‹ Histoire de l'empereur NapoléonChapitre 38 sur 51 · OS · texte numérisé non relu

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ont glr)rieiiscmcnt conoouru , est désormais complot ; l'uilo gaiiclio des alliés est écrasée.

Leur aile droite n'est pas plus heureuse; elle fuit devant la jeune garde dont Tempei'eur est venu lui-même partager le danger et le triomphe.

Sur tous les points, la valeur française se montre aussi brillanic et aussi soutenue qu'aux plus belh's journées de notre histoire militaire. Deux bataillons de la vieille garde, les seuls de cette arme qui aient été engagés, n'ont combattu qu'à la baïonnette et ont culbuté tout ce qu'ils ont rencontré sur leur passage, ftlortier, Saint-Gyr et Nansouty ne se sont pas moins distingués que Blurat, Victor et Latour-Maubourg. Cet ensemble admirable de tous les courages et de tous les talents, formé sous les auspices du génie, devait être couronné d'un résultat décisif. A trois heures, la bataille de Dresde est définitivement gagnée par INapoléon. Les monartpics alliés, menacés de perdre leur communication avec la Bohème, sont obligés de pourvoir à leur sûreté, et prennent le parti de la retraite, laissant au pouvoir du vainqueur vingt-cinq à trente mille prisonniers, quarante di-apeaux et soixante pièces de canon. Le premier coup de canon, tiré des batteries de la garde impériale, a

blessé mortellement le général Moreau. Le ciel n'a pas voulu que le

()4'( HlSTOlllE

vainqueur de Holienlinden eût le temps d'aggraver son crime et de perpétuer sa honte sur les champs de bataille, et il a fait cesser le scandale de la présence d'un tel homme au miheu des Russes!...

L'empereur peut croire que la protection divine lui revient, en voyant le parricide si promptement atteint et puni , dans son ancien compétiteur, et la défection si vigoureusement châtiée, dans ses alliés de Vienne et de Berlin. Ce n'est malheureusement qu'une illusion qui passera vite. Il en est venu à ce point que les plus beaux faits d'armes ne le sauveront pas d'une chute pi-ochaine. Séparé de l'esprit libéral, qui se dresse fièrement contre lui du milieu de la jeunesse allemande , il se trouve poussé en dehors de sa mission primitive : l'homme politique va finir en Napoléon, Mais comme son génie lui reste fidèle, et que la nationalité française est toujours incarnée en lui , il tombera du trùne sans être déchu de sa gloire ; il tombera , en grandissant toujours pour la postérité; en renouvelant, jusqu'à la dernière heure de son existence souveraine , les mêmes prodiges dont il étonnait le monde quand il ti-availlait encore à son élévation , ou qu'il était parvenu à l'apogée de sa puissance.

Le czar, le roi de Prusse, le prince de Schwartzenberg fuient donc une fois encore devant l'aigle de France, emportant avec eux 31oreau expirant. Ils ont hâte de gngner les défilés de la Bohème. Napoléon les lait poursuivre vivement. iMais un de ses généraux, qui présume trop de la valeur de ses troupes et de sa propre bravoure, essaie , avec une poignée de soldats intrépides , de bari-er le passage à toute une armée. Le général Vandamme , oubliant , selon la remarque de Tempereur , « qu'il faut faire un pont d'or, ou opposer une barrière d'acier, à une armée qui fuit, » et qu'il n'est pas assez fort pour former cette barrière d'acier ; le général Vandamme se jette dans les gorges de Kulm , et tente d'y arrêter la grande armée vaincue à Dresde. Mais après des efforts inouïs et une résistance désespérée qui font éprouver une perte considérable à l'ennemi, le généi-al français est accablé par le nombre. 11 disparait dans la mêlée; on le ci'oit mort. Son corps d'armée tout entier est fait prisonnier, et Tcn apprend bientôt (pi'il est tombé luimême au pouvoir des Austro-Russes.

Cet échec isolé, qui coûta plus de dix mille hommes à l'armée française , atténua les effets de la bataille de Dresde. De funestes événements se passaient d'ailleurs, presque en même temps, à l'armée de Silésie.

DI-: NAPOLIiUN. (145

Les granclos pluies avaient amené le débordement des rivières. L'eau couvrait toutes les routes; les ponts étaient emportés, nos divers corps privés de communications entre eux. Dans une position aussi périlleuse, le maréchal 3Iacd()na!d fut obligé de repasser le Bober, la Queisse et la Neisse, après avoir perdu, à Lœwenberg, la plus grande partie de la division Puthod , dont les débris se sauvèrent à la nage.

Napoléon, laissant la grande armée ennemie comme enfermée dans les montagnes de la Bohème , s'achemina veis la Silésie , et rencontra le corps de Macdonald sui' les hauteurs de Ilochkirch, le I seplcnd)re. Le même jour, il lit reprendre l'offensive à cette armée , attaqua l'ennemi, le débusqua des hauteurs du Wolenberg, le poursuivit pendant toute la journée du 5 , jus(iu'à Gœrlitz , le força à repasser précipitamment la iS'eisse et la Queisse, et rentra, le G à sept heures du soir, à Dresde , où il apprit que le conseil de guerre du troisième corps d'armée venait de condamner à mort le général Jomini, Suisse de nation, chef d'état-niajor de ce corps, pour avoir déserté à l'ennemi au moment de la reprise des hostilités.

Cependant le maréchal Oudinot n'avait pas été plus heureux , dans sa marche sur Bei'lin, que Macdonald, en Silésie. Battu, le 24 août, à Gross-Beeren, il avait été remplacé par Ney, qui, après avoir obtenu quelque avantage, le 5 septembre, sur le général Tauensein, essuya , le lendemain , une défaite à Juteibock , où il fut attaqué par Bernadotte et lîulow.

Ainsi, les revers commençaient à devenir plus fréquents partout où l'empereur n'était pas. Napoléon avait dû être le premier à s'en apercevoir; aussi, faisant de Dresde le centre de ses opérations, s'y tint-il en quelque sorte à cheval sur l'Elbe, toujours prêt à accourir là où le danger serait le plus pressant , toujours en mesure de surveiller et de diriger les manœuvres elles mouvements des corps nombreux qui composaient son armée. Il passa de la sorte le mois de septembre et la première moitié d'octobre, marchant, tantôt à Sclnvartzenberg , tantôt à Sackeu , tantôt à Blùcher et à Bernadotte ; battant les uns à Geyersbeig , les autres à Dessau , et leur faisant redouter à tous la rencontre du bras invincible qui semblait jouir du privilège de l'ubiquité. Mais ces triomphes ne faisaient ({ue décimer son armée, déjà si affaiblie par les désasties de la campagne précédente, sans détruire les ressources sans cesse renaissantes des armées combinées. Les renforts arrivaient de

toutes parts à l'ennemi. De nouvelles défections allaient encore lui venir en aide. Le roi de Bavière imitait l'empereur d'Autriche, violant la foi des traités et brisant les liens de famille. L'insurrection se propageait ensuite sur nos derrières. Des corps de partisans s'étaient organisés en Saxe et en Westphalie. Le général saxon Thielmann avait abandonné nos drapeaux pour se mettre à la tête de trois mille coureurs, Russes et Prussiens, et il avait surpris, à Ilauembourg, trois à quatre cents malades, qui lui furent repris à Freybourg par le général Lefebvre Desnouettes. Dans ce mouvement général des populations allemandes contre la domination française , le roi de Westphalie , Jérôme Bonaparte , avait été chassé de sa capitale et obhgé de se retirer sur le Rhin.

A la nouvelle de la défection de la Bavière et des dispositions insurrectionnelles qui se manifestaient dans l'Allemagne centrale , Napoléon comprit qu'il lui serait difficile de se maintenir sur l'Elbe, et il songea à se rappiocher des frontières de France , en conservant le plus possible son attitude victorieuse. Mais en face d'une armée innombrable, que les défaites les plus complètes ne pouvaient amoindrir parce qu'elle s'alimentait incessamment des recrues de toute l'Europe, il sentit qu'une levée d'hommes considérable lui était devenue nécessaire, et il fit demander au sénat deux cent quatre- vingt mille conscrits, par l'impératrice régente , qui prononça à cette occasion , le 7 octobre , un discours que Napoléon lui avait adressé de son quartier-général.

Le sénat , qui s'était toujours montré empressé à remplir les vœux de l'empereur, ne devait pas se faire indocile quand les besoins du pays devenaient plus grands et que la position de l'armée française à l'étranger nécessitait de prompts secours : la levée de deux cent quatrevingt mille conscrits fut donc votée sans opposition.

Napoléon était encore sur l'Elbe maître des ponts de Dessau , d'Aken et de Wartenbourg, dont les généraux Reynier et Bertrand et le maréchal Ney s'étaient emparés, et son projet, dit le rapport officiel, « était de passer ce fleuve, de manœuvrer sur la rive droite, depuis Hambourg jusqu'à Dresde ; de menacer Potsdam et Berlin , et de prendre pour centre d'opération Magdeboui'g , lorsque la nouvelle de la défection dos Bavarois le fit renoncer à ce dessein et le décida à se retirer sur Leipsick. »

Cette résolution combla de joie les censeurs du quartier-général , qui

voyaient avec peiiio >apolcoii incliner a tenter un coup de main sur Berlin et à porter la guerre entre l'Elbe et TOder, quand ils ne dcsiraieit rien tant eux-mêmes que de revenir au plus vite sur le Rhin.

L'empereur arri\a le 15 octobre à Leipsick, où étaient déjà réunis les corps de Victor, d'Augereau et de Lnuriston; les alliés l'y suivirent de près , et , par un mouvement combiné de toutes leurs forces éparses, ils parvinrent à se concentrer, dès le 16, autour de l'armée française, qui se trouva ainsi arrêtée dans sa marche, au midi et au couchant par SchNvarlzenberg et Giulay, tandis que Bcningsen et Collorcdo, Bliiclier cl Bernadolte accouraient sur elle de Test et du nord.

CHAPITRK XLVl.

lialaillc (le \acli.ui et ilc Leipsick. Défeilioii des Saxons. Ismip désasticiisi- de la camiiagiic. Ketour de l'empereur à Paris.

iNQ cent mille hommes se Irouvnient en présence sous les murs ou dans les environs de Leipsick; une gi'ande balaille était encore devenue inévitable.

'' Dès le 15, Napoléon , après avoir rassuré le roi et la reine de Saxe, qui étaient venus le rejoindre à Leipsick , se mit à explorer les dehors de la ville et à visiter les divers corps d'armée établis dans les lieux environnants. Le reste de la journée et une partie de la nuit furent consacrés aux préparatifs de la bataille, (|ui paraissait certaine pour le lendemain.

Le ^ 6, à neuf heures du matin, le signal du combat fut en effet donné, au midi de Leipsick, par le prince de Schvvartzenberg; mais cette attaque devint bientôt générale, et elle fut soutenue par deux cents pièces de canon. Les alliés eurent d'abord l'avantage; ils menaçaient les villages de Marklecberg et de Dolitz , et faisaient plier notre droite lorsque l'infanterie de Poniatowski et d'Augereau , et la cavalerie du général Milhaud parvinrent à arrêter de ce côté les progrès de l'ennemi.

IIISTOIRI-: DE iNAPOLEON. CI!»

Au centre , Victor et Lauriston conservèrent Vachau et Lieberwalkwitz, malgré les effoi'ts du prince de >V(ir(('nil)( rp: et dos génénuix Gorzakoff et Klénau.

Mais ce nY-tait pas assez pour l'em[)ereur de résislei- avec succès et de garder ses positions; il avait besoin, plus que jamais, d'un triomphe éclatant, d'une victoiie décisive ; et quand ses ennemis échouaient dans leurs premières attaques, il devait les attaquer vivement à son tour, sans leur donner le temps de faire cesser le désoi'dre et le découragement dans leurs colonnes, et de remplacer par des troupes fraîches les corps fatigués et battus; c'est ce que lit Napoléon,

l.ançant à gauciie Macdonald et Sébastiani sur Klénau , et donnant ordre à Mortier d'aller soutenir Lauriston avec deux divisions de la jeune garde, il envoya à droite Oudinot pour appuyer Victor, tandis que Curial marcha sur Dolitz afin de renforcer Poniatowski. Cent cinquante pièces de l'artillerie de la garde, dirigées par le général Drouof, vinrent protéger ces divers mouvements.

Tout le monde , généraux et soldats , remplit les vues du grand capitaine. Victor et Oudinot, menant le prince de Wurtemberg l'épée dans les reins, le chassèrent devant eux jusqu'à Gossa. Mortier et Lauriston ne traitèrent pas mieux le corps de Klénau. Macdonald et Sébastiani obtinrent de leur côté un succès complet , et Poniatowski rendit vaines toutes les tentatives combinées des Prussiens, des Russes et des Autrichiens pour lui faire abandonner sa position sur les bords de la Pleiss.

L'empereur Alexandre , voyant que la bataille de Vachau allait être perdue, se décida à faire donner non-seulement ses réserves, mais son escorte même, au l'isque de compromettre sa propre sûreté; il accourut sur le point le plus menacé et lança les Cosaques de la garde sur la cavalerie française. Cette résolution extrême, aussi généreuse qu'imprudente , si elle pouvait compromettre la personne du czar, préserva toutefois l'armée des alliés d'une défaite complète. Les Cosaques reprirent vingt-quatre des vingt-six pièces de canon qui venaient d'être enlevées aux Russes; les réserves autrichiennes parurent ensuite. « Les alliés étaient si nombreux , dit le Mémorial de Sainle-Uélène , que quand leurs troupes étaient fatiguées , elles étaient régulièrement relevées comme à la parade. » Avec une telle supériorité numérique, ils ne pouvaient guère être déGnitivement battus; aussi, malgré les prodiges

(îoO illSTOlUE

tle valeur que fit rarniée française, La victoire resta-t-elle à peu près indécise.

Mais on n'avait pas combattu seulement à Vachau; le canon s'était fait entendre aussi sur la Partba et du côté de Lindenau. Sur la Partha , Bliiclier, qui a\ait également pour lui l'avantage du nombre, avait Oui par faire plier le corps de Marmont. A Lindenau , Giulay avait été moins beureux contre le général Bertrand , qui avait défendu et sauvé la roule de France.

Les albés perdirent vingt mille hommes h Vachau. Le généial autrichien Merfeld , tombé de cheval au milieu des baïonnettes françaises, rendit son épée au capitaine Pleineselvc, de la division Curial, On compta , du côté des Français , deux mille cinq cents hommes tant tués que blessés. Le général Latour-Maubourg eut la cuisse emportée par un boulet. Napoléon donna des éloges à la conduite de ses lieutenants, Victor, Marmont, Ney, Oudinot, Macdonald, Augereau, etc.; il signala surtout la bravoure de Lauriston et l'héroïque intrépidité de Poniatowski qu'il éleva à la dignité de maréchal.

Depuis quelque temps , les batailles qui semblaient devoir être décisives pour l'empereur Napoléon demeuraient sans résultat. Lutzen , Bautzen et Dresde n'avaient fait qu'accroître le nombre et l'ardeur de ses ennemis : que pouvait-il donc espérer d'une journée où le succès n'avait pas été marqué par la déroute , ni même par la retraite des coalisés? En rentrant dans sa tente, il dut se préparer à combattre le lendemain.

Dans la soirée, on lui amena son prisonnier, le général Merfeld, qu'il avait connu à Léoben , et à qui il s'empressa de faire rendre son épée. Le laissant partir ensuite sur parole, il le chargea de propositions pacifiques pour l'empereur d'Autriche , et lui dit au moment de le renvoyer :

« On se trompe sur mon compte ; je ne demande pas mieux que de me reposer à l'ombre de la paix , et de rêver le bonheur de la France , après avoir rêvé sa gloire...

« Je dois finir par faire des sacrifices , je le sais ; je suis prêt à les faire... Adieu, général; lorsque de ma part vous parlerez d'armistice aux deux empereurs , je ne doute pas que la voix qui frappera leurs oreilles ne soit pour eux bien éloquente en souvenirs. »

Le général Merfeld retourna au milieu des siens , qui furent aussi

DE NAPOLliON.

surpris que salisfnits de le revoir; ni;iis les paroles de paix dont il était porteur n'y obtinrent qu'un très-froid accueil. Les sentiments personnels des monanpies, les souvenirs invoqués par Xapoléon , étaient enlièrenienl subordonnés aux exigences d'une p()liti(pie connnune et inflexible. La coalition ne devait pas rompre ses rangs, modérer ses prétentions et ralentir ses coups, à mesui'e que les événements se prononçaient de plus en plus pour elle.

La bataille aurait donc recommencé le t7, si les grandes pluies et les mauvais chemins qui avaient retardé l'arrivée du général Beningsen, n'avaient engagé les alliés à renvoyer leur attaque au lendemain. Si Napoléon eût pensé qu'on délibérait, au camp ennemi , sur les propositions confiées à M. de Merfeld, il eût été bien vite détrompé. Le 18, dès la pointe du jour, les alliés étaient en mouvement. Mais l'empcreur avait tout prévu , et il avait passé la nuit à faire ses dispositions . courant de son bivouac à la tente de ses généraux, réveillant iVey à

Leudnifz , visitant Bertrand à Lindenau , et donnant partout ses ordres pour le lendemain.

A dix heures , la canonnade s'engagea sur toute la ligne. Les onne-

mis dirigèrent priiicipalemeiit leurs efforts sur les villages de Counewitz et de Probstheide , à l'enlèvement desquels ils attachaient le gain de la bataille. Quatre fois ils essayèrent d'emporter Probstheide, et quatre fois ils échouèrent. Sur tous les points , l'armée française défendit opiniâtrement et parvint à conserver ses positions. L'armée de Silésie tenta vainement de s'emparer du fanbourg de Halle et de s'établir sur la rive gauche de la Parllia. Si elle léussit à franchir cette rivière à plusieurs reprises, elle fut aussitôt assaillie et culbutée par le prince de la Moscowa , qui réussit toujours à la rejeter sur l'autre rive.

A trois heures , les chances de la bataille étaient pour l'armée française. Mais un de ces événements que la science militaire ne peut ni prévoir ni prévenir, et qui avaient dérangé tant de fois depuis un an les calculs de Napoléon vint changer tout à coup la face des choses. L'armée saxonne et la cavalerie \vurtembergeoise passèrent à l'ennemi ; le général en chef, Zeschau, qui resta fidèle à notre drapeau, ne put retenir que cinq cents hommes sous son commandement. L'artillerie tourna même ses quarante pièces de canon contre la division du général Durutte.

Cette défection inouïe, opérée sur le champ de bataille même, ouvrit un vide dans les lignes françaises, et livra aux alliés la position importante que l'armée saxonne avait été chargée de défendre. En peu d'instants, l'ennemi (c'était Bernadotte) eut passé la Parlha et occupé Ueidnitz. 11 n'était plus qu'à une demi-lieue de Leipsick , lorsque Napoléon survint lui-même avec une division de la garde. La présence de l'empereur ranima l'ai-dcur de ses troupes. Keidnitz fut bientôt repris , et quand la nuit ai-riva, nous étions, comme la veille, maîtres du champ de bataille, plutôt vainqueurs que vaincus, mais réduits de plus en plus à recommencer chaque jour des luttes sanglantes, qui n'avaient pour résultat que d'affaiblir nos rangs, et dont l'issue la plus heureuse ne pouvait plus nous procurer qu'un chemin péniblement dis- [)uté et une reti'aite glorieuse à travers le sol germanique.

Napoléon se retrouvait donc, après les héroïcjues efforts de son armée, aux champs de Leipsick, comme après les beaux faits d'armes de la journée de Vachau , dans la nécessité de se préparer à un nouveau combat pour le jour suivant. Mais, à sept heures du soir, les généraux Sorbier et Dulauloy vinrent lui apprendre que les munitions (le guerre étaient épuisées, et qu'on avait à peine de quoi entretenir le

feu pendant deux heures. Depuis cinq jours, Ttinnée avait lire plus de deux cent vingt mille coups de canon , et Ton n\nait plus à clioisir, pour se réapprovisionner, qu'entre IMai^dehoui-ji et Krfintli.

Dans une pareille situation , il n'y avait pas à balaiieer. Napoléon se décida pour Erfurth , et donna aussitôt Tordre de la retraite par les défilés de Lindenau, dont le général Bertrand avait si vaillamment défendu et conservé le libre passage contre le corps autrichien de Giulay.

L'empereur ({uitta son bivouac à huit heures du soir, et rentra dans Leipsick, où il h)gea dans une auberge (l'hôtel des Ai'mesde Prusse). Le duc de Bassano lui rentlit compte de l'entretien (pi'il venait il'avoir avec le roi de Saxe. Ce vénérable prince s'était montré inconsolable de la conduite de son armée, et il ne voulait pas se séparer de l'empereur, dont il était décidé à suivre la fortune. « Excellent i)riuca, dit Napoléon , il est toujours le même ! je le retrouve tel qu'il était en i 807 , quand il inscrivait sur des arcs de triomphe : a nai'Oléon, frkdéuic-

AUGISTI' RECONNAISSANT. ))

L'empereur passa la nuit à dicter des ordres aux ducs de Bassano et de licence. Le 19, à la pointe du jour, la plus grande partie de l'armée avait effectué son mouvement de i-etraite. Victor et Augereau dénièrent les premiers. Marmont fut chai-gé de défendiv le plus longtemps qu'il le pourrait le faubourg de Halle , Régnier celui de Rosenthal , et Ney ceux de l'est. Lauriston , Macdonald et Poniat(nvski , j)lacésà l'arrière-garde, durent se maintenir dans les quartiers du midi et conserver les approches de l'Elster jusqu'à ce (pie les corps de Ney et de Marmont eussent franchi la rivière. Cet ordre fut donné à Ponialo^vski jiar l'empereur lui-même. « Prince, lui dit Napoléon, vous défendrez ]o faubourg du midi. — Sire, répondit-il, j'ai bien peu de monde. — Eh bien! vous vous défendrez avec ce que vous avez. — Ah! Sire, nous tiendrons! nous sommes toujours prêts à ju-rir pour votre majesté. » L'illustre et infortuné Polonais tint parole ; il ne devait plus revoir l'empereur.

On avait proposé à Napoléon de faire de Leipsick une tête de délllé et d'incendier ses vastes faubourgs, atin d'empêcher l'ennemi de s'y établir, ce qui aurait laissé plus de temps à l'armée française ijour opérer sa retraite et sortir du défilé de Lindenau.

« Quelque odieuse que fut la trahison de l'armée saxonne, dit le rapport officiel , l'empereur ne put se résoudre à délruii'c une des belles

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villes de l'Allemagne ; il aima mieux s'exposer à perdre quelques centiiines de voitures que d'adopter ce parti barbare. »

Cependant l'ennemi s'étant aperçu du mouvement rétrograde des Français, toutes ses colonnes se jetèrent à la fois sur Leipsick , impatientes d'y pénétrer et d'y signaler, par la destruction de notre arrièregarde, le grand événement qui livrait l'Allemagne à la coalition.

Mais elles rencontrèrent dans les faubourgs une résistance opiniâtre et inattendue. Macdonald et Poniatowski, chargés du salut de l'armée, remplirent héroïquement la noble et périlleuse mission qui leur avait été confiée. Pendant qu'ils arrêtaient l'ennemi aux portes de la ville, l'empereur était encore auprès du roi de Saxe. 11 exprimait à ce vieillard la douleur qu'il ressentait de le laisser au milieu de ses ennemis; et, pour éloigner le moment de leur séparation, il prolongeait la conversation et retardait ses adieux , loi'S(pie, au bruit d'une vive fusillade (\u\ se fit entendre du côté du faubourg de Halle , le roi se leva et pi'cssa l'empereur de quitter Leipsick au plus vite. « Vous avez assez fait, lui dit-il , et c'est maintenant pousser trop loin la gé;;érosité (jue de ris- (pier votre personne pour rester quelipn^s instants de plus à nous consoler. » Napoléon résista d'abord ; mais le bruit de la fusillade s'étant lapproché, la reine et la princesse Augusta joignirent leurs instances à celles du roi, et l'empereur céda alors. « Je ne voulais vous quitter, leur dit-il , ([ue quand l'ennemi serait dans la ville, et je vous devais cette preuve de dévouement. Mais je vois que ma présence ne fait que l'edoubler vos alarmes; je n'insiste plus. Kecevez mes adieux. Quoi (lu'il puisse arriver, la Fi-ance acquittera la dette d'amitié que j'ai contractée envers vous. » Le roi reconduisit l'empei'eur jusqu'à l'escalier, et là ils s'embrassèrent pour la dernièi"e fois.

Ce n'était pourtant qu'une fausse alerte (|ui avait mis en émoi les augustes alliés de Napoléon. Marmont, Ney, Régnier, Macdonald, Lauriston , Poniatowski , étaient toujours maîtres des positions confiées à leur garde. Toutes les attaques de Bliicher et des autres généraux ennemis, malgré le retentissement alarmant qu'elles avaient eu dans la ville , avaient été vigoureusement repoussées. L'empereur put donc sortir de Leipsick sans obstacle et gagner tran(piillemeut Liudenau.

IMais de nouveaux incidents, qui sont au-dessus de la prévoyance du génie, vont amener de nouveaux désastres.

Pendant que l'arrière-gnrde défend pied à pied les faubourgs et opèi*e

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lentement sa retraite sous les murs de Leipsick, les Saxons restés dans la ville tirent du haut des remparts sur les troupes françaises. On se presse alors vers le grand pont de TElster (pii ouvre le délilé de Lindenau. Ce pont était miné , et le colonel 3Iontfort avait mission de le faire sauter, dès que les dernières colonnes de l'armée auraient passé sur l'autre rive, afin de retarder la marche de l'ennemi. Par la plus funeste des méprises, le sapeur à qui la mèche a été conliée, croit que les Français ont entièrement défdé et que les alliés arrivent, en voyant tirer, des boulevarts et des remparts, sur l'arrière-garde. Il met le feu aux fougasses, et une foi'fe explosion va réveiller l'empereur que le sommeil, aidé par la fatigue, a surpris au moulin de Lindenau. Le grand pont de l'Elster a sauté, et quatre corps d'armée, ayant avec eux plus de deux cents pièces de canon, sont encore sur les boulevarts ou dans les faubourgs. Que vont devenir ces bra\es que commandent Macdouald , Reynier, Lauriston , Poniatovvski? Accablés par le nombre , il ne leur est plus possible de résister, et la retiaite vient de leur être fermée par une main française! Macdonald se jette dans l'Elster et se sauve à la

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