , et Ximenès, en traitant son collègue avec beaucoup d'égards , et même de respect , se réserva toute l'autorité * •
Le premier soin du cardinal fut d'observer les mouvements de l'infant don Ferdinand , qui , ayant été si près de jouir de la suprême puissance , ne put se voir frustré d'un si doux espoir sans laisser éclater une impatience plus vive qu'on n'avait lieu d'attendre d'un prince encore si jeune. Sous prétexte de veiller plus efficacement à sa sûreté, Ximenès le fit venir de la Guadaloupe, où il avait été élevé, à Madrid , qui devint la résidence de la cour. L'infant resta dès lors sous les yeux du cardinal , qui fit épier avec la plus grande attention sa conduite et celle de ses domestiques *.
La première nouvelle que Ximenès reçut des Pays-Bas lui donna beaucoup d'inquiétude , et lui fit sentir toute la difficulté de la tâche qu'il s'était imposée en voulant diriger les affaires d'un jeune prince, sous l'influence de conseillers qui ne connaissaient ni les lois ni les moeurs de l'Espagne. La nouvelle de la mort de Ferdinand ne fut pas plutôt arrivée k Bruxelles , que Charles , guidé par ses conseillers flamands , voulut prendre le titre de roi. Suivant les lois d'Espagne , les couronnes de Gastille et d'Aragon appartenaient à Jeanne seule ; et quoique ses infirmités l'eussent mise hors d'état de gouverner elle-même , son incapacité n'avait été déclarée par aucun acte public des états de l'un ou de l'autre royaume; de sorte que les Espagnols regardèrent la résolution de Charles non-seulement comme une infraction directe à leurs privilèges , mais encore comme une démarche dénaturée de la part d'un fils qui voulait usurper les droits de sa mère , et qui marquait moins d'égards et de respect pour elle que cette malheureuse princesse n'en avait éprouvé de la part de ses sujets 5.
La cour de Bruxelles engagea cependant le pape et l'empereur à écrire à Charles , en lui donnant le titre de roi de Castille , titre qu'on prétendait qu'ils avaient le droit de conférer ; le premier en qualité de chef de l'Église, et le second comme chef de l'empire. Ximenès reçut en même temps des instructions pour faire reconnaître aux
1 Gometius, de Reb. gut. Ximmii, p, 180, fol. eompL 1669.
* Miniana, Continuât. Marianw, lib. i, vi, u. Baudier, Hi$U de Ximenès, p. 118.
• P. Mart., Ep., p. 806.
Espagnols l'avènement de Charles ' . Quoique le cardinal eût fait dsvives représentations contre une telle démarche, qu'il regardait comme également inutile au prince et désagréable à la nation , il prit cependant le parti de mettre en œuvre toute son autorité et tout son crédit pour en assurer le succès : en conséquence il fit assembler surle-champ ceux des nobles qui se trouvaient alors à la cour. On leur exposa la réquisition de Charles ; mais, au lieu d'accéder à cette proposition , ils commencèrent à murmurer contre cette violation inouïe de leurs privilèges, et insistèrent avec vivacité sur les droits de Jeanne , et sur le serment de fidélité qui les attachait à cette priaeesfe : alors Ximenès interrompit brusquement la délibération , et , du ton ferme et imposant qui lui était naturel , leur dit qu'ils étaient assemblés non pour délibérer , mais pour obéir» et que leur souverain leur demandait de la soumission et non des conseils. Ce jour même , ajouta-tril , Charles sera proclamé à Madrid roi de Castîlle , et 1er autres villes suivront cet exemple. Le cardinal donna sur-le-champ des ordres pour cet objet ; et, malgré la nouveauté de cet usage et le mécontentement secret de plusieurs grands du royaume , le titre de Charles fut universellement reconnu* Ce prince ne trouva pas en Àragen la même soumission à ses volontés : les peuples y jouissaient encore de privilèges plus étendus qu'en Castille; et, d'ailleurs, l'archevêque de Saragosse, à qui Ferdinand avait laissé la régence, n'avait ni les talents ni le crédit de Ximenès. Charles ne fut reconnu dans ce royaume jusqu'à son arrivée en Espagne , que sous le titra de prince *.
Quoique Ximenès n'eût qu'une puissance précaire dont son grand Age ne devait pas lui faire espérer de jouir longtemps , il prit avec le titre de régent toutes les idées naturelles à un monarque et adopte des projets pour étendre l'autorité royale , dont il poursuivit l'exéca* tion avec autant de courage et d'ardeur que s'il eût dû en recueillir les fruits. Les privilèges des notables castillans raient la prérogative du prince dans des limites très-étroites : le car* dinal regarda ces privilèges comme des usurpations sur la couronne , et prit la résolution d'en supprimer une partie. Quelque dangereuse que fût cette entreprise, il avait, par sa situation, des avantages qui
* Gometiu», p. 152, etc. Baudiar,JKfl de Ximenès, pige 131.
• P. Mart., Ep., p. W2.