‹ Histoire de l'empereur Napoléon 1erChapitre 11 sur 32 · SACRE · texte numérisé non relu

SACRE

qui avait été nébuleux toute la matinée , s'éclaircit tout à coup au moment où l'empereur parut sur le parvis de Notre-Dame, et la foule crut reconnaître à ce signe un présage favorable. L'empereur et le peuple avaient déjà remarqué qu'un beau soleil avait coutume d'éclairer les fêtes données en l'honneur de Napoléon, et ils attachaient à cette circonstance une idée superstitieuse. Le pape sacra Napoléon et Joséphine en présence des princes de la maison impériale, des membres du sacré collège , des prélats français, de tous les ordres de l'État, du corps diplomatique et d'une députation de la république italienne. Après avoir fait la triple onction , il adressa au Ciel l'oraison suivante : «Dieu tout-puissant, qui avez « établi Azaël pour gouverner la Syrie, et Jéhu roi d'Is- « raël, en leur manifestant vos volontés par l'organe « du prophète Élie ; qui avez également répandu l'onc- « tion sainte des rois sur la tête de Saùl et de David par « le ministère du prophète Samuel , répandez par mes « mains les trésors de vos grâces et de vos bénédictions « sur votre serviteur Napoléon , que malgré notre indi- « gnité personnelle nous consacrons aujourd'hui empe- « pereur en votre nom. »

Prenant alors la couronne des mains du saint-père, Napoléon la posa sur sa tête, comme s'il voulait par cette action indiquer qu'il ne tenait son pouvoir que de lui-même et non de Rome. Un moment après, l'impératrice s'étant mise à genoux devant lui, l'empereur la couronna de ses propres mains. Cette cérémonie du sacre frappa vivement les esprits : la multitude et l'armée demeurèrent saisies d'admiration au spectacle de ces pompes, dont la France avait perdu le souvenir. Les incrédules, et ils étaient nombreux, eurent cependant quelque peine à retenir leurs moqueries en présence des pieuses manifestations de l'Église ; ils souriaient au spectacle de la mule et au passage du porte-croix de Sa

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Sainteté; et pourtant, de toutes les grandeurs de ce jour, l'humble croix est demeurée seule debout dans le monde.

Le lendemain, une grande solennité militaire , la distribution des aigles , réunit l'armée au Champ-de-Mars. Peu de jours après, le pape quitta Paris sans avoir pu obtenir pour l'Église ce qu'il avait le droit d'attendre de la reconnaissance de Napoléon.

L'empereur poursuivait à pas de géant le terme où son ambition voulait atteindre. Ce n'était déjà plus assez pour lui de la couronne impériale de France ; la couronne des anciens rois lombards, qu'avait également portée Charlemagne, dut à son tour ceindre son front. Le 17 mars 1805, de nouveaux députés de la république italienne, ayant passé les monts, vinrent offrir à Napoléon le titre de roi d'Italie.

« Depuis le moment, — répondit l'empereur, sur son trône, dans tout l'appareil de la puissance suprême, — où nous parvînmes pour la première fois dans vos contrées, nous avons toujours eu la pensée de créer indépendante et libre la nation italienne. Nous avons poursuivi ce grand projet au milieu de l'incertitude des événements.

« Nous formâmes d'abord les peuples de la rive droite du Pô en république Cispadane, et ceux de la rive gauche en république Transpadane. Depuis, de plus heureuses circonstances nous permirent de réunir ces États et d'en former la république Cisalpine.

« Au milieu des soins de toute espèce qui nous occupaient alors, nos peuples d'Italie furent touchés de l'intérêt que nous portâmes à tout ce qui pouvait assurer leur prospérité et leur bonheur, et lorsque, quelques années après, nous apprîmes , au bord du Nil, que notre ouvrage était renversé , nous fûmes sensible aux malheurs auxquels vous étiez en proie. Grâce à l'invincible

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