‹ Histoire de l'Empereur Charles-QuintChapitre 49 sur 56 · livre iv · texte numérisé non relu

livre iv

de gloire , partit pour aller à Madrid voir son prisonnier. L'entrevue fut courte ; François était trop faible pour soutenir un long entre- . tien. L'empereur lui parla en termes pleins d'affection et d'estime ; il lui promit qu'il aurait bientôt sa liberté , et qu'il serait traité eu attendant avec tous les égards dus à un roi. Cette démarche de Charles lui aurait fait le plus grand honneur si les motifs en eussent été plus purs. François , dans l'état de faiblesse où il était crut aisément ses promesses ; ranimé par un rayon d'espérance , il commença dès ce moment à se rétablir, et recouvra bientôt ses forces et sa santé *.

Ce prince eut bientôt la mortification de voir qu'il avait encore une fois donné trop légèrement sa confiance à l'empereur. Charles , immédiatement après sa visite , était retourné à Tolède ; toutes les négociations étaient conduites par ses ministres, et François était gardé aussi étroitement que jamais. Une nouvelle indignité , mais des plus cruelles, mit le comble à toutes celles qu'il avait déjà essuyées. Bourbon venait alors d'arriver en Espagne. Charles , qui avait si longtemps refusé une visite au roi de France , rendit au sujet rebelle les honneurs les plus distingués. Il alla au-devant de lui hors des portes de Tolède , l'embrassa affectueusement , et , le plaçant à sa gauche , le conduisit en pompe à son appartement. Ces égards affectés pour Bourbon étaient autant d'affronts pour l'infortuné monarque, qui en fut en effet vivement touché. Une chose cependant servit un peu à le consoler ; il observa que les sentiments des Espagnols étaient bien différents de ceux de leur souverain. Cette nation généreuse détestait le crime de Bourbon ; et , malgré ses talents supérieurs et ses grands services, les nobles évitaient tout commerce avec lui. Charles ayant prié le marquis de Yillena de loger Bourbon dans son palais, pendant que la cour séjournerait à Tolède , le marquis lui répondit poliment qu'il ne pouvait point refuser à son roi ce qu'il désirait, mais il ajouta avec toute la fierté d'un Castillan , que ce prince ne devait pas être surpris s'il brûlait son palais jusqu'aux fondements dès que le connétable en serait sorti , parce qu'une maison qui avait été souillée par la présence d'un traître n'était plus digne d'être habitée par un homme d'honneur *•

L'empereur n'en parut pas moins jaloux de récompenser d'une

1 Guich., liv. xv, p. 339. Sandov., Hi$U, vol. 1, 665. 1 Guich., liv. xvi, p. 33fc

l\të HISTOIBB M CHAWÊMHfDm.

nwnièreéclaUtttelessein^ce^dc Bewrbon;idabfl éMtferteÉta* rané sur le choix de la récompense* Bourbon demandait avant tort l'aecemplifisentent de la promesse que Charles loi avait Mie deW donner en mariage sa sœur Èléenore , raine douairière deltortagil, et hit rappelait que l'honneur de cette riHance était le principal netf ^Tavait porté à se révolter contre son légitime souverain. Frwrçw, de son côté , pour prévenir cette dangereuse union > avait ofat, avant son départ d'Italie, d'épouser cette princesse» qui témigmlt bien plos de goèt pour l'afKance d'un roi puissent que peur cefc tfun sujet exilé. Ces considérations diverses jetaient dans l'âne de l'empereur beaucoup d'incertitude* difficiles à concilier. La mort pif matofée de Pëacaire, qui, à l'Âge de trente-six ans, lassait ta réputation d'avoir été un des plu» grands généraux et m des plus luMa politiques* de son siècle , arriva fort à propos pour tirer Tempera d'embarras Cette mort faisait vaquer te commandement de l'amie d-'ItaHe, ekCharies, toujours fertile en ressources, persuada à Bemta, qui n'était pas en état de résister à ses volontés, d'accepter le tiMda génémi en chef de cette armée , avec la souveraineté du (taché de Milan , confisqué sur Sforce r à condition qu'il ne songerait phi i épouser la reine de Portugal '.

Le principal obstacle qui retardait la délivrance de FWftrçofrft* la restitution de la Bourgogne. Charles ne voulait peint céder sar cet article, et déclarait qu'il ne relâcherait François qu%près<|* cette condition préliminaire serait arrêtée. François répétait ttajoaft quUl ne consentirait jamai» à démembrer son royaume ; et que, <pn*l même il oublierait lea devoirs d'un monarque au point d'y cbaseotir, le» lois fondamentale» de son royaume s'opposeraient à cedém» toement; il consentait volontiers k faire à l'empereur u*e eeriHK absolue de'toes sea droits et de tontes se» prétentions s*r l'Italie* surle*P&y»»Bas ; il promettait encore de rendre à BouriboM toute S* ternes qu'on lui avait confisquées , il renouvelait l'offre d'épouser I prluu&sso Èlécmore , entn i) s'engageât à payer une rançon co** rable. Mais toute confiance et tonte estime mutuel)* fbientdfeW1 détruites sans retour entre les deux monarques. D'un côté, en i^F lea efforts d'une ambitionr avwle , déterminée à proflfer drtoattt te circonstances favorables ; de l'autre , le soupçon et le ressentim»'

1 Sandov., flirt., vol. I, p. 576. Œuvr. de Brant., toIi IV, -p. ÏW*

uvm iv (1585). Itfr

teaakat perpétuellement François sur se» gardes ;, de sotte que la conclusion de ces longue» négociation parut plus éloignée que jamais* La duchesse d'Alençon, sœur du roi de France , k qui Charles avait permis de voir son frère dans: sa prison, employa tout ce qu'elle avait d'adresse pour obtenir sa liberté à de» conditions plus raisonnable» : Henri, de son cété, joignit ses bons office» , mats tous deux avecsi peu de succès que François, au désespoir , prit subitement la résolu* tion de résigner sa couronne avec tous ses droits au dauphin son fils, déterminé à finir ses jours dans sa prison , plutôt que de racheter sa liberté par des concessions indignes d'un roi. Il signa un acte revêtu de toutes les formalités nécessaires, et donna pouvoir à sa soeur de le porter en France pour être enregistré dans tous les. parlements de son royaume ; il déclara en même temps ses intentions à l'empereur, et le pria de fixer le lieu desa prison , et de lui former une maison convenable à son rang pour le reste de ses jours1.

Cette résolution extraordinaire du coi de France fit une forte impression sur l'esprit de Charles : il commença à craindre qu'un excès de rigueur ne lui fit manquer son but, et qu'au lieu des grands avantages qu'il comptait retirer de la rançon d'un si puissant monarque, il ne se trouvât à la fin n'avoir entre ses mains qu'un prince sans États et sans revenus. Il arriva dans le même temps qu'un des domestiques du soi de Navarre, par des efforts extraordinaires de fidélité, de courage et d'adresse , procura à son mettre l'occasion de s'évader de la prison où il était renfermé depuis la bataille de Parie. Cette évasion convainquit l'empereur que la vigilance de ses officiera , quelque attentive qu'elle fût , pourrait bien aussi être mise en défaut par l'adresse ou le eourage de François ou de ses "gens , et qu'une heure pouvait lui faire perdre tous les avantages qu'il avait cherché à s'assurer par tant de soins» Ces considérations le déterminèrent à se ralàcber un peu de ses premières demandes : d'pn autre cMé, l'impatience de François et le dégoût de sa prison augmentaient tous les jours; certain avis qu'il reçut d'une ligue puissante qpi se formait en Italie contre l'empereur, le rendirent plus disposé: à céd*r davantage, dans la confiance que s'il pouvait une' fois obtenir sa liberté , il serait bientôt en état de reprendre tout ce qu'il aurait accordé.

1 »:ct acte est rapporté dans les Mémoires historiques et politiques de Jf« Vabbi Haynat, tome If, p. ifll.

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Ainsi les vues et les sentiments des deux monarques se rapprochèrent , et le traité qui procura à François sa liberté fut signé à Madrid le 14 janvier 1526. L'article qui regardait la Bourgogne, et qui jusqu'alors avait occasiouné la plus grande difficulté, fut arrêté; François s'engagea à restituer ce duché avec toutes ses dépendances, pour être possédé par l'empereur en toute souveraineté ; mais, comme Charles consentait à rendre à François sa liberté avant que cette restitution fût consommée, afin d'assurer l'exécution de cet article, ainsi que de tous les autres, il fut stipulé que François» dès l'instant qu'il serait relâché, livrerait à rempereur4 pour otages, son fils aisé le dauphin, le duc d'Orléans, son second fils, ou à la place du dernier, douze des principaux seigneurs du royaume que Charles nommerait à son choix. Ce traité contenait encore un grand nombre d'article extrêmement rigoureux , quoique moins importants que les précédents. Les plus remarquables étaient que François renoncerait à tontes ses prétentions en Italie ; qu'il céderait tous les droits qu'il avait à b souveraineté de la Flandre et de l'Artois ; que dans le délai de su semaines après sa délivrance, il rendrait à Bourbon et à ses partisans tous leurs biens, meubles et immeubles, avec dédommagement complet des pertes qu'ils avaient essuyées par la confiscation ; qu'il emploierait .tout son crédit sur Henri d'Albret pour le forcer d'abandonner ses prétentions à la couronne de Navarre , et qu'il ne lui donnerait à l'avenir aucune espèce de secours pour la recouvrer; qu'il y aurait entre l'empereur et François une alliance d'amitié et d'union perpétuelle, avec promesse de se secourir mutuellement dans tous les cas de nécessité ; que, pour fortifier cette union , François épouserait la sœur de l'empereur, reine douairière de Portugal; que François ferait ratifier tous les articles du traité par les états de son royaume , et les ferait enregistrer dans ses parlements ; qu'aussitôt que l'empereur recelait l'acte de cette ratification , il mettrait les otages en liberté; mais qu'à leur place, on lui remettrait Charles, duc d'Angoulème, troisième fils du roi de France, pour être élevé 1 la cour impériale, afin de manifester par là et de cimenter davantage l'amitié qui devait régner entre les deux monarques ; et que si François n'accomplissait pas, dans les délais marqués, tous les articles de ce traité , il s'engagerait sous sa parole d'honneur et par serment a retourner en Espagne pour y rester prisonnier de l'empereur ' .

1 Recueil des Traitée, tome II, p. 112. Ulloa, Vida de Cari. V, page 108, etc.

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