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essais répétés pour canoniser sa mémoire, soit à l'inspiration du xèèe sympathique de l'église romaine, soit à celle de l'enthousiasme chevaleresque des Écossais. »
A peine ce grand ouvrage historique était-il terminé que Robertson résolut de consacrer ses forces et ses connaissances à un antre. Divers sujets importante se présentèrent à son esprit, et avant de se décider, il consulta ses amis. Le docteur Blair rengageait à écrire une histoire générale d'Angleterre, sans redouter la concurrence de Home ; mais, bien qu'un tel sujet fût conforme à ses goûts et à ses études, et qu'on lui offrît de lui faire donner par la chambre des pairs un encouragement public à son exécution, il déclina tout espoir de réputation ou de fortune qui eût pu nuire à son ami. Quatre autres époques s'offraient à son investigation ; la première était une histoire de la Grèce antique; les conseils de Walpole et 4e Hume l'en détournèrent ; la seconde, une histoire de la littérature; la troisième, une histoire du monde sous cinq grands princes, Nerva, Trajan, Adrien et les deux Antonins. Walpole lui conseillait surtout le choix de cette époque qui offrait, selon lui, une véritable histoire de l'humanité.
c Je ne suis pas, lui écrivait-il, grand admirateur des monarchies électives : et cependant je ne puis m'eiàpècher de remarquer que, lorsqu'au lieu de passer à l'héritier le plus vertueux, le diadème de Maro-Aurèle passa à l'héritier de son sang, cette série de bienfaiteurs de l'humanité fut brisée ; car héréditaire et mauvaii sont, j'ai regret de le dire, deux mots à peu près synonymes. »
Le dernier sujet était l'histoire de Charles Y ; c'était celui qui plaisait surtout à Robertson, et que Hume lui conseillait d'adopter, a moins qu'il ne se décidât pour une histoire de la réformation , et ce fut aussi celui pour lequel il se décida.
L'histoire de Charles Y, précédée de son admirable Introduction, parut enfin en 1769, dix ans après l'histoire d'Ecosse. Robertson avait senti que toute composition historique devait être un tout complet, et que les divers événements qui s'y trouvaient retracés devaient trouver leur explication dans l'œuvre même, sans autre recours à une œuvre étrangère. Les suffrages universels du monde savant furent la récompense de tant d'études consciencieuses.
« Votre Histoire , lui écrivait Hume, est écrite avec une noblesse, une dignité , une élégance , une solidité de jugement avec lesquelles
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peu d'autres peuvent entrer en comparaison. EHe surpaie de beaucoup» suivant moi, votre Histoire d'Ecosse. *
« Il y a quatre jours, lui écrivait Voltaire» de Ferney, le 26 février 1770, que j'ai reçu le beau présent dont vous m'avez honoré. Je le lis malgré les fluxions terribles qui me font craindre de perdre entièrement les yeux. Il me fait oublier tous mes maux. C'est à vous et à M. Hume qu'il appartient d'écrire l'histoire. Vous êtes éloquent, savant et impartial. Je me joins à l'Europe pour vous estimer. »
Pendant que la réputation de Robertson se répandait en Angleterre, il eut la bonne fortune de trouver dans Suard un traducteur habile, qui la répandit dans l'Europe entière, en reproduisant l'histoire de Charles V dans une langue plus universelle. Suard avait été désigné à Robertson par le baron d'Holbach , et jamais , il faut le dire , aucun traducteur n'a mieux reproduit les qualités de son modèle. Cette traduction fut pour Suard un titre qui lui ouvrit les portes de l'Académie française.
En composant son Histoire de Charles V, Roberston s'était aperçu que les événements d'Amérique , dont il voulait faire un épisode de sa vaste narration , s'étendaient de manière à exiger une narration & part. De même que dans son Introduction il avait présenté un vaste tableau de l'avant-scène de ce grand drame, il voulait faire des affaires d'Amérique un complément nécessaire de l'ensemble. Mais à mesure que ses recherches s'étendaient, il s'apercevait qu'une histoire d'Amérique qui se bornerait à ce qui avait été entrepris dans le nouveau monde par les Espagnols seuls serait nécessairement imparfaite et tronquée. Il résolut donc d'agrandir son plan et d'en faire un ouvrage tout à fait distinct du premier , et dans lequel il comprendrait tout ce qui avait été fait dans le nouveau monde par toutes les nations de l'Europe. Cet ouvrage employa huit années de son temps , et parut en 1777.
Hume était mort en 1776 , une année avant la publication de l'Histoire d'Amérique; mais si le témoignage de son approbation manque à Robertson , un nouvel et puissant suffrage vient le remplacer. Le premier volume de Gibbon venait de paraître quelques mois avant la mort de Hume , et une liaison épistolaire s'était formée dès l'année suivante entre les deux grands historiens du Ras-Empire et de Charles V. Voici les six lettres de cette correspondance qui nous
ont été conservées.
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• - Lettre 4u docteur Rebertêon à GiUtm.
« Au collège d'Édftaibourg, le 5 Juin fftf.
- » Monsieur,
i» J'ai désiré que M. 9trtilttn jfrtt la liberté de vous envoyer, en toon nom , tin exemplaire de lTHStoite ff Amérique, que je souhaite que tous me fanez l'honneur d'accepter, comme un témoignage non-seulement de mon respect , mate de ma ^reconnaissance , tant pour l'instruction que j'ai retirée de vos écrits , que pour ta considération que vous avez fait réfléchir sur mon nom , par la manière si obligeante dont vous m'avez publiquement traité. Je souhaite que ce nouvel ouvrage n'altère point des sentiments si flatteurs pour moi. Je n'ai pas épargné ma peine , dans la vue d'obtenir l'approbation de ceux dont f avais tant à cœur de tn'assurer la bonne opinion; et je me flatte qu'on applaudira du moins à l'application que j'ai mise a la mériter.
» Une malheureuse indisposition a empêché l'exécution du dessein que j'avais formé de passer deux mois à Londres le printemps dernier, l'honneur de faite connaissance avec vous était un des plaisir» dont je m'étais flsttté. Mais j'espère être plus heureux l'année prochaine. Je vous prie de croire que je suis avec beaucoup de respect, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur. *
Lettre de Gibbon au iotteur Robertson.
« Farte, 1717.
a Monsieur,
a Quand j'osai prétendre au titre d'historien, le premier, te plus naturel , mais en même temps le plus ambitieux des désirs que je formai, fut d'obtenir l'approbation du docteur Robertson et éb M. Hume: deux noms que l'amitié a unis, et que la postérité m séparera jamais. Je n'entreprendrai donc pas de dissimuler, quoique je ne puisse aisément l'exprimer , le plaisir que m'a fait votre obligeante lettre ainsi que la nouvelle du présent si prédeux qu'elfe m'annonce. La satisfaction que , dans tous les cas , j'aurais partagée avec le public , sera actuellement relevée par un sentiment d'une nature plus personnelle et plus flatteuse , et il m'arrivera souvent de me dire tout bas à moi-même que j'ai , à quelques égards , mérité l'estime de l'écrivain que j'admire.
DE WJLIJÀ* ROBBRTSON. ft
» Une excursion de pend* durée que j'ai faite ici, et pour laquelle j'ai choisi les mois d'été t a été cause d'un peu de retard qu'a éprouvé l'arrivée de votre lettre» et m'empêchera d'être en possession, Jusqu'à mon retour, de L'exemplaire de .votre Histoire que vous ave» si poil» meut désiré qu'il me fût envoyé par M. Strahaa. Mais j'ai déjà satisfait l'avidité de mon impatience ; et quoique j'aie été obligé de renvoyer lp livre beaucoup plus tôt que je n'aurais souhaité , j'en ai essai 1» pour me convaincre que celte nouvelle publication soutiendra , et , s'il est possible, augmentera la réputation de l'auteur. Que les maté* riaux ont été rassemblés avec soin et disposés avec habileté ! que le premier renferme un compte savant et satisfaisant des progrès de la découverte ! que les exploits, les dangers et les crimes des aventuriers espagnols , sont rapportés avec une chaleur tempérée ! et que la plus originale, peut-être la plus curieuse portion de l'histoire des mœurs et des coutumes humaines, est enfin mise à l'abri des incursions des sophistes et des déclamateurs ! Lord Stormont et le petit nombre de pecsonnes de cette capitale qui ont eu l'occasion de lire l'Histoire d'Amérique» se réunissent unanimement à cette opinion. Votre ouvrage est déjà devenu le sujet favori des conversations, et M. Suard est incessamment pressé, comme je l'ai entendu dire plusieurs fois, 4e fixer le temps où paraîtra sa traduction*
» Je me flatte que vous ne renoncerez paa à votre projet de faire «ne visite à Londres l'hiver prochain , ayant déjà joui par anticipation dans mon esprit des avantages que je tirerai d'une relation si intéressante et si honorable. Cependant je m'estimerai heureux s'il est quelque commission littéraire pour laquelle vous croyiez que je puisse vous être utile à Paris , où je me propose de demeurer à peu près jusqu'aux approches du temps où le parlement se réunira. Permettez , par exemple , que je vous indique une recherche qui ne sautait vous être indifférente, et qui est peut-être à ma portée. Je dînai, il y a peu de jours , avec Bagniouski , ce fameux aventurier qui t'est échappé de son exil au Kamtsehatka, et est revenu en Europe por le Japon et la Chine. Son récit est amusant , quoique j'ignore jusqu'où l'on peut avec sûreté se fier à sa véracité , quant aux circonstances. Son premier dessein avait été de pénétrer à travers le passage nord-est ; et il a suivi la c6te d'Asie , en s'élevant jusqu'au T& 35' de latitude, où il a été arrêté dans ses progrès par la glace , dans un détroit entre les deux continents , qui n'a que sept lieues de
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largeur. De là il est descendu le long de la côte d'Amérique jusqu'au cap Mendocin ; mais , repoussé par les vents contraires , il n'a pu gagner , comme il se le proposait , le port d'Acapulco. Le journal de son voyage , avec sa carte originale , sont à présent à Versailles , au dépôt des affaires étrangères, et si vous jugiez qu'ils pussent vous être de quelque utilité pour une seconde édition, je verrais ce qu'on peut faire, quoique je n'ignore pas ce qu'on doit craindre de la basse jalousie que vous avez éprouvée vous-même , et que vous avez si justement repoussée. Je suis , etc. »
Lettre du docteur Robertson à Gibbon.
« Monsieur,
» J'ai reçu la lettre obligeante que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, et certes il faudrait que je fusse bien orgueilleux si je n'étais pas vain de l'approbation que vous daignez m'accorder. Vous devez à présent avoir eu occasion de lire plus attentivement l'ouvrage que vous n'aviez pu que parcourir quand vous m'écrivîtes ; et j'aime à me flatter que l'opinion favorable que vous en aviez conçue n'est pas diminuée. La manière dont vous parlez de mon amitié avec M Hume m'a été extrêmement agréable. Je l'ai toujours considéré comme une des plus heureuses et des plus honorables circonstances de ma vie. C'est un bonheur du siècle et du pays où nous vivons, que les hommes de lettres puissent entrer dans la même carrière de sciences et la parcourir avec succès , sans éprouver le moindre sentiment d'envie ou de rivalité. Dans les rapports entre M. Hume et moi, nous avons toujours trouvé quelque chose à blâmer , aussi bien que quelque chose à louer. J'ai reçu fréquemment de lui d'excellentes critiques sur mes ouvrages , et j'ai hasardé quelquefois de lui faire mes observations sur les siens. Permettez-moi de compter sur la même indulgence de votre part. Si, en lisant l'Histoire d'Amérique, quelque chose, soit dans le sujet, soit dans le style, vous a paru répréhensible , je regarderai comme la faveur la plus signalée que vous veuitliez bien m'en faire part avec franchise. Je suis bien sûr de gagner à cette communication.
» Recevez mes remerctments pour votre offre loyale de vous -charger de mes commissions littéraires. Je l'accepte sans cérémonie, et je suis flatté de l'idée de vous devoir des secours. Je ne sais des
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aventures de Bagniouski que ce qui en a été débité dans quelques papiers publics. Si l'on peut se fier à sa véracité, ce qu'il rapporte ne peut qu'être très-intéressant pour moi. Si vous aviez écrit l'histoire de l'Amérique, la question concernant la manière de la peupler n'aurait peut-être pas occupé beaucoup votre atteution ; mais il me convenait davantage de la considérer avec étendue. Bagniouski (si on peut avoir confiance en lui) a vu ce qu'il me serait très-utile de savoir. Je ne vois point de motif à la réserve que mettrait la cour de France à la communication de son journal et des cartes qui l'éclaircissent. Mon nom peut-être pourra aider à obtenir une copie des deux objets. Votre intervention , je n'en doute pas , y pourra beaucoup. Le refus d'une telle communication serait vraiment peu loyale. Lord Stormont (de qui j'ai reçu les marques d'attention les plus honorables) ne refuserait pas son appui s'il était nécessaire. Mais si votre cour ressemble à celle d'Espagne , je crains que toute proposition venant de la part d'un ambassadeur n'excite la jalousie. Je crois que vos soins particuliers seront plus efficaces. Comme il est probable qu'une seconde édition sera mise de bonne heure sous presse cet hiver , ce sera une faveur de plus , si vous voulez ne pas tarder à m'informer du succès de votre négociation. Gomme tout ceci est un peu du style diplomatique , permettez-moi de vous recommander un diplomate. M. Fullarton , le nouveau secrétaire d'ambassade, est mon ami particulier. C'est un jeune homme qui réunit les qualités du cœur et de l'esprit , qui le rendent digne de votre estime et de votre amitié. Daignez me rappeler à lui. J'ai l'honneur d'être avec le plus profond respect, etc. »
Lettre du docteur Robertson à Gibbon.
« Au collège d'Edimbourg, le 12 mai 1781.
» Mon cher monsieur 9
» Je suis honteux d'avoir si longtemps différé de vous remercier de l'agréable présent de vos deux nouveaux volumes. Mais au moment même ou j'en achevais la première lecture , je suis tombé malade , et je n'ai pas cessé pendant deux ou trois semaines d'être ébranlé , lourd et languissant. Je suis à présent assez bien rétabli pour vous dire avec quelle parfaite satisfaction j'ai non-seulement lu, mais étudié cette partie de votre ouvrage. Vos talents et votre application
m'étaient assez connus pour me faire concevoir une grande attente * mais tous l'avez de beaucoup surpassée. Je ne me souviens pas d'avatar lu un ouvrage historique dont j'aie jamais retiré autant d'instruction; et quand je considère dans quel champ stérile il vous a fallu glaner et chercher vos matériaux , je suis véritablement étonné que vous en ayez formé une histoire aussi intéressante et aussi liée. Je préfère le style de ces deux volumes à celui du premier. C'est ici la mèmç beauté , la même richesse , la même clarté de langage , avec moins de cette recherche à laquelle la séduction de votre amour pour Tacite vous avait quelquefois entraîné. Le règne de Julien m'a fait infiniment de plaisir. Je craignais un peu que voua n'inclinassiez à quelque partialité envers lui ; mais les bigots eux-mêmes avoueront , je le crois, que vous avez tracé son caractère si singulier d'une main supérieure à toutes celles qui jusqu'à vous se sont exercées sur ce sujet. Votre ouvrage m'a ramené aux siens , dont je n'avais qu'une légère idée, et j'ai été frappé du bonheur avec lequel vous avez représenté ce mélange de fanatisme païen et de fanfaronnade philosophique f associés en lui aux qualités de héros et d'esprit supérieur. Votre chapitre concernant les peuples pasteurs est admirable , et quoique je me croie un passablement bon historien en général 9 il a été nouveau pour moi en grande partie. Aussitôt que j'en aurai le loisir , je me propose de vous suivre dans les sources où vous aveg puisé vos informations ; et je ne doute pas de vous trouver aussi exact ici que dans les passages sur lesquels mon examen s'est déjà exercé. Mon sentiment fût toujours qu'un historieu doit se considérer comme un témoin qui dépose sous serment. J'aime à juger, d'après votre aeru* puleuse exactitude, que vous pensez de même. Le dernier chapitre est le seul de votre ouvrage dont je ue suis pas parfaitement Satisfait. Je trouve que votre description de la jurisprudence et des institutions des Francs est anticipée, et il me semble que le compte de leurs guerres particulières , de leurs épreuves , de leur chevalerie, etc., aurait été mieux à sa place au siècle de Charlemagne, ou même plus tard. Mais sur cela , et sur quelques autres légères critiques , j'aurai occasion de vous parler plus amplement , me pa» posant de me mettre en route pour Londres lundi prochain. J'ai véritablement beaucoup de choses à vous dire» et mon séjour devant éWe fort court, j'espère que votre porte, à laquelle je me présenterai souvent , sera toujours ouverte pour moi. Je ne saurais terminer sans
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ymis dire combien j'approuve la réserve avec laquelle sont écrite cet nouveaux volumes.' J'espère qu'elle vous mettra à l'abri de l'abus malhonnête qu'on a fait contre vous de la liberté du premier, le ans toujours votre fidèle et affectionné. »
Lettre du docteur Rabmrêêon à Gibbon.
« Edimbourg, le 27 février 1788.
> Mon cher monsieur, » «... Depuis votre voyage sur le continent , je n'ai pas travaillé autant que je l'aurais voulu. Ma santé n'a pas été bonne* et en avançant en âge (j'ai à présent soixante-six ans), quoique mes facultés, je le «vois du moins, soient encore dans leur entier, je trouve que mou esprit a moins d'activité et d'ardeur. J'ai pourtant terminé une trèsexacte revue de Unis mes ouvrages » et je leur ai donné tout le poli qu'ils peuvent recevoir de ma main. J'ai ajouté quelque chose à tous, et les additions à l'Histoire d'Ecosse sont assez considérables. J'ai chargé M. Strahan de vous les envoyer uniformément reliée, et je loubaite que vous les receviez comme un témoignage de mon estime et de mon affection. Vous verrez que j'ai trouvé dans M. Whitalter un adversaire tellement bigot et zélé , que, quoique je n'aie récusé aucun article de foi et que je sois pour le moins aussi orthodoxe que lui, il me poursuit cependant avec toute l'ftpreté de la haine théolo- 4Îque. Notre ami , M. Smith , que nous avons été en grand danger de perdre, est à présent presque entièrement rétabli J'ai l'honneur d'être, etc., etc. a
iMtre du deetiur Robertêon à Gibbon.
« Edimbourg, le 30 juillet 1788.
» La lecture de votre ouvrage a fait, pendant la durée de ma
solitude, mon amusement principal et ma consolation. Je l'ai lu une première fois avec beaucoup d'attention , et j'en suis actuellement à «a seconde lecture, et assez avancé dans le dernier volume. Je n'ai pas craint d'annoncer la très* grande supériorité de cette suite que ¥oai venez de faire paraître, et n'ai pas été faux prophète. Véritablement, quand je considère retendue de votre entreprise, et le travail des recherches , tant historiques et philosophiques , que l'exéopttya
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tle chacune de ses parties a exigé, je suis étonné qu'un seul homme ait pu y suffire. Il n'y a point d'exemple qui me soit connu , dans aucun siècle , ni chez aucune nation , d'un aussi vaste dépét de connaissances importantes et traitées avec élégance, formé et achevé par qui que ce soit. Mon étonnement, cependant, ne va pas sans un peu de mortification. Avant votre entrée dan§ la carrière historique, je m'étais accoutumé à me regarder avec vanité comme l'historien du moins le plus soigneux de son style ; mais hélas ! aujourd'hui je ne puis même plus prétendre à cet éloge , et je dois dire, comme Pline de son oncle : Si comparier Mi sum desidiosissimus. Votre style , dans ces nouveaux volumes , me paraît perfectionné encore. Vous avec acquis, par l'habitude d'écrire, l'avantage d'écrire avec plus d'aisance. Je suis fâché de voir que nos idées sur les effets des croisades ne se rencontrent pas. C'est un point que j'ai examiné avec beaucoup d'attention , et je ne puis m'empécher de trouver encore que mon opinion est bien fondée. Je consulterai les autorités auxquelles je me suis référé ; car lorsque mes sentiments diffèrent des vôtres, c'est une raison pour m'en défier , et je pourrai bien vous importuner d9une lettre sur ce sujet. Je suis extrêmement flatté de la manière dont vous avez si souvent cité mon nom , lœtus sum laudari à te laudato viro. C'est pour moi une grande satisfaction d'avoir été distingué par les deux historiens de notre temps dont j'ai si fort ambitionné d'obtenir l'opinion favorable. »
Après avoir terminé la narration des expéditions espagnoles, Robertson allait s'occuper de compléter son Histoire par celle des colonies anglaises en Amérique , lorsque la guerre de l'indépendance américaine vint l'arrêter dans l'exécution de son plan : il comprenait toute l'importance de cette lutte et voulait en attendre l'issue. La première partie, livrée au public, suffisait toutefois, à elle seule, à la fortune de l'ouvrage.
« Quelle force et quelle beauté de description, dit Dugald- Stewart, n'admire-ton pas dans les détails des voyages de Colomb, de l'apparition de ce nouveau continent, de l'entrevue des naturels du pays avec les aventuriers espagnols ! Avec quel feu et quelle vie ne décrit-il pas tous les pas de Cortès à travers les fortunes diverses de sa vaste et hasardeuse carrière ! S'il cède parfois à l'influence des passions qui dominaient son héros , quel ardent tribut d'admiration -et de sympathie ne paye-t-il pas aux vertus et aux malheurs des
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peuple» fubjugués ! Les art», les institutions, les mœurs de l'Europe et de l'Amérique, et surtout les brillants caractères de Gortès et de Guatiraozin, lui permettent, dans cette partie de son ouvrage, d'ajouter à ses autres moyens de charmer ses lecteurs celui des plus beaux contrastes que puisse présenter l'histoire. »
Cependant la lutte des colonies anglaises avec la mère patrie se prolongeait avec des succès divers, et l'intérêt de Robertson était trop vivement occupé par la puissance des faits présents pour que son jugement restât libre sur les faits passés. Il le comprit et abandonna son premier projet. On voit par une des lettres de Gibbon qu'un autre sujet non moins national lui semblait appeler ses études. Quoiqu'il eût abandonné dans le temps, par amitié pour Hume , les propositions qui lui avaient été faites d'écrire une histoire d'Angleterre, ce projet n'avait cependant jamais cessé de lui sourire. Mais la mort de Hume ayant interrompu son Histoire d'Angleterre avant qu'elle fût complètement mise à fin, Robertson résolut de continuer et de compléter Hume , en écrivant l'Histoire d'Angleterre depuis la révolution de 1688 jusqu'à l'accession de la maison de Hanovre. Les documents originaux publiés par J. Dalrymple et Mac-Pherson, et ensuite par lord Hardwick ; les Mémoires de NoaiUes , si curieux pour les négociations françaises en Espagne ; une précieuse collection des papiers du duc de Marlborough , et plusieurs autres collections particulières, lui offraient de nombreuses ressources. Dugald-Stewart f qui a reçu de son fils, M. W. Robertson, avocat à Edimbourg, et de plusieurs autres amis et membres de sa famille , la communication de tous ses papiers , n'a pu nous apprendre pourquoi ce projet fut abandonné.
Robertson avait alors passé sa soixantième année. Ses talents et son caractère lui avaient acquis de nombreux amis, dont la société charmait les loisirs que lui laissaient les soins moraux de ses occupations religieuses. Les importants événements publics qui se succédaient avec rapidité étaient pour son patriotisme comme autant d'événements de sa vie. Les soins de sa fortune avaient cessé de lui faire une loi d'une active occupation littéraire , et ses jours s'écoulaient studieux, paisibles et heureux. La lecture d'un mémoire du major Rennel sur une carte de l'Inde lui mit cependant encore une fois la plume à la main : il avait alors soixante-huit ans. Il voulait n'écrire qu'un mémoire pour examiner, plus complètement qu'il ne l'avait
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hit dans son Hfetoiie d'Amérique , la connaissance que te» avaient de l'Inde, et c*mémnife se transforma insensiblement en m* volume riche de faite, tels qu'on pouvait les obtenir aloes, et dont, la style toujours pur et animé ne se sent en rien du déclin de L'âge* et conserve tous les caractères de ses premières compositions».
En décrivant la vie littéraire de Hobertson» j'ai décrit les événements de cette vie si noble et si belle. Ce n'est pas que ses talents le rendissent impropre à l'action de la vie publique ; la sagacité avec laquelle il suit un événement dans ses causes et dans ses effets prouve assez ce qu'il eût pu faire , si son propre choix ou le hasard des circonstances l'eût porté à exécuter des faits digne de l'histoire* plutôt qu'A se faire l'historien des grands faits des autres. Un jugement droit.» une morale pure, un caractère ferme, une élocution choisie, la pouvoir de se concilier l'affection de tous, ce sont là des dons qui peuvent à la fois embellir la vie privée et honorer la vie publique.
Robertson en jouit paisiblement et sans hasard dans la longue douceur de la vie privée. Sa santé» qui avait toujours été excellente» parut décliner vers la fin de l'année 1791. U vit philosophiquement approcher la mort au milieu de ses arois et de sa famille. Pour jouir pendant ses derniers instants de la vue des champs at de la beauté du paysage , qui avaient toujours eu de grands charmes pour lui , il demanda qu'on le transportât d'Edimbourg à Grange-Uouse , maison de campagne voisine de cette ville. Ce fut là que» délicieusement eharmé encore de l'aspect des premières floraisons d'un printemps tardif» il mourut le 11 juin 1793» à l'âge de soixante et onze ans.
Les années qui se sont écoulées depuis la mort de ftobertson n'ont fait qu'ajouter à la gloire de ce grand historien dans son pays et dans la reste de l'Europe,
Suard » qui avait si élégamment traduit son Histoire de Charles- Quint» a également traduit les huit premiers livres de son Histoire d'Amérique; et l'abbé Morellet a traduit les deux derniers. Il faut 1* dire» ee sont peutrétre les seules traductions dont le style puisse être cité k côté du style du modèle. Aucun autre traducteur n'oserait entreprendre de les refaire : ce sont celles que je reproduis ici.
Il existe plusieurs traductions de l'Histoire d'Ecosse. L'une da fiesset de la Chapelle, dont la première édition est de Londres, 1764» 9 vol. in-12, et la deuxième édition» augmentée d'un appendice et de pièces justificatives» de Londres» 1772» 4 vol. in-12. Quoique infé»
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rieure en mérite aux deux traductions de Suard, celle de la Chapelle , n'est cependant pas sans mérite. Elle est toujours fidèle. Le style en est naturel et ne manque pas de vivacité. Une autre a été donnée récemment par M. Gampenon. J'ai fait choix de celle de Besset de la Chapelle.
Le mémoire sur la connaissance que les anciens avaient de l'Inde, a été traduit par un écrivain anonyme , 1 vol. in-8°, Paris, 1792. C'est la seule traduction que je connaisse : c'est celle qu'on trouve reproduite dans cette édition.
J'ai tiré les principales données de cette biographie littéraire d'un excellent mémoire de Dugald-Stewart, imprimé en tète de la belle édition de Londres en un gros volume in-8°. Il m'est doux de payer ici un nouvel hommage de reconnaissance à un ami enlevé trop tôt à un monde qu'il honorait par ses vertus et éclarait par ses ouvrages.
J. A. C. Buchon.
Paris, 1" décembre 1835.