‹ Histoire de l'Empereur Charles-QuintChapitre 44 sur 56 · livre m · texte numérisé non relu

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souverain naturel, et de l'aider à conquérir la France. Charles et le roi d'Angleterre, qui fut mis dans le secret ' , attendaient les plus grands avantages de sa révolte, et ne balancèrent pas à lui tendre les bras; ils n'épargnèrent ni promesses ni caresses pour le confirmer dans sa résolution. L'empereur lui offrit en mariage sa sœur Éléonore, veuve du roi de Portugal, avec une dot considérable. Ses intérêts firent un article principal du traité conclu entre Charles et Henri : on devait lui donner les comtés de Provence et de Dauphiné avec le titre de roi ; l'empereur s'engageait à entrer en France par les Pyrénées, et Henri à envahir la Picardie avec les Flamands; douze mille Allemands, levés à leurs frais communs, devaient pénétrer dans la Bourgogne et agir de concert avec Bourbon, qui se chargea de lever six mille hommes dans le cœur du royaume, parmi ses amis et ses vassaux. L'exécution de ce complot dangereux et profond fut différé jusqu'au moment où le roi de France traverserait les Alpes avec la seule armée qui eût pu défendre ses États ; et comme François était déjà fort avancé dans sa marche vers l'Italie, la France était à la veille de sa ruine *.

Heureusement pour ce royaume, une négociation qui durait depuis plusieurs mois, quoique conduite avec le plus grand secret et communiquée seulement à un petit nombre de confidents choisis, ne put échapper à la vigilance de quelques personnes attachées à la maison du connétable, qui l'observaient d'autant plus attentivement qu'elles s'étaient aperçues de sa défiance à leur égard. Deux de ses domestiques donnèrent au roi quelques avis de la correspondance mystérieuse qui régnait entre leur mattre et le comte de Roeux , gentilhomme flamand, en qui l'empereur avait la plus grande confiance. Français, qui ne pouvait croire que le premier prince du sang fût assez lèche pour livrer le royaume à ses ennemis , partit dans l'instant pour Moulins, où le connétable s'était mis au lit, prétextant une indisposition pour se dispenser d'accompagner le roi en Italie, et lui déclara sans détour les avis qu'il venait de recevoir. Bourbon protesta de son innocence avec les serments les plus sacrés et avec l'apparence la plus imposante de candeur et d'ingénuité. Sa santé, disait-il , commençait à s'affermir ; il promit au roi de rejoindre

1 Rymer, Fadêra, xm, p. 791.

J DtTkou,£frr.pliT. i,th.x.Hetttcr„Air. a*ttr+,rm, t*xvui,p«SOft

158 HISTOIRE DE CBAELES^UTNT.

rarmoe dans peu de jours. François, franc et sincère Toi-même, se laissait aisément tromper par Tapparence de ces vertus dans les antres; il resta si persuadé de l'innocence de Bourbon, qui! ne voulut jamais consentir à le faire arrêter t malgré ravfe de ses pftw sages conseillers qui le pressaient de prendre cette précaution ; et; comme tf il n'y eât plus eu rien à craindre, il continua sa marche vers Lyon. Le cannétable se mît aussitôt en route» feignant d'abord de vouloir survre k roi ; mais, tournant tout à coup vers Ta gauche, il traversa le Rhône, et , après bien des fatfgues et des périls, il échappa à tons les partis que le roi, qui se repentit trop tard de sa crédulité, envoya pour l'arrêter, et il arriva heureusement en Italie * .

François prit toutes les précautions possibles pour prévenir êa moins les funestes effets de la faute irréparable qu'A venait lia commettre. II mit des garnisons dans toutes les places fortes qui étaient dans les terres du connétable , il fit arrêter tous les gentilshommes qu'il soupçonna du complot , et, comme il n'avait pu encore découvrir toute l'étendue du plan de la conspiration, ni savoir à quel point la corruption avait gagné ses sujets , il craignit que son absence ne tes enhardit à tenter quelque entreprise désespérée , et renonça à ridée de conduire en personne son armée en ItaKte.

Cependant il n'abandonna pas ses desseins sur le Milanais r il nomma l'amiral Bonnîvet pour commander à sa place, et marcheren Italie à la tête <Ftane armée forte de trente mille hommes. Bonnhet ne dut pas cette préférence à ses talents comme général ; car de tontes les qualités qui concouraient à le former , il n'avait que h bravoure personnelle, la plus commune et la dernière de toutes. Hais il était le gentilhomme le ptas accompli qu'iT y eût à ta cour (te Ftance, par ses manières aimables , son esprit insinuant t sa conversation Wve et brillante r et François , qui vivait avec ses courtisans dans la phs grande familiarité , était si charmé des agréments de Boirai vet, qrïl rhonorait en toute occasion des marques les plus spéciales et le* phi distinguées de sa faveur. Bonnivet était aussi l'Implacable ennemi de Bourbon ; et comme le roi, dans cette conjoncture, ne savait à qui * (1er, il crut ne pouvoir mieux placer que dans Tes mains dé son farori le commandement en chef de son armée.

Colonne, chargé de la défense du Milanais, qui était sa conquête,

* Mém.fr du JMby, p; et, efe. ftsqofer, Êtetonh* *î*&rme*, a. #91.

tiVBE m (1523}. 159

était bien loin dTavoïr des fortes suffisantes pour résftter à une armée si formidable. A peine avait-il de quoi payer ses troupes, qui étaient «Tailleurs considérablement diminuées par les maladies et par la désertion des soldats : ce qui lui avait fait, malgré hii , négliger les précautions nécessaires pour mettre le pays en sûreté. H se borna donc uniquement à tâcher <f empêcher que Tannée française ne passât la rivière (ta Tésin ; et, comme s'il eût oublié avec quelle facilité il Favait passée lui-même devant Lautrec, il se promettait avec la plus grande confiance de réussir dans ce projet ; mais il y échoua comme Lautrec avait échoué. Bonnivet passa la rivière sans résistance , dans un endroit guéable qu'il trouva sans défense ; et les impériaux se retirèrent vers MiTan, prêts à abandonner Ta ville dès que les Français se présenteraient aux portes. Par une négligence inconcevable , que Girichardrn attribue à un esprit de vertige * , Bonnivet resta trois ou quatre jours sans avancer, et perdit l'occasion que lui offrait la fortune. Les bourgeois de Milan se remirent de leur consternation. Colonne, qui était encore plein (f activité à Fâge de quatre-vingts ans, et Horon , dont la haine pour les Français était infatigable , s'occupèrent jour et nuit à faire réparer les fortifications , à amasser des provisions, h rassembler des troupes de tous les environs ; et le temps que Tannée française mit à arriver leur suffit pour mettre la ville en état de soutenir un siège. Bonnivet, après quelques tentatives infructueuses qui fatiguèrent ses troupes plus que l'ennemi, fut obligé, par la rigueur de Ta saison, de se retirer dans ses quartiers d'hiver.

Dans ce* intervalle , le pape Adrien mourut. Cet événement causa tant de jote parmi le peuple de Rome , dont la haine et le mépris pour ce pontife augmentaient de jour en jour, que, la nuit qui suivit m mort, ib ornèrent de guirlandes la maison de son premier médecin, avec cette Inscription : Au Kbératmr de son pays *. Aussitôt le cardinal de Bfédfcis renouvela ses anciennes prétentions h la papauté, et entra dans le conclave avec les plus grandes espérances de succès. Le peuple en général ne doutait pas qull ne réussit. Cependant, malgré Fappui de la faction de Fempereur, malgré son crédit personnel et sa grande babifeté à employer tous les ressorts de la ruse, de l'intrigue iet de ta corruption qui dominait dans ces assemblées,

1 Guiehardin, Kv. xv, p. 264.

1 Jovius, Ytia Adr., p. m. '

100 HisTOtts se chailks-quixt.

l'obstination et les intrigues de ses rivaux firent durer k ooadrn pendant l'espace de cinquante jours entiers; à k fin, l'adresse et la constance du cardinal triomphèrent de tous les obstacles. Il fut éh pape, et prit le gouvernement de l'Église sous le nom de QématVH. Ce choix eut l'approbation universelle. On attendait tout d'un pipe que ses grands talents et son expérience consommée dans les affaire rendaient également propre et à soutenir les intérêts spirituels de l'Église, menacée d'un danger imminent par les progrès des opinions de Luther» et à conduire ses opérations politiques avee h prudence qu'exigeraient les circonstances. Il joignait à tons es avantages celui de pouvoir faire respecter l'État ecclésiastique, par l'autorité suprême qu'il exerçait à Florence, et par l'opulence des famille * .

Le cardinal Wolsey, dont l'ambition n'avait pas été rebutée p* le peu de succès qu'il avait eu dans l'élection précédente» s'en promettait un plus heureux dans celle-ci. Henri écrivit à l'empereur pour loi rappeler l'engagement qu'il avait pris d'appuyer les prétentions de son ministre. Wolsey, de son côté, mit dans ses poursuites une activité égale à l'importance die l'objet qu'il se proposait, et envoyai» agents dans Rome un ordre précis de n'épargner ni promesses ni présents pour faire réussir ses mes. Mais Charles ou l'avait bercé* vaines espérances qu'il n'eut jamais l'intention de réaliser, ou jagfl qu'il ne serait pas prudent de s'opposer à l'élection d'un prétends»1 qui avait autant de titres pour réussir qu'en avait Médicis; ou peutêtre les cardinaux n'osèrent pas s'exposer à irriter le peuple n»»D en élevant encore sur la chaire de saint Pierre un autre étranger, dans le temps même que son indignation contre la mémoire d'Aine» était encore toute récente. Wolsey, après tant d'espérances trompa et tant d'efforts inutiles, eut encore une fois la mortification de tri placer sur le trône de l'Église un pape dont l'Age peu vwri et* constitution robuste ne lui laissaient pas même la consolation d'espérer de lui survivre. Cette seconde disgrâce lui prouva clairement lan*8' Yaise foi de l'empereur, et alluma au fond de son coeur tout le ressentiment que peut éprouver un homme habile qui se voit à ta »* frustré de ses espérances et honteusement trompé. Clément > 4» connaissait son caractère vindicatif , essaya de l'adoucir en le no*

• Guichardin, Ut. xt, p. ISS.

liym m (1583). 1«1

mant légat en Angleterre pendant 8a vie, avec des pouvons si étendus qu'ils lui transmettaient presque toute l'autorité papale dans ce royaume; mais l'affront que Wobey venait de recevoir avait rompu pour jamais les nœuds qui l'attachaient à l'empereur, et, dès ce moment» il ne songea plus qu'à la vengeance. Il lui fallut pourtant la différer, et cacher ses intentions à son mettre jusqu'à ce que, par une suite de circonstances heureuses que le temps pourrait faire naître, il pût, par degrés, le détacher de l'empereur. Aussi , loin de marquer aucun mécontentement du refus qu'il avait essuyé , il affectait toujours, soit en particulier, soit en public de se montrer très-satisfait de l'élévation de Clément1.

Henri, pendant toute la campagne, avait rempli avec la plus grande exactitude les engagements qu'il avait pris avec l'empereur, dans leur ligue commune contre le roi de France, mais ses opérations n'avaient pas eu toute la célérité qu'il aurait désirée. Son aveugle prodigalité et sa négligence extrême dans l'économie de ses revenus le laissaient souvent sans ressource d'argent. La manière de faire la guerre en Europe était alors bien différente de celle qui avait régné auparavant. Au liai de ces armées , assemblées à la hâte, qui , sous des chefs particuliers , suivaient leur prince à la guerre, ne se mettaient en campagne que pour quelques mois , et servaient à leurs propres dépens , ou levait à grands frais , du temps de Henri , des troupes qui recevaient une paye réglée et très-forte. Au lieu de cette impatience qu'avaient auparavant les deux partis de terminer la querelle parle sort d'une bataille qui décidait ordinairement de la destinée de pays ouverts et sans défense , et laissait aux barons la liberté de retourner avec leurs vassaux à leurs occupations journalières, les villes étaient alors fortifiées avec art et défendues avec opiniâtreté : la guerre, d'un art simple d'abord, était devenue une science très-compliquée, et les campagnes étaient par conséquent plus longues , plus fatigantes et moins décisives. Les dépenses que ces changements dans l'art militaire occasionnèrent nécessairement, parurent des fardeaux insupportables aux peuples , qui étaient accoutumés à ne payer que de légers impôts. De là vint cet esprit d'économie et même de parcimonie qui animait, dans ce siècle, les parlements d'Angleterre, et que Henri, malgré toute son autorité, ne put dompter que rarement.

1 Fiddes, Life of WoUêy, p. 294, etc. Herbert.

il. g

tfft HISTOIW M CBAHW4U1OT.

Les communes lui ayant refusé pour cette foi* le* subsides qp'ti demandait , il fit valoir un* prérogative étendue et presque Hlûmlée que possédaient alors les nûa d'Angleterre, et, au moyen de cet naagç extraordinaire et violent de son autorité, il ae procura l'argent dent il avait besoin. Mais cet expédient consuma tant detnmpa qme la était déjà fort nvancéeavant <pie son année pàt semefctreen sous la conduite du doc de Suffolk. Ce général, après la j corps considérable de Flamands , marcha en Picardie-; et François , entraîné par une impatience insensée de recouvrer le Milanais , avait laissé cette f routière presquesans défense, Suflfolk p&nétn jusqu'aux bords de la rivière d'Oise , à sept lieues de Paria , et jeta h consternaient dans cette capitale ; mai» l'arrivée d'un détachement envoyé par le roi, qui était encore à Lyon, la bravoure et Vnetivitéén officiera français, qui ne laissaient respirer les ennemis ni jnur ni nuit, la rigueur inouïe d'un hiver prématuré , et le défaut de vivres, forcèrent lesAngtaia à se retirer S et laTrémouilie, qui rnmmMidaîr, eut la gloire «l'arrêter avec une poignée de soldais la marche «Tune armée, formidable et do la chasser honteusement du territoire di France *.

Les tentatives de fempegenr sur la Bouigogne et sur la Guyeum ne furent pas plus heureuses, quoique la même négligence de laptft de François eût encore laissé ces deux peovinom très-mal défendus» La conduite et la valeur de ses généraux suppléèrent à son défont dt prévoyance; les Allemands, qui avaient fait une irruption dawh Bourgogne , et les Espeptols , qui avaient attaqué la Gufenne, ferai également repousses avec beaucoup de perte*

Ainsi finit la campagne de 153%» où François eut tant de bonheur et de succès que l'Europe commença à prendre une haute idée desan pouvoir et da ses ressources. U avait découvert et dissipé une ration dangereuse , dont il avait forcé l'auteur à s'exiler du ayant à peine un domestique à sa suite ; il avait fait échouer tons 1m projets d'une ligue puissante formée contre lui ; il avait dAfaiwfai sa» Etats attaqués à la fois par trois côtés différents; et su son m mai d'Italie n'avait pas fait dans le Milanaia tous les progrès qu'il pouvait attendre de la supériorité de ses forces sur celles de l'ennemi* il du moins repris la moitié de ce duché dont il restait

1 Novembre 1523. — * Herbert, Jfem©ir«<*«d« BtUay> P'73f«*Ci

Kivw m (1534). 143

La campagne «rivante s'ouvrit par des événements funeste* pour la France. BHe perdit Fontarubie par la lâcheté ou )*> trahison desSta gouverneur. En Italie t le» aMiés résolurent de redoubler de diligence, de vigueur et d'activité pour chasser Bennîvet de la partie de Milanais qui est au delà du Térin* Clément, qui son» les pontificats de Léon et d'Adrien avait rnoutré use hame implacable eontre la France, commença à voir la puissance que l'empereur aeeprirait de jour da jour en Italie d'un ostt s* jatota* qu'il refusa d'accéder, comme avaient fait ses prédécesseur», à la ligue formée centre Français; et, oubliant ses passions et ses animesKés personnelles , il travailla fe réconcilier les deux partis mtc tout te zèle qui convenait à son caractère. Mais fous ses efforts fanrent sans) effet : une armée nombreuse, eè chacun* dite alliés fournil son contingent de troupes , s'assemblait k Milan dèa le commencement du assis de mars. Lannuy , vice*oi de Naptes , en prit le commandement k la mort de Coton**; mais la principale conduite des opérations de la campagne fut confiée à Boerrbon. et au matqcris derPescaire. Le dernier était le plus habile et le plus entreprenant dtesF généraux alleifiands : le ressentiment qui animait Bourbon redoublait son activité et multipliait ses' ressource»; la connaÉs&nee qu'il avait du caractère des généraux français, do génie de leurs troupes, de la force et de la faiblesse de leurs années, le mettait en état de rendre les plua gmnds services aftr parti qufil avait embftssà Mais tons ces avantages allaient bientôt redfer inutile» par firapufesance oA se trouvait Pempereur de se procurer aaser d'argent pour l'exécutie» des plans vastes et divers qu'il avait formés. Quand les généraux voulurent Mm mardber ses troupes , elfes se mutinèrent , demandant 1* paye qui leur était due depuis quelques iaoia; et, sans avoir égard ni aux menaces ni aux promesses de leurs officiers, elles menacèrent de pitter Milan si on ne les satisfaisait pua smM^champ. Les généraux des alliés furent déKvrén de cette situation embarrassante par Moron , qui avait sur ses compatriotes1 uir ascendant si1 prêt dfgieux , qu'il leur fit avancer la somme qu'on demandait , et l'armée se mit aussitôt en campagne. Bonitivet n'avait pas asse* de troupes pour tenir tête à cette armée , eff il avait encore moins les talents nécessaires pour se mesurer avec les généraux ennemis. Après plusieurs mouvements et plusieurs combats qu'ont décrits avec beaucoup d'exactitude les historiens du temps , mais qui sont aujouflTfcni' trop loin de nous pour nous instrafre ou pour nous intéresser , 9 fut forcé

164 HISTOIEB DE CBAUlfrQUIirr.

d'abandonner un camp très-avantageux, où il s'était retranché, 1 Biagrafla. Bientôt après , en partie par sa mauvaise conduite 9 en partie par l'activité des ennemis qui harcelaient et ruinaient son armée par des escarmouches continuelles , en évitant sans cesse la bataille qu'il leur présentait ; en partie aussi par le caprice de six mille Suisses qui refusèrent de le joindre» quoiqu'ils ne fussent qu'à une jonrnér de marche , il fut réduit à la nécessité de tenter sa retraite en France par la vallée d'Aoste. A peine était-il arrivé sur les bords de la Ses», et commençait-il à passer cette rivière , que Bourbon et Pescaire parurent avec lavant-garde des alliés, et chargèrent son arrière-garde avec la plus grande impétuosité ; dès le commencement de Faction, Bonnivet , qui se comporta avec la plus grande valeur , reçut une blessure si dangereuse qu'il fut obligé de quitter le champ de bataille. Le commandement de l'arrière-garde fut alors confié au chevalier Bayard : ce brave officier était si peu courtisan qu'il ne parvint jamais à commander en chef ; mais, dans le moment du danger, c'était tonjours à lui qu'on avait recours , et il se trouvait alors chargé des postes les plus difficiles et les plus importants. Il se mit à la tète des gendarmes , et animant les soldats par sa présence et par son exemple à soutenir le choc des ennemis , il gagna du temps pour couvrir h retraite du reste de l'armée. Il reçut , dans cette action , une blessait qu'il sentit bientôt être mortelle , et n'ayant plus la force de se soutenir sur son cheval , il donna ordre à un de ses gens de l'appuya contre un arbre , le visage tourné en face de l'ennemi : là , fixant se regards sur la garde de son épée qu'il tint élevée au lieu de crucifix, il adressa une prière à Dieu , et dans cette attitude si digne de soa caractère , et comme guerrier- et comme chrétien , il attendit tranquillement la mort. Bourbon , qui conduisait la tète des troupes ennemies , le trouvant dans cette situation , lui témoigna des regrets et de la pitié : Ne me plaignez point , lui cria ce brave chevalier ; Je meurt comme un homme d'honneur, en faisant mon devoir : il faut plaindre ceux qui combattent contre leur roi , leur patrie et leur serment. Le marquis de Pescaire , qui passa en même temps par cet endroit, témoigna aussi son admiration pour les vertus de Bayard, et ses regrets sur sa perte, avec toute la sensibilité d'un ennemi généreux ; maê voyant qu'on ne pouvait sans danger le transporter du lieu où il était, il y fit dresser une tente , et y laissa des personnes chargées de prendre soin de ce grand homme. Leurs soins ne purent le sauver : il mourut,

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comme étaient morts ses ancêtres depuis plusieurs générations , sur le champ de bataille. Pescaire fit embaumer son corps et l'envoya è ses parents. Tel était le respect qu'on avait dans ce siècle pour le mérite militaire , que le duc de Savoie ordonna qu'on rendit au corps de Bayard les honneurs qu'on rend aux rois dans toutes les villes de ses États où il passa ; et dans le Dauphiné, la patrie de ce héros, le peuple de tout état et de tout rang alla en grande procession au-devant de son corps1.

Bonnivet ramena les débris de son armée en France , et dans une courte campagne , François se vit dépouillé de tout ce qu'il possédait en Italie, où il n'avait pas un seul allié.

Tandis que la guerre allumée par la rivalité de Charles et de François embrasait tant de contrées de l'Europe , l'Allemagne jouissait d'une paix profonde, très-favorable à la réforme, qui continuait de faire de nouveaux progrès. Pendant la retraite de Luther dans le château de Wartbourg, Garlostadt , un de ses disciples , animé du même zèle que son mattre , mais moins prudent et moins modéré , s'était mis à répandre parmi le bas peuple des opinions aussi extravagantes que dangereuses. Encouragée par ses exhortations , la populace se souleva dans plusieurs villages de la Saxe, courut avec fureur dans les églises , abattit et brisa les images dont elles étaient décorées. Ces désordres et ces violences étaient si opposés à toutes les maximes du prudent électeur, que si on ne les eût pas promptement réprimés, ils auraient suffi pour détacher du parti des réformateurs un prince jaloux de son autorité, et qui craignait d'offenser l'empereur et les autres protecteurs des opinions anciennes. Luther, qui sentait ce danger , quitta sur-le-champ sa retraite , sans attendre la permission de Frédéric , et retourna à Wittemberg. Heureusement pour la réforme , la vénération qu'on avait pour sa personne et pour son autorité était encore si grande que sa seule présence étouffa cet esprit de fanatisme qui commençait à gagner son parti. Garlostadt et ses sectateurs, déconcertés par ses réprimandes, restèrent muets, et déclarèrent que ce n'était pas la voix d'un homme qu'ils avaient entendue, mais celle d'un ange.

Avant cette Époque où Luther quitta sa retraite , il avait déjà

1 Bellefor., tpttre, p. 73. Mém. de du Bellay, p. 75. OBuv. de Bfanl., tome VI, p. 100, etc. Ptiquier, Recherchés, p. BSMS.

lft HISTOIRE M CHJJLUMgTIirr.

cemmeucé a traduire la Bible en langue allemande* entreprise difficile qu'importante, qu'il était extrêmement jateu& 4e coadsire i sa fin, et il avait toutes ta qualités nécessaires pour y léuitir . Arec une teinture suffisante des langues orientales et une grande cm* sa*ce du style et des sentiments des écrivains inspirés 9 il passait four papséder parfaitement sa langue naturelle , et il s'y exprimait eaefct avec toute la pureté et toute l'élégance dont elle était susceptible, quoique ses compositions latines fussent d'un style dur et barbue, i lerce d'application et d'assiduité 9 aidé du secours de Nélmottae! d* plusieurs autres de «es disciples, il finit une partie duNouweaaTtttament dans Tannée 1524 ; la publication de cette version fut pte f uaerte à l'Église de Rome que tous les autres ouvrage» de Lnfther. Bile fut lue par tes personnes de tout rang avec mie avidité et iw attention extraordinaire. On était étonné de découvrir combien ta préceptes de l'auteur de notre religion étaient contraires soi doctrines de ceux qui prétendaient être ses vicaires ; et, comme os imf dans l'Évangile la règle de la foi, tous se crurent en état d'ea faire l'application , de juger par eux-mêmes des opinions étabUei, dde déterminer quand dte» étaient conformes è la règle, ou qaead *■ s'en écartaient. Les grands avantages que produisit cette vasioo * Luther encouragèrent les défenseurs de la réforme à suim *■ egempte dans les autres contrées de l'Europe, et à publier ea iingtf vulgaire des versions de l'Écriture.

Vers ce même temps, Nuremberg, Francfort, Hambourg etptosteum autres villes d'Allemagne du premier ordre embrassèrent ouvertement la religion réformée» et abolirent» avec l'autoritédu magttd» la messe et d'autres cérémonies de l'Église romaine '. L'électeur* Brandebourg, tes ducs de Brunswick et de Lunebourg , et le pi** d'Anhalt 9 se déclarèrent tes protecteurs de la doctrine de Luther , d la firent prêcher dans leurs États.

La cour de Aome fut vivement alarmée de cette déCsete qa croissait chaque jour , et le praaier soin d'Adrien , à son arrivée» Italie, avait été de délibérer avec les cardinaux sur tes mojo* il remédier. Ce pape était profondément versé dans la théologie*** tiqw, et, comme c'était par cette aorte da mérite qu'il «tétait distingué de bonne heure , il avait toujours conservé pour une science

1 Seckend., p. 241. Chytrœus, Omtin. KrmilTii.

uvbe ni (1524). 167

à qui il devait la réfutation et les «uccès de «a vie , tant de zèle et d'enthousiasme , qu'il ne mettait presque point de différence entre le bknphème et les invectives de Luther contre les scolastiques , et en particulier contre Thomas d'Aquin. Toutes les opinions de ce docteur paraissaient au pontife ai claires et si incontestables , qu'il fallait, selon lui, être aveuglé par une ignorance grossière, ou résister au sens intime de sa propre conviction, pour en douter ou pour les (contredire ; enfin il n'y eut jamais de pape plus superstitieusement attaché à tous les points de doctrine, et plus inflexible sur cet article : it les défendait, non pas seulement comme Léon X, parce que c'était la doctrine ancienne, et qu'il était dangereux pour l'Église de souffrir des innovations ; il les soutenait encore avec tout le zèle d'un théologien et toute l'opiniâtreté d'un champion de l'école. D'un autre côté, comme ses mœurs étaient extrêmement simples, et qu'il était exempt de tous les vices qui régnaient à la cour de Rome, il sentait, comme les réformateurs mêmes, et voyait avec autant d'indignation qu'eux, la corruption qui s'y était introduite. Le bref qu'il adressa à la diète de l'empire assemblée à Nuremberg, et les instructions qu'il donna à Cheregato, qu'il y avait envoyé en qualité de légat, étaient dictées par ces mêmes dispositions. D'un côté , il condamnait les opinions de Luther avec plus d'âpreté et d'aigreur que ne l'avait fait Léon X ; il réprimandait sévèrement les princes d'Allemagne de ce qu'ils avaient souffert que ce novateur semât ses dogmes pernicieux, en négligeant de faire exécuter redit porté à la diète de Worms, et leur enjoignait, si Luther n'abjurait pas sur-le-champ ses erreurs , de le détruire par le feu comme un membre gangrené et incurable, ainsi que Dathan et Abiron avaient été exterminés par Moïse , Ananias et Saphira par les apôtres, Jean Hus et Jérôme de Prague par les princes leurs anoêtres1. D'un autre côté, il avouait avec la plus grande ingénuité et dam les termes les plus positifs, que les désordres de la cour de Rome étaient la source d'où étaient sortis tous les maux que souffrait ou redoutait l'Église ; il promettait d'employer toute son autorité pour réformer les abus, avec toute la promptitude que permettait la nature de ces désordres invétérés, et il exhortait les princes à l'aider de leurs conseils sur les moyens les plus propres à étouffer l'hérésie qui était

née au milieu d'eux. Les membres de la diète, après avpir loué le pape de son zèle et de

1 Fa$ck. mer. expet, etfugimd., p. 342.

168 HISTOIRE DB CHABUS-QGIHT.

la piété de ses vues, s'excusèrent de n'avoir pas fait exécuter l'édit de Worms, sur la multiplication prodigieuse des sectateurs de Luther et sur l'aversion que les vexations innombrables de la cour de Rome avaient inspirée pour elle au reste de leurs sujets , raisons qui rendaient l'exécution de redit non-seulement dangereuse , mais impossible. Ils assurèrent qu'il était temps de prendre des nouvelles et plus efficaces pour satisfaire l'Allemagne sur ses griefs, qui n'étaient pas fondés sur des torts imaginaires , mais sur des exactions trop réelles et devenues intolérables, comme le pape pourrait s'en convaincre par la lecture de la liste qu'ils se proposaient de mettre sous ses yeux. Suivant eux, le seul remède qui pût être proportionné à la grandeur du mal , et qui leur donnât quelque espérance de toit l'Église reprendre son ancienne vigueur et s'affermir sur une base solide, c'était un concile général. En conséquence ils lui conseillaient d'obtenir le consentement de l'empereur, et d'assembler sans délai le concile dans une des villes principales de l'Allemagne , afin que tons ceux qui avaient droit d'y assister pussent délibérer en sûreté, et proposer leurs avis avec toute la liberté qu'exigeait le danger pressant où se trouvait la religion *•

Le nonce, plus adroit que son maître et plus instruit des vues et des intérêts politiques de la cour de Rome, fut vivement ému à cette proposition de convoquer un concile ; il sentit aisément combien il serait dangereux de le faire dans un temps où plusieurs désavouaient hautement l'autorité du pape, et où tous commençaient à la respecter moins, et à refuser de s'y soumettre. Il employa donc tout ce qu'il avait d'adresse à engager les membres de la diète à poursuivre avec plus de rigueur l'hérésie de Luther, et à abandonner la proposition d'assembler en Allemagne un concile général; mais comme ils voyaient bien que le nonce était beaucoup plus jaloux de ménager les intérêts de la cour de Rome que de conserver la tranquillité de l'empire et la pureté de l'Église , ils restèrent inflexibles et continuerait à préparer la liste de leurs griefs pour la faire présenter au pape *. Le nonce, craignant d'être chargé d'une commission si désagréable , et ne voulant pas porter à sa cour une remontrance qui ne manquerait pas de lui déplaire, sortit brusquement de Nuremberg sans prendre congé *le la diète *.

1 Fatek. rtr. txprt. « fttgimd., p. 316.

• ma., p. 819. — • /tu., p. aie»

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Aussitôt les princes séculiers dressèrent cette liste, si fameuse dans les annales d'Allemagne, contenant cent objets de plaintes, sur autant d'abus qu'ils attribuaient à la tyrannie de la cour de Rome. Les princes ecclésiastiques se contentèrent de ne mettre aucune opposition à cette démarche , mais ils crurent qu'il ne leur convenait pas d'y accéder. Ces plaintes étaient pour la plupart une répétition des articles de la liste qui fut dressée sous le règne de Rfaximilien. 11 serait trop long d'en faire une énumération détaillée. On s'y plaignait des sommes exigées pour les dispenses , les absolutions et les indulgences ; des frais qu'entraînaient les procédures portées à Rome ; des abus innombrables produits par les réserves , les commandes et les annates ; du privilège de se soustraire à la juridiction séculière qu'avait obtenu le clergé , de tous les artiOces qu'employaient les juges ecclésiastiques pour attirer à eux la connaissance des causes civiles, des mœurs indécentes et scandaleuses d'un grand nombre d'ecclésiastiques, et de plusieurs désordres particuliers, dont la plupart ont déjà été rapportés au nombre des circonstances qui favorisèrent le succès et la propagation rapide des opinions de Luther. Les princes terminaient cette liste par déclarer que , si le saintaiége ne se hâtait de les délivrer de ces fardeaux intolérables, ils étaient déterminés à ne pas s'y soumettre plus longtemps , et à employer tout le pouvoir et toute l'autorité que Dieu avait mis entre leurs mains pour s'en affranchir *.

Au lieu des rigoureuses poursuites que le nonce avait sollicitées contre Luther et ses sectateurs, la résolution ou le recez de la diète contenait seulement une injonction générale à tous les ordres de l'empire d'attendre paisiblement les décisions du concile général qu'on devait convoquer, et jusqu'à ce temps de ne publier aucune opinion nouvelle contraire aux dogmes reçus dans l'Église ; et l'on avertissait les prédicateurs de s'abstenir de traiter aucun point de controverse dans leurs discours publics , et de se borner à une exposition simple et instructive des vérités de la religion * .

Les réformateurs tirèrent de grands avantages de ces actes de la diète : ils y trouvaient la preuve la plus complète et la plus authentique de l'énorme corruption qui s'était établie à la cour de Rome et des charges insupportables dont le clergé opprimait l'empire; ils avaient une preuve du premier article , dans. le témoignage du pape

1 Fascic. rer. «cpef. ef fugimd., p. 304. * Ibid., page 218.

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même, qui recopmiwMt que leurs invective* et ta» aranti* n'étaient ni calomnieuses ni injuste*. A l'égard du second, cttûttt te* représentants même* du corps germanique, dan* une smNit où il s'en fallait de beaucoup que le* protecteur* de la nounUete triue tussent te plu* nombreux et les plus puissante, qui avstatm au «ombre de* principaux &*eb <** l'empire les pratique* 4c régie romaine qu'attaquaient tous les jours Luther et sa* difcipta. iw, dans tous les écrit* de controverse qu'ils puhlièrentdapuisotftsépw ils en appelèrent souvent à la déclaration expresse d'Adriee etw cent #rie£*de la diète pour appuyer tout ce qu'ils avançaient m b dérèglements ou sur te* rapines et l'insatiable ambition de Js cosri ttome,

A Rome on regarda b conduite d'Adrien comme une pwaveiTw extrême imprudence et d'une simplicité puérile. Qesbomaife «ai au milieu des artifices et de la corruption de la cour de* ppM accoutumés à prendre pour règle de leurs actions non la jmtto» •* leur intérêt , furent étonnés de voir un pontife qui , s'écartut ta prudentes maximes de ses prédécesseurs » avouait ingénmswt ** désordses qu'il devait cacher, et qui» sans égard à ce qu'il demi» sa dignité, demandait conseil à ceu* mêmes à qui il aurait «Wtoos des ordres- Us craignaient que, par cette franchise si pan yoMqw» au lieu de rappeler les ennemis de l'Église dans ton sein«ili*to rendtt pbis pcfeomptueu*, et que, loin d'étouffer l'hérésie, il s'éta* lit tesfoodementsde la puissance des pape*, et ne fit tarir kl F»* pales source* des revenu* du clergé*. Ce fut par cette misse** s'opposèrent adroitement à tous ta plais «de aêEssme que VW* Admet, et qu'A force de mrtiptter ta ob)eo*k*»«et tadMmttM tâchèrent d'en «empêcher ou d'en retarder t'esécuttai. èMm *■ prie,4'un*6té, de l'obstination des luthériens , de l%utn, f*w*** «mœurs et des msTimra italieaoes, gémit sauvant sur sesitostios,* regretta le temps de sa vie où, simple doyen de Lowmtn, il**» «ait plus lieuaeu* dans un poste moins élevé* «où fou attflBMtl® de lui, et où rien ne pouvait arrêter l'effet de ses benne* ratesti^1

dément VII, son successeur, fut autant au-dessus de lui to W de gouverner, qu'il lui était inférieur du celé de la puretèita ■***

' Fra-Paolo, Hist. deî Concil, p. 28. Fattivfc., Biêt^m***- * Jovius, Viia Adr., p. 118.

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et 4e kt droibne des nteutioas. il anût noD-aaidemeiit, otrame tous tes papes , une répugnance extrême pour la con» ocation d'un conçue; mais comme a n'avait assuré son élection que par des moyens taàs-peu canoniques , il redoutait une assemblée qui aurait le droit de la aramettre à «in examen dont le résultat pouvait lai étire funeste. Il résolut donc, pour sortir de l'embarras ou l'avait jeté l'imprudence <et la maladresse de son prédécesseur, d'éluder par toutes sortes de moyens les demandes des Allemands, tant sur la convocation d'un concile que sur la réforme des abus de la cour de Rome. Dans cette vue , il fit choix du cardinal Gampege , homme très-adroit , que les papes avaient déjà chargé de plusieurs négociations importantes , et il l'envoya en qualité de nonce à la diète de l'empire assemblée de nouveau. à Nuremberg.

Campege, sans faire mention de ce qui s'était passé à la diète précédente, fit un long discours où il exhorta l'assemblée à exécuter avec vigueur l'édit de Worms, comme le seul moyen d'extirper l'hérésie de Luther. La diète répondit qu'elle voulait savoir auparavant les intentions du pape sur la proposition d'un concile, et sur les cent griefs qu'elle avait exposés. Le nonce tâcha d'éluder le premier article, en déclarant d'une manière vague et générale que l'intention du pape était de prendre les mesures qui seraient les plus avantageuses au bien de l'Église : quant au second point , comme la liste des cent griefs n'était arrivée à Rome qu'après la mort d'Adrien , et qu'ainsi elle n'avait point été présentée dans les formes au pape actuel, Campege se prévalut de cette circonstance pour éviter de faire au nom de son maître une réponse positive sur cet objet : il observa pourtant que cette liste contenait plusieurs articles aussi peu soumis que peu décents» et que la diète , en publiant cette liste de sa propre autorité , avait manqué ouvertement au respect dû au saint-siége. 11 finit par demander encore qu'on procédât avec rigueur contre Luther et ses adhérents ; mais, quoiqu'il fût vivement secondé par l'ambassadeur de l'empereur qui, dans ce temps-là, s'empressait de flatter le pape, et qui fit beaucoup de protestations sur le zèle de son maître pour l'honneur et la dignité du saint-siége, le recez de la diète fut conçu presque dans les mêmes termes que celui de la précédente, et l'on n'y ajouta aucune déclaration plus sévère contre Luther et son parti * .

1 Seckend., p.236. Sleid., Mil., p. 66,

lit HIST01M DE CHABUfrWIKT.

Avant de quitter Y Allemagne, Campege, dans la vue d'éblouir et de gagner le peuple, publia certains règlements pour réformer qodtjues désordres et quelques abus qui dominaient parmi le bas clergé; «nais cette légère réforme, qui était bien éloignée de répondre. an désir des luthériens et aux demandes de la diète, ne satisfit personne, -et produisit très-peu d'effet. Le nonce , d'une main timide , élagua quelques branches : les Allemands voulaient qu'on frappât un coup plus ferme et qu'on attaquât le mal jusque dans les racines de l'arbre * .

1 Seckend., p. m

Livra iv (1524). 173

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