‹ Histoire de l'empereur NapoléonChapitre 17 sur 51 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Convocation du corps législatif. Vérification des votes populaires. Arrivée du pape Pie VII en France. Couronnement de Tempereur.

'ÉPOQUE du couronnement approchait.

Gafarelli mandait de Rome que sa mis- ,sion avait réussi. Napoléon allait s'as- ' seoir sur le trône des fils aines de TÉ- >,glise avec Tassentiraent solennel et ^-sous les auspices mêmes du chef infaillible de l'Église, Mais aux pompes de la religion devait se joindre aussi le faste des représentations polili(|ues. Le sénat, le tribunat et le conseil d'état pouvaient être considérés comme en état de permanence ; le corps législatif seul avait besoin d'être convoqué longtemps d'avance, et il le fut par un décret du 17 octobie.

Les membres du sénat avaient déjà prêté un serment individuel à Tempereur, et le président de ce corps , François de Neufchàteau , avait même prononcé un discours où Ton remaïquait la phrase suivante :

« Sire , dans un avenir reculé , quand les enfants de nos enfants viendront dans le même appareil reconnaître comme empereur celui de vos petits-enfants ou de vos arrière-neveux qui devra recevoir leur serment de fidélité, pour lui peindre les sentiments, les vœux et les besoins du peuple, pour lui tracer tous ses devoirs , on n'aura qu'un mot à lui dire : « Vous vous appelez Bonaparte ; vous êtes Thomme de la France : prince, souvenez-vous du Grand Napoléon. »

Lorsque les votes du peuple sur le sénatus-consulte du 28 floréal an xii eurent été recueillis, et que la commission spéciale du recensement, dont Rœderer fut l'organe, eut constaté que « trois millions cinq cent soixante et douze mille trois cent vingt-neuf citoyens » avaient déclaré vouloir l'hérédité de la dignité impériale dans la descendance directe, naturelle, légituue et adoptive de Napoléon Bonaparte, et dans la descendance naturelle et légitime de Joseph Bonaparte et de Louis Bonaparte, ce fut encore François de Neufchàteau qui fut chargé de féliciter Napoléon sur le nouveau témoignage de confiance et de gratitude que venait de lui donner le peuple français. Au milieu des efforts d'adulation et des flagorneries académiques qui devaient composer nécessairement le discours officiel du président du sénat , et qui étaient du moins excusables en face d'un homme tel que Napoléon , l'orateur sut marquer la distinction essentielle qu'il fallait établir entre la monarchie impériale et l'ancienne royauté, et qui n'était pas autre que celle qui existait entre la révolution elle-même et l'ancien régime, puisque, sans cela, le vote récent du peuple français aurait été inexphcable. « Le titre d'empereur, dit-il , a toujours rappelé , non cette royauté devant laquelle s'humilient et se prosternent des sujets, mais l'idée grande et libérale d'un premier magistrat commandant au nom de la loi , à laquelle des citoyens s'honorent d'obéir. »

Napoléon répondit :

« Je monte au trône où m'ont appelé les vœux unanimes du sénat, du peuple et de l'armée , le cœur plein du sentiment des grandes destinées de ce peuple, que du milieu des camps j'ai le premier salué du nom de grand.

»» Depuis mon adolescence , mes pensées tout entières lui sont dé\ o-

lues ; et je dois le dire ici , mes plaisirs et mes peines ne se composent plus aujourd'hui que du bonheur ou du malheur de mon peuple.

» Mes descendants conserveront longtemps ce trône , le premier de l'univers.

» Dans les camps, ils seront les -premiers soldats de l'armée , sacrifiant leur vie pour la défense de leur pays.

» Magistrats , ils ne perdront jamais de vue que le mépris des lois et l'ébranlement de l'ordre social ne sont que le résultat de la faiblesse et de l'incertitude des princes.

n Vous, sénateurs, dont les conseils et l'appui ne m'ont jamais manqué dans les circonstances les plus difficiles, votre esprit se transmettra à vos successeurs; soyez toujours les soutiens et les premiers conseillers de ce trône, si nécessaire au bonheur de ce vaste empire. »

On était à la veille du sacre. Pie VII , parti de Rome au commencement de novembre , arriva à Fontainebleau le 25. Napoléon , qui avait ménagé une partie de chasse pour se trouver sur son passage , fut à sa rencontre sur la route de Nemours. Dès qu'il l'aperçut , il mit pied à

terre dans

; l(î pontife en fit autant , et après s'èti'e embrassés , ils montèrent la même voiture , et se rendirent au palais impéiial de Fontaine-

bleau , qui avait été remeublé à neuf avec une grande magnificence. L'emiiereur et le pape eurent plusieurs conférences daus cette demeure royale; ils en partirent le 28 , et firent ce jour-là même leur entrée à Paris.

Le sacre était fixé au 2 décembre. Mais on avait hésité d'abord sur le choix du lieu. Les uns avaient parlé du Chami>-dc-Mars, les autres, de réglise des Invalides ; Napoléon préféra jNotre-Damc. Le Champ-de-Mars était trop plein des souvenirs révolutionnaires pour convenir à une cérémonie dans laquelle la révolution, faisant oublier ses débuts orageux, sa haine primitive pour les rois et les prêtres , devait chercher à justifier son travestissement monarchique , et montrer à TEurope qu elle pouvait se concilier avec Tunité du pouvoir et Texercice de la reUgion. C'aurait été un contre-sens de répéter en ^804 ce qu'on avait fait en ^790. Mais si Pie Vil avait trop le sentiment de sa dignité pour se prêter à un arrangement qui n'aurait plus fait de lui que le parodiste de Talleyrand , Napoléon avait aussi le tact trop déhcat et trop sur pour rien exiger de semblable. « On a songé au Charap-de-Mars, dit-il, par réminiscence de la fédération; mais les temps sont bien changés... On a parlé de célébrer la cérémonie dans l'église des Invalides, à cause des souvenii's guerriers qui s'y rattachent ; mais celle de Notre-Dame vaudra mieux : elle est plus vaste, elle a aussi ses souvenirs qui parlent davantage à l'imagination ; elle donnera à la solennité un cai-actère plus auguste. . . » (Pelet DE LA Lozère.)

Au jour marqué , Pie VII se rendit donc à Notre-Dame, suivi d'un clergé nombreux , et précédé , selon l'usage romain , d'une mule qui lit beaucoup rii-e les Parisiens, ce qui nuisit pendant quelques instants à la gra\ité de la marche du cortège pontifical. L'empereur vint après le pape. Jamais prince n'avait été entouré d'un cortège aussi imposant ni aussi pompeux. Toutes les illustrations mihtaires et civiles étaient là. L'éclat de la gloire personnelle s'y mêlait à celui des rangs et des dignités. Le faste des insignes et des costumes, le luxe des voitures et des chevaux , la richesse des livrées , l'affluence des spectateurs venus de toutes les parties de l'empire, tout contribuait à faire de cette solennité un spectacle inouï de magnificence et de grandeur. La nation était représentée à Notre-Dame par les présidents de cantons , les présidents des collèges électoraux , les députés des différentes administrations et de l'armée , le corps législatif et les autres grands corps de l'état. Le pape officia. Quant

à Tempereur, en se présentant à Tautel, il n'attendit pas que le pontife le couronnât ; mais, prenant lui-même la couronne des mains du pape, il se la posa sur la tète, et couronna ensuite l'impératrice.

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Le lendemain de cette grande solennité , il y eut au Champ-de-Mars une revue suivie de la distribution des aigles impériales aux différents corps de Tarmée. L'empereur, placé sur un trône qu'on lui avait élevé près de l'École-Militaire , fit cette distribution en personne. A un signal donné, les troupes s'ébranlèrent et s'approchèrent de lui. « Soldats, leur dit-il , voilà vos drapeaux ; ces aigles vous serviront toujours de point de ralliement : elles seront partout où votre empereur les jugera nécessaires pour la défense de son trône et de son peuple.

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