‹ Histoire de l'Empereur Charles-QuintChapitre 47 sur 56 · livre iv · texte numérisé non relu

livre iv

pagne et d'ambassadeurs étrangers, assemblés pour le complimenter. Il reçut leurs compliments d'un air modeste; il plaignit l'infortune du roi prisonnier, et le cita comme un exemple frappant des revers auxquels sont exposés les plus puissants monarques; il défendit toutes réjouissances publiques comme indécentes dans une guerre entre chrétiens, et dit qu'il fallait les réserver pour la première victoire qu'il aurait le bonheur de remporter sur les infidèles ; il parut enfin ne s'applaudir de l'avantagé qu'il avait obtenu que parce qu'il se trouverait par là en état de rendre la paix à la chrétienté l .

Cependant Charles formait déjà au fond de son cœur des projets qui s'accordaient mal avec les dehors de cette modération affectée. L'ambition, plutôt que la générosité, était sa passion dominante, et la victoire de Pavie présentait à son imagination une perspective de succès trop brillante et trop vaste pour qu'il pût résister à sou attrait. Mais comme il sentait toute la difficulté d'exécuter les vastes desseins qu'il méditait, il crut nécessaire d'affecter la plus grande modération pendant le temps qu'il emploierait à faire ses préparatifs, espérant couvrir sous ce voile trompeur ses véritables intentions, et les dérober à la vue des autres princes de l'Europe.

Cependant la France était plongée dans la plus grande consternation. Le roi avait envoyé lui-même la nouvelle de sa défaite dans une lettre que Fennalosa rendit à sa mère , et qui ne contenait que ces mots : « Madame, tout est perdu, fors l'honneur. » Ceux qui avaient échappé firent à leur retour un détail si touchant de toutes les circonstances de cette fatale journée, que tous les ordres de l'État en furent également affectés. La France, privée de son roi, sans argent dans ses coffres „sans armée , sans officiers , en état de commander, assiégée de tous côtés par un ennemi actif et victorieux, se crut à la veille de sa ruine entière ; mais, pour cette fois, les grandes qualités de la régente sauvèrent ce royaume dont elle avait tant de fois exposé le salut par la violence de ses passions. Au lieu de se livrer à la douleur naturelle à une mère si célèbre par sa tendresse pour son fils, elle montra toute la prévoyance et déploya toute l'activité d'un grand politique. Elle recueillit les débris de l'armée d'Italie, paya la rançon des prisonniers et les arrérages de leur solde, et les mit en état de rentrer en campagne. Elle leva de nouvelles troupes, pourvut è la sûreté des frontières, et sut se procurer des sommes suffisante*

1 Sandov., m st., vol. I, 651. Ulloa, Vida d$ Cari. V, p. 110.

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pour ces dépenses extraordinaires. Elle s'appliqua surtout à calmer k ressentiment et à gagner l'amitié du roi d'Angleterre, et ce fut de ce côté que le premier rayon d'espérance vint ranimer le courage des Français.

Henri, formant successivement des alliances avec Charles outra François, avait rarement suivi un plan de politique régaliarettf» cérté : il se laissait ordinairement entraîner du côté où le puai l'impulsion des passions du moment ; cependant il arriva des éléments qui réveillèrent son attention sur cet équilibre de popv qu'il était nécessaire de maintenir entre les deux puissances beKprantes; et il avait toujours eu la prétention de regarder comme ai objet particulier le soin de maintenir cet équilibre. Son union* l'empereur lui avait fait espérer de trouver bientôt* une oecata favorable de rentrer dans quelques portions de terres de France p avaient appartenu à ses prédécesseurs» et l'appât de cette cooptr l'avait aisément déterminé à aider Charles k prendre la supériorité» François. Cependant il n'avait jamais prévu un événement m décisif et aussi fatal à la France que la victoire de Pavie , qui lui prt non-seulement avoir désarmé, mais avoir même entièrement aatab la puissance d'un des rivaux. L'idée de la révolution complète d subite que cet événement allait occasionner dans le système pûfittyfe lui donna de vives inquiétudes. Il vit l'Eurdpe en danger de dems» la proie d'un priqee ambitieux, dont rien n'était plus caphte dr balancer la puissance. En qualité d'allié, il pouvait bien espérera admis à partager une partie des dépouilles du roi captif; mais il W aisé de sentir que, dans la manière de faire ce partage, comme da* l'assurance de conserver son lot, il dépendrait absolument de b volonté d'un allié , dont les fonces se trouveraient alors bien 9f rieures aux siennes. Il prévit que s'il laissait Charles ajouter eoeff une portion considérable du royaume de France aux vastes B# dont il était déjà mattre, ce serait un voisin beaucoup ptasredouti* pour l'Angleterre que le? anciens rois de France ne l'avaieBt éié ; p qu'en même temps la balance du continent, dont l'équilibre faisait* sûreté et le crédit de l'Angleterre, serait tout à fait renversée. l> térèt qu'il prenait à la situation de l'infortuné François vint fort* encore toutes ces considérations politiques ; la bravoure avec ty** ce roi s'était comporté à la bataille de Pavie inspirait à Besn » sentiments d'admiration qui ne pouvaient manquer d'augmenter*

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