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Presque dans le même temps on vit monter sur le trône ottoman un rival opiniâtre et redoutable pour l'empereur ; c'était Soliman le Magnifique , celui de tous les princes turcs qui a réuni les plus grandes qualités, formé le plus d'entreprises, et remporté le plus de victoires. Ce fut la gloire de ce siècle de produire les monarques les plus illustres qui aient jamais paru dans l'Europe. Si Léon X, Charles-Quint, François Ier, Henri VIII et Soliman eussent fleuri en différents siècles, leurs talents divisés auraient suffi pour illustrer le siècle où chacun d'eux aurait vécu ; mais tous les princes contemporains parurent comme une constellation qui jeta sur le seizième siècle un éclat extraordinaire ; il n'y eut point de contestation où l'on ne déployât, des deux côtés, de grandes forces et de grands talents; la valeur et la prudence, également balancées de part et d'autre, produisirent une variété d'événements qui rend l'histoire de ce temps -là très-intéressante; et elles servirent encore à empêcher qu'aucun de ces princes ne f tt de trop grands progrès et n'acquit une supériorité de pouvoir qui aurait pu devenir fatale à la liberté et au bonheur du genre humain.
Le premier acte d'administration que fit l'empereur, fut d'indiquer une diète de l'empire à Worms, pour le 6 janvier 1521. Dans les lettres circulaires qu'il adressa aux différents princes, il les informa que le but de cette assemblée était de concerter avec eux les moyens propres à arrêter les progrès des opinions nouvelles et dangereuses qui menaçaient de troubler la paix de l'Allemagne et de renverser la religion de leurs pères.
Charles avait en vue les dogmes répandus par Luther et ses disciples depuis l'an 1517. Ces opinions ont amené la réforme qui s'est faite dans la religion, réforme qui, en affranchissant une partie de l'Europe du joug papal, a rendu ce joug moins rigoureux pour l'autre partie, et a produit , dans les sentiments du genre humain, la plus grande comme la plus salutaire des révolutions qui soient arrivées depuis l'établissement du christianisme. Les événements qui ont donné naissance à ces nouvelles doctrines, et les causes qui leur ont fait faire des progrès si rapides, méritent donc d'être considérés avec attention.
Renverser un système de croyance religieuse fondé sur des préjugés anciens et profondément enracinés, soutenus par le pouvoir et défendus avec beaucoup d'art et d'adresse ; établir, à la place, une
HISTOBB m CMAWU&QmXT
doctrine tant à fait opposée dus son eaçâL et eoniptir cette entreprise sans employer la violence et h fcs&e de» nés ; ce sent do opératioaa got las historiées les moins aédnfas elles moins snptfMilima eepiiiml rfanspflshts d'attribuer à cstts divine providence qui ssit, dès qu'il IntpkdU amener ces éréneanafc que tonte le nsgtmr hniiiaini rend imposa Mrs. LTniaricntion 4s tiel en faveur de le religion chrétienne se manifruti, dans sa aûère origine, par des miracles et des psophéties qui en confina h vérité. Si «ncanées léforamtears ne possède les dans soranta en ne peut ém moins ^esspècher d'admirer cette précaution veilleuse denevconiftaaees qut disposèrent les esprits à recevoir leaa doctrine, et aette singulière i niaimi linnn des causes qui assurées! leurs succès* et firent triompher des hommes ssns. aufeoritàV et saas politique, de la puismnse et des intrigues de lems adversaires. Gels prouve âmes que le saème main qui fende le religion chrétiens protégea aoan la reëgioe réformée, et de fisihle qu'elle était daasa» commencement», la fit kient&t parvenir à un» degré surprenant ds force et de maturité * .
Des causse tcèsttégèaes» et produites eu apparence par te hasard, préparèrent cette impartit* lévohitienw lion X, à son avènement» trouva les. vevena» de KÈgKsfr épuisé» par tes vastes entreprises de sm deux amtetteux peMêeemniv Alexandre ¥letIulesU;.UétaU loir même libéral, et incapable de celte économie sévère et patiente <pû seule- eàt pu rétablis ses fbrances. Ses projets pour l'agEandissemeat de sa famille, son amour pour l'ostentation, son goût pour te plaisic* et te magnificence avec laquelle il récompensait les.hommes de génie, L'engageaient tuas les jouis dan» do nouvelles dépenses ; pour j snlfee, on eut receumà tous les expédients- que put enfanter la fertile imagination des prêtres ; et entre autres Haoyens il imagina de vendis dss indulgences. Suivant 1» doctrine romaine , toutes les bonne* enivres des saints > an delà de celles qui étaient absolument néca* swres pour leur salut, jointe* aux mérites infinis de Jésus»Chrtft* sont déposées dans un trésor inépuisable. Les clefs de ce trésor forent confiées à saint Pierre et aux papes ses successeape , qui l'ouvrent quand il leur platt , et qui en transportant, pour une cer-
1 On doit se souvenir ici que c'est un ministre protestant qui s'exprime suivant les pi inclues de sa croyaneo : ces éloges de Auther. et de la réformation ne* peuvent ni1 blesser les Ames pieuses„m> ébranler, les esprits faibles. (Jtem. du Traduct.),
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faîne somme, une portion * ce mérite surabondant sttr un fidèle, peuvent loi procurer, dcr te* pardbn» cfer ses propres1 péchés, ou & délivrance (Funcrftmdu: purgatoire au salut de laquelle il s'intéresse. Ce Ail; *w» te onzième1 siècle qu'Urbain B distribua le premier ces sortes d'indulgences, comme' la récompense te ceux cftf prenaient les armes pour aller conquérir fa «erre satate; ensuite* eftes ftirent mtcordées à ceux qui fou rtrifesttient ut! soMM pomr Ta mèm* efcpârfftion-^ enfin on le» dlBtrlButf sans dfetineticm à quiconque (tonitaft de l'argent pour accomplir quelque vesu pieux: r ordonné * pur % pape, brie» H fes aidait prodiguées à ceux qu* eontrrbuatent de quelque somme* pour la construction de régîtes de Sienat-Pierre* à Rome r et (femme téoti X faisait continuer ce magnifique ef «B&peudieu* édifice, il se sertit du même prétexte pour accorder dto knkilggnces»*.
Ce fut Albert, électeur de Mayence e* ardwfvéqué de Bfegdtebourjf, qui fut chargé de la publication des indulgences, et on lui assigna une portion du bénéfice qui proviendrait de leur vente. Pour les distribuer en détail dans la Saxe, il employa Tctzeï, moine dominicain', de moeurs licencieuses, mai» d'un esprit actif et distingué par une éloquence bruyante et populaire. Aidé des moines dfc son ordre, Tetzel exécuta sa commission avec le plus grand zèle et fe plue gfaad succès, mais.avee assez peu de décence, et de discrétion. Eh vatrtant à l'excès les grâce* attachées k ces radulfcenc*? * et é» tes
1 Fra-Paolo, HvL, du €<me. de Tt\, p. 4,
1 Palavicini, Utrt. Cono^Trwtew^p. 4»
* Comme la forme de ce» indulgences et les grâces qu'ony supposait attachées sont gnor.ée& dans tes- pays protestants, et même très-peu connues à présent dans les pays <*ù la religion catholique romaine est établie, je vai», pour l'insteuetion de m*alec« tenus, traduire ici la-tonne d'absolution employée par. Tetzel.,
« Que Netre-Sei|meur Jésus-Christ yous pardonne et vous absolve par les mentes de sa très-sainte passion : et moi, par son autorité, pas celle des bienheureux ap&cas saint Pierre et saint Paul , et celle de notre saint-père le pape, qui m'est donnée et confiée en ce pays, je vousabsous, 1° de toutes les censures ecclésiastiques, de qpelqpe manière que vous ayez pu les encourir ; 2° de tous vos péchés, transgressions^ excès, qnelqjaqpénormes qu'ils puissent être, et même de ceux qui pourraient être réservés à la connaissance de sa sainteté, et aussi loin que les clefs de la sainte église peuvent s'étendre : je yous remets toutes peines que vous méritiez pour expier ces péchés dans le purgatoire, et je vous rétablis dans la participation des saints sacrements de l'Église, dans L'union des fidèles, et dans-cette innocente et cette pureté q*e voTWartie» reçues eu baptême : en sorte qu'à l'av-tiete âe votre mort les portes de l'enfer seront fermées, et celles du paradis ouvertes : et si vous ne mourez pas à présent, ces grâces dfemtuv
donnant a ta prix, ces moines en fireat d'abord on étendu et très4ncratif parmi la nnltitDde crédule, delenrsdiscoanet te irrégularités de leor conduite euâtirent à b fia nn icandale murend. Les princes et les nobles s'indignaient de toit lenrs vassaux s'épuiser pour remplir le trésor dTun pontife prodigue. Les personnes pieoses plaignaient rerrenr dn peuple , qui t instroità se reposer du pardon de ses péchés sur les indulgences qall obtenait, négligeait la pureté de la croyance et la pratique des vertus chrétiennes. Les plus indifférents et même les pins ignorants étaient choqués de la conduite scandaleuse de Tetad et de ses associés, qui allaient dissiper dans les excès de l'ivrognerie, du jeu et des plu inf Ames débauches, l'argent que leur apportait une piété crédule, dans l'espérance d'obtenir le bonheur éternel. Tous enfin commencèrent à souhaiter qu'on mit des bornes à un trafic aussi nuisible à la société que funeste à la
reroot dans toute leur force jusqu'au jour de "Votre mort : au nom du Père, dn Fils et du Saint-Esprit. » Seckend, Comment., liv. i, p. 14.
Les termes dans lesquels Tetxel et ses confrères parlent des grâces attachées aux indulgences et de la nécessité de les obtenir sont si extravagants, qu'ils paraisseDt presque incroyables, « Quiconque, disent-Us, acbète des lettres d'indulgence, peut avoir l'âme en repos sur son salut. Les âmes renfermées dans le purgatoire, et pour la rédemption desquelles on acquiert les indulgences aussitôt que l'argent sonne dans le coffre, s'échappent de ce lieu de tourment, et montent droit au ciel. » Us disaient que l'efficacité des indulgences était si grande, que les plus énormes péchés, même k viol de la sainte Vierge, s'il était possible, seraient remis et expiés par ce moyen , et que le pécheur était affranchi à la fois de la peine et de la coulpc * ; que c'était on présent ineffable de la bonté de Dieu pour réconcilier les hommes avec lui; que b croix érigée par les prêcheurs d'indulgences était aussi efficace que la croix de Jésus- Christ même : « Voyez, s'écriaient-ils, voyez les cieux ouverts : si vous n'y entrez pas, quand donc y entrerez-vous? Pour douze sous >ous pouvez racheter du purgatoire l'âme de votre père. Aurez-vous l'ingratitude de ne pas délivrer votre père des tourments qu'il endure? Si vous n'aviez qu'un seul vêtement, vous devriez vous en dépouiller et le vendre à l'instant pour acheter de si grandes grâces, etc. » Ces exprès* sions et mille autres de la même force sont tirées des ouvrages de Luther par Chermnitius, dans son Examen Concilii Tridmtini, ap. G erra. Von der Hardi, Hist. litter. reform., pan iv, p. 6. Le même auteur a publié plusieurs discours de Tetzel qui prouvent que ces expressions n'étaient ni singulières ni exagérées. Ibidm, page 14.
* Tout laetcar lustrait s'apercevra qne cet exposé de la doctrine de» indulgence» n'est pas «set, et qoe M. BoberUoo ■ priâtes exagérations de quelques moines eu seisième siècle pour la doctrine di l'ÉfUse. (aW du 2W.)
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Martin Luther ne pouvait trouyer des conjectures plus favorable, et les esprits de ses compatriotes ne pouvaient être mieux disposés à écouter ses discours, lorsqu'il commença à mettre en question l'efficacité des indulgences et à déclamer contre la conduite déréglée et la fausse doctrine de ceux qui les publiaient. Il était né à Eisleben en Saxe. La pauvreté de ses parents n'empêcha pas qu'il ne reçût une éducation savante , pendant le cours de laquelle il donna plusieurs fois des preuves d'une vigueur de génie et d'une pénétration peu commune. Gomme son Ame était naturellement susceptible d'impressions sérieuses, et portée à cette mélancolie religieuse qui se plaît dans la solitude et la dévotion de la vie monastique , il se retira dans un couvent d'augustins. Tous les efforts de ses parents pour le détourner de ce dessein ne purent le faire renoncer à ce qu'il croyait sa vocation, et malgré leurs instances, il prit l'habit de cet ordre. Sa piété, son amour pour l'étude et son application infatigable, lui firent bientôt une réputation distinguée dans son couvent. Il avait appris sous de bons maîtres la philosophie et la théologie scolastiques , qui étaient alors en vogue ; et il avait assez de pénétration pour saisir toutes les subtilités et toutes les distinctions dont elles sont pleines ; mais la solidité naturelle de son jugement lui en fit sentir la frivolité, et le dégoûta bientôt de ces études inutiles et vaines. Il chercha dans l'Écriture sainte des fondements plus solides de science et de piété. Ayant rencontré un exemplaire de la Bible, qui restait négligé dans la bibliothèque de son monastère , il quitta les autres études pour se livrer tout entier à cette lecture , et il la suivit avec tant d'ardeur et d'assiduité , qu'il étonna bientôt ses confrères , peu accoutumés à puiser dans cette source leurs notions théologiques. Les grands progrès qu'il fit dans un cours d'études si nouveau augmentèrent la réputation de son savoir et de sa sainteté, au point que Frédéric, électeur de Saxe, qui venait de fonder une université dans Wittemberg, ville de sa résidence , choisit Luther pour y enseigner d'abord la philosopie, et ensuite la théologie. Le nouveau professeur s'acquitta si bien de ces deux emplois, qu'il fut bientôt regardé comme le principal ornement de l'université.
Luther était au comble de son crédit et de sa renommée lorsque Tetzel commença à publier les indulgences dans les environs de Wittemberg, et à leur prêter toutes les vertus imaginaires qui, en d'autres lieux y en avaient déjà imposé à la crédulité des peuples. Comme la
70 HISTOIB* DE fUAUWS-QUlNT.
Sa*e «n'était pas plus éclairée que les autres provinces de l'Allemagne, Teteel y eut d'ahofld un prodjgieu* succès. Luther voyait avec la plus grande douleur et la fourberie des vendeurs d'indulgences :et ta Simplicité des acheteur?. Les opinions de Thomas d'Aquin at .des Wtres scolastiques, sur lesquelles on fondait la doctrine des indul- I enc*s# avaient déjà perdu de leur autorité dans son esprit; et l'Écriture mainte, qu'il commençait à regarder comme la grande règle des vérités idéologiques, ne lui .fournissait rien pour qyniyer une pratique {gaiement destructive de la morale et de la foi. Son ^caractère ardent 9t uqpétueux ne lui permit pas de cacher longtemps cette importante découverte» et de jester spectateur tranquille de l'illusion de ses coœptftmtes. U monta «n «chaire dans la grande église de Wittemberg, et Âl «déclama avec la plus grande amertume centre les dérèglements et tes vices de ceux -qui publiaient les indulgences .: il osa discuter la doctrine qu'ils enseignaient, et .fit sentir au peuple Je daqger qu'il y watt à se reposer de sou salut sur d'autres moyens que ceux que Dieu lui-même, avait marqués dans l'Écriture. La hardiesse et la nouveauté de ces qpininns attirèrent singulièrement l'attention publique: soutenues dateurs par l'idée favorable que Luther avait inspirée de #>n caractère personnel, et débitées avec une éloquence populaire et persuasive» elles firent sur son auditoire l'impression la plus profonde. IJnçourcgé par ce début l&vorahle, il écrivit à l'électeur de Mayence, fui, comme nous l'avons dit, avait cette partie .de la Saxe sous sa juridiction,, et lui peignit avec vivacité les dérèglements et la fausseté des lopinions de ceu* qu'il awit chargés de prêcher les indulgences j mais le prélat était trop intéressé è leurs succès pour réformer leurs abus. La première tentative que Ht Luther lut de se concilier les suffrages des savants* Dans cette vue il publia quatre^ingt-quinze thèses qui contenaient ses sentiments sur les indulgences. U les proposa, non pas comme des pointa établis jet incontestables , mais comme des matières à discuter ; il indiqua des jours où .tous les .savants jetaient invités & venir attaquer ses opinions, soit de »ve voix, soit par éprit j Q joignit à tout cela une protestation solennelle de sa soumission entière et de son respect pour l'autorité du aaiuhftiége. Aucun oppo*sant jie parut au jour qu'il avait marqué. Les thèses se répandirent dans toute l'Allemagne avec une rapidité étonnante ; on les lisait, avec une extrême avidité, çt chacun admirait la hardiesse d'un homme qui osait révoquer en doute la plénitude de .la #ui$aançe d& pqpes„ &
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attaquer les domhricahiBar^^ de l'inquisition *.
Les aogustiiis , dont Luther portait l'habit , quoique entièrement soumis au saint-siége* comme les autres religieux, ne «rirent aucun obstacle à ta pefattcatuMi de ses nouvelles opinions, tant était grande l'autorité que Luther srétait acquise parmi ses confrères par son satoir et par ses mœurs. Il faisait toujours profession 4e respecter l'autorité du pape , et il était sincère alors : comme 41 subsiste entre lesdHféreuts ordres religieux de l'église romaine une inimitié secrète, qui a sa source dans l'intérêt et la jalousie, les augusttns étaient fort contents des invectives de Luther contre les dominicains, et ils se Battaient de voir bientôt leurs rivaux devenir l'objet du mépris et de tataine du peuple. De son cdté, l'électeur de Saxe, le plus sage prince qu'il y eût alors en Allemagne, et dont Luther était sujet, n'était pas fâché que cet obstacle vint traverser la publication des indulgences. Il encourageait secrètement 1e projet de Luther, et se flattait que cette dispute, qui s'échauffait entre des ecclésiastiques, pourrait mettre quelques bornes aux exactions de la cour de Borne, que depuis longtemps les princes séculiers s'étaient vainement efforcés de réprimer. Luther vit bientôt s'élever contre lui plusieurs adversaires zélés qui cherchèrent à défendre des opinions sur lesquelles étaient fondées la puissance et la richesse de la cour de Rome. Tetzel publia des contre-thèses à Francfort-sur-1'Oder. Eccius , ce célèbre théologien d*Âugsbourg, fit ses efforts £our réfuter les principes de Luther, et Prierias, moine dominicain, mattre du sacré palais et inquisiteur général, écrivit centre lui avec tout le fiel d'un champion de l'école. Mais la méthode qu'ils suivirent dans cette controverse servit mal leur cause. Luther attaquait les indulgences par des arguments on fondés sur la raison où tirés de l'Écriture; et ses adversaires ne lui opposaient que les opinions des scolatiqnes , les préceptes du droit ' canonique et les décrets des papes * . La décision de juges si partiaux et intéressés à leur propre cause ne satisfit point le peuple, qui com* mençait à douter de l'autorité même de ces guides vénérables, lorsqu'il la trouvait en opposition avec les maximes de la droite raison, et avec la décision de la loi divine s.
1 Latheri Opéra, Jeiue 1611, vol. I, prsfat. m, p. 866. Hi*t. du Conçue de 2Y*i#4 fmr Fra-tfaolo, p. 4. Seckend, Comm. apol., p. 16.
2 Fra-Paolo, p. 6. Seckeod, p. 40. Palavic, p. 8.
1 Seckeud, p. 30. Giuchardin a affirmé deui choses relativement à la prercttrt
72 HISTOIRE DE CHARLB9-QCINT.
. La cour de Rome, loin de s'alarmer de cette nouvelle doctrine de Luther, qçi agitait toute l'Allemagne, y faisait à peine attention. Léon X, livré au goût des plaisirs et des arts, occupé de grands projets de politique, ennemi des disputes théologiques et assez sage pour les mépriser , voyait avec la dernière indifférence Tes démarches d'un moine obscur qui, dans le fond de l'Allemagne, soutenait une dispute scolastique dans un style barbare. Il était bien loin de pressentir, et Luther lui-même prévoyait peu sans doute combien les suites de cette querelle seraient fatales au saint-siége. Léon X ne voyait dans toute cette querelle que les effets de la haine et de la jalousie monastique, et paraissait disposé à ne pas y entrer et à laisser les augustins et les dominicains disputer à loisir avec leur animosité ordinaire.
publication des indulgences : 1° Que Léon X fil don à sa sœur Madeleine, femme de Franceschetto Cibo, des revenus qui proviendraient de la vente des indulgences tant en Saxe que dans les provinces adjacentes de l'Allemagne. (Guich., lib. xni, 168.) 2° Qu'ArcemboIdo, prêtre génois qui avait commencé par être marchand, et qui avait toujours conservé les artifices de sa profession , fut commis par cette femme pour lever l'argent que produiraient les indulgences. Fra-Paolo , qui a suivi Guichardin dans ces deux faits, ajoute qu'en Saxe les augustins étaient en possession immémoriale de prêcher les indulgences, mais qu'Arccmboldo et ses députés, espérant de gagner davantage, en donnant cette commission aux dominicains, avaient fait leur marché avec Tetzel, et que Luther s'opposa d'abord à Tetzel et à ses associés par le désir de venger son ordre de l'injustice qu'on lui faisait. Fra-Paolo , Hist. du Cône, de Tr., p. b\ Presque tous les historiens qui sont venus depuis, soit catholiques, soit protestants, ont adopté ces deux assertions sans examen, et sur la parole de Guichardin et de Fra-Paolo, mais malgré les témoignages réunis de deux auteurs si recomraandables par leur exactitude et leur véracité, nous observons : 1° Que Félix Contolori, qui a fait à cet effet des recherches dans les archives de Rome, n'a pu trouver cette prétendue concession dans aucun des registres où elle eût dû nécessairement être portée. (Palav., p.5.) 2° Que les profits provenant de la vente des indulgences en Saxeet dans les pays adjacents ne furent point donnés à Madeleine, maisà Albert, archevêque de Maycncc, à qui appartenait la nomination de ceux qui les devaient publier. (Seck., p. 12. Luth. Oper., I, prœf., p. 1. Palavic, p. 6.) 3° Qu'Arccmboldo ne fut jamais intéressé dans la publication des indulgences de Saxe: son district étant la Flandre, et les pays du haut et du bas Rhin. (Seck., p. 15. Palav., p. 6. ) 4« Que Luther et ses adhérents ne font mention nulle part de ce don de Léon X à sa sœur, circonstance cependant %u'il n'est guère possible qu'ils aient ignorée, et qu'ils auraient eu grand soin de ne pas omettre. 5° Ce n'était pas ordinairement aux augustins que la publication des indulgences dans l'Allemagne était confiée: les franciscains en furent chargés en trois occasions différentes sous Jules II ; et peu de temps avant Luther, le même emploi avait été donné aux dominicains. (Palav., 46.) 0° La publication des indulgences qui excita l'indignation de Luther fut confiée à l'archevêque de Mayence, conjointement avec le gardien des franciscains: mais celui-ci ayant refusé d'accepter