LIVRE II
une armée de quarante mille hommes , et que • pour cimenter leur union, Charles épouserait la princesse Marie, fille unique de Henri et l'héritière présomptive de ses États * . Henri ne put donner d'autres raisons de cette ligue, également injuste en elle-même et contraire à ses intérêts politiques, qu'un article du traité de Londres, par lequel il se prétendait obligé à prendre les armes contre le roi de France, comme le premier agresseur, et l'injure qu'il disait que lui avait faite le roi de France, en souffrant que le duc d'Albanie, chef d'un parti en Ecosse, opposé à ses intérêts, retournât dans ce royaume. Mais il avait été déterminé par d'autres considérations ; les avantages que ses sujets retireraient d'une parfaite neutralité, Thon* neur qui lui reviendrait à lui-même de rester l'arbitre de deux princes rivaux, paraissaient des motifs bien faibles à l'imagination de ce jeune monarque , en comparaison de la gloire que Charles et François gagnaient à commander des armées ou à conquérir des provinces , et il ne put se résoudre à rester plus longtemps dans l'inaction. Cette résolution étant une fois prise, plusieurs raisons de préférer l'alliance de Charles s'offraient d'elles-mêmes. Il n'avait de prétentions sur aucune partie des Etats de ce prince, qui, pour la plupart, étaient situés de manière qu'il ne pouvait les attaquer sans^ beaucoup de difficultés et de désavantage, au lieu que la plupart des provinces maritimes de France avaient été longtemps en la possession des rois d'Angleterre, qui n'avaient pas même encore renoncé à leurs prétentions sur la couronne de ce royaume ; il était d'ailleurs toujours mattre de Calais, qui lui facilitait l'entrée de quelques-unes de ces provinces, et lui promettait une retraite sûre en cas de revers. Tandis que Charles attaquerait une des frontières de la France f Henri se flattait de trouver à l'autre très-peu de résistance, et croyait que la gloire de réunir de nouveau à la couronne d'Angleterre l'ancien patrimoine que possédaient ses prédécesseurs dans le continent, était réservé à son règne. Wolsey encourageait encore ces espérances chimériques et employait toute son adresse à faire adopter à son mattre les vues qui secondaient le mieux ses desseins secrète ; et les Anglais, dont l'animosité héréditaire contre les Français était toujours prête à se réveiller à la première occasion, étaient bien éloignés de désapprouver les inclinations guerrières de leur souverain.
• Rymcr, Fœdera, xiu. Herbert.