‹ Histoire de l'Empereur Charles-QuintChapitre 24 sur 56 · livre i · texte numérisé non relu

livre i

Allemands à élever un prince étranger à une dignité qui , depuis tant de siècles , était leur apanage , et surtout à choisir François Ier, souverain d'un peuple dont le caractère , le gouvernement et les mœurs étaient si différents des leurs , qu'il n'était guère possible d'établir une union sincère entre les deux nations. Charles espérait d'ailleurs que les dernières négociations avec Maximilien, quoiqu'elles n'eussent point eu de succès , auraient disposé en sa faveur l'esprit des électeurs ; mais ce qui lui inspirait le plus de Confiance , c'était la situation favorable des États héréditaires en Allemagne , qui formaient une barrière naturelle à l'empire contre les entreprises de la puissance ottomane, les conquêtes, les talents et l'ambition du sultan Sélim II donnaient alors à toute l'Europe des inquiétudes bien fondées. En effet , ses victoires sur les mameluks et la destruction de ce brave peuple , en ajoutant l'Egypte et la Syrie & son empire , en avaient si solidement affermi la tranquillité intérieure, que Sélim était en état de tourner contre les princes chrétiens toute la force de ses arme*, auxquelles jusqu'alors aucune puissance n'avait pu résister. Il n'y avait pas de moyen plus sûr pour arrêter le cours de ce torrent , que de lui opposer un empereur qui possédait de vastes domaines dans le pays même exposé au premier choc de l'ennemi 9 et qui pouvait d'ailleurs le combattre avec toutes les forces d'une puissante monarchie, et tous les trésors que produisaient les mines du nouveau monde et le commerce des Pays-Bas. Tels étaient les moyens sur lesquels Charles établissait hautement la justice de ses prétentions , et tous les esprits équitables et éclairés trouvèrent ces raisons nonseulement plausibles , mais convaincantes : cependant il ne S'en tint pas là pour assurer le succès de sa cause. Il prodigua l'argent , mit en œuvre toutes les ressources et tous les artifices de la négociation , et prit secrètement A sa solde un corps considérable de troupes qu'avaient levé les États du cercle de Souabe. Il s'assura , par des présents , des suffrages de tous ceux qui voulurent se vendre , leva les scrupules des uns, répondit aux objections des autres, et sut, par les menaces \ en imposer aux faibles.

D'un autre côté, François I" soutint ses prétentions avec la même ardeur et une égale confiance dans la justice de sa cause. Ses émfa-

1 Goicc, llb. xiii, pag. 199. Sletâan, Bitt. ofthe refàrm*, pag. 14. StrutH, Bia. Oerm., h, p. 971, note 20.

sa ires publiaient qu'il était temps de prouver aux princes de la maison d'Autriche que la couronne impériale était élective et non héréditaire, et que d'autres princes pouvaient aspirer à une dignité que leur arrogance semblait leur faire regarder comme un bien de famille : qu'il fallait un souverain d'un jugement mûr et de talents éprouvés , pour prendre les rênes du gouvernement dans un pays où les nouvelles opinions sur la religion jetaient tous les esprits dans une agitation extraordinaire, dont on avait à craindre les suites les plus funestes; qu'un jeune prince sans expérience et qui n'avait encore donné aucune preuve de capacité militaire n'était pas en état d'entrer en lice avec un rival tel que Sélim , vieilli dans l'art de la guerre et enhardi par un enchaînement de victoires : au lieu qu'on pouvait opposer au conquérant d'Asie un roi qui , dès sa jeunesse, avait triomphé de la valeur et de la discipline des Suisses, regardés jusqu'alors comme invincibles : que l'ardeur et l'impétuosité de la cavalerie française, secondée par la discipline et la fermeté de l'infanterie allemande , formeraient une armée si formidable, qu'au lieu d'attendre l'approche des troupes ottomanes, elle pourrait porter les hostilités jusqu'au cœur de l'empire de Sélim : que l'élection de Charles était incompatible avec une des constitutions fondamentales de l'empire, suivant laquelle tout prince qui possédait la couronne deNaples était exclu du trône impérial , et que d'ailleurs les prétentions de Charles sur le duché de Milan , allumeraient infailliblement en Italie une guerre dont les effets se feraient bientôt sentir à l'Allemagne , et pourraient lui devenir funestes ' .

Tandis que les ambassadeurs de François I" faisaient valoir ces raisons et d'autres du même genre, dans toutes les cours d'Allemagne, ce prince , instruit des préventions qu'élevaient contre lui sa qualité d'étranger et son ignorance de la langue et des mœurs allemandes , chercha à vaincre ces obstacles et à se concilier la faveur des princes par des dons immenses et des promesses plus considérables encoié. Comme la ressource prompte et commode de faire passer de l'argent par des lettres de change était encore peu connue alors , les ambassadeurs de France voyageaient avec une suite de chevaux chargés d'or : appareil de corruption peu honorable au prince à qui il appartenait, et honteux pour ceux à qui il était destiné *.

1 Guicc, lib. un, p. 160. Sleid., p. 16. Geor. Sabini, De elect. Car. F.» BiML apud Scardii script, rer. Germ., vol. u, p. 4. 1 jr*m. du maréchal de Fleurangw, p. 206.

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