‹ Histoire de l'empereur NapoléonChapitre 42 sur 51 · I.i's Oui -Jours · texte numérisé non relu

I.i's Oui -Jours

()MAii>ti5LEAU, dans la journée du 20 avril J8I4, avait vu l'ompereur déchu, aban- ; donné de ses vieux camarades, se séparer de sa garde pour se laisser conduire prisonniei- à Tile d'Elbe : le 20 mars -1815, Foulainebleau revit Napoléon, au milieu de sa gai'de, entouré du bataillon sacré', suivi des acclamations du peuple et de l'armée, et prêt à partir pour sa capitale où il allait reprendre la souveraine puissance que lui déléguait une seconde fois le vœu national.

L'empereur arriva aux portes de Paris vers la lin du jour. Le drapeau tricolore flottait aux Tuileries depuis deux heures de l'après-midi : c'était le brave Excelmans qui l'y avait arboré.

' Ce bataillon sï-tnit formé en route des oriiciers en ilcmi-solile ou en retraite i|ui étaient venus à la rencontre de l'empereur pour partager les périls de son entreprise.

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Le peuple el l'armée se pressèieiit aiitoiii- de Napoléon, se ruèrent sur lui comme à Grenoble. Celait à (jui verrait le héros de plus près. Quand il entra aux Tuileries, vers les neul heures du soir, il y fut reçu l)ar une foule (rollieiers (pii se jetèrent sui- lui avee tant d'empressement et d'enthousiasme, ([u'il lui ohliiié de leui' dire: <■ .Messieuis, vous nrétoulïez. » M. de MonlaiiNcl, (|ui l'avait ser\i avee habileté et dévouement dans la prospérité, cl (|ui lui avait été lidèle dans Tinfoituue, vint à sa i-ciiconti'c au bas i\[\ gi-and escalier cl le prit dans ses bras. L'cnipci'cur l'ut porté en (picl(|uc sorte dans ses appai'lcments , où. la reine llorlciisc l'altcndait , a\ec un grand nombi'c d'anciens dignitaires lie l'eaipirt'.

Le halaillon sacié bivouaipia sur la place du Carroui-cl , et lit le ser-

vice du château , conjointement avec la garde nationale.

Le lendemain , Tcmpercur passa en revue toutes les troupes que

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renfemiait aloi-s la capitale. « Soldats, leur dit-il, je suis venu avec neuf cents hommes en France, parce que je comptais sur l'amour du peuple et sur le souvenir des vieux soldats. Je n'ai pas été trompé dans mon attente! Soldats! je vous en remercie. La gloire de ce que nous venons de faire est toute au peuple et à vous! La mienne se réduit à vous avoir connus et appréciés.

» Soldats! le trône des Bourbons était illégitime, puisqu'il avait éîé relevé par des mains étrangères, puisqu'il avait été prosciit par le vœu de la nation exprimé par toutes nos assemblées nationales ; puisque eiilin il n'offrait de garantie qu'aux intérêts d'un petit nombre d'hommes arrogants dont les piétenlions sont opposées h nos droits. Soldats! le trône impérial peut seul garantir les droits du peuple, et surtout le premier des intérêts, celui de notre gloire.

1) Soldais ! rious allons marcher pour chasser du territoire ces princes auxiliaires de l'étranger; la nation non-seulement nous secondera de ses vœux , mais suivra notre impulsion. Le peuple français et moi nous comptons sur vous. Nous ne voulons pas nous mêler des affaires des nations étrangères, mais malheur à qui se mêlerait des nôtres! »

Les soldats accueillirent ce discours avec le même enthousiasme que leur avait toujours inspiré la parole de Napoléon , et l'air retentissait des cris de Vive l'empereur! lorsque parut le bataillon de l'île d'Elbe, commandé par Cambroiuie, et qui n'avait pu arriver à Paris aussitôt que rempereur. A cette vue, Napoléon s'écria : « Voilà les olficiers du bataillon qui m'a accompagné dans mon malheur. Us sont tous mes amis. Us étaient chers à mon cœur! toutes les fois que je les voyais, ils me représentaient les différents régiments de l'armée; car, dans ces six cents braves , il y a des hommes de tous les régiments. Tous me l'appelaient ces giandes journées dont le souvenir est si cher, car tous sont couverts d'Iionoi-ables cicatrices l'cçues à ces batailles mémorables! En les aimant, c'est vous tous, soldats de l'armée française, que j'aimais. Us vous l'apportent les aigles! Qu'elles vous servent do point de ralliemenl! En les donnant à la gai'de, je les donne h toute l'armée.

» La trahison et des circonstances malheureuses les ont couvertes d'ini voile hmèbre! Mais , grâce au peuple français et à vous, elles reparaissent resplendissantes de toute leur gloire. Jurez (pfelles se trouveront toujours partout où l'intérêt de la patrie les aj^pellera ! Que les

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traîtres et ceux qui voudraient envahir noire territoiie n'en puissent jamais soutenir les regards! »

Les soldats répondirent : <i Nous le jurons! ■ Tandis (ju'ils défilaient devant l'empereur, la inusi(|ue joue l'air de la révolution : Veillons au salut (le l'empire.

Napoléon semblait revenu au temps du consulat : le malheur et les lîourbons ravaient réconcilié avec la démocratie, qui avait essnyé plus d'une fois sa disgrâce sous l'empire. Pour rendre plus manifeste cette réconciliation , il donna le ministère de l'intérieur à Carnot , et il appela Benjamin Coiistant au conseil d'état. C'était reconnaître la souveraineté de l'opinion publi(pie et céder à l'impulsion libérale que représentaient, sous des nuances diverses, ces deux illustres citoyens. L'empereur s'expliqua franchement avec Benjamin Constant sur le caractère de !a nouvelle politique qu'il se proposait de suivre. Sans se dire converti aux idées constitutionnelles et sans se montrer surtout disposé à en( ourager vivement les réminiscences démocratiques qui avaient si puissamment contribué à lui rendre le trône , il déclara qu'il se soumettrait aux exigences du peuple et même à ses caprices, et qu'il marchei-ait dans la voie où les esprits paraissaient désormais entraînés. Voici quelques-unes des mémorables paroles qu'il prononça en cette circonstance et que le célèbre publiciste à qui elles furent adressées nous a conservées.

« La nation , dit-il, s'est reposée douze ans de toute agitation politique , et depuis une année elle se repose de la guerre ; ce double repos lui a rendu un besoin d'activité. Elle veut , ou croit vouloir, une tribune et des assemblées; elle ne les a pas toujours voulues. Elle s'est jetée à mes pieds quand je suis arrivé au gouvernement ; vous devez vous en souvenir, vous qui essayâtes de l'opposition. Le goût des constitutions, des débats, des harangues, paraît revenir... Cependant ce n'est que la minorité qui le veut, ne vous y trompez pas. Le peuple, ou si vous l'aimez mieux, la multitude ne veut que moi. IN'e l'avezvous pas vue cette multitude se pressant sur mes pas , se précipitant du haut des montagnes, m'appelant, me cherchant, me saluant? A ma rentrée de Cannes ici , je n'ai pas conquis, j'ai administré .. Je ne suis pas seulement , comme on l'a dit, l'empereur des soldats, je suis aussi celui des paysans , des plébéiens , de la France... Aussi, malgré tout le passé, vous voyez le peuple revenir à moi : il y a sympathie entre

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nous... Je n'ai qu'à faire un signe, ou plutôt détourner les yeux, les nobles seront massacrés dans toutes les provinces. Ils ont si bien manœuvré depuis six mois!... Mais je ne veux pas être le roi d'une jacquerie. S'il y a des moyens de gouverner par une constitution, à la bonne heure... J'ai voulu l'empire du monde; et, pour me l'assurer, un pouvoir sans bornes m'était nécessaire. Pour gouverner la France seule, il se peut qu'une cons'itulion vaille mieux... Voyez donc ce qui vous semble possible. yVpportez-iiioi vos idées. Des élections libres? des discussions publi(iues? des ministres responsables? la liberté? Je veux tout cela ... La liberté de la presse surtout , l'étouffer est absurde ; je suis convaincu sur cet article... Je suis l'homme du peuple; si le peuple veut réellement la liberté, je la lui dois; j'ai reconnu sa souveraineté, il faut que je prête l'oreille à ses volontés, même à ses caprices. Je n'ai jamais voulu l'opprimer pour mon plaisir; j'avais de grands desseins; le sort en a décidé , je ne suis plus un conquérant ; je ne puis plus l'être. Je sais ce qui est possible et ce qui ne l'est pas; je n'ai plus qu'une mission : i-elever la France et lui donner un gouvernement qui lui convienne... Je ne bais point la libeité; je l'ai écartée lorsqu'elle obstruait ma route ; mais je la comprends ; j'ai été nourri dans ses pensées... Aussi bien , l'ouvrage de quinze années est détruit; il ne peut se recommencer. Il faudrait vingt ans et deux millions d'hommes à sacrifier... D'ailleurs, je désire la paix , et je ne l'obtiendrai qu'à force de victoires. Je ne veux pas vous donner de fausses espérances; je laisse dire qu'il y a des négociations, il n'y en a point. Je prévois une lutte difficile , une longue guerre. Pour la soutenir, il faut que la nation m'appuie; en récompense elle exigera de la liberté : elle en aura... La situation est neuve. Je ne demande pas mieux que d'être éclairé. Je vieillis; l'on n'est plus à quarante-cinq ans ce qu'on était à trente. Le repos d'un roi constitutionnel peut me convenir... Il conviendra plus sûrement encore à mon fils. >

Les réponses de l'empereur aux diverses autorités qui s'empressèrent de lui offirir leurs félicitalions, portèrent toutes l'empreinte de l'esprit libéral dont il avouait la résurrection et la prédominance aciuclle, et qu'il consentait à accepter pour auxiliaire. « Tout à la nation et tout pour la France! dit-il à ses ministres, voilà ma devise. » Il ne s'en tint pas môme aux paroles; car, par un décret du 24 mars, il supprima la censure et la direction de la libraii-ie. Cette mesure provoqua

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autour de lui quelciuos objections de la part des courtisans. •< Ma loi, messieurs, leur dit-il, cela vous regarde; pour moi, je n'ai rien à craindre : je défie que l'on en imprime plus sur mon compte (pi'on n'en a dit depuis un an. »

Cependant le duc et la duchesse d'Angoulème avaient essayé de soulever le midi en faveur de la cause royale. La duchesse d'Angoulème avait déployé, dans Bordeaux, assez d'activité, de courage et de constance, pour faire dire d'elle par l'empereur que c'était « le seul homme de la famille. » Ses efforts ne purent lien toutefois contre la force des événements : le général Clausel survint, et la contraignit sans combattre à (juitter Bordeaux pour se réfugier une seconde fois sur la terre étrangère.

Le duc d'Angoulème était tombé dans les mains du général Gilly, à Lapalud, et il se trouvait prisonnier, au Pont-Saint-Esprit, à la disposition de Tempereur , dont la décision , à l'égard de ce prince , était attendue avec anxiété par les amis des Bourbons. Le souvenir récent de l'ordonnance qui avait mis Napoléon hors la loi était bien fait poui' donner de l'inquiétude aux royalistes, qui pouvaient craindre de terribles représailles. L'empereur fit connaître sa résolution au généi-al Grouchy, commissaire extraordinaire dans le raidi , par une lettre qui accordait au prince la faculté de se i"etirer sur la terre étrangèi'e , et qui lui permettait ainsi d'aller susciter la guerre contre Napoléon et contre la France.

Cependant un événement de la plus haute importance se passait an delà des Alpes. Murât, menacé par le congrès de Yiernie , tentait de soulever l'Italie contre l'Autriche. Il accusait les rois de manquer de reconnaissance à son égard , comme si leur ingratitude n'était pas le châtiment providentiel de l'ingratitude plus noire dont il s'était rendu coupable envers Napoléon et envers la France. Cette levée de boucliers fit croire aux souverains que l'empereur n'était sorti de l'ile d'Elbe qu'après s'être réconcilié avec" son beau-frère, et qu'ils avaient arrêté ensemble leur double tentative. Il n'en fallait pas davantage pour rendre le cabinet de Vienne sourd à toutes les propositions pacifiques de Napoléon : aussi les ministres autrichiens adhérèrent-ils sans hésiter et restèrent-ils attachés invariablement à la clause du traité du 25 mars ^8^5, par laquelle la coalition se reconstituait plus compacte <pie jamais, et s'engageait à ne déposer les armes qu'après avoir

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