‹ Histoire de l'Empereur Charles-QuintChapitre 29 sur 56 · livre h · texte numérisé non relu

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Cependant les sollicitations des adversaires de Luther, irrités de la hardiesse et de la sévérité avec laquelle il avait traité leurs écrits, jointes aux progrès étonnants que ses opinions avaient déjà faits dans les différentes parties de l'Allemagne, réveillèrent à la fin l'attention de la cour de Rome, et Léon X se vit obligé de prendre des mesures pour défendre l'Eglise contre une attaque qui était devenue trop sérieuse pour ne mériter que le mépris. Dans cette vue, il fit sommer Luther de comparaître à Rome, dans le délai de soixante jours, devant l'auditeur de la chambre et devant le même Prierias qui avait écrit contre lui, et qui fut nommé pour examiner sa doctrine et la juger. Léon écrivit en même temps à l'électeur de Saxe, pour le prier de ne pas protéger un homme dont les sentiments hérétiques et profanes scandalisaient les fidèles, et il enjoignit au provincial des au g us tins de réprimer , par son autorité, l'insolence d'un moine téméraire qui déshonorait l'ordre entier de Saint-Augustin, et mettait le trouble dans toute l'Église.

Le ton de ces lettres et la nomination d'un juge aussi prévenu et aussi partial que l'était Prieiras fit aisément pressentir à Luther la nature du jugement auquel il devait s'attendre s'il allait à Rome.

Il témoigna en conséquence le plus grand désir d'être jugé en Allemagne par un tribunal moins suspect. L'université de Wittemberg, inquiète et alarmée sur le sort d'un homme qui faisait tant d'honneur à son corps, écrivit au pape; et, après avoir employé plusieurs raisons pour faire dispenser Luther de comparaître à Rome, elle supplia Léon de nommer, pour examiner ses opinions, quelques personnes de l'Allemagne distinguées par leur autorité et par leur savoir. L'électeur fit la même demande au légat du pape à la diète d'Augsbourg. Luther, qui, dans ce temps-là, avait si peu l'intention de récuser l'autorité papale, qu'il n'avait pas même les moindres doutes sur la

cette commission, tout le droit en demeura à l'archevêque. (Palav., p. 6. Seck., ivi, xvii.) 7° Ce ne furent point les supérieurs augustins qui engagèrent Luther à attaquer les dominicains leurs rivaux ou à déprimer les indulgences, uniquement parce qu'ils n'étaient pas chargés de les publier: ce fut par des motifs plus louables que Luther s'opposa à leurs opinions et à leurs vices. (Seck., p. 15, 32. Luth 4Opem, 1 , 64, 6.) 8° Il y a un diplôme d'indulgences qui a été publié par Germ. Ton der Hardt, et dans lequel on voit le nom du gardien des franciscains joint à celui de l'archevêque, quoique le premier ne se soit point mêlé de cette affaire. Le même diplôme fait aussi mention des limites dans lesquelles s'étendaient leurs commissions : savoir, les diocèses de Mayence, de Magdebourg, d'Halberstadt et les domaines du marquis de Brandebourg. (Hist. litteraria re format., pars ur, p. 14.}

74 msTOiR* ne ciu]U41H)uint.

divinité de jon origine écrivit lui-même à Léo» X jim lettre trèssoumise, qù il lui promettait d'obéir m» réserve à sqs volontés. Léon aut ta complaisance de .se rendre à ces instances, .et donna pouvoir ^ ap» légat en Allemagne, le .cardinal Cajétan, dominicain distingué^ son savoirecolastigue et passionnément dévoué au saint* qiéyç, 4e j>m»dre.>#><uwi$sauce de cette affairent d'en juger.

Malgré toutes les raisons qu'avait Luther .pour récuser un juge choisi parmi ses ennemis déclarés, il Me fit pas la moindre .difficulté de £P«tfwattre devant .Cajétan ; et après avoir jpris juin .sauf-conduit de J'e^yp^eur, U se rendit sur-le-champ à Avg&b&urg. Le cardinal lui .fit un .accueil honorable, et chercha d'abord à le .gagner par la douceur.; jnais ocqyant qu'il ne convenait pas h sa dignité d'entrer dans une dispute en forme, il le somma, en xertu des pouvoirs apostoliques dont il était revêtu, d'abjurer tes .erreurs qu'il avait annoncée* sur les indulgences et sur la nature de la foj, et.de l'interdire à l'avenir toute publication d'opinions nouvelles et dangereuses. Luther» intimement j^ersuadé de la vérité de ses principes, et confirmé dans £ctte croyance par l'^pprobation.gu'j] avait reçus des personnes lçs plus distinguées par leur «avoir .et parleur piété» ,panit étonné de la proposition qu'on lui faisait de se rétracter, avant gu'on eût rien fait jour le convaincre de ses prétendues -erreurs. Il tétait flatté gue dans j*ne conférence de .controverse avec un prélat d'un si grand mérite, il lui awûi facile de se laver des imputations dont l'ignorance on la jnalûie de ses .adversaires l'avait chargé; mais Je .ton 4'auhffiUé cpie prit le cardinal le détron^pa et lui ôta toute ^pérance .de retirer de cette entrevue les avantages gu'il s'en jetait promis. L'intrépidité naturelle de son Ame .ne l'abandonna cependant pa& U déclara *u cardinal, >aw la -plus grande fermeté, ,gue sa conscience ne lui .permettait pas 4e désavouer 4es4)pinions dont la vérité lui était démontrée, et qu'il n'y avait point de considération qui pût le forcer à faire un désaveu «us» lèche en lui-même qu'injurieux à Dieu. En mfime temps il protesta, comme auparavant* 4e son entière soumission an swnteiége f : il fit entendre que son intention était 4e soumettre toute cette affaire à la décision de certaines universités qu'il nomma, <t promit de ne rien prêcher ni écrire à l'avenir sur les indulgences, pourvu qu'on se chargeât d'imposer jttenee à ses adversaires sur Je

•' Luther, Op«r„ Vdl. I, pf 194.

UVEB u (1520). 7$

même objet * . Le cardinal n'eut point d'égard à ces propositions* et continua d'insister d'un ton absolu sur une rétractation pur? et simple ; il menaça Luther des censures ecclésiastiques , et lui défendit de se présenter devant lui s'il ne se soumettait sur-le-champ à ce qu'il lui prescrivait. La hauteur et la violence de ce procédé, jointes à d'autre* circonstances, firent craindre aux amis de Luther que le sauf-conduijt de l'empereur ne fût pas suffisant pour le protéger contre le pouvoir H le ressentiment du légat, et ils le déterminèrent à sortir secrètement de la ville d'Augsbourg et à retourner dans sa patrie. Mais avant sep départ, il eut recours à une formalité dont il y avait déjà eu quelques exemples ; il prépara un appel solennel du pape mal informé sur sa wuse, au pape mieux informé *.

£ajétan, indigné de l'évasion précipitée de Luther, écrivit à rélecteur de Saxe, et le pressa, par l'intérêt qu'il prenait à la paix de l'Église et à l'autorité de son chef, d'envoyer le moine séditieux pri- 4?nnier à Borne, ou de le bannir de ses États. Mais ce n'était pas pour 4bs considérations tbéologiques que Frédéric avait jusqu'alors soutenu Luther ; il parait que ce prince lut toujours très-étranger à ces sortes de disputes, et qu'il y prenait très-peu d'intérêt : c'était donc presque uniquement par des motifs politiques, comme on l'a déjà observé, qu'il protégeait Luther , et il le faisait en secret et avec de grandes précautions. Il n'avait jamais entendu aucun sermon de ce moine, ni lu aucun 4e ses ouvrages. Quoique toute l'Allemagne retentit du bruit de sa re- JWHimée, Frédéric ne l'avait même jamais admis en sa présence *; *nais, sur 1a demande que le cardinal venait de lui faire, il sentit la nécessité de quitter cette extrême réserve. Il avait fait de grandes 4éj>en$es pour la fondation de sa nouvelle université, et donné beauttwp 4e soins à cet établissement, qui était d'une grande importance pour tous les princes d'Allemagne ; il pressentit que l'éloignement de Luther porterait un coup funeste à la réputation * de cette université ; ji refusa donc, sous différents prétextes, de se prêter à l'alternative 4cp demandes du cardinal, et montra ouvertement le plus grand intérêt pour la surèté de Luther *\ eç protestant cependant de sou t$tiinepour Je cardinal et de son respect pour le pape.

1 Xuthcr,0jw.,I,.p. 199*

9 Slcidan, Bist. de la Réform., p. 7. Seckend, p. 45. Luth. Opet., vol. I, p. ï(Kk

• Seckend, p. 27. Sleid., HUt„ p. 12.

4 Seckcnd, p. 59.

* Sleid., Bi$t„ p. 10. ln%h, 0perv vol. I, p. 17|,

76 filâtÔÎRB DE CHÀRLES-QUlNf .

la rigueur inflexible avec laquelle Gajétân persista à demander une rétractation pure et simple, choqua dès ce temps-là les sectateurs de Luther, et a depuis été blâmée par plusieurs écrivains catholiques ; mais il était impossible au légat d'agir autrement. Les juges de Rome,. devant lesquels Luther avait été cité d'abord, étaient si impatients de déployer leur zèle contre ses erreurs, que, sans attendre respiration du délai de soixante jours qui lui avait été accordé, ils l'avaient déjà condamné comme hérétique * . Léon X, dans plusieurs de ses brefs et dans différentes lettres, l'avait aussi désigné comme un enfant d'iniquité, et comme un homme abandonné à un sens 'réprouvé. Il n'y

avait donc plus qu'une rétractation qui pût sauver l'honneur de l'Eglise romaine, dont la maxime est de ne jamais se relâcher sur rien de ce qu'elle a une fois avancé, et qui s'est même interdit jusqu'au pouvoir de le faire, par ses prétentions à l'infaillibilité.

Cependant Luther se trouvait dans une situation qui aurait pu inspirer à tout autre les plus vives inquiétudes. Il ne pouvait pas espérer qu'un prince aussi prudent et aussi circonspect que Fêlait Frédéric voulût, pour le défendre, braver les foudres de l'Église et la puissance papale qui avait écrasé quelques-uns des plus puissants empereurs de l'Allemagne. Il savait quelle vénération on avait alors pour les décisions de l'Église, quelle terreur inspiraient les censures ecclésiastiques, et combien il serait aisé d'intimider et d'ébranler un prince qui était plutôt son protecteur par politique que son disciple par conviction. S'il était forcé de quitter la Saxe, il se voyait sans asile» et demeurait exposé à tout le ressentiment que la rage ou la bigoterie de ses ennemis pourrait exercer sur lui. Quoiqu'il sentît tout le danger de sa situation, il ne donna cependant aucune marque de timidité et de faiblesse ; et il continua de justifier sa conduite et ses opinions, et de déclamer contre celles de ses adversaires, avec plus de véhémence qu'auparavant * .

Mais comme tous les pas qu'avait faits la cour de Rome, et surtout la sentence irrégulière qui venait de condamner si précipitamment Luther comme hérétique, l'avaient convaincu que Léon prendrait bientôt contre lui les mesures les plus violentes, il eut recours au seul expédient qui lui restait pour prévenir l'effet des censures papales ;

1 Luther. Op., vol. I, p. 161, 1 Seckcnd, p. 59.

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il forma un appel à un concile général, comme représentant l'église catholique, et ayant une autorité supérieure à celle du pape, qui n'étant qu'un homme sujet à se tromper, peut errer comme avait erré saint Pierre, le plus parfait de ses prédécesseurs *.

II parut bientôt que Luther ne s'était point trompé sur les intentions de la cour de Rome. Le pape donna une bulle, dont la date était antérieure à l'appel de Luther, et dans laquelle il relevait la vertu et l'efficacité des indulgences en termes aussi extravagants qu'en eût jamais employé aucun de ses prédécesseurs dans les siècles de la plus grossière ignorance, et sans même user des palliatifs et des ménagements que semblaient exiger les conjonctures ; il enjoignait à tous les chrétiens de donner leur croyance à ce qu'il leur annonçait, comme à la doctrine de l'église catholique, et menaçait de l'excommunication la plus grave ceux qui soutiendraient et enseigneraient des opinions contraires.

Cette bulle fit très-peu d'impression sur les sectateurs de Luther : ils la regardèrent comme une démarche qu'on ne pouvait justifier, et h laquelle le pape ne s'était porté que pour se conserver les grands revenus qu'il retirait des indulgences. Mais une décision si précise, prononcée contre Luther par le souverain pontife, et armée de peines si terribles , aurait sans doute produit , dans l'esprit du reste de ses compatriotes, des impressions funestes pour sa cause, si elles n'eussent été prévenues en grande partie par la mort de l'empereur Maxi milieu, qui, par principe autant que par intérêt, était disposé à soutenir l'autorité du saint-siége. En conséquence de cette mort, le vicariat de cette partie de l'Allemagne qui était gouvernée par les lois saxonnes fut commis à l'électeur de Saxe. Luther, sous l'abri de l'administration d'un prince qui le favorisait, jouit non-seulement de la plus grande tranquillité, il vit encore ses opinions tolérées durant l'interrègne qui précéda l'élection de Charles , prendre ensuite racine en différents endroits et acquérir plus de consistance et de vigueur. Léon X, de son côté, pour qui l'élection d'un empereur était infiniment plus importante qu'une dispute théologique qu'il n'entendait pas et dont il ne pouvait prévoir les suites, voulut éviter avec soin d'irriter un prince qui avait autant d'influence que Frédéric dans le collège des électeurs ; il montra une grande répugnance à prononcer la sentence

! Seckeod, His(., p. 12. Luth. Op., vol I, p. 179.

W HISTOIB* DI CaASUK}UI!fT.

d'excommunication centre Luther, quoiqu'il en fût MUieîié sans oese par les clameurs importunes des adversaires de ce aérateur.

Ce fat à ces nies politiques du pape, Autant qu'à son aversion naturelle pour les partis violents, que Luther dut un sursis de dix-huit taris. Cependant cet intervalle se passe en perpétuelles négociations pour tâcher de terminer cette affaire à l'amiable. La manière dont cea négociations furent traitées mit Luther a portée d'observer la cernuption de la cour de Rome, soa obstination dans les enrouts établies et «on indifférence pour la vérité, de quelque manière qu'où la pro* pesât , et quelque fortes que fussent les preuves qu'on en donnât, fi commença à laisser entrevoir quelques doutes sur la divinité de l'oriente de l'autorité papale, il y eut èLeipsick une dispute publique sur cette question importante , entre Luther et Ecrias , un de ses plut savants .et de ees phis redoutable* antagonistes; mais elle finit comme toutes les querelles scolastiques, sans rien décider. Les deux partis crièrent victoire dt restèrent dans leurs opinions, «ans qu'on eût fait an pas de jJas vers la décision des points contestés f.

La Saxe ne fut pas le seul pays où l'on vit éclater cet esprit de jRévolte centre les dogmes et les usurpations de l'église romaine ; les mêmes causes suscitèrent en Suisse, environ dans Je même temps» aine attaque non moins vigoureuse. Les franciscains, chargés de publier les indulgences dans ce pays, exécutèrent leur commission jnwe la même tndiserétian et la même rapacité «gui avait rendu h* dosnrakaini ai odieux #o Allemagne. Ils poursuivirent aans aucun obstacle leur expédition jusqu'à ne qu'ils fussent auriinés 4 Zurich ; «e Ait la queZuiagie, heanae qui ne cédait en rieni Lutter pour le sèle et lïafiiiépidtté, osa s'opposer à feues progrès, kamé par Ja hardiesse due républicain, Uhee de toutes las entraves qut r«*utorité d'un *oumrato imposait «a réformateur allemand, Zuiogte marche è son hut avec plus d'audace et de etièdté* et se proposa de raswstr l'édifice entier de Ja reUgèwi établie'. Luther s'applaudit d'abord de se voir eapudé par uo si vigoureux g)^itf*tfle, §t vit avec joiç la ropiditédé nos progoès ; d'un **tae cMé ses awreppe triomphaient 4'up avantage qu'ils venaient de remporter ai» universités de Aatygt* £t de Loe- *ain* lesquelles avaient oeodampé par 4*ux dfcr#ig ^ qpniotps comme enronées.

1 Lutheri Op., vol. I, p. 199. • ^

a gleidan, Bi$t.t p. 22. SecktiUUy .Jtt, ^

Maïs le caractère intrépide de Luther ne faisaitque e'kùter par la résistance ; poussant ses .recherches et ses attaques d'un£>oint de doctrine à un autre, il commença k ébranler les fondement* les plus solides sur lesquels étaient établies la richesse et la puissance de la wnr de Rame. Léon X fut enfin convaincu qu'il n'y «avait plus d'espétauce de ramener Luther par la douceur. Plusieurs prélats d'une grande sagesse commencèrent .& joindre hautement leui» jdaintes à <#U$s de» ennemis personnels de Luther, contre .l'indulgence inouïe du pape qui souffrait encore dains le sein de l'église un hérétique incartigible, 1/^uel, jtfwtentjtrois années entières, n'avait cessé de faire tous m efforts pour détawre .ce qu'il y avait de plus respectable et -de plus mué ; ils disaient que la dignité du saint-siège figeait qu'on fît centre lui les poursuites les plus rjgpureuses.; qu'il j avait Jieu d'espérer que le nawel eiqpereur soutiendrait l'autorité du chef de IJyglise, et qu'il n'était pas vraisemblable que l'électeur de Saxe fartât de sa.prudeno^piuljuaair^au point de vouloir résister en face i «es deux puissances réunies. Le col l^ge des cardinaux s'assembla plusieurs fois pour préparer la sentence avec un mûr examen» et l'on consulta les canons jnour y chercher la forme de rédaction la plus exactes la plus rigoureuse. Eufiu, le 15 juin 1520, parut cette bulle faneuse si XaUle k l'église dç Romeu Quarante «t une propositions!, extraites des ouvrages de Luther, j étaient condamnées comme héréiifues, scandaleuses et contraires.aux bonnes mcaucs ; défense à toutes personnes de lire ses écrite, sous peine .d'exconununUtttioQ ; injonction £ tous .ceux qui en avaient quelques exemplaires de les jeter au Xeu; et si* dans le délai de soixante jours,. Luther ne rétractait pas fubtiquementses erreurs et ne brûlait pas ses ouvrages, on le déclarait hérétique obstiné, on l'excommuniait? et son corps était livré à Satan; enfin on ordonnait à tous les juànces de je saisir de sa personne, afin de lui faire subir Ja .punition que méritaient sescrimes \

La publication 4e cette bulle en Allemagne fit nattre des senti- 4XwnU divers f suivant les différents endroits. Les adversaires de Luther triomphaient, comme si ses opinions et son far ti eussent été exterminés par ce coup décisif. Ses sectateurs, dont le respect pour J'autarité du pape allait tous les jours en diminuante lurenties anathèmes de Léon avec plus d'indignation que de terreur. Dans quelques

1 Palavitini, Luthet. Op., toI. I, p. 2W.

villes, le peuple s'opposa, même avec violence, à la promulgation de la bulle ; en d'autres villes, ceux qui tentèrent de la publier furent insultés , et la bulle elle-même fut mise en pièces et foulée aux pieds *.

Luther ne fut ni déconcerté ni intimidé par cette sentence à laquelle il s'attendait depuis quelque temps. Après avoir renouvelé son appel au concile général, il publia des remarques sur la bulle d'excommunication ; et persuadé pour lors que Léon avait été tout à la fois coupable d'injustice et d'impiété dans ses procédés contre lui , il déclara hautement que ce pape était l'homme de péché, ou l'antechrist, dont l'apparition était prédite dans le Nouveau Testament ; il se déchaîna contre sa tyrannie et ses usurpations avec plus de violence que jamais; il exhorta tous les princes chrétiens à secouer un joug si ignominieux, et s'applaudit publiquement du bonheur d'avoir mérité d'être l'objet de l'indignation ecclésiastique , pour avoir osé réclamer et défendre la liberté du genre humain. Il ne se contenta pas de témoigner par des discours son mépris pour la puissance du pape : comme Léon avait, eu exécution de la bulle, condamné les ouvrages de Luther à être brûlés à Rome, celui-ci, pour user de représailles, assembla les professeurs et les écoliers de l'université de Wittemberg; en présence d'une grande multitude de spectateurs, et avec beaucoup d'appareil, il jeta dans les flammes les volumes du droit canon avec la bulle d'excommunication ; cet exemple fut imité dans plusieurs villes d'Allemagne. La manière dont il justifia cette action était encore pin* insultante que l'action même. Il tira du droit canon quelques-unes des propositions les plus extravagantes sur la plénitude de la toutepuissance du pape, et sur la subordination de toute autorité séculière à son autorité, et les publia avec un commentaire, où il faisait sentir l'impiété de pareilles maximes, et combien elles tendaient à renverser tous les fondements du gouvernement civil *.

Tels étaient les progrès qu?avait faits Luther , et l'état où était son parti , lorsque Charles arriva en Allemagne. Aucun prince séculier n'y avait encore embrassé les nouvelles opinions ; il ne s'était fait aucun changement dans la forme du culte ; on n'avait porté aucune Atteinte ni aux possessions ni à la juridiction du clergé ; aucun des

1 Scckcnd, p. lie.

1 Luther, Op., toK II, p. 310

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