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pitié ; et Henri, naturellement susceptible de sentiments générera, était jaloux de la gloire de se montrer ans yeui de l'Europe comme le libérateur d'un ennemi vaincs Les passions du ministre anglais secondèrent les inclinations du monarque. Wolsey, qui avait vu ses prétentions à la tiare frustrées dans deux élections consécutives, et qui en rejetait particulièrement la faute sur l'empereur, saisit avec empressement une occasion de s'en venger. Louise, de son côté, recherchait l'amitié du roi d'Angleterre avec une soumission qui flattait également ce prince et sou ministre : Henri lui donna en secret sa parole qu'il ne prêterait point son secours pour opprimer la France dans Fêtât malheureux où elle était réduite ; mais il exigea en même temps de la régente qu'elle ne consentirait jamais à démembrer son royaume, même pour procurer la liberté à son fils 4.
Cependant, comme les liaisons de Henri avec Charles l'obligeaient à se conduire de manière à sauver les apparences, il fit faire dans ses États des réjouissances publiques pour le succès des armes de l'empereur ; et, comme s'il eût été impatient de saisir l'occasion présente de compléter la destruction de la monarchie française, il envoya des ambassadeurs à Madrid pour complimenter Charles sur sa victoire, et lui rappeler qu'en qualité de son allié, et comme intéressé dans cette cause commune, il avait droit d'en partager les fruits ; il demandait en conséquence qu'en vertu des conventions de leur traité, Charles envahit la Guienne avec une forte armée et le mtt en possession de cette province. En même temps il offrait d'envoyer la princesse Marie en Espagne ou dans les Pays-Bas, pour être élevée sous la direction de l'empereur, jusqu'à la conclusion du mariage qui avait été arrêté ; et , en retour de eette marque de confiance, il demandait qu'on lui remtt François, en vertu du traité de Bruges, par lequel chacwae des parties contractantes s'était engagée à remettre tout usurpateur dans les mains de celui dont il aurait blessé les droits. Henri ne pouvait pas sérieusement espérer que l'empereur écouterait des propositions si extravagantes, qu'il n'était ni de son intérêt, ni même en son pouvoir d'accorder ; il paraît même que Henri ne les fit que pour avoir on prétexte honnête de prendre avec la France les engagements que pourraient exiger les circonstances * .
C'était surtout dans les différents États d'Italie que la victoire de
* Mém. de du Bellay, p. 94, Guich., liv. xvi, p. 318. Herbert.
* Herbert, p. 64.
188 ÎIISTOIRB DE CHARLBS-QUINT.
Pavîe avait répandu les alarmes et la terreur. Cet équilibre de pouvoir dont ils faisaient la base de leur sûreté, et qui avait été constamment l'objet de toutes leurs négociations et de leur politique raffinée, se trouvait anéanti en un moment. Ils se voyaient exposés, par far situation» à ressentir les premiers les effets de la puissance sans bornes que Charles venait d'acquérir. Ils avaient remarqué dam le jenr monarque plusieurs signes d'une ambition démesurée ; et ils sentaient assez, qu'en qualité d'empereur ou de roi de Nrfples il pouvait fonw. Air différentes partie de l'Italie , des prétentions dangereuses <pl réaliserait avec facilité. Ils délibérèrent avec la plus grande inquiétude sur les moyens de lui opposer une force qui pût arrêter « progrès ' ; mais leurs résolutions, mal concertées et plus mal oé» tées encore, n'eurent aucun effet. Clément, au lieu de suivre k mesures qu'il avait prises avec les Vénitiens pour assurer la liberté* l'Italie, se laissa si fort intimider par les menaces de Lannoy, » séduire par ses promesses, qu'il flt un traité particulier , où il s'ohBgei d'avancer une somme considérable pour certains avantages qui
devait recevoir en échange. L'argent fut payé sur-le-champ; n* l'empereur refusa ensuite de ratifier le traité, et lé pape resta «pose à la honte d'avoir abandonné la cause commune pour son intéièt personnel, et au ridicule d'avoir fait une bassesse à ses dépens Quelque honteux que fût l'artifice dont on s'était servi pour tirer cette somme des mains du pape, elle se trouva fort à propos <bo$ celles du vice-roi pour le tirer d'un danger très-pressant. Aussfl après la défaite de l'armée française , les mêmes Allemands q» avaient défendu Pavie avec tant de courage et de constance crartrf que la gloire qu'ils avaient acquise et les services qu'ils venaient * rendre leur donnaient le droit d'être insolents ; las d'attendre inutilement le fruit des promesses dont on les avait amusés si longtemps. ils se rendirent mattres de la ville, résolus de la garder en leur)* session, comme gage du payement des sommes qui leur étaient duesî et le reste de l'armée montra beaucoup plus de dispositions à sente* les mutins qu'à les réprimer. Lannoy apaisa ces séditieux Allen»0* en leur distribuant l'argent du pape ; mais, quoiqu'il les eût satisla*
1 Guich, liv. xvi, p. 300. Ruscdli, Letter* de priac., 11, 74, 7», etc. H* * de THom, liy. i, ch. xi.
* Guich., liv. xvi, p. 316. Mauroceni, Hi$t. vm$t. ap. IMmchidétoco***"9 V, 131, 136.
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pour un instant, il avait peu d'espérance d'être en état de les payer régulièrement à l'avenir ; et , craignant que, dans leur mécontentement, ils ne se saisissent de la personne du roi prisonnier, il prit le parti de licencier sur-le-champ toutes les troupes, tant allemandes qu'italiennes, qui étaient au service de l'empereur 4. Ainsi, par un contraste qui doit paraître fort étrange, mais qui dérivait naturellement de la constitution de la plupart des gouvernements européens dans le seizième siècle , tandis que Charles était soupçonné par tous ses voisins de prétendre à la monarchie universelle, et qu'en effet il formait les projets les plus vastes, ses revenus étaient en même temps si bornés, qu'il ne pouvait pas entretenir une armée victorieuse qui ne montait pas à plus de vingt-quatre mille hommes.
Cependant Charles , renonçant bientôt à l'air de modération et de désintéressement qu'il avait affecté d'abord , s'occupait sans relAche des moyens de tirer les plus grands avantages possibles du malheur de son adversaire. Quelques-uns de ses conseillers l'exhortaient à traiter François avec la générosité qui convient à un monarque vainqueur, et voulaient qu'au lieu d'abuser de son infortune pour lui imposer des conditions rigoureuses, Charles lui rendit la liberté de manière à se l'attacher pour toujours par les liens de la reconnaissance et de l'amitié , liens bien plus forts et bien plus durables que ceux qu'il pourrait former par des serments extorqués et des stipulations involontaires. Peut-être que tant de générosité s'accorde mal avec la politique; c'était d'ailleurs un sentiment trop délicat pour le prince à qui on voulait l'inspirer. Le parti moins noble et moins grand , mais plus facile et plus commun , de faire tous ses efforts pour tirer parti de la captivité de François, eut la pluralité des voix au conseil , et il convenait bien mieux au caractère de l'empereur. Charles , en adoptant ce plan , ne l'exécuta pas avec adresse. Au lieu de faire un grand effort pour pénétrer dans la France avec toutes les forces de l'Espagne et des Pays-Bas ; au lieu d'écraser les États d'Italie avant qu'ils eussent le temps de se remettre de la consternation où les avait jetés le succès de ses armes, il eut recours aux finesses de l'intrigue et de la négociation ; mais il s'y détermina en partie par nécessité, en partie par caractère. Le mauvais état de ses finances le mettait presque dans l'impossibilité de faire aucun armement considérable; et, comme il n'avait jamais paru
1 Guich., lir. xvi, p. 362.
199 HISTOIHB M r.HARrjPHyJINT.
à le tète de ses armées, dont il avait toujours donné le< à ses généraux, il goûtait peu les conseils qui demandaient l'aadKed les talents d'an guerrier, et M avait plus de confiance dans futfcli négociation qu'il connaissait mieux. D'ailleurs il se laissa toopttrir par la victoire de Pavie; il parut croire qu'elle avait anéanti tort» b forces de la France et épuisé toutes ses ressources, et que ce roput allait tomber entre ses mains comme la personne du souwrm
Plein de ces idées , il résolut de mettre au plus haut prix ta litorè de François, et chargea le comte de BUbuIx de visiter de sa part ce roi dans sa prison, et de lui proposer les conditions suivantes, conae leaatule* auxquelles il pouvait être relâché. Ces conditions étifadfc rendre la Bourgogne à l'empereur, dont les ancêtres en avaieottf injustement dépouillés ; de céder la Provence et le Dauphiaé p* être érigés en un royaume indépendant qui serait donné au cuà table de Bourbon; de satisfaire le roi d'Angleterre sur toutes sop^ tentions, et enfin de renoncer à toutes celles des rois de Francs* Naples, Milan et tout autre État d'Italie. François, qpri s'était hKi que l'empereur le traiterait avec la générosité qu'un grand prince tn* droit d'attendre <f an autre , ne pot entendre ces propositions •» être transporté d'une si violente indignation, que, tirant tout à cosp son épée, il s'écria : «-Il vaudrait mieux pour un roi de mourir «s»!» Alarçon, alarmé de cette violence, saisit la main du mi, qai tecslDi bientôt, mais qui déclara , de la manière la (dus solennelle, qtf8 i* terait phi tôt prisonnier toute sa vie que d'acheter la liberté à nap* si honteux *.
Cette découverte mortifiante des intentions de l'empereur sognesb sensiblement l'impatience et le chagrin que Franco» ressentait ée» captivité : elle lui devint dès lors affreuse , et le désespoir se sert emparé de lui s'il ne se fût pas attaché à la seule idée qui pounitfc donner quelque consolation» Il se persuada que les condition* p> posées par Rœulx , ne venaient pie immédiatement de Yemfa& même , mais qu'elles avaient été dictées par la politique rigoorea* de son conseil espagnol; il espéra que, dans une entrevue avec Cktffe il avancerait plus sa délivrance que par de bogues négociation P passeraient par la médiation subalterne de ses ministras. Wç» p cette idée, qui venait de l'opinion trop favorable quW ososenaittov-
1 Mém. de du Bellay, W. Ferrer.» Hitt., IX, 43.
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jours du caractère de l'empereur, il offrit d'aller le trouver à Madrid , et consentit à servir de spectacle à une nation hautaine. Lantroy employa tout son art pour le confirmer dans ces sentiments, et concerta en secret avec lui les moyens d'exécuter sa résolution. François était si impatient de suivre un plan qui lai offrait l'espérance de sa liberté , qu'il fournit les galères nécessaires pour le voyage, Charles étant pour lors hors d'état de mettre aucune flotte en mer. Le vice* roi, sans communiquer ses intentions ni & Bourbon ni à Pescaire, conduisit son prisonnier vers Gênes , sous prétexte de le transporter à Raples par mer ; mais, dès qu'on eut mis k la voile, il ordonna aux pilotes de eingler droit en Espagne. Les vents poussèrent cette petite flotte assez près des cétea de France; l'infortuné François passa devant son royaume, vers lequel son cœur et ses regards se tournèrent mille fois avec douleur. Cependant on aborda en peu de jours h Barcelone, et bientôt après François fat logé par l'ordre de l'empereur dans F Àlcazar de Madrid , sous far garde du vigilant Alarçon 9 qui veillait toujours sur lui avec la même attention '.
Quelques jours après l'arrivée du roi de France à Madrid , où il ne tarda pas à se convaincre du peu de confiance qu'il devait avoir dans la générosité de l'empereur , Henri VIII conclut avec la régente un traité qui donna à François l'espérance de recouvrer sa liberté par une autre voie. Les demandes exagérées d'Henri avaient été reçues à Madrid avec toute l'indifférence qu'elles méritaient , et à laquelle il ^attendait sans doute lui-même. Charles , enivré de ses prospérités , avait cessé de lui faire sa cour avec ces égards et cette soumission respectueuse qui flattaient tant l'Ame hautaine de ce prince. tVolsey, au&i vain que son maître, fut vivement offensé de ce que l'empereur avait discontinué les caresses et les protestations <f amitié qu'il avait coutume de lui prodiguer. Ces légers mécontentements donnèrent un nouveau poids aux considérations que j'ai détaillées plus haut, et déterminèrent Henri à former une alliance défensive avec Louise. Tous Tes différends qui restaient à terminer entre eux furent bientôt conciliés, et le roi d'Angleterre promit tous ses soins pour tirer de captivité son ftouvel allié.
Dans le temps même où la défection d'un aHîé si puissant donnait à Charles les plus vives inquiétudes , il se tramait en Italie' une cou-
1 Bém. de du Beltay, p. 95. P. Mart., Ep., uZ*. Guich., lit. xn, p. 323.
spiration secrète, qui le menaçait d'une perte encore plus funeste. Cette conspiration était le fruit du caractère inquiet et intrigant de Moron, chancelier de Milan ; le ressentiment que ce ministre avait conçu contre les Français se trouvait apaisé par leur expulsion de l'Italie» et sa vanité n'était pas moins satisfaite de voir Sforce, dont il avait embrassé les intérêts , rétabli dans le duché de Milan. Cependant les prétextes de la cour impériale pour différer d'accorder à Sforce l'investiture de sa nouvelle souveraineté avaient longtemps alarmé Moron; on les avait répétés si souvent et avec tant d'apparence de mauvaise foi» que ce politique soupçonneux crut y voir la preuve évidente de l'intention où l'on était de dépouiller Sforce du riche duché de Milan , quoique la conquête n'en eût été faite qu'en son nom. Cependant Charles, voulant tranquilliser le pape et les Vénitiens, qui se défiaient autant de ses desseins que Moron , accorda enfin cette investiture si longtemps sollicitée ; mais ce fut avec tant de réserves et de conditions onéreuses , que le duc de Milan se trouvait plutôt le sujet de l'empereur que le vassal de l'empire, et qu'il ne lui restait guère d'autre garant de la sûreté de sa possession , que le bon plaisir d'un supérieur ambitieux. S'il arrivait que l'empereur ajoutât le Milanais h son royaume de Naples, Moron voyait dans cette réunion la ruine de la liberté de l'Italie, et la perte du pouvoir et de l'autorité dont il jouissait lui-même. Plein de ces idées , il commença à s'occuper des moyens d'affranchir l'Italie de toute domination étrangère, projet qui était , comme je l'ai déjà remarqué, l'idée favorite des politiques italiens de ce siècle , et qui fut toujours le grand objet de leur ambition. Moron pensa qu'il ne manquerait plus rien à sa renommée, si, à la gloire d'avoir été le principal instrument de l'expulsion des Français hors du Milanais , il pouvait ajouter celle d'affranchir Naples du joug des Espagnols. Son génie fertile lui présenta bientôt un plan d'exécution , hardi, à la vérité, et difficile , mais qui , par ces raisons mêmes, plut davantage à son caractère audacieux et entreprenant.
Bourbon et Pescaire avaient été également offensés de ce que Lannoy avait conduit le roi de France en Espagne sans leur participation. Le premier, craignant que les deux monarques ne conclussent en son absence quelque traité où ses intérêts se trouveraient sacrifiés, se rendit en diligence à Madrid pour prévenir ce danger. Pescaire, qui restait seul chargé du commandement de l'armée , fut obligé de demeurer en Italie ; mais, dans toutes les occasions, il laissa éclater
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son indignation contre le vice-roi , et il en parla en termes pleins de mépris et de ressentiment. Dans une lettre qu'il écrivit à l'empereur, il accusait Lannoy de s'être montré lâche dans le danger et insolent après la victoire de Pavie , à laquelle il n'avait contribué ni par sa valeur ni par sa conduite. Pescaire ne se plaignait pas avec moins d'amertume de l'empereur même , qui , selon lui , n'avait pas rendu assez de justice à son mérite , et ne l'avait pas récompensé d'une manière proportionnée à ses services. Ce fut sur les mécontentements de Pescaire que Moron fonda tout le plan de son projet. Il connaissait l'ambition démesurée du marquis , la vaste étendue de ses talents dans la paix ainsi que dans la guerre, et l'intrépidité de son âme , capable d'entreprendre et d'exécuter les projets les plus désespérés. Le voisinage de l'armée espagnole , qui était cantonnée sur les frontières du Milanais, fournit à Moron l'occasion d'avoir avec Pescaire plusieurs entrevues , où il eut soin de faire tomber la conversation sur les événements qui avaient suivi la bataille de Pavie ; et c'était un sujet que le marquis saisissait toujours avidement et traitait avec chaleur. Moron , observant avec plaisir la vivacité et la constance de son ressentiment , rappelait adroitement et aggravait toutes les circonstances qui pouvaient l'enflammer davantage. Il lui peignait avec les couleurs les plus fortes le peu d'équité et de reconnaissance qu'avait montré l'empereur en lui préférant Lannoy , et en laissant ce Flamand présomptueux disposer du roi captif, sans même consulter un général dont la bravoure et la conduite avaient valu à Charles la gloire d'avoir en son pouvoir un tel prisonnier. Lorsque Moron crut avoir suffisamment échauffé , par ses discours artificieux , le ressentiment de Pescaire , il commença à lui laisser entendre que le moment était arrivé de tirer vengeance de tant d'affronts et de s'acquérir une gloire immortelle , en délivrant son pays de l'oppression. des étrangers ; que les États d'Italie , las de porter le joug ignominieux et intolérable des barbares , étaient prêts à se réunir pour entrer dans l'indépendance ; que tous les yeux étaient fixés sur lui , comme sur le seul chef dont le génie et le bonheur pouvaient assurer le succès de cette noble entreprise ; que la facilité de l'exécuter en égalait la gloire , puisqu'il ne tenait qu'à lui de disperser dans les villages du Milanais l'infanterie espagnole , le seul corps de troupes que l'empereur eût en Italie , et que , dans une seule nuit , tous ces soldats
seraient massacrés par le peuple qui , indigné de leurs exactions et de
104 HISTOIRE 1KB CBUUUUW»Q*IKT.
leur insolence, se chargerait avec joie de eette vengeance ; qu'il pourrait alors sans obstacle prendre possession du trànedeNapksvetquela fartane semblait lai destiner eette couronne, comme la seule récompense digne du libérateur de l'Italie ; que le pape» comme susraain du royaume de Naples, dont lea papes précédents avaient disposé en mile occasions, taleu donnerait avec plaisir l'investiture ; Que les Vénitiens , les Florentins , le duc de Milan , à qui il avait oosmouqaé sut projet, seraient avec la France les garants de ses droits ; que le» NapsMtains aimeraient beaucoup mieux être gouvernés par un compatriote qu'ils admiraient et qu'ils chérissaient,, que par des étrangers dont ils baissaient la domination, et qui lea tenaient depuis si longtemps dans la servitude ; que l'empereur enfin, étonné d'un coup si inattendu, se trouverait sans troupes et sans argent et hors d'état de résister à une ligue si puissante '.
Pesoaire, frappé de la hardiesse et de détendue du projet, écoutait attentivement Moron, mais de l'air d'un homme qui médite profondément et qui est agité de sentiments divers. D'un oèté , l'infamie de trahir son souverain , qui lui avait confié le commandement suprême. de ses troupes, l'épouvantait; de l'autre» la. perspective sectorisante d'obtenir un trône 1'entratnast* Après quelques moments d'irrésolution, te parti le plus honteux prévalut dans son âme, et» comme il arrive presque toujours quand on délibère entre lvnfi3e et l'honnête , l'ambition triompha de l'honneur. Il voulut cependant donner quelque couleur k sa trahison * eu exigeant qnn l'on consottàft aaparam ont quelques savants easuistas pour savoir , « si un sujet » vaift légitimement prendre tes armas contre son souverain m » diat, pour obéir au seigneur suzerain dont le royname » relevait a La décision des théologie» et des jurisconsultes de Borne et de Mflaii fut telle qu'il l'attendait : les négociations continuèrent , et Ton parut prendre avec aaieite toutes les mesures convenables pour accélérer l'exécution de ce grand dessein.
Cependant Pescatre , ou effrayé de la perfidm qu'il allait mettae, ou peut-être désespérant du succès, commençait à et à songer aux moyens de rompre les engagements qu'il avait pris. Sforce ayant été dans le même temp» attaqué d'une nmfodîf* qn on
1 Guich., liy. xvi, p. 325. Jovius, VUa Davali, p. 417. OEuvr. dû BrwUÔ m, roi. IV, p. 171. Ruscelli, Letlere de princ, xi, 91. Hirt. de de Thov, liv. i, c. xi. P, Heuter, ter. aut tr., 11b. ix, c, ui, p. 27.
jlitrk ir (1525). fgg
crut mortelle, cette circonstance acheta de déterminer Pescaire à révéler toute la conspiration; il crut qu'il serait plus* prudent d'attendre de l'empereur le duché de Milan comme une récompense du secret qu'il liai découvrait , que de chercher à s'en emparer par un enchaînement de crimes. Cette résolution, cependant, l'entraîna ifialgré lui dans la nécessité de faire plusieurs actions qui n'étaient guère moins criminelles et moins inf&tnes. L'empereur , qui était déjà informé d'ailleurs de tonte la conspiration , parut très-satisfait de la fidélité de Pescaire, et lui ordonna de continuer pendant quelque temps ses intrigues avec le pape et Sforce afin de mieux dé* couvrir toutes leurs vues, et de pouvoir les convaincre de leur crime avec plus de certitude. Pescaire, qui se sentait coupable, et qui ne pouvait se dissimuler combien son long silence devait paraître sus* pect à Madrid , n'osa pas refuser cette odieuse commission ; et , à sa honte éternelle , il fut obligé de jouer le plus vil des rôles, celui de séduire pour trahir. Si Ton fait attention à la sagacité des hommes & qui il avait affaire , on trouvera que son rôle n'était pas moins difficile que bas ; mais il s'en acquitta avec beaucoup d'adresse , et sut tromper l'œil pénétrant de Moron même , qui , plein de confiance dans la bonne foi de Pescaire , alla lé trouver à Novare pour mettre la dernière main à leurs complots.- Pescaire le reçut dans un appartement où Antoine de Lève s'était caché derrière la tapisserie pour entendre leur entretien et servir de témoin. Moron , en sortant de la maison pour retourner chez lui , fut » à son grand étonneraent , arrêté par Lève qui le fit prisonnier au nom de l'empereur. Il fut conduit au château de Pavie ; et Pescaire , qui venait d'être son complice , eut l'audace de l'interroger comme son juge. En même temps, l'empereur déclara Sforce déchu de tous ses droits m duché de Milan, pour être entré dans une conspiration contre le souverain dont il le tenait ; et , par son ordre , Pescaire se saisit de toutes les places du Milanais-, à la réserve de Crémone et de Milan > que l'infortuné duc voulut essayer de défendre , et qui furent aussitôt bloquées par les troupes impériales *.
Quoique le mauvais succès de cette conspiration , qui tendait à dépouiller l'empereur de ses possessions d'Italie , n'eût servi qu'à étendre ces mêmes possessions , il sentit la nécessité d'en venir à un
1 Cruich., liv. xvi, p. 329. Capella, liv, y, p. 200.
196 HISTOIRE VE GHARLES-QUIlfT.
accommodement avec le roi de France , s'il ne voulait attirer sur loi toutes les forces de l'Europe , universellement alarmée des progrès de ses armes et de l'ambition insatiable qu'il tie prenait plus k peine de cacher. Jusque-là, loin de traiter François avec la générante que ce monarque méritait , à peine avait-il pour lui les égards dus à sm rang. Au lieu de montrer les sentiments d'un grand prince , il paraissait se conduire avec la finesse d'un corsaire avide qui espère, en maltraitant ses prisonniers» les forcer à payer plus cher leur rançon. Le roi était confiné dans un vieux château, sous les yeux d'une garde rigide , dout l'attention sévère et minutieuse rendait sa captivité -encore plus dure. On ne lui permettait d'autre exercice que celai de monter une mule , environné de cavaliers armés. Charles , sous prétexte qu'il ne pouvait se dispenser de se trouver aux états assemblés 1 Tolède, était allé établir sa cour en cette ville, et avait laissé passer plusieurs semaines sans voir François dans sa prison, malgré les soit citations pressantes et réitérées de ce malheureux prince. Tant d'indignités firent une impression profonde sur l'âme d'un monarque fier et sensible ; il perdit entièrement le goût de ses amusements ordinaires ; la gaieté naturelle de son caractère l'abandonna , et , après quelque temps de langueur, il fut attaqué d'une fièvre dangereuse. Dans la violence de ses accès, il ne faisait que se plaindre de la rigueur inattendue et outrageante avec laquelle on le traitait , et il répétait souvent que l'empereur aurait bientôt la satisfaction de l'avoir laissé mourir dans sa prison, sans avoir daigné le voir une seule fois. A la fin, les médecins désespérèrent de sa vie, et avertirent l'empereur qu'il ne restait d'autre moyen de le sauver que de lui accorder la demande dont son imagination s'était si vivement frappée. Charles, jaloux de conserver une vie à laquelle étaient attachés tous les avantages qu'il espérait encore retirer de la victoire de Pavie, consulta sur-le-champ ses ministres sur ce qu'il devait faire. En vain le chancelier Gartinara , celui d'entre eux qui avait le plus de lumières et d'expérience , lui représenta l'indécence qu'il y aurait à visiter François s'il n'était pas disposée lui rendre sur-le-champ la liberté à des conditions raisonnables ; en vain il lui fit sentir la honte dont il # couvrirait si l'avarice ou l'ambition seule le déterminait à donner a ce roi captif une marque d'attention et d'intérêt que la générosité et l'humanité avaient depuis si longtemps sollicitée sans succès. L'empereur, moins délicat que son ministre, et moins jaloux de cette sorte