‹ Histoire de l'empereur Napoléon 1erChapitre 12 sur 32 · SACRE · texte numérisé non relu

SACRE

courage de nos armées, nous parvînmes dans Milan lorsque nos peuples d'Italie nous croyaient encore sur les bords de la mer Rouge.

« Notre première volonté, encore tout couvert de sang et de la poussière des batailles , fut la réorganisation de la patrie italienne...

« La séparation des couronnes de France et d'Italie, qui peut être utile pour assurer l'indépendance de vos descendants, serait dans ce moment funeste à votre existence et à votre tranquillité. Je la garderai, cette couronne , mais seulement tout le temps que vos intérêts l'exigeront... »

Napoléon partit pour Milan avec l'impératrice , et revit avec elle le champ de bataille de Marengo , sur lequel il passa en revue une armée de trente mille hommes; il avait revêtu ce jour-là le vieil uniforme consulaire usé et troué qu'il portait dans cette mémorable action. Le 8 mai, il fit à Milan une entrée solennelle; le 26 eut lieu le second couronnement, et Napoléon fut sacré roi d'Italie par le cardinal Caprara. Comme à Paris, il se couronna lui-même, et s'écria en prenant la couronne de 1er sur l'autel : « Dieu me la donne, gare à qui la touche! » Le prince Eugène de Beauharnais, fils de Joséphine, fut déclaré vice- roi d'Italie.

Le 4 juin suivant, la république Ligurienne (l'ancien territoire de Gènes) fut réunie à l'empire français, et forma les trois départements de Gênes, de Montenotte et des Apennins. Un mois après, les États de Parme furent également incorporés à la France , et la république de Lucques forma l'apanage d'Élisa Bonaparte , sœur de l'empereur et femme de Pascal Bacciochi, officier corse. Ce dernier reçut les titres de prince de Piombino et d'Altesse Sérénissime.

Ainsi l'empereur en était venu à réunir sous sa domination l'immense territoire des anciennes Gaules cisal-

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pine et transalpine. L'Europe continentale, effrayée de ces envahissements successifs qui révélaient une tendance à la domination universelle, ne pouvait tarder davantage à se lever à la voix de l'Angleterre, pour y opposer une digue ; une nouvelle coalition se forma contre la France. Le ministre Pitt détermina la Suède, la Russie et l'Autriche à se réunir sous le drapeau de la haine commune.

L'empereur était de retour en France; il se rendit au camp de Boulogne, où se trouvait rassemblée la grande armée d'Angleterre. Le port de Boulogne contenait, à lui seul , neuf cents bâtiments de guerre ; depuis deux ans les côtes de la Manche étaient couvertes de vaisseaux, et la flotte se préparait chaque jour par de nouvelles escarmouches navales à la mission que l'empereur lui avait assignée, celle d'attaquer la Grande-Bretagne jusque dans son propre sein, et de renouveler la merveilleuse expédition de Guillaume de Normandie.

Divers présages que Napoléon acceptait avec empressement semblaient annoncer le succès de la descente : en creusant la terre pour élever la tente de l'empereur, les ouvriers avaient découvert une hache d'armes romaine ; plus loin, à Ambleteuse, on trouva des médailles de Guillaume le Conquérant; un autre jour enfin, près de la tour de César, on voyait apparaître , en fouillant le sol, les ruines d'un camp romain, et l'armée saluait avec enthousiasme cette espérance de victoire.

Mais déjà une carrière non moins digne de l'armée française et de son capitaine s'est ouverte pour eux, Voilà que les légions de l'empereur d'Autriche ont passé rinn et envahi le territoire allié de l'électeur de Bavière.

Pendant que quatre-vingt-dix mille hommes, aux ordres de l'archiduc Ferdinand et du général Mack, envahissaient ainsi l'électorat, trente mille autres, commandés par l'archiduc Jean, prenaient position dans le Tyrol,

et cent mille combattants marchaient sur PAdige, sous la conduite de l'archiduc Charles; deux armées russes accouraient à marches forcées des steppes de la Lithuanie et de la Pologne pour se joindre à la grande armée autrichienne. Cette troisième coalition était prévue ; Napoléon avait reconnu la politique de Pitt et la longue persévérance de l'Angleterre : de sa baraque du camp de Boulogne, il dicta à ses secrétaires le plan d'une nouvelle campagne en Allemagne, et régla le départ de tous les corps d'armée depuis le Hanovre et la Hollandejusqu'aux Pyrénées et aux Alpes ; il prescrivit d'avance l'ordre des marches, leur durée, les points de campement, les lieux où l'ennemi devait être attiré, refoulé et vaincu; puis, avec la rapidité de l'aigle, qu'il avait pris pour l'emblème de son empire, il transporta de Boulogne sur le Rhin l'armée d'Angleterre, qu'il avait nommée la grande armée. Le 27 septembre l'empereur était à Strasbourg; déjà le prince Murât, son beau-frère*, et le maréchal Lannes avaient passé le Rhin et^opéré le mouvement à l'aide duquel l'empereur cherchait à faire croire au'général Mack que nous voulions pénétrer en Souabe par les défilés de la forêt Noire, et gagner la tête des eaux du Danube pour agir sur la rive droite. En même temps, et d'un autre côté, Ney marchait sur Stuttgard, iSoult sur Heilborn, et Davout sur Œttingen, au delà du Necker; les autres corps suivaient la direction qui leur avait été assignée, et Masséna défendait l'Italie contre l'archiduc Charles. Le général Mack, trompé par les habiles conceptions de l'empereur, concentrait toutes ses foi ces autour de la ville d'Uim ; le 6 et le 7 otobre, cent mille hommes de l'armée française avaient franchi le Danube et occupé une partie de la Bavière. Le 9, Napoléon entrait à Augsbourg; le 12, à la suite de plusieurs combats glorieux, il s'emparait de Munich, et chassait les Autrichiens de l'électorat; le 20, trente mille hommes, commandés par

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Mack et enfermés dans la ville dUlm, se rendaient aux Français sans même oser les combattre. Le 26, l'armée passe l'Iser; le 27, elle franchit l'Inn à son tour; le 28, elle entre à Braunau; le 30, à Salzbourg; elle remporte successivement les combats de Merbach et de Lawbach, s'empare de Lintz, passe la Frann , écrase l'ennemi sous les murs d'Ebersberg : on voudrait en vain suivre ses opérations , dont la promptitude égale la multiplicité ; chaque jour est signalé par un combat, et chaque combat est une victoire. Tout le Tyrol est conquis sur les Allemands le 9 novembre. Le 11 , l'avant-garde des Russes est battue; le 13, l'armée française entre dans Vienne; le 15, elle est à Presbourg ; le 19, à Brûnn et dans toute la Moravie. Ce jour-là, montrant à ses généraux les grandes plaines d'Austerlitz, qui s'étendaient sous4 leurs regards, Napoléon leur avait dit : « Étudiez ce champ de bataille , dans huit jours nous y verrons l'ennemi. »

Cependant les Autrichiens et les Russes, bien supérieurs en nombre aux soldats de Napoléon, occupaient des retranchements formidables, qu'il eût été inhabile d'attaquer de front; l'empereur, par une adroite manœuvre, feint de se replier vers le Nord ; ses ennemis se hâtent de lui couper la retraite ; mais c'était là que Napoléon les attendait. Déjà l'empereur de Russie, plein de confiance dans le succès de la bataille qui se préparait , lui avait envoyé un de ses aides de camp comme pour éviter l'effusion du sang au prix de conditions pacifiques ; ces étranges stipulations imposaient à la France la nécessité de renoncer à ses conquêtes du Rhin et de l'Italie. Accepter une pareille honte, c'eût été pour Napoléon s'avouer vaincu avant la bataille , et il n'avait pas accoutumé ses ennemis à des actes de pusillanimité; cependant il feint de dissimuler et répond à l'envoyé d'Alexandre avec une modestie qui trompe l'aide de camp et lui fait croire à la prochaine défaite de l'armée française. Ce jeune homme

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