‹ Histoire de l'Empereur Charles-QuintChapitre 33 sur 56 · livre h · texte numérisé non relu

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recevoir sa doctrine. La plupart dee hommes d'esprit qui s'appliquaient à l'étude de la littérature ancienne, Yen la fin du quinzième siècle et le commencement du seizième, sans avoir le projet ni même le désir de renverser le système de religion établi, avaient vu l'absurdité de plusieurs opinions et de plusieurs pratiques autorisées par l'Église , et avaient senti toute la faiblesse des arguments avec lesquels des moines sans lettres s'efforçaient de les défendre.

Le profond mépris qu'ils sentaient pour ces ignorants défenseurs des erreurs reçues les engagea plus d'une fois à tourner en ridicule ces mêmes erreurs, avec autant de liberté que de sévérité. Leurs premiers essais préparèrent les hommes aux attaques plus sérieuses de Luther, et affaiblirent sensiblement le respect qu'ils avaient peur la doctrine et la personne de ses adversaires. C'est ce qui arriva surtout en Allemagne. Lorsqu'on y fit les premières tentatives pour ranimer l'étude de l'antiquité , les ecclésiastiques de cette contrée, plus ignorants encore que leurs confrères ultramontains, s'y opposèrent avec tout le zèle et toute l'activité dont ils étaient capables ; de leur côté, les partisans des nouvelles études attaquèrent leurs adversaires avec la plus grande violence; Reuchlin, Hutten, et les autres restaurateurs des lettres en Allemagne, se sont élevés contre les abus et la corruption de l'église romaine , avec une amertume de style qui ne le cède guère à celle qui distingue les écrits de Luther même * .

La. même cause a donné lieu aux traits qu'Érasme a lancés de 'temps en temps contre les erreurs de l'Église et contre l'ignorance et les vices du clergé. 11 jouissait en Europe d'une autorité si grande, au commencement du seizième siècle, et ses ouvrages étaient his avec une admiration si générale, que les effets qui en résultèrent méritent d'être remarqués comme une des circonstances qui contribuèrent le plus au succès de Luther. Érasme , destiné dès sa jeunesse à entrer dans l'Église, et élevé dans l'étude des sciences ecclésiastiques, s'appliqua plus qu'aucun autre savant de son temps aux recherches théo* logiques* Son jugement pénétrant et sa vaste érudition lui firent découvrir une foule d'erreurs, tant dans la doctrine que dans le culte de l'église romaine. Il en réfuta quelques-unes avec, toute la solidité du raisonnement et toute la force de l'éloquence. U employa contre

1 Gerdesius, HUt. Ewmg. renov., yol. I, p. 141, 187. Seckend, lib. i, p, 103. Ton dcr Hardi., Iftif. liHcrar, reform.,pars IL

98 histoiu ne CBAiiW-tuunr.

les antres Tame du ridieufe et de k satke, arme qu'il watt manier têts habilement, et dont l'usage m peut manquer de plaire i b mnltttade. De toutes les opinions et de tous les usages de l'église romain* que Luther entreprit de réformer, il en était peu 4111 n'rasaeati déjà été relevés par Érasme, et qui ne lui eussent fourni un «jet de satire ou de plaisanterie. Quart Luther commença d'attaquer l'église romaine, Érasme parut applaudir à son entreprise ; il oatihercha l'amitié de plusieurs de ses disciples et de ses partisans, et oondaanna la conduite et l'acharnement de ses adversaires *. Il prit ouvertement son parti contre les théologiens de l'école, etdéchatoa contre cas -mettras d'erreur, qui enseignaient un système aussi axa* 4aleux qu'ininteUigihle. U joignît encore ses efforts à leux de Luther peur tourner les esprits des hommes vers l'étude de l'Écritum sainte, comme la seule règle de la vérité religieuse *• , Différentes circonstaaces empêchèrent cependant Érasme de suivie Luther dans la même carrière; il était d'un caractère naturellemeat timide» et il manquait de oette force d'Âme qui peut seule déterminer un homme à s'annoncer pour réformateur ; plein de déférence peur les grands et les hommes en place, U craignait surtout de pesdrâ les pensions et les autres avantages qu'il avait reçus de leur libéralité; il aimait la paix, ot attendait du temps et de la douceur la réforme aueoessive des abus 5. Tout, en on moi, l'engageait iii primer, à modéaer du moins, le aèle qui l'omit d'abord animé contre les erreur* de l'Église \ et à prendre plutét le caractère médiate» entre Luther et ses adversaires. Mais, quoique Érasme n'eût pas tard* à ttàmer le caractère trop audacieux et Ueç fougueux de Lutte, et frôla An on l'eût même déterminé à écrire contre ce réformateur,

1 geckend, Hb. 1» p. 40. VS.

9 Ton der Hardt., RUt. litt&ror. re/brm., p. i, tordes, BfVsf. Etxmg. rtnov.,1,

M-méme • eu la siueérité d'eu faite Itoeu ? « LuUmt, dilrU, wmt )4oti*'m salutaire, «t 4e trèstasooaanlft. Se voudwù qu'il ■'<» eût s* dfttatt i'cflet pur des fautes impardonnables. Mai» quand il n'y aurait ricnàrepesàie dans ses écrits, je oe me suis jamais senti disposé à mourir pour la vérité. Tous te hommes n'ont pas reçu le courage nécessaire pour 4tre martyrs; et si j'eusse été n» à l'épreuve, je crains bien que je n'eusse fiait comme saint Pierre. »Epist. Srotmi, î* Jortm's Life ofErosm, vol. I, p. 273.

4 Jortin, Life ofErasmuê, vol. I, p. 306,

uvm ii (1520). 99

il n'-endoit pas moins /être regardé comme son précurseur et ton allié dans cette guerre déclarée contre l'Église, Ce fut lui qui jeta le» premières semences que Luther sut féconder et mûrir. Ses railleries et les traits indirects de la satire préparèrent la voie aux attaques directes et aux invectives de Luther. C'est l'idée que se sont formée d'itaisme les zélés partisans de l'église romaine, qui vivaient de son temps ' ; et c'est celle que doit eu prendre quiconque approfondira l'bistaire de cette époque.

Dans la longue énumération que je viens de faire des circonstances qui concoururent à favoriser les opinions de Luther, ou à affaiblir la résistance de ses adversaires, j'ai évité d'entrer dans aucune des diseussions des dogmes théologiques du papisme , et je n'ai point essayé de prouver qu'ils étaient contraires à l'esprit du christianisme» et qu'ils n'avaient aucun fondement solide ni dans la raison, ni dans l'Écriture, ni même dans la discipline de la primitive église. Je laisse aux historiens ecclésiastiques à traiter ces sujets, qui sont proprement de Jeur ressort. Mais, quand en ajoute l'effet de ces considérations tirées de la religion , k l'influence des causes politiques , on ne doit plus s'étonner de l'impression soudaine et victorieuse que dut faire sur l'esprit humain l'action de ces deux forces réunies. Les content* parains de Luther étaient peut-être trop voisins de la scène , ou j étaient trop intéressés pour en voir distinctement les causes, et pour les examiner de sang-froid. Quelques-uns ne pouvant expliquer les progrès rapides de cette résolution, l'attribuaient à une sorte de fatalité extraordinaire 9, qui répandait dans l'univers un esprit de vertige et d'innovation : mais il est évident 91e le succès de la réformation fut l'effet naturel de plusieurs causes , qu'une providence particulière avait préparées, et qui, par un heureux concert , concoururent ton tes au même but. J'espère que les recherches ou je suis entré pour jeter quelque lumière sur un événement si singulier et m important, et pour en découvrir les causes # ne seront pas regardées comme une digression inutile : je vais reprendre le fil da mon histoire.

La diète de Wonns continua les délibérations avec toute laleuteur et toutes les formalités ordinaires dans ces sortes d'assemblées. Or

• Ton der Hardi, Hist. UtUrar. nfarm., pan I, p. % > Joyîiis, HUtor. Luth., 1953, Mol,, p. 13t.

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employa beaucoup de temps à faire quelques règlements pow k police intérieure de l'empire. La juridiction de la chambre impériale fut confirmée, et l'on mit plus de régularité et de méthode dans les formes de ses procédures. Un conseil de régence fut nommé ponr aider Ferdinand dans le gouvernement de l'empire pendant les absences de l'empereur, que l'étendue de ses domaines et la multiplicité de ses affaires ne pouvaient manquer de rendre fréquentes '. On procéda ensuite à examiner l'état actuel de la religion. Chartes ne manquait pas de motifs pour se déclarer le protecteur de la cause de Luther, ou du moins pour en favoriser secrètement les progrès. Sil n'eût pas possédé d'autres domaines que ceux qu'il avait en Allemagne, et d'autres couronnes que celle de l'empire, il eût pu to disposé à favoriser un homme qui défendait avec tant de hardies? des privilèges et des immunités pour lesquels l'empire avait lutté a longtemps contre les papes ; mais les projets inquiétants et vaste que François V formait contre lui le mirent dans la nécessité * régler sa conduite sur des vues plus étendues que celles qui auraient pu diriger un prince d'Allemagne ; comme il était pour lui de b dernière importance de s'assurer de l'amitié du pape, cette rafo» fr détermina à traiter Luther avec une grande sévérité, et il crotqoe c'était le moyen le plus sûr d'engager le pape à se joindre à ta- Dans cette vue , il eût été très-disposé à satisfaire les désirs <to légats d'Allemagne , qui demandaient que , sans délai ni formalités préliminaires , la diète condamnât un homme que le pape arait déjà excommunié comme hérétique. Cependant cette forme violente de procéder ayant paru aux membres de la diète, inouïe et inJB*< ils décidèrent que Luther serait ajourné à comparaître , et fendrait déclarer s'il adhérait ou non aux opinions qui avaient attiré sur lui les censures de l'Église *. L'empereur et tous les princes ** le territoire desquels il devait passer lui donnèrent un sauf-conduili et Charles lui écrivit en même temps de se rendre promptea*0 à la diète , en lui renouvelant la promesse de le garantir contit toute sorte d'insulte et de violence ». Luther n'hésite pas un in*n| à obéir, et partit pour Worms f suivi du héraut qui avait apport* "

1 Pont. Heuter., Rer. atitlr., lib. vm, c. ti, p. 18tf.Pfeffel, Abr.chro*-**1**'

* P. Martyr, Ep., p. 722.

1 Luther. Opw., lib. n, p. 411.

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