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Dépail de Smolcnsk. Affreusi' sitiKilum île I aiiiur. Halailli- tic la Itéresma lU'toiir (le rciniiriTur à Paris,
APOLÉON ne pouvait s'arrêter longtemps à > Smolensk. Presque toutes les réserves qu'il avait échelonnées pour servir d'appui à sa retraite avaient été déplacées par des marches et des contremarches imprévues. Les approvisionnements sur lesquels il avait compté lui manquaient également ou étaient rapidement consommés et gaspillés au miUeu du désordre et des besoins de l'armée. A chaque instant il apprenait quelques pertes nouvelles, quelque funeste événement. Tantôt c'était la division détachée sur Kalouga , qui entrait dans Smolensk après avoir laissé entre les mains de Kutusow une de ses brigades tout en-
Il !STO lai-
tière; tantôt c'était Eugène à qui le passage de la Woop avait coûté douze cents chevaux , soixante pièces de canon et tous ses équipages ; et au milieu de tant de calamités, Tcliitchagoff approchait, Tchitchagoff n'était plus qu'à quelques marches de l'armée française, et notre plus redoutable ennemi , le froid , faisait descendre le thermomètre à vingt degrés de glace.
Tout était donc maintenant conjuré contre Napoléon, comme tout lui souriait autrefois. Un seul appui restait à son courage inaltérable , c'était le courage persévérant de ses généraux et de ses soldats. Dans toutes les rencontres, les guerriers français se montraient toujours dignes du grand peuple qui les avait chargés du dépôt de sa gloire , et dignes du grand homme dont ils partageaient les revers comme ils avaient partagé ses triomphes. A aucune époque de leur prospérité ils ne furent plus intrépides. Un des combats que livra leur arrièregarde, sous les ordres de Ney, a été appelé, par l'Anglais Wilson , la balai/le des fieras. C'est h la suite de ce brillant fait d'armes, que le
brave des braves , entouré de cent mille Russes , parvint à leur échapper
DL .NAPOLEON. r.c.-)
et à rejoindre rarraée frunçaisc , à travers un pays inconnu , et après avoir passé le Borystliène sur les glaçons du fleuve. En apprenant son arrivée, Napoléon , qui l'avait cru perdu , s'écria avec transport : « J'ai deux cents millions dans les caves des Tuileries , je les aurais donnés pour le maréchal IN'ey ! »
Mais l'héroïsme, auxihaire du génie, s'il est encore assez puissant pour retenir la gloire sous nos drapeaux, ne peut rien contre la fortune qui s'en éloigne de plus en plus, qui nous trahit et nous accahle chaque jour davantage. Déjà d'épouvantables malheurs sont à déplorer, et ils vont s'effacer devant les événements plus teriibles qui restent à décrire. Pour faire choir un homme de la stature de Psapoléon, il fallait une commotion violente et universelle qui tournât contre lui les intérêts, les passions, les éléments; il fallait une conjuration de la terre et du ciel , une conjuration qui se manifestât par quelque grande catastrophe... La catastrophe est arrivée. Celui dont elle doit commencer la ruine en dictera lui-même les détails. Si l'empereur ressent vivement les coups de l'adversité pour lui, pour les siens, et surtout pour la France , il domine encore assez l'infortune pour l'envisager sans faiblesse et sans abattement, pour parler d'elle avec une noble résignation qui n'exclut pas l'espérance ; le chiffre du bulletin où il consignera son pénible récit , douloureusement conservé dans les traditions populaires , suffira longtemps pour signaler d'un mot l'époque et l'immensité des revers de la grande armée ; pour marquer dans le lointain la première période de la chute du grand capitaine.