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Tannée impériale l'avaient rendue presque égale en nombre à l'armée française, considérablement diminuée par l'absence du corps du duc d'Albanie, et affaiblie encore par les fatigues d'un long siège et par la rigueur de la saison. Mais plus le nombre des impériaux augmentait, plus ils sentaient la disette d'argent : loin d'avoir assez de fonds pour fournir à une armée si nombreuse, ib avaient à peine de quoi payer les frais du transport de l'artillerie , des munitions et des vivres. L'habileté des généraux suppléa à tout. Par leur propre exemple, et par les magnifiques promesses qu'ils firent au nom de l'empereur, ils vinrent à bout de déterminer les troupes des différentes nations qui composaient leur armée à se mettre en marche sans recevoir de solde, ils s'engagèrent à les mener droit à l'ennemi, et les flattèrent de l'espoir d'une victoire certaine qui leur offrait, dans les riches dépouilles de l'armée française, une ample récompense de tous leurs services. Les soldats sentirent qu'en quittant l'armée ils perdaient les arrérages considérables qui leur étaient dus ; et empressés de s'emparer des trésors qu'on leur promettait, ils demandèrent la bataille avec toute l'impatience d'aventuriers qui ne combattent que pour le butin f .
Les généraux de l'empereur ne s'exposèrent pas à laisser refroidir l'ardeur de leurs troupes, et marchèrent aussitôt vers le camp des Français. A la première nouvelle de leur approche, François assembla un conseil de guerre pour délibérer sur ce qu'il y avait à faire. Ses officiers les plus expérimentés étaient d'avis qu'il se retirât, et qu'il évitât une bataille contre un ennemi qui ne la cherchait que par désespoir. Ils observaient que les généraux de l'armée impériale seraient dans quelques semaines obligés de licencier des troupes qu'ils ne pouvaient payer, et qu'ils ne contenaient que par l'espérance prochaine du pillage ; ou bien que les soldats , irrités de ne pas voir l'effet des promesses auxquelles ils s'étaient fiés, exciteraient quelque soulèvement qui ne laisserait à leurs chefs que le loisir de songer à leur propre sûreté. Enfin ils conseillaient à leur souverain de se retrancher dans quelque poste bien fortifié, et d'y attendre tranquillement l'arrivée des troupes fraîches qui devaient venir de France et de Suisse, parce qu'alors il pourrait, sans danger et sans effusion de sang, s'em-
1 Eryci Pcutcani, Ht*, cisalpina, op. Grœrii Thés. cmiiquU. Ual., roi. III» p. 1170, 1179.
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parer de tout fe Milanais avant la fin du printemps ; mafe Bounivet se trouva (f un avis contraire : ce fat sa destinée de donner pendant toute la campagne des conseils funestes à la France. II représenta te honte dont se couvrirait le roi s'il abandonnait un siège qu'il avait continué si longtemps, ou s'il fuyait devant un ennemi dont kg troupes étaient moins nombreuses que les siennes; il insista sur fe nécessité d'accepter la bataille, plutôt que d'abandonner une enfer* prise dont le succès déciderait de la renommée et de la gforre de son maître. Malheureusement, François poussait les idées die Phonneor à un excès de délicatesse un peu romanesque. Comme il avait souvent répété qu'il prendrait Pavie ou qu'il périrait au pied de ses mors, II «* t se crut engagé à soutenir cette résolution ; et, plutôt que de manquer
à ce vain point d'honneur, il sacrifia tous les avantages que lui assurait une retraite prudente, et prit le parti d'attendre les impériaux sous les murs de Pavie f .
Les généraux ennemis trouvèrent les Français si bien fortifie* dans leur camp, que, malgré toutes les raisons qu'ils avaient pour attaquer sans délai, ils balancèrent longtemps : mais l'extrémité oè les assiégés étaient réduits, et les murmures de leurs soldats, les obligèrent à courir le hasard d'une bataille. Jamais deux armées n'engagèrent une action avec plus de fureur ; jamais on ne sentit plus vivement, des deux côtés, les conséquences de la victoire ou de la défaite1 ; jamais les combattants ne furent puis animés par Témulaffbii, par l'antipathie nationale, par le ressentiment mutuel, et par toutes ks passons qui peuvent porter la bravoure jusqu'à son jrtus tarot degrf. D*un côté un jeune monarque plein de valeur, secondé d'une nobles» généreuse, et suivi de sujets dont l'impétuosité naturelle s'accroissait encore par l'indignation que leur inspirait la résistance, combattaient pour la victoire et pour l'honneur. De Taufre, des troupes mieux disciplinées, conduites par des généraux plus habiles, combattaient par néceœité, avec un courage exalté par le désespoir. Les impériaux ne purent cependant résister au premier effort d'e te valeur ftan- % çaise, et leurs plus fermes bataillons commencèrent h plier ; mais h fortune changea bientôt de face. Les Suisses qui servaient dans Farinée de France, oubliant la réputation que leur nation s'était acquise par sa fidélité et par sa bravoure, abandonnèrent lâchement leur
1 Guich., liv. xv, p. 291.
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poste. De LAte it ose sortie avec sa garnison, et, dans le fort du combat, attaqua l'arrière-garde des Français avec tant de furie, qu'il ta mît en désordre ; Pescaire tombant en même temps sur la cavalerie française avec sa cavalerie allemande, qu'il avait habilement entremêlée (Ton grand nombre dé fantassins espagnols , armés de pesants mousquets dont on 9e servait alors, rompit ce corps formidable par une nouvelle méthode d'attaque à laquelle les Français ne s'attendaient point, La déroute devint générale ; il n'y avait presque plut de résistance qu'à l'endroit oà était le rot, et il ne combattait plus pour l'honneur ou pour la victoire, mais pour sa propre sûreté « Affaibli par plusieurs blessures qu'il avait déjà reçues, et jeté à bas de son cheval qui avait été tué sous lui, il se défendait encore à pied avec un courage héroïque. Plusieurs de ses plus braves officiers s'étaient rassemblés autour de lui, et, faisant des effort» incroyables povr sauver la vie de leur roi aux dépens de la leur , ib tombaient successivement à ses pieds. De ce nombre Ait Bonnivet, l'auteur de cette grande calamité, et te «eu* dont la mort ne fut point regrettée. Le roi , épuisé de fatigue, ne pouvant plu» se défendre, se trouva presque seul, exposé à toute la fureur de quelques soldats espagnols, qu'irritait la résistance obstinée de ce guerrier, dont le rang leur était inconnu. Dans ce moment arriva Poméprant , gentilhomme français, qui était entré avec Bourbon au service de l'empereur, et qui, se plaçant à côté du monarque contre lequel il s'était révolté, le protégea contre la violence des soldats, en le conjurant en même temps de se rendre- au duc de Bourbon, qui n'était paa éloigné. Matgré le danger pressant qui environnait François de toutes parts* il rejeta avée indignation l'idée d'une action* qui aurait été un objet de triomphe pour uit sujet rebelle; mai» ayant aperçu Laonoy qui, par hasard, se trouva près de lui, il l'appela et lui rendit son épée. Laimoy, se prosternant pour baiser la main du roi, reçut son épée avec un profond respect, et tirant la sienne, il la lui présenta en lui disant qu'il ne convenait pas à un si grand monarque de rester désarmé en présence d'un sujet de l'empereur * ♦
Dix mille hommes perdirent la vie dans cette bataille, Tune des plus fatales, que la France eût jamais essuyées* Il y périt la plus
1 Guich., Ht. xv, p. 292. GEuv. de Brant., vol. VI, p. 355. Mém. de du Bellay* p. 90. Sandov., But., T, p. 038, etc. P. Mart., Ep., 805, 810. Ruscelli, Lett. d* priMip*, B, p» 7* OTo»> VU*d*Gârrl. J*.
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grande partie de la noblesse française, qui avait préféré la mort A une fuite honteuse. Il y eut aussi un grand nombre de prisonniers; et le plus illustre d'entre eux, après François, était Henri d'Albret, cet infortuné roi de Navarre. Un petit corps de l'arrière - garde s'échappa sous la conduite du duc d'Alençon. A la nouvelle de cette défaite, la faible garnison de Milan se retira par une autre route, avant même d'être poursuivie, et quinze jours après la bataille il ne restait pas un seul Français en Italie.
Lannoy traitait François avec toutes les marques d'honneur dues k son rang et à son caractère; mais il le gardait eu même temps avec l'attention la plus exacte. Non-seulement il prenait toutes les mesures nécessaires pour lui ôter tout moyen de s'échapper, il craignait encore que ses propres soldats ne se saisissent de la personne du roi et ne le gardassent comme un gage de ce qui leur était dû. Pour prévenir ces deux dangers, dès le lendemain de la bataille, il conduisît François au château de Pizzighitone, près de Crémone, et le mit sois la garde de don Ferdinand Alarçon, général de l'infanterie espagnole, qui, au plus grand courage et aux sentiments d'honneur les plus délicats, joignait cette vigilance sévère et scrupuleuse qu'exigeait un si précieux dépôt.
Cependant François, qui jugeait de l'âme de Charles par la sienne, désirait impatiemment qu'il fût informé de sa situation, ne doutant pas que, par générosité ou par une noble compassion, l'empereur ne lui rendit bientôt la liberté. Les généraux de l'empereur n'étaient pas moins impatients d'envoyer à leur maître des nouvelles de la grande victoire qu'ils venaient de remporter, et de recevoir ses ordres sur la conduite qu'ils devaient tenir. Comme, dans cette saison, la Yoie la plus prompte et la plus sûre pour porter des nouvelles en Espagne était par terre, François donna au commandeur Pennalosa. qui était chargé des dépêches de Lannoy, un passeport pour traverser la France.
Charles reçut la nouvelle inattendue du succès signalé qui venait de couronner ses armes avec une modération qui lui eût fait plus d'honneur que la plus grande victoire, si elle eût été sincère. Sans proférer un seul mot qui décelât ni un sentiment d'orgueil ni une joie immodérée, il alla sur-le-champ à sa chapelle, et, après avoir employé une heure entière à rendre au ciel ses actions de grâces, il revint à sa chambre d'audience qu'il trouva remplie de grands d'JEs-