‹ Histoire de l'Empereur Charles-QuintChapitre 50 sur 56 · livre iv · texte numérisé non relu

livre iv

Charles se flattait, par ce traité, non-seulement d'avoir abaissé son rival, mais encore d'avoir pris toutes les précautions propres à l'empêcher de reprendre jamais assez de puissance pour devenir redoutable. Ce n'était pas ainsi que les meilleurs politiques du siècle en jugeaient ; ils ne pouvaient se persuader que François, une fois libre, se soumît à des conditions qu'il avait rejetées si longtemps , et qu'il n'avait acceptées qu'avec la plus grande répugnance , même au milieu des horreurs de sa captivité. L'ambition et le ressentiment, disaient-ils, le porteront bientôt à violer des engagements tyranniques, imposés par la force ; et il trouvera aisément assez de raisons et de casuistes pour démontrer que la justice et la nécessité ne peuvent manquer d'être où se trouve un avantage si manifeste. Si l'on eût su alors la démarche secrète que François venait de faire, on eût vu que cette opinion était déjà plus qu'une conjecture. Quelques heures avant de signer le traité, François assembla ce qu'il avait de conseillers à Madrid, et, après avoir exigé d'eux le secret, sous la foi d'un serment solennel, il fit en leur présence une longue énumération des artifices honteux et des traitements tyranniques que l'empereur avait employés pour le séduire ou pour l'intimider : en conséquence, il fit une protestation dans les formes , entre les mains de notaires , contre le consentement qu'il allait donner au traité, comme étant un acte involontaire qui devait être regardé comme nul et de nul effet '. Ainsi, par cet artifice, si contraire à la bonne foi , et que les mauvais traitements qu'il avait essuyés ne peuvent justifier , François crut satisfaire à la fois son honneur et sa conscience en signant d'un côté le traité , et en se ménageant de l'autre des prétextes de le violer.

Cependant les deux monarques se prodiguaient extérieurement toutes les marques de la confiance et de l'amitié ; ils paraissaient souvent l'un avec l'autre en public ; ils avaient en particulier de fréquents et longs entretiens , ils voyageaient dans la même litière , et prenaient ensemble les mêmes amusements. Mais au milieu de ces démonstrations de bonne intelligence, l'empereur nourrissait des soupçons au fond de son cœur : quoique les cérémonies du mariage de François avec la reine de Portugal eussent été faites aussitôt après la conclusion du traité, Charles n'en voulut permettre la consommation qu'après que l'acte de ratification serait arrivé de France. Fran-

1 Itoufti de$ Trait., tome II, . 107.

çoto ne jouissait pas même encore d'une entier* liberté ; ses gardes ne le quittaient point : tandis qu'on le caressait comme gendre de l'empereur , on le veillait comme son prisonnier ; et les observateurs attentifs voyaient bien qu'une union qui, dès son origine, était mêlée de tant de symptômes de défiance et de jalousie , ne pouvait guère être sincère et durable ' .

Un mois après la signature du traité, on apporta de France la ratification de la régente : cette sage princesse préféra en cette occasion le bien public à sa tendresse naturelle. Elle informa son fils, qu'au lieu des douze principaux seigneurs nommés dans le traité , elle envoyait le duc d'Orléans avec le dauphin son frère sur la frontière d'Espagne, parce qu'elle jugeait que le royaume ne souffrirait pas de l'absence d'un enfant, au lieu qu'il resterait sans défense s'il était privé de ses plus grands hommes d'État et de ses plus habiles généraux, que Charles avait adroitement compris dans la nomination des otages.

Enfin, François prit congé deTempereur, dont la défiance augmentait à mesure qu'il voyait approcher le moment de l'exécution <fa traité. Pour s'assurer de plus en plus de la fidélité de son prisonnier, Charles exigea de nouvelles promesses, que le roi de France ajouta sans peine à toutes celles qu'il avait déjà faites. François quitta Madrid avec des sentiments de joie qu'on imagine aisément ; cette ville lui rappelait trop d'idées affligeantes, pour ne lui être pas odieuse. H commença ce voyage si longtemps désiré qui le ramenait dans ses tëtats, escorté par uh corps de cavalerie sous le commandement d'A- 1 arçon, dont l'attention et la vigilance augmentaient à mesure qu'on approchait des frontières de France. Lorsque le Cotfvoi fut arrivé è la rivière de Bidassoa , qui sépare les deux royaumes , Lautrec parut sur la rive opposée avec une escorte de cavalerie , égale en nombre à celle d'Alarçon. Au milieu de la rivière était amarrée une barque vide : les deux troupes se rangèrent Tune vis-à-vis de l'autre snr te deux rives ; au même instant Lannoy s'avança de la rive espagnol «née huit gentilshommes , et Lautrec de la rive française avec huit «utres. Le premier avait le roi dans sa barque ; 1e second avait dans la sienne le dauphin et le duc d'Orléans ; ils se réunirent dans h barque qui était vide, et l'échange fat fait eri un mometort. François, après avoir embrassé rapidement ses deux enfants, satifa dafl* •*

* Guich., Ht. xvi, p. 353.

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barque de Lautrec et aborda au rivage de France. Aussitôt il monte un cheval turc, et part au galop, en agitant sa main au-dessus de sa tête et s'écriant plusieurs fois avec des transports de joie : Je suis encore roi. Il arriva bientôt à Samt-Jean-de-Luz, et de là, sans s'arrêter, à Bayonne. Cet événement, que la nation française désirait avec autant d'impatience que le roi lui-même, se passa le 18 mars, un an et vingt-deux jours après la bataille de Pavie *.

Dès que l'empereur eut pris congé de François et lui eut permis de se mettre en route pour retourner dans ses États, il partit pour aller à Séville célébrer son mariage avec Isabelle, fille du feu roi de Pofr tugal Emmanuel, et sœur de Jean III, son successeur au trône. Cette princesse joignait à une beauté extraordinaire les plus grandes qualités. Les Etats de Castille et d'Aragon pressaient vivement et depuis longtemps leur souverain de se marier ; le choix qu'il fit d'une épouse, alliée de si près au sang royal des deux royaumes, fut extrêmement agréable à ses sujets. Les Portugais, flattés de cette nouvelle alliance avec le premier souverain de la chrétienté, accordèrent k Isabelle une dot extraordinaire, qui montait jusqu'à neuf cent mille couronnes ; dans les circonstances où se trouvait l'empereur, cette somme lui fut d'un grand secours. Le mariage fut célébré avec toute la magnificence et la gaieté qui convenaient à un jeune et puissant monarque. Charles vécut dans la plus parfaite union avec Isabelle, et la traita en toute occasion avec beaucoup d'égards et de distinctions *.

Charles avait été trop occupé en Espagne par tous ces mouvements pour être en état de donner tous ses soins aux affaires d'Allemagne ; cette partie de ses États était cependant troublée et déchirée par des factions qui donnaient lieu de craindre les plus funestes conséquences. Les institutions féodales subsistaient encore presque sans altération dans l'empire. La propriété des terres était entre les mains des barons, de qui leurs vassaux les tenaient aux conditions les plus onéreuses ; le reste de la nation était dans un état d'oppression qui ne valait goère mieux qu'une servitude absolue. Dans quelques contrées de l'Allemagne , le bas peuple était assujetti à l'esclavage personnel et domestique , c'est-A-dfre au denier degré de servitude. En d'autres provinces , particulièrement dans la Bohême et dans la Lusace , les

• SandoY., Hist., I, 735. Guich., «y. xyi, p. 355.

* Ulloa, Vida de Cari. V, p. 10S. Belcariiu, Com. rer. Galic., p. 565. SpaUtinus, ap. Struv. corp., Hist. Germon., H, 1081.

paysans étaient attachés à la terre du seigneur auquel ils appartenaient, et faisaient partie du fonds, avec lequel ils passaient, comme tout autre immeuble, d'un propriétaire à un autre. Dans la Souabe même et dans les pays des bords du Rhin, où leur état était plus supportable , les paysans ou colons n'étaient pas seulement obligés de rendre au seigneur tout le revenu de leurs fermes ; lorsqu'ils voulaient changer de demeure ou prendre une autre profession, i! fallait qu'ils payassent une certaine somme pour en obtenir la liberté. Les paysans à qui on accordait des terres n'en pouvaient jouir que pendant leur vie ; ces terres ne passaient jamais à leur postérité; h leur mort, le seigneur avait droit de choisir et de prendre , dans leurs troupeau et dans leurs meubles, ce qui lui convenait; et les héritiers, pour obtenir le renouvellement du bail, étaient obligés de payer de grandes sommes par forme d'amende. L'habitude et l'usage faisaient supporter sans murmure , à cette malheureuse classe d'hommes , ces énormes exactions; mais, quand le progrès de la politesse et du luxe, et les changements récemment introduits dans la manière de faire la guerre, vinrent augmenter les dépenses du gouvernement, les princes furent obligés de lever sur leurs sujets des impôts, soit fixes, soit accidentels; alors ces charges, par leur nouveauté même, parurent intolérables; et comme en Allemagne les impôts se mettaient principalement sur la bière, le vin et les autres denrées de première nécessité, ils se firent sentir plus vivement au peuple, et le portèrent enfin au dernier degré du désespoir. Les Suisses, excités par le ressentiment que leur inspirèrent de semblables impositions , se procurèrent par leur courage, au quatorzième siècle , la liberté dont ils jouissent. La même cause avait soulevé les paysans de plusieurs autres provinces d'Allemagne contre leurs seigneurs, vers la fin du quinzième siècle et le commencement du seizième ; et , quoique ces révoltes n'eussent pas eu pour eux un égal succès, il en coûta beaucoup de sang et de peines pour les apaiser \

Les mauvais succès de ces paysans les avaient contenus quelque temps sans les abattre; voyant l'oppression s'accroître tous les joui*, ils coururent aux armes avec toute la fureur du désespoir. Ce fut près d*Ulm , dans la Souabe , que parut, en 1526, le premier étendard de la révolte. Les paysans des contrées voisines y accoururent

1 Seckcnd., lit. xi, p. 2, 6.

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en foule avec toute l'ardeur et toute l'impatience naturelles à des hommes qui, gémissant depuis longtemps sous le joug le plus dur, croient enfin entrevoir le moment favorable qui va les en délivrer. Le même esprit de sédition se répand de province en province, et parcourt presque toute l'Allemagne. Bien n'est épargné : partout où pénètrent ces furieux, ils pillent des monastères, ravagent les terres de leurs seigneurs et démolissent leurs châteaux , massacrent sans pitié tous les nobles qui ont le malheur de tomber entre leurs mains * .

Lorsqu'ils crurent avoir intimidé leurs oppresseurs par ces violences, ils cherchèrent plus tranquillement les moyens d'en assurer l'effet et de s'affranchir pour l'avenir de la tyrannie des mêmes exactions. Dans cette vue , ils dressèrent et publièrent un mémoire qui contenait toutes leurs demandes , et déclarèrent qu'ils ne mettraient bas les armes que lorsqu'ils auraient obligé tous les nobles de les satisfaire, de gré ou de force, sur chacun des articles dont voici les principaux : Ils demandaient qu'on leur laissât la liberté de choisir leurs curés ; qu'on ne leur fit plus payer d'autres dîmes que celle du blé , qu'ils ne fussent plus regardés comme les esclaves ou serfs de leurs seigneurs ; qu'on leur laissât , comme aux nobles , le droit de chasse et de pèche ; que les grandes forêts ne fussent plus des propriétés particulières exclusives, mais ouvertes et communes à tous; qu'on les déchargeât des taxes nouvelles dont on les avait accablés ; que la justice se rendit avec moins de rigueur et plus d'impartialité ; enfin qu'on mit un frein aux usurpations des nobles sur les prairies et sur les communes *.

Plusieurs de ces demandes étaient très-raisonnables ; et une multitude formidable de paysans armés pour les appuyer semblait devoir en assurer le succès ; mais ces masses indisciplinées et dispersées en plusieurs endroits ne pouvaient mettre dans leurs opérations ni règle, ni union , ni suite , ni vigueur. Us n'avaient pour chefs que des hommes de la lie du peuple , qui ignoraient l'art de la guerre et les moyens qui pouvaient les conduire à leur but : tous leurs exploits ne furent que des actes d'une fureur brutale et sans objet. Les princes et les nobles de la Souabe et du bas Rhin assemblèrent leurs vassaux ♦ et marchèrent contre ces révoltés qui infestaient les provinces ; ils

1 Petr. Crinilus, de Bello rusticano. ap. Freher. Script. Rer. Germ. Argant. J717, Toi. 111, p. 343.

' Sleid., Hist., p. 90.

206 HISTOIRE DE CflAR£80*QUINT.

attaquèrent les uns en plaine, surprirent les autres dans des estocades, et les taillèrent en pièces ou les dispersèrent tous. Les papous, après avoir inutilement ravagé tout le plat pays, et perdu, en différentes actions, plus de vingt mille des leurs, furent forcés de retourner dans leurs habitations, avec moins d'espérance que jamais iffa soulagés de leurs misères 4 .

Ces soulèvements avaient commencé par les provinces d'AIlenogoe où les opinions de Luther avaient fait le moins de progrès ; et, corne ils n'avaient pour principe que des objets politiques , ils n'intéressaient en aucune manière les points de religion qui étaient alon contestés. Mais, quand une fois cette fureur épidémique eut gagné les contrées où les doctrines de la réformation s'étaient établies, elle tin une nouvelle force des circonstances et de la disposition générale As esprits, et se porta aux plus grands excès. La réformation eacoortgeait, dans tous les pays où elle était reçue, l'esprit d'audace et innovation qui lui avait donné naissance. Des hommes qui avaient osé renverser un système appuyé sur tout ce qui peut commander Je respect , ne s'en laissaient plus imposer par aucune autorité , qadftf vénérable, quelque sacrée qu'elle put être. Accoutumés à se itgankr comme les juges légitimes des dogmes les plus importants de la religion, à les examiner librement, et à rejeter sans scrupule tout ce qui leur paraissait erroné , ils durent naturellement tourner ce principe d'audace et de recherche vers les objets du gouvernement, et * croire en droit de rectifier les désordres et les imperfections qu'ils y découvraient : ils avaienfrdéjà en plusieurs endroits réformé lesabosdeb religion, sans y appeler l'autorité du magistrat ; ce premier pas te conduisait à entreprendre avec la même liberté la réforme d» ** politiques.

Aussi, dès que la révolte eut éclaté dans la Thuringe, province mmise à l'électeur de Saxe, et dont les habitants avaient presque to* embrassé le luthéranisme, elle y prit une forme nouvelle et bieapte terrible. Thomas Muncer, un des disciples de Luther, s'était étaW dans le pays, et y avait acquis sur l'esprit du peuple un crédit étonnant. Il avait répandu dans les esprits les opinions les plus bnarmd les plus fanatiques ; mais dont l'effet naturel était d'encourager te

1 Scckend, liv. n, p. 10. Petr. Gnodalius, de Rusticanorumtumult» «G**** vp* Sear. Script, yoI. II, p. 131, etc.

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peuples à la sédition. «Luther, leur disait-il, a fait plus de mal que

* de bien k la religion : il est vrai qu'il a délivré l'Église du joug des d papes; mais sa doctrine favorise la corruption des mœurs, et sa vie » licencieuse ei\ donne l'exemple. Pour éviter le vice , ajoutait-il , les » hommes doivent pratiquer des mortifications continuelles. Il faut » avoir un maintien grave , parler peu, porter les habits les plus » simples, être sérieux et austère dans tout son extérieur. Ceux qui » préparent ainsi leurs cœurs ont droit d'espérer que l'Être suprême

* conduira tous leurs pas, et leur manifestera sa volonté par quelque 9 signe sensible. Et si le Tout-Puissant leur retirait ensuite cette illu- » mination , ils pourraient se plaindre à lui de ce qu'il les traite

* si durement , et lui rappeler ses promesses. Ces plaintes et cette » sainte colère ne peuvent manquer d'être souverainement agréables » h Dieu, et de le déterminer à la fin à nous guider, de cette main » toujours sûre qui conduisit les patriarches des premiers âges. Pre- » nons garde cependant de l'offenser par notre arrogance : tous les

* hommes sont égaux à ses yeux ; qu'ils reviennent à cette égalité » dans laquelle il les a fait naître ; qu'ils mettent tous les biens en » commun, et qu'ils vivent ensemble comme des frères, sans aucunes » marques de subordination ni de prééminence l • »

Ces idées , tout extravagantes qu'elles étaient , flattaient trop les passions du cœur humain pour ne pas faire des impressions profondes. C'était peu pour ces imaginations échauffées que de chercher à réprimer le pouvoir des nobles : ce n'était à leurs yeux qu'une réforme partielle et de peu de conséquence, qui ne méritait pas même qu'on s'en occupât. Ils ne se proposaient rien moins que d'abolir toute distinction parmi le genre humain,, d'éteindre toute propriété, de ramener les hommes à cet acte d'égalité originelle où la subsistance de chacun se tirerait d'un fonds commun. Muncer les assurait que ce dessein était approuvé du ciel , et que , dans un songe , le Tout- Puissant lui en avait garanti le succès. Les paysans ne songèrent plus qu'à le mettre à exécution ; et non-seulement ils y portèrent la fureur qui animait ceux de leur classe révoltés dans les autres parties de l'Allemagne , mais, excités par le zèle qu'inspire le fanatisme, ils déposèrent les magistrats dans toutes les villes dont ils purent s'emparer, ils saisirent les terres des nobles ; ils obligèrent tous ceux qui tombèrent entre leurs mains à prendre l'habit de paysan, à renoncer à tous leurs

' Seckend , liy. xi, p. 1*. Sleià* Bift., p. 83.

titres, et à se contenter des noms simples qu'on donnait aux bonnes du peuple. Des troupes nombreuses de paysans accouraient de tas côtés pour s'engager dans cette bizarre entreprise ; mais Muncer, leur chef et leur prophète , n'avait pas les qualités nécessaires pour le commander. Il avait toute l'extravagance de^fanatiques, mais il n'a avait pas le courage. On eut beaucoup de peine à lui persuader de se mettre en campagne ; et, quoiqu'il eût à ses orares jusqu'à huit mie hommes, il se laissa envelopper par un corps de cavalerie que conmandaient l'électeur de Saxe , le landgrave de Hesse et le doc de Brunswick. Ces princes, qui ne pouvaient se résoudre à verser le arç de leurs sujets abusés par un insensé , envoyèrent au camp <fc§ révoltés un jeune gentilhomme pour leur offrir un pardon général, si voulaient sur-le-champ mettre bas les armes et leur livrer les aotam de la sédition. Muncer, alarmé de cette proposition, se mit ils haranguer avec sa véhémence ordinaire, les exhortant à se défier de promesses perfides de leurs oppresseurs, et à ne pas trahir la cause de Dieu et de la liberté chrétienne.

Mais le sentiment du danger présent fit sur l'esprit de ces paya» une impression plus vive que l'éloquence de l'orateur. La terreur et l'incertitude se peignaient déjà sur tous les visages, lorsqu'un arc-eaciel, symbole que les rebelles avaient peint sur leurs drapeaux, vînt à briller dans les nues : Muncer, par une présence d'esprit admiraMe, sut tirer parti de cet incident, et levant aussitôt les yeux et les nains vers le ciel : « Voyei , s'éeria-t-il en élevant la voix , voyo le signe que Dieu nous envoie ; voilà le gage de votre sûreté , et celai de h destruction des méchants. » Aussitôt cette multitude fanatique pou» de grands cris de joie, comme si la victoire eût été certaine ; et passant en un moment d'une extrémité à l'autre, elle massacre le malheureux gentilhomme qui était venu leur offrir leur pardon, et demande qu'on les mène à l'ennemi. Les princes, indignés de cet attentat contre les lois de la guerre, prévinrent les rebelles et commencèrent l'attaque. Les paysans ne montrèrent pas dans ce combat la vigueur qu'oc aurait pu attendre de leur férocité et de leur présomption. Cette populace indisciplinée n'était pas en état de tenir contre des troupes aguerries : plus de cinq mille d'entre eux restèrent sur le champ * bataille, sans avoir presque fait de résistance ; le reste prit la fuite, et Muncer, leur général , fuyait à leur tète. Il fut pris le lendemain. Ayant été condamné aux supplices que méritaient ses crimes, il suM

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son sort avec une honteuse-lâcheté. Sa mort mit un terne à ces révoltes de paysans , qui avaient jeté la terreur dans toute Y Allemagne ft : mais les id£es fanatiques qu'il avait répandues n'étaient point éteintes ; elles produisirent quelque temps après des effets plus extravagants encore et jplus mémorables.

Pendant toutes ces sédition» , Luther se conduisit avec une prudence et une modération exemplaires ; comme un père commun , jaloux du bonheur de sa famille divisée, il s'occupa à faire le bien des deux partis, sans épargner les fautes et les erreurs de l'un et de l'autre. Tandis qu'il adressait aux nobles une remontrance où il les conjurait de Irriter leurs sujets avec plus de douceur et d'humanité, il blâmait avec sévérité l'esprit séditieux des paysans, et les exhortait à ne pas murmurer des peines inséparables de leur condition, ou à ne chercher des remèdes à leurs souffrances que dans les voies que leur offraient les lois f.

Ce fut en cette année que se fit le mariage si fameux de Luther avec Catherine Boria, religieuse, de famille noble, qui avait quitté le voile et s'était évadée de son monastère. Il s'en fallut beaucoup que ce mariage obtint une approbation générale ; les ennemis de Luther n'en parlaient que comme d'un inceste et d'une profanation ; et ses plus zélés partisans le regardaient comme une démarche indécente , dans un temps où sa patrie était affligée de tant de calamités. Luther sentit l'impression désavantageuse que cet incident avait fait sur les esprits ; mais, satisfait de son propre témoignage, il supporta avec son courage ordinaire la censure de ses amis et les invectives de ses

ennemis s,

La réforme perdit encore, cette mène année, son premier protecteur, Frédéric , électeur de Saxe : Jean, son frère et son successear, rendit sa perte moins sensible : il n'avait pas les mêmes talents pour protéger efficacement Luther et sa doctrine; mais il se déclara plus ouvertement pour la cause, et montra plus de zèle pour la* défendre»

Il se fit , environ vers le même temps, dans l'état de l'Allemagne un changement considérable, qui mérite qu'on en recherche tes causes en remontant à son origine. Pendant que la manie des croisades agitait toute l'Europe dans le douzième et le troisième siècle , plu»-

4 Sleid., ffirf., p. 84. Seckend., Ht. xi, p. 12. Gnodalius, Tumuk. rustican., 155.

* Sleid.,fft*J.,p.OT.

* Seckend., lib. xi, p. 15.

4M) histoim m fHAn«-orimr

■eu» Mire» religieux d* obevalerfe tarent fondés pow défaire k foi chrétienne contre les pnens et la iohdèles, UndesphniButo était l'ordre teatonique établi en Allemagne. Loi chevaBenhut otdre s'étaient a^iiWrmmt tfatii^^ 4m» toiites to c^Mto entreprises pour la conquête de k tarte teinta. Chewésàhis*» -étaMissemcnlB qu'Usavaicut dans k Lèvent» ife furent eUigbé^enir dans leur pétrie. Leur valeur et leur *èèe avaient trop d'iafétuoeité pour damier longtemps dans l'inaction. Us estahrel, sow d'assea mourais prétextas, le province de Proa* doat la k# tant» étaient encore idolâtres; et, après l'avoir eutftèraneotcsspfe, ▼en le mitai du treizième siècle, ib le possédèrent pkmeuisaBMS comme un fief dépendent de le couronne de Pologne. Pendsat tf intervalle, il s'étew des contestations tris-vives entre les graïAmtt» de l'ordre et les rois de Pologne : les pnnuem aspiraient* fiaty» dance ; les seconds défendaient avec vigueur leur droit de aosw* noté. Albert, prince de le maison de Brandebourg, qui ataitéié* grand mettre en 1511, s'engagea avec beaucoup de chaleur damottr querelle, et soutint «ne longue guerre contre Sigismoed, m tofr logne ; mois, ayant embrassé de bonne heure les optanons deUfe een rèle pour les intérêts de le confrérie ne ralentit psr AyM profita des troubles qui divisaient l'empire, et de l'absence éeresr reur, pour oendnre un traité avec Sigtaend, où il ne woj»^ ses avantages personnels. Par ce traité, la partie de la PntfftP appartenait à Tordre tentasdquc fut érigée en duché sécalierethfr dètaâre; l'investiture en fat donnée k Albert, qui , en wto*. * gageait à en faire hommage aux rois de Pologne, comme leur vm- • Aussitôt après cet arrangement, il Ht profession pubfiqaedebi* gion refermés, et épousa une princesse de Denemarck. tachetai* de l'ordre se plaignirent avec tant de hauteur de le trabboafel* grand mettre, qu'il fut m» au ban de l'im^ire ; ma» il uen <^

pas moins la possession de la prorince qu'il avait usurpé* <*a transmit à sa poetérité* Dana le ami» des temps, ce richebM* passa dam la branche électorale de la taille qui ne recowwi P aucune dépendance de la couronne de Pologne, et le» m4*** de Bratedsbomrg, eyunt pris le titre deroia de Prusse, noartfi*^ se sont élevés au rang des premiers princes de l'Allemagne, non ^ sont parvenus à se placer parmi tesphfe grandi monarque*****1*

1 Slod., ffto., p. 96. Pfcffel, Abrégé de Vhist. et du rfwtl/mM* * J^1*

uvm rr (1B26>. fiiî

Dès que le roi de ÏYance ftit iw enu dans ses États, toutes tes puissances de FEurope eurent les yeux fixés sur lui, et observèrent ses premiers mouvements pour juger de la conduite qu'il tiendrait enmite. François ne les tint pas longtemps dans l'incertitude. Il ne fut pas plutftt arrivé à Bayonne qu'il se hâta d'écrire au roi d'Angleterre pour le remercier des soins pleins de zèle et d'affection qu'il avait pris en sa faveur, et auxquels II reconnaissait qu'il était redevable de sa liberté. Le lendemain, les ambassadeurs de T empereur demandèrent audience, et le requirent de donner les ordres nécessaires pour foire exécuter pleinement, et sur-le-champ, le traité de Madrid. François leur répondit froidement qu'il était prftt h remplir scrupuleusement toutes ses promesses ; mais qu'il y avait dans le traité tant d'articles qui ne le concernaient pas seul, et qui intéressaient la monarchie française, qu'il ne pouvait prendre aucune résolution sans avoir consulté les états de son royaume ; il ajouta qu'il faudrait quelque temps pour faire agréer à ses peuples les conditions rigoureuses qufl avait consenti de ratifier ft . Cette réponse ne laissa plus douter que François n'eût pris la résolution d'éluder le traité ; et les témoignages de reconnaissance qu'il avait prodigués h Henri parurent nTaroir d'autre objet que d'engager ce monarque A le secourir dans la guerre où l'inexécutioii du traité de Madrid allait inévitablement l'engager avec f empereur. Ges circonstances, jointes aux déclarations expresses que François fit en secret aux ambassadeur* de plusieurs princes d'Italie , persuadèrent aux politiques qu'ils ne s'étaient pas trompés dans leurs conjectures sur la conduite qui! allait tenir. On vit clairement que, loin d'être disposé à exécuter un traité déraisonnable, il n'attendait qu'une occasion favorable pour se venger des affronts qui l'avaient forcé à feindre d'approuver une semblable convention. Clément lui-même sortit, peur cette fois, de son irrésolution ordinaire : l'impatience que François montrait de rompre tous tes engagements qu'il avait pris avec l'empereur, avait dissipé tous les doutes de ce pontife et ne lui laissait ni craintes ni scrupules. D est vrai que la situation oà était alors l'Italie ne lui permettait pas de délibérer longtemps. Sforce était toujours assiégé par les impériaux dans le château de Milan. Ce faible prince , privé alors des conseflft de Moron , et dépourvu de tout moyen de défense , était parvenu à

1 Mém. de du Bellay, p. H.

tlS H1ST01BE DI CBARUfr-QUIHT.

informer le pape et les Vénitien* que, s'ils ne se hâtaient de le secourir, il se verrait bientôt forcé de se rendre. Les troupes impériales qui, depuis la bataille de Pavie, n'avaient point reçu de paye, rivaient à discrétion dans le Milanais ; elles y levaient des contributions exorbitantes qui montaient, s'il faut en croire les calculs de Guichardin ft , jusqu'à cinq mille ducats par jour. On ne pouvait pas douter qu'aussitôt que ce château serait réduit , les soldats n'abandonnassent un pays dévasté qui ne pouvait plus suffire à leur subsistance, pour aller s'établir dans les terres fertiles du pape et des Vénitiens , lesquelles n'avaient point été exposées aux ravages de la guerre. Il n'y avait donc plus que le secours du roi de France qui pût sauver Sforce, et mettre ses troupes en état de défendre le Milanais contre les insultes des troupes de l'empereur.

Pressé par ces motifs , le pape , les Vénitiens et le duc de Milan avaient tous une égale impatience de traiter avec François, qui, de •on côté , n'avait pas un désir moins vif de profiter des forces et du crédit que cette ligue ajouterait à sa puissance. Le traité fut conclu à Cognac le 21 mai , et resta quelque temps secret. Les principaux articles étaient d'obliger l'empereur à mettre en liberté les fils du roi de France , en payant un prix raisonnable pour leur rançon y et à rétablir Sforce dans la possession tranquille du duché de Milan. Si Charles refusait ces deux articles , les alliés s'engageaient à fournir une armée de trente-cinq mille hommes , qui , après avoir chassé les Espagnols du Milanais , iraient attaquer le royaume de Naples. Le roi d'Angleterre fut nommé protecteur de cette ligue, qui fut qualifiée du titre de sainte, parce que le pape en était le chef, et, afin de déterminer Henri par des motifs plus efficaces , on s'engagea à lui donner dans le royaume de Naples une principauté de trente mille ducats de revenu annuel, et à Wolsey, son favori, des terres de la valeur de dix mille *.

Dès que cette ligue eut été signée, Clément , en vertu de la plénitude de son autorité papale , releva François du serment qu'il avait fait d'accomplir le traité de Madrid s. Ce droit , si contraire à tous les principes de la morale , et destructeur de cette bonne foi qui fait la base de toute espèce de conventions entre les hommes, était une

1 Guich., Ht. xvd, p. 360.

1 P. Heuter., Rer. austr., liv. xi, c. m, p. 217. Recueil des Trait., II, lî*.

• Goldast., Polit, impérial, p. 1002. Palav., Fi*., p. 70,

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conséquence naturelle du pouvoir que les papes s'arrogeaient en qualité de vicaires infaillibles de Jésus-Christ sur la terre : l'habitude de les voir user de ce pouvoir pour dispenser d'obligations qu'on regardait comme sacrées , l'intérêt de ceux que ces dispenses favorisaient ; la crédulité des autres , tout servit à faire croire que les décisions du souverain pontife pouvaient autoriser ou justifier des actions qui en elles-mêmes étaient injustes ou criminelles.

Cependant , lorsque l'empereur ne put plus douter que le projet de François ne fût d'éluder le traité de Madrid , il en conçut de vives alarmes, et fut agité de milles pensées diverses. Il ne pouvait se dissimuler la rigueur avec laquelle il avait traité ce monarque dans sa captivité , et le blâme que cette conduite lui avait attiré : il avait d'ailleurs montré , dans toutes ses négociations avec son prisonnier, une ambition insatiable , et il n'ignorait pas les alarmes qu'en avaient conçues toutes les cours de l'Europe ; il n'avait même retiré de ses démarches aucun des avantages qui peuvent , aux yeux des politiques , excuser la conduite la plus criminelle , et dédommager des censures les plus sévères. Il voyait alors François hors de ses mains , et tous les fruits qu'il avait espéré recueillir du traité qui avait mis ce prince en liberté lui échappaient pour jamais. Il sentit bientôt toute l'imprudence qu'il avait faite en se confiant à la parole du roi de France , malgré l'avis contraire de ses plus sages ministres , et il prévit aisément que la même ligue qu'il avait voulu prévenir, en rendant la liberté à François , allait se former contre lui sous la conduite d'un monarque brave et irrité. Le repentir et la honte du passé , et les plus vives inquiétudes sur l'avenir, furent le résultat nécessaire de ses réflexions sur sa conduite et sur sa situation présente. Cependant le caractère de Charles était d'être ferme et inflexible dans tout ce qu'il avait entrepris; en se rétractant sur un seul article du traité de Madrid , il aurait cru faire l'aveu de son imprudence et déceler ses craintes : il prit donc le parti qui convenait le mieux à sa dignité ; et, au risque de tout ce qui pourrait en arriver , il résolut d'insister constamment sur l'exécution stricte du traité , et surtout de ne rien accepter de ce qu'on pourrait lui offrir en équivalent pour la restitution de la Bourgogne *.

En conséquence de cette résolution , il nomma Lannoy et Alarçon pour aller, en qualité d'ambassadeurs à la cour de France, sommer

1 €rnich., lit. xvu, p. M6«

à!4 H1ST0IBB M CHÀELE^-QUINT.

François dans les formes, ou d'exécuter le traité avec la bonite foi qui convenait à un roi , ou de retourner k Madrid , suivant sa parole, pour y reprendre ses fers. Au lieu de leur faire une repasse directe et positive , François donna audience, en leur présence , aux député* des états de Bourgogne. Ceux-ci lui représentèrent en termes tueux qu'il avait excédé les pouvoirs d'un roi de France, en tant à ce que leur province fût aliénée de la couronne, dont il avait promis, par le serment de son sacre, de conserver les domaines dans toute leur intégrité. François lesjremercia de leur attachement pour la couronne, et les exhorta ensuite, mais très-faiblement , à faire attention aux engagements qu'il avait contractés avec l'empereur et à l'obligation où il était de les remplir. Alors les députés, prenant un ton plus ferme, déclarèrent qu'ils n'obéiraient point a des ordres qu'ils regardaient comme contraires aux leis du royaume; et que si leur roi les abandonnait aux ennemis de la Franoe, ils étaient résolus de se défendre eux-mêmes de toute leur force , et de périr plutôt que de se soumettre à une domination étrangère. A cette réponse, François se tournant vers les ambassadeurs de l'empereur, leur représenta l'impossibilité où il était de remplir ses engagements , et leur offrit au lieu de la Bourgogne , de payer à l'empereur deux millions d'éous. Alarçon et le vice-roi, voyant bien que la scène dont ils venaient d'être les témoins n'était qu'un jeu concerté entre le roi et ses sujets pour leur en imposer, lui déclarèrent que leur mattre était bien décidé à ne se relâcher en rien des conditions du traité 9 et ils se retirèrent ' . Avant de partir du royaume , ils eurent la mortification d'entendre publier avec la plus grande solennité la sainte ligue qui venait de se former contre l'empereur.

Charles, à la nouvelle de cette ligue, ne ménagea plus rien , et déclama publiquement contre François , en le traitant de prince tans foi et sans honneur. Il ne se plaignit pas moins de Clément , <juU sollicita vainement d'abandonner ses nouveaux alliés : il l'accusa d'ingratitude , et le taxa d'une ambition indigne de son caractère. Il ne s'en tint pas à le menacer de toute la vengeance qu'on pouvait redouter du pouvoir d'un empereur ; en publiant un appel à un concile général, il réveilla dans l'imagination du pape toutes les terreurs qu'inspire aux pontifes de Rome l'autorité de ces assemblées formidables. H

1 Bclcar., Comment, de Réb. Gai., 873. Mém. de rfuJMtaf , p. 97*

Allait cependant opposer quelque chose de plus que des reproches et des menaces h ta Kgue puissante qui s'était formée contre lui. Animé par tant de passions diverses , il déploya une activité et une vigueur extraordinaires , afin de faire passer en Italie de nouvelles troupes et surtout de prompts secours d'argent qui y étaient encore plus nécessaires. Les efforts des confédérés ne répondirent point à l'ani* mosité qu'ils avaient fait éclater contre l'empereur en entrant dans la sainte ligue. On imaginait que François allait agir avec la plus grande vigueur et communiquer le même esprit et la même activité h tous ses alliés» Il avait son honneur flétri à réparer , et plus d'un affront à venger. 11 lui fallait reprendre parmi les princes de l'Europe le rang qu'il avait perdu. Tant de sujets de ressentiment fortifiés par son impétuosité naturelle, semblaient menacer son rival d'une guerre plus cruelle et plus sanglante que toutes les précédentes ; on se trompa. Les épreuves cruelles par lesquelles François avait passé avaient laissé dans sou àme des impressions si profondes et si vives 9 qu'il se défiait de lui-même et de la fortune , et qu'il n'aspirait qu'au repos. Obtenir l'élargissement de ses enfants , et conserver la Bourgogne en payant un équivalent raisonnable, était le principal objet de ses vœux ; et , à ce prix , il eût volontiers sacrifié à l'empereur et Sfôrce et la liberté de l'Italie. Il se flattait que la seule crainte d'une ligue puissante porterait Charles à écouter des propositions équitables ; il craignait encore qu'en envoyant une armée assez forte pour sauver le Milanais, ses alliés, qu'il avait vus tant de fois beaucoup plus attentifs à leurs intérêts qu'exacts à remplir leurs engagements, ne l'abandonnassent aussitôt que les troupes de l'empereur seraient chassées de ce pays , défection qui priverait ses négociations avec l'empereur de l'importance et du poids que leur donnait son influence, comme chef d'une ligue puissante. Cependant le siège du château de Milan se pressait plus vivement que jamais, et Sforcese trouvait réduit à la dernière extrémité. Le pape et les Vénitiens , comptant que François les seconderait , firent marcher leurs troupes au secours de Sforce , et rassemblèrent bientôt une armée plus que suffisante pour remplir cet objet. Les Milanais, passionnément attachés à leur prince infortuné , et indignés contre les impériaux qui les avaient si cruels ment opprimés , étaient prêts à seconder les confédérés dans toutes leurs entreprises. Mais le duc d'Urbin, leur général, animé par une ancienne inimitié contre la famille des Médicis, aurait craint de

216 fflSTOlM 1» CHÀ*LBS^QUIHT.

faire aucune démarche qui pût contribuer à l'agrandissement ou à la gloire du pape * ; et il laissa échapper, ou à dessein ou par sa lenteur et l'irrésolution naturelle de son caractère , les occasions d'attaquer avec avantage les impériaux , et de les forcer à lever le siège.

Ces délais donnèrent à Bourbon le temps de faire venir un raifort de troupes fraîches et de se procurer de l'argent. Il prit aussitôt le commandement de l'armée, et poussa le siège avec tant de vigueur, que Sforce fut bientôt forcé de se rendre. Ce prince, en se retirant à Lodi, que les confédérés avaient surpris, laissa Bourbon paisible possesseur de ce duché, dont l'investiture lui avait été promise par l'empereur*.

Les Italiens commencèrent à s'apercevoir que François les avait amusés, et que, malgré la finesse et l'habileté dans l'art des négociations, dont ils se vantaient comme d'un talent qui leur était propret ils s'étaient, pour cette fois, laissé duper par un prince ultramontain. François avait jusque-là rejeté sur eux tout le poids de la guerre, et il tirait avantage de leurs efforts, pour donner plus de poids aux propositions qu'il faisait réitérer souvent à la cour de Madrid, afin d'obtenir la liberté de ses enfants*. Le pape et les Vénitiens s'en plaignirent et lui en|firent des reproches ; mais, voyant qu'ils ne pouvaient le tirer de son inaction , leur zèle et leur ardeur se ralentirent par degrés, et Clément, qui avait déjà passé les bornes de la circonspection ordinaire, ne tarda pas à s'accuser d'imprudence, et à retomber dans l'irrésolution qui lui était si naturelle.

Tous les mouvements de l'empereur, ne dépendant que de lui seul, furent par là même beaucoup plus prompts et mieux concertés. La modicité de ses revenus ne lui permettait pas de mettre dans ses opérations de guerre beaucoup de vigueur et de célérité ; mais il y suppléa par ses intrigues et ses négociations. La famille des Colonne, la plus puissante de toutes les maisons romaines , avait constamment suivi le parti de la faction gibeline ou impériale, pendant toutes ces querelles sanglantes des papes avec les empereurs, qui, durant plusieurs siècles, remplirent l'Allemagne et l'Italie de trouble et de carnage. Les causes qui avaient donné naissance à ces factions meurtrières n'existaient plus alors, et la rage qui les avait animées était presque

1 Guich., liv. xvii, p. 382.

1 Ibid., p. 376, etc., 189, 160, 166.

• &«sceUi, LeUen dêprincip., H, 1«7, etc.

tiVRB iv (1526). 217

épuisée ; mais les Colonne n'en conservaient pas moins le même attachement pour les intérêts de l'empereur: d'ailleurs» en se mettant sous sa protection, ils s'assuraient la possession tranquille de leurs terres et de leurs privilèges. Le cardinal Pompée Colonne, homme remuant et ambitieux, alors le chef de sa famille, était depuis longtemps l'ennemi de Clément. Il aspirait à la tiare, et s'était flatté» au dernier conclave, que son étroite liaison avec l'empereur lui assurerait la préférence sur Clément ; et, lorsqu'il se vit trompé dans ses espérances, il n'attribua ce mauvais succès qu'aux intrigues de son rival. C'était une espèce d'injure que ne pouvait jamais pardonner un ambitieux ; il avait pourtant dissimulé son ressentiment jusqu'à donner sa voix pour l'élection de Clément et accepter de grands emplois dans sa cour ; mais il n'en était pas moins impatient de trouver l'occasion de se venger. Don Hugues de Moncade , ambassadeur de l'empereur à Rome, qui connaissait les sentiments de Colonne, n'eut pas de peine à lui persuader de profiter de l'absence des troupes du pape, alors employées en Lombardie, pour tenter une entreprise qui, en remplissant sa vengeance personnelle, servirait essentiellement les intérêts de l'empereur. Cependant le pape, que sa timidité personnelle rendait clairvoyant, veillait de près sur toutes les démarches de ses ennemis ; il avait démêlé leurs desseins d'assez bonne henre pour avoir le temps de rappeler un corps de troupes suffisant et se mettre en état de rompre toutes les mesures de Colonne ; mais Moncade sut si bien l'amuser par ses négociations, ses promesses et ses fausses confidences, qu'il endormit tous ses soupçons, et lui ôta l'idée de prendre les précautions nécessaires à sa sûreté. A la honte éternelle d'un pape puissant et renommé par sa politique, Colonne, à la tête de trois mille hommes, se saisit d'une des portes de Rome, au moment même où Clément était dans la plus parfaite sécurité, et se voyait hors d'état de résister à un si faible ennemi. Les Romains, qui n'avaient aucune insulte à craindre des troupes de Colonne, les laissèrent entrer sans obstacle : les gardes du pape furent dispersés en un moment ; et Clément épouvanté du danger qui le menaçait, confus de sa crédulité, et presque abandonné de tout le monde, s'enfuit avec précipitation au château Saint-Ange, qui fut aussitôt investi. Le palais du Vatican, l'église de Saint-Pierre, les maisons des ministres et des gens du pape furent livrés sans ménagement au pillage ; le reste de la ville ne souffrit aucun dommage. Clément, privé de tout ce qui lui était nécessaire,

218 HISTOIU DB CHARLE6-QUIÎTT.

soit pour se défendre, soit pour subsister, fut bientôt forcé de demander à capituler; et Moncade, introduit dans le château, loi imposa , avec toute la hauteur d'un conquérant, des conditions qu'il n'était pis en son pouvoir de refuser. Le principal article fut que Clément ne se bornerait pas à pardonner aux Colonne, mais qu'il tes admettrait même à sa faveur , et qu'il retirerait sur-le-champ de l'armée des confédérés toutes les troupes qui étaient h sa solde *.

Les Colonne , qui ne parlaient de rien moins que de déposer Clément et d'élever à sa place , sur la chaire de saint Pierre, Pompée, leur pavent, se récrièrent contre un traité qui les laissait à la merci d'un pontife justement irrité contre eux ; mais Moncade, qui ne s'oc- 1 eupait que des intérêts de son maître, eut peu d'égardsé leurs plaintes, et , par cette heureuse opération, désunit entièrement les forces ds confédérés.

Dans le temps même que Tannée des confédérés s'affaiblissait par une diminution si considérable, les impériaux recurent deux renforts; l'un, composé de six mille hommes, venait d'Espagne sous la ennemie de Lannoy et d'Alarçon; l'autre avait été levé dans l'empire par George Fiendspeig , gentilhomme allemand , qui, après avoir servi avec beaucoup de réputation dans les guerres d'Italie, avait aequ* tant de faveur et de crédit parmi ses compatriotes, qu'ils venaient en foule se ranger sous ses étendants, ne cherchant que l'occsskm 4e s'engager dans quelque entreprise militaire ; et , impatients alors de se délivrer du joug du despotisme civil et religieux, il a*en «vils jusqu'à quatorze mille au service de Frondsperg, sans autre gratification qu'un écu par chaque soldat. L'archiduc Ferdinand y anoaae deux mille hommes de cavalerie levésea Autriche. L* ne manquai t donc pas de troupes ; mais il ne pouvait trouver tas fsndi néeassaims à leur entretien. Ses revenus ordinaires étaient épuisés: dans l'enfance du commerce, le crédit des princes n'était pas fait fournie, rt ira nortfa ir VmtiWf mnlçrï toir loi urtiÉrn imTqunh on «t recours pour les gagner, malgré quelques changements qu'en fit ésns Iqpr constitution pour s'assurer de leurs suffrages, raÉuiaud constamment d'accorder k Charles aucun subside extraordinaire * ; an sorte que plus l'armée devenait nombreuse , plus les généraux

* Stador*, i, aïs*

UTBft IV (1526) « ttO

▼oyaient angmenter leur embarras. Bourbon, en particulier, se trouva dans une situation si critique, qu'il eut besoin 4e tout son courage pour s'en tirer. On devait des sommes immenses aux troupes espagnoles qui étaient déjà dans le Milanais, lorsque Frondsperg arriva encore avec six mille Allemands affamés et dépourvus de tout. Les premiers demandaient ce qu'on leur devait, les autres la paye qu'on leur avait promise à leur entrée dans le Milanais ; et les uns et tas m très pariaient avec beaucoup de hauteur. Bourbon était horé d'état 4e les satisfaire ; dans cette extrémité, il se vit forcé de commettre des actes de violence qui répugnaient à son caractère, naturellement doux et humain. Il fit prendre les principaux citoyens de Milan, et, à force de menaces et même de tourments, il en tira une somme ceû«sidérable ; il dépouilla les églises de toute leur argenterie et de ton leurs ornements. Le produit de ces violences n'était pas encore suffi» sant pour compléter la somme dont il avait besoin ; mais en distribuant ce qull avait aux soldats, il sut si bien les adoucir par ses caresses et ses témoignages d'amitié , qu'il apaisa pour le moment tous les murmures, quoiqu'il fût bien loin d'avoir acquitté tout ce qui leur était dû*.

Bourbon, obligé de chercher d'autres expédients pour se procurer de l'argent, accorda pour vingt mille ducats la vie et la liberté à Moron , qui avait été détenu en prison depuis la découverte de ta conspiration, et qui avait été condamné à mort par les juges espagnols nommés pour lui faire son procès. Tels étaient l'esprit et l'adresse de cet homme, et l'ascendant extraordinaire qu'il avait sur l'esprit de tous ceux qu'H approchait , qu'en peu de jour», de prisonnier qu'il était, il devint le plus intime confident de Bourbon, qui le consulta sur toutes les affaires importantes. Ce furent certainement ses in» simatiens qui firent naître dans l'esprit du connétable le soupçon que l'empereur n'avait jamais eu dessein de lui donner l'iavesûturi du duché de Milan, et que Lève et les autres généraux espagnols étaient moins des adjoints destinés k le seconder de bcmne foi dans l'exécution de ses projets , que des espions aportfe peur veiller sur sa conduite. Comme il conservait, à l'Age de quatre-vingts an, toute l'audace de la jeunesse , on peut encore lui attribuer l'idée du projet hardi et Inattendu que Bourbon osa tenter quétype temps après *«

1 Ripamont., Hist. MêdioL, lib. ix, p. 710. s Guich, Ht. xyii, p. 4t9.

&ÈD HISTOptB Ut CHÀ*LBS-QCIHT.

Les demandes et les besoins des troupes du Milanais devinrent ai pressants, qu'il fallut nécessairement songer k trouver quelque expédient pour les satisfaire. Les arrérages de leur solde s'accumulaient tous les jours; l'empereur ne faisait passer aucune remise k ses généraux, et toute la rigueur des exactions militaires ne pouvaient plus rien tirer d'un pays entièrement ruiné et épuisé. Dans cette situation, il ne restait plus que deux partis à prendre, ou de licencier l'armée, ou de la conduire dans le pays ennemi pour subsister. Le territoire des Vénitiens était le plus voisin ; mais ils avaient su 9 par leur prévoyance ordinaire, mettre leur pays à l'abri de toute insulte. Il fallait donc envahir les États de l'Église ou ceux de Florence ; et Clément avait mérité, par ses dernières démarches, que l'empereur en tirât la vengeance la plus sévère. Ses troupes n'étaient pas plutât rentrées dans Rome, après le soulèvement des Colonne, que, sans aucun égard pour le traité conclu avec Moncade , il dégrada le cardinal, excommunia le reste de cette famille , s'empara de toutes les places fortes qu'elle occupait , et fit ravager ses terres avec toute la fureur que peut inspirer le ressentiment d'une injure récente : il tourna ensuite ses armes contre Naples ; et comme il était secondé par la flotte française, il fit quelques progrès dans la conquête de ce royaume, avec d'autant plus de facilité que le vice-roi, ainsi que les autres généraux de l'empereur, manquait de l'argent dont il aurait eu besoin pour faire une vigoureuse résistance *.

Cette conduite du pape justifia en apparence les mesures que h nécessité fit prendre k Bourbon ; le désavantage des circonstances dans lesquelles il entreprit d'exécuter son projet est une preuve incontestable et du désespoir où il était réduit, et de la supériorité des talents qui lui firent surmonter tant d'obstacles. Après avoir confié le gouvernement de Milan à Lève, qu'il n'était pas fâché de laisser derrière lui, il se mit en marche au fort de l'hiver à la tète d'une armée de vingt-cinq mille hommes, de nations, de moeurs et de langues différentes, sans argent, sans magasins, sans artillerie , »■* bagages ; enfin sans aucune des choses nécessaires au plus petit détachement , et par conséquent essentielles pour faire mouvoir et même exister une grande armée. U avait k traverser un pays coupé de rivières et de montagnes, dont les chemins étaient impraticables ;

• Jovius, Yîta Po»j>. Cotant. Guich., liy. xvni, p. 4*4*

uvm iv (1526). 231

et, pour mettre le comble à toutes ces difficultés, il voyait Tannée ennemie, supérieure en nombre, à portée d'épier tous ses mouvements et de profiter de tous les avantages qui se présenteraient. Heureusement ses troupes, lassées de leurs souffrances présentes, n'en cherchaient que la fin : animées d'ailleurs par l'espérance d'un butin immense, elles ne firent pas seulement attention au mauvais état dans lequel elles entreprenaient une marche si pénible , et suivirent leur chef avec allégresse. Son premier but était de se rendre maître de Plaisance , et d'accorder à ses soldats le pillage de cette ville ; mais la vigilance des généraux des alliés fit échouer ce projet. Bourbon ne réussit pas mieux dans le dessein de s'emparer de Bologne ; cette ville se trouva pourvue à temps d'une garnison asses forte pour la mettre à couvert des insultes d'une armée qui n'avait ni munitions ni artillerie. Le mauvais succès de ces deux tentatives ne lui permettant plus d'espérer de conquérir aucune ville considérable, il fut forcé de marcher en avant ; mais il y avait déjà deux mois qu'il était en route ; ses troupes avaient souffert tous les maux qu'une longue marche et la rigueur extraordinaire de la saison multipliaient sous les pas d'une armée qui se trouvait dépourvue de tout dans un pays ennemi. Les magnifiques promesses qui les avaient éblouies d'abord n'avaient eu aucun effet : elles ne voyaient aucune espérance d'un soulagement prochain : poussées à bout, elles commencèrent à murmurer, et en vinrent bientôt à une révolte déclarée. Quelques officiers, qui eurent la témérité de vouloir les réprimer, furent la victime de leur furie : Bourbon lui-même n'osa s'exposer au premier transport de leur rage , il fut obligé de s'enfuir secrètement de ses quartiers ' . Mais leur fureur, après les premiers transports, commença à se calmer peu à peu : Bourbon, qui possédait au suprême degré l'art de manier l'esprit des soldats , en profita pour leur renouveler ses promesses avec un ton de confiance plus ferme encore qu'auparavant, et leur assura qu'ils en verraient bientôt l'accomplissement. Il tâchait de les engager à supporter leurs peines avec plus de patience, en les partageant lui-même : il ne se ménageait pas plus que le dernier fantassin : il marchait avec eux à pied ; il joignait sa voix aux chansons qu'ils composaient, et dans lesquelles , au milieu des éloges qu'ils donnaient à sa valeur, ils mêlaient quelques

1 Guich., liv. xvni, p. AU, Jovius, YUa Colonn. 163, . .: •

HISTOIRE DE €HÀl£B*<QtJIKT.

raMeries militaire* sur sa pauvreté. Partout où ils passaient, Il Veut permettait de piller avec discrétion les villages voisins, comme pour commencer à s'acquitter eavmettx des promesses qu'il leur avait faîtes: encouragés par ces adroites complaisances, ils oublièrent entièrement leurs souffrances et leurs plaintes , et continuèrent de le suivre avec une confiance aussi aveagle qu'ils lui en eussent jamais montré f . Cependant Bourbon cachait avec soin ses intentions. Rome et Florence, ne sachant de quel côté allait fondre l'orage, étaient dans f incertitude la plus inquiétante, dément, qui s'intéressait à la afreté des deux villes, était plus irrésolu que jamais, et lorsque les approches rapides du danger exigeaient les mesures les plus promptes et tes plus décisives , il perdait le temps à délibérer sans rien conclure, ou à prendre un jour des résolutions que son esprit inquiet et ptw adroit à découvrir les dHHcultés qu'à en trouver le remède, abandonnait le lendemain, sans pouvoir se fixer à aucun autre parti. Tantêt il était résolu de s'unir plus étroitement que jamais à ses alliés, et de pousser la guerre avec vigueur ; tantôt il était tfavisde terminer à l'amiable tous les différends, en faisant un traité aroec Laanoy qui, connaissant la passion du pape pour les négociations, lui faisait jour, dans cette vue, de nouvelles propositions. À la fin « dHé remporta et le détermina k conclure avec Lanuey un raodement, dont les principaux articles étaient qu'il 7 aurait une suspension d'armes de huit mais entre les troupes du pape etocfics de l'empereur ; que Clément avancerait une somme de soixante mille écus pour payer les troupes impériales; que km Colonne seraient référés des censures ecclésiastiques, et remis en possession êe leum terres et de leurs dignités ; et que la vk»coi irait à Rome, et empêcherait Bourbon de rapprocher pins paès de cette ville, ami que de Florence *. Quoique ce tmilé ne fcnastt plus à Clément uucmm espérance d'être soutenu par «m aHfés> et ne lut donnât cependant aucun garant solide de m sûreté, il se crut parla détiné tout d'un eoup de tous les embarras qui l'effrayant; et, dans l'exoè» 4e m confiance, il licencia tontes ses troupes, à la réserve de ce qti était nécessaire pour la garde de m personne. Guiehardm, qui ee tmuvuR alors au milieu de l'armée des alliés en qualité ds c#mmifl6ah*fé~

1 OEuvr. de Brant., vol. IV, p. 146, sic. * Guich., Ut. xrni, p. 436.

UVBC IV (1596).

aérai du pape, et que ce poste ainsi que se» grands talents à portée de voir toute l'illusion des espérances dont Clément «se laissait abuser, ne pouvait concevoir cette étonnante confiance dans un pape qui, en toute autre occasion, s'était montré excessivement timide et soupçonneux ; il ne pouvait expliquer cette conduite qu'en l'attribuant à l'esprit d'aveuglement dont sont frappés ceux que le ciel a condamnés à une ruine inévitable * .

U parait que l'intention de Lannoy était d'exécuter de bonne Coi le traité qu'il venait de faire ; ayant réussi à détacher Clément de la ligue, il eut voulu que Bourbon tournât ses armes contre les Vénitiens, qui, de tootes les puissancesen guerre avec l'empereur, étaient ceux qui avaient montré le plus de vigueur. Daus cette vue, il dé* pécha un courrier à Bourbon pour l'informer delà suspension d'armes qu'il venait de conclure avec le pape, au nom de leur commun maître* Bourbon avait d'autres projets ; et il était trop avancé dans son entreprise pour l'abandonner. Il eût été dangereux de parler de retraite à ses soldats ; d'ailleurs il était bien aise de mortifier un v homme qu'il avait tant de raison de haïr : et , comme son commandement ne dépendait en rien de Lannoy, il ne tint aucun compte de ton message, et continua de ravager les États ecclésiastiques et de s'avancer vers Florence. Son approcha fit renaître toutes les terreurs et toutes les inquiétudes de Clément, qui eut recours à Lannoy et le conjura d'arrêter la marche de Bourbon. En conséquence Lannoy partit pour se rendre à l'armée, mais il n'osa s'en approcher. Dès que les soldats de Bourbon eurent connaissance de la trêve, ils entrerait en fureur, se répandirent en menaces, et demandèrent l'accompli* sèment des promesses auxquelles ils s'étaient fiés : leur général même pouvait à peine les contenir; et tous les habitante de Borne virent bipa qu'il ne restait phis d'autre parti que de se préparer à résister à l'orage qu'il n'était plus possible de détourner. Clément seul, eomp* tant toujours sur quelques protestations équivoques et trompeta* que faisait Bourbon de son inclination pour la paix, retomba dans an première sécurité '•

Bourbon, de son edté, n'était pas sans inquiétude. Jusqu'ici toutes ses tentatives sur les places de quelque importance «votent écfcaué, et

1 Guich, Ut. xyiii, p. 440.

* Ibid., p. 437, etc. Jftnt. de du Bellay, p. 100,

324 HISTOIRE DE CHARLEfr-QUINT.

Florence, qu'il avait menacée quelque temps, se trouvait, par l'arrivée des troupes du duc d'Urbin, en état de braver une attaque. Il fallut alors changer nécessairement de route , et prendre sur-lechamp une résolution nouvelle : il s'arrêta sans hésiter à un parti qui était aussi hardi qu'il parut impie h ses contemporains ; c'était d'attaquer Borne et de la livrer au pillage. Il avait en effet plusieurs raisons pour s'y déterminer. Il était jaloux de traverser Lannoy qui avait entrepris de mettre cette ville en sûreté ; il s'imagina que l'empereur serait très-satisfait de voir humilier Clément , le premier auteur de la ligue qui s'était formée contre lui ; il se flattait qu'en contentant l'avidité de ses soldats par l'immense butin de cette capitale, il les attacherait pour toujours à ses intérêts; ou, ce qui est plus vraisemblable encore, il espéra que la puissance et la gloire que lui promettait la prise de la première ville de la chrétienté le mettraient en état de jeter les fondements d'un pouvoir indépendant; et qu'après avoir rompu toute liaison avec l'empereur, il pourrait posséder en son nom seul Naples ou quelque autre Etat d'Italie * .

Quels que fussent ses motifs, il exécuta son projet avec une célérité égale à l'audace qui l'avait conçu. Ses soldats, qui avaient leur proie sous les yeux, ne se plaignaient plus ni de leurs fatigues, ni de la famine, ni du défaut de paye. Quand le pape les vit s'avancer de la Toscane vers Rome, il sentit la frivolité des espérances dont il s'était bercé, et se réveilla tout à coup de son assoupissement ; maisil était trop tard. Un pontife, même hardi et prompt à se décider, n'aurait plus eu assez de temps pour prendre des mesures efficaces et former avec succès un plan de défense. Sous la faible administration de Clément , tout ne fut que consternation, désordre et irrésolution. Il rassembla cependant ceux de ses soldats licenciés qui étaient restés dans Rome ; il arma les artisans et les domestiques des cardinaux ; il fit réparer les brèches des murailles, commença de nouvelles fortifications, et excommunia Rourbon et ses soldats, flétrissant les Allemands du nom de luthériens, et les Espagnols de celui de Mores *. Se reposant ainsi sur ces préparatifs imparfaits, et sur la terreur de ses armes spirituelles, que méprisaient encore plus des soldats affamés de butin, il parut quitter sa timidité naturelle, et, contre l'avis desoa

1 Brant., IV, 271 ; VI, 189. Bdctrius, Comment., (KM, * Seckcnd.,liy. n,p. 68.

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