‹ Histoire de l'empereur NapoléonChapitre 12 sur 51 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Organisation du conseil d'état. Congrès île LunOvillc. Fcto de la fondation de la répnhli(ine. Comjtlot ri'imblieain. Conspiration royaliste. Marliine infernale.

4 signalure des préliminaires de ki paix eiUi'c la France et l'Autriche, par le premier consul, suivit de près la célébration du i h juillet , et ^^Z justifia les dispositions pacifiques qu'il avait manifestées aux députés envoyés à Paris par les armées d'Allemagne et d'Italie.

Un mois après , Bonaparte s'occupa d'organiser le conseil d'état et d'en nommer les membres. Le 5 septembre il conclut un traité d'amitié et de conmierce entre la France et les États- Unis ; et le 20 du même mois , sur le refus de l'empereur de signer les préliminaires de la paix , il indique un autre congrès à Lunéville, où il fit représenter la république par le général Clarke.

La fête du 1'"'' vendémiaire ne fut pas moins pompeuse (pie celle du I \ juillet. Des députés de toutes les autorités départementales y assisté-

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reut. On avnit flxéà oc jour la pose de la preraièiv pierre du inomimeiil national à ériger sur la place de la Victoire , à la mémoire de Dcsaix et de Kléher , tombés tous deux le même jour, Tun à .Marengo, sous le leu deTennemi; l'autre au Caire, sous le poignard (run assassin. La liaiis-

lation des cendres de l'urenne au temple de 3Iars, ordonnée par les consuls, ajouta aussi à l'éclat de l'anniversaire de la fondation de la république. Le ministre de la guerre , Garnot , prononça un discours à cette occasion, et nulle bouche n'était plus digne que la sienne de faire l'éloge du guerrier immortel dont la France honorait les restes. C'était la science militaire , le génie modeste , les vertus publiques et privées du grand capitaine de la monarchie , célébrés par le grand citoyen de la république qui avait mis, comme Turenne, au service de son pays , et sa haute moralité, et sa profonde connaissance de l'ait de la guerre. Carnot sut mêler

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aux iioiLis de Klébor et de Desaix celui du brave et savant Laîoui'-d'Auvergne, qui venait d'être tué en Allemagne, et dont la mort frappait la race même du grand homme à la mémoire duquel il payait un tribut solennel. Ce fut un beau jour pour tous les Français fiers et jaloux de ce nom que celui où la patrie reconnaissante put confondre ainsi , dans une apothéose commune, ses ilhistres enfants de tous les temps el de tous les régimes , sous les auspices d'un gouvernement qui avait pour ministre Carnot, et pour chef Bonaparte.

L inauguration du Pry tance, à Saint -Cyr, marqua encore la célébration du huitième anniversaire de la fondation de l'ère républicaine.

Cependant , malgré la pompe des fêtes civiques , et malgré les elToi'ls du consul pour ne pas donner l'alarme aux patriotes ombrageux sur la nature de ses arrière-pensées, la manière dont il s était emparé du pouvoir et les dispositions qu'il avait montrées depuis annonçaient trop son impatience d'en unir avec les institutions républicaines, pour que les vétérans et les adeptes du parti républicain, Niolemment irrités, ne trouvassent pas parmi eux (pielques fanatiques , capables de concevoir et d'exécuter l'assassinat d'un homme qui n'était pour eux qu'un usurpateur et qu'un tyran. L'ex-député Arena , le sculpteur Cérachi, Topino- Lebrun , élève de David , et Damerville étaient de ce nombre. Un misérable, nommé Ilarrel, exploita leurhaine contre Bonaparte, et les lit entrer dans un complot dont il livra les fils à la police. Telle fut la sécurité du premier consul à l'égard des auteurs de cette trame, qu'il ne s'abstint pas d'assister à la représentation extraordinaire de l'Opéra, où les conjurés avaient résolu de l'assaillir.

De leur côté , les partisans opiniâtres des Bourbons , qui s'étaient flattés un instant de rencontrer un Monck dans Bonaparte, et qui ne pouvaient plus conserver ce fol espoir, se jiiirent à conspirer contre lui. La malveillance étrangère , l'émigration et la chouannerie s'entendirent , et la machine infernale éclata. C'était le 5 nivôse; le premier consul se rendait à l'Opéra , où l'on donnait la première représentation de l'oratorio d'Haydn, la Créai ion. 11 était accompagné de Lannes, Berthier et Lauriston. En passant dans la rue Saint-Mcaise , il fut surpris par l'explosion d'un baril de poudre qu'on avait placé sur une charrette. Dix secondes de retard, et c'en était fait de Bonaparte et de sa suite. Heureusement le cocher, qui était ivre, fouetta les chevaux plus vivement que de

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coutume, et cette plus grande célérité, due à un incident si singulier

préserva l'homme dont la (in tragique eût changé les prochaines destinées de la France et de TEuropc. " Nous sommes minés , sï'cria le premier consul. '• Lannes et Berthier insistaient pour ([u'on rentrât aux Tuileries. « Non , non, dit Bonaparte, à l'Opérai . 11 y parut en effet, et se mit sur le devant de sa loge, où il montra un front aussi serein et aussi calme que si la quiétude la plus parfaite eût régné dans son àme. Il n'en était

rien cependant. Après quelques instants donnés à cette démonstration publique de tranquillité, il fut emporté par la violence de ses impressions , et il accourut aux Tuileries , où se pressaient les personnages influents de l'époque , pour savoir ce qui s'était passé et ce qui allait en advenir. A peine arrivé au milieu d'eux, Bonaparte s'abandonna à toute la fougue de son caractère, et, d'une voix forte, il leur dit : » Voilà l'œuvre des jacobins; ce sont les jacobins qui ont voulu m' assassiner !.. . Il n'y a là-dedans ni nobles, ni prêtres, ni chouans ! ... Je sais à quoi m'en tenir , et l'on ne me fera pas prendre le change. Ce sont des septembriseurs, des scélérats, couverts de boue , qui sont en révolte ouverte , en conspiration permanente , en bataillon carré contre tous les gouvernements qui se sont succédé. Ce sont des artisans, des peintres^ qui ont l'imagination ardente , un peu plus d instruction que le peuple , et exercent de l'influence sur lui. Ce sont les assassins de Versaflles, les brigands du 51 mai, les conspirateurs de prairial, les auteurs de tous les crimes commis contre les gouvernements. Si on ne peut les enchaîner, il faut qu'on les écrase; il faut purger la France de cette lie dégoûtante. Point de pitié pour de tels scélérats ! . . . »

Ces paroles, où la prévention se mêlait à l'indignation la plus juste, furent répétées, à peu près, dans une réponse du premier consul à une députationdu département de la Seine; mais ce ([u'il y eut de déplorable , c'est qu'elles furent aussi suivies du supplice des victimes que l'agent provocateur Harrel avait livrées à la pohce, et de la déportation de cent trente citoyens que la persévérance et l'ardeur de leur patriotisme rendaient suspects. Le ministre de la police , Fouché , qui avait à se disculper de n'avoir point prévenu et déjoué l'attentat, se montra l'un des plus ardents à frapper les prétendus coupables; et les mesures (jull proposa obtinrent aisément la sanction du premier consul , dont il excitait et dirigeait depuis longtemps les soupçons contre les républicains. Par une combinaison que rien ne saurait justifier, on ne se contenta pas de proscrire en masse des innocents , on voulut aussi les vouer au mépris et à l'opprobre en associant monstrueusement les noms honorables de Talot, de Destrem,de Lepelletier-Saint-Fargeau, etc., etc., à ceux de quelques sicaires obscurs de la terreur, auxquels on affecta d'appliquer l'épilhète de septembi'iseurs , afin de rendre leur complicité

' AUusion à Ccraulii et Toiiiuo-Lebun , l'un sculpteur et l'autre peintre.

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plus accablanle pour ces républicains irréprochables (pi'on voulail flétrir et (léportei- en même temps. Un mois après on découviit que le crime appartenait aux royalistes; deux émissaires de la chouannerie, Carbon et Saint-Régent, convaincus détre les auteurs de Tattenlat. lurent condamnés à mort et exécutés ; mais cette punition des ^ rais coupables ne fit pas révoquei' la mesure que le gouvernement avait prise ab iralo contre les démocrates iimocents , qui , à leur passage à Nantes , avaient failli devenir victimes de l'indiiination publique.

Cette justice dictatoriale rencontra peu d'opposants , tant l'opinion était alors prononcée en faveur de Bonaparte. L'amiral Truguet hasarda pourtant (pielques réflexions en faveur du parti dont il professait les doctrines , et il se plaignit de ce que l'esprit public était corrompu par des publications qui prêchaient le retour à la monarchie et au gouvernement héréditaire. C'était une allusion à l'écrit intitulé Parallèle enlre César, Cromwel cl Bonaporlc, lequel était publié sous la protection du ministre de l'intérieur, et paraissait évidemment destiné à sonder les dispositions du peuple français sur la révolution que Bonaparte méditait.

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