HIST01RI
Cette lettre envoyée , INapoléon avait continué (Vagir selon ses propres vues , et d'exécuter son plan. 11 avait l'ait son entrée triomphale à Milan
le \ 5 mai , pendant qu'on signait à Paris la paix qu'il avait lui-même imposée à la Sardaigne, à Montenotte, à Dégo, à Millésimo et à Mondovi.
Le directoire n'osa pas réaliser son projet d'adjonction. Kellermann fut nommé gouverneur général des pays cédés à la France par le dernier traité avec sa majesté sarde , et Bonaparte conserva sans partage le commandement en chef de l'armée d'Italie.
Son premier soin fut de porter le centre des opérations sur l'Adige , et d'établir le blocus de Mantoue. L'armée française ne comptait guère
pourtant que trente mille hommes. L'audace de son général n'en jeta pas moins Talarme dans le conseil auli(jn('. On songea de suite, à Vienne,
1)1-: NAPOLKON. 57
à retirer Wurmser des bords du Khin , et à 1 envoyer en llalie avee un renfort de trente mille honnnes de ses meilleures troupes.
De son côté , Napoléon ne se dissimulait pas que les eomhats journaliers et les maladies pouvaient iinir par léduire son armc'-e , déjà si faible , à une trop grande inféi'iorité de nombre a is-à-N is des impériaux , et il ne cessait de réclamer aupi'ès du directoire pour qu'on lui envoyât des recrues, et que Tannée du Rliin opérât une puissante diversion en reprenant activement les hostilités. « Je nrimaiiine ([u'on se bat sur le Rhin , avait-il écrit à Carnot peu de jours après le succès de Lodi ; si rarmistice continuait, Tarmée d'Italie serait écrasée; il serait digne de la république d'aller signer le traité de paix , avec les trois armées réunies, dans le cœur de la Bavière ou de rAutriche étonnée. »
Napoléon avait d'autant plus de raison de demander la coopération des armées du Rhin et de Sambre-et-Meuse , ([u'elle lui avait été formellement promise , à son départ de Paris , pour la mi-avril , tandis ([ue ces armées ne se mirent en mouvement qu'à la fin de juin, lorsque Wurmser , qu'une diversion moins tardive aurait pu retenir en Allemagne , arrivait en Italie avec ses renforts.
Ceux que réclamait le général français ne furent pas aussi prompts : le directoire , soit impossibilité , soit malveillance , resta sourd à ses instances. Ainsi obligé de faire face avec trente mille hommes à une armée composée de près de cent mille , Napoléon cherche alois en luimême les moyens d'atténuer la supériorité numérique des impéi'iaux. Son génie et sa fortune ne l'abandonneront pas en cette circonstance, il imagine un plan de marches et de contre-marches , de fausses atta(|u<'s et de retraites simulées , de manœuvi'es hardies et de mouvements rapides , à la faveur desquels il espère diviser et isoler les trois corps ennemis, et venir ensuite , au pas de course , toutes ses forces réunies , les attaquer séparément et les battre l'un après l'autre. Le succès le plus complet justifie la pensée et l'espoir du grand capitaine , qui est puissamment secondé par l'intelligence et la bravoure des généraux et des soldats répubUcams. Tandis que Wurmser le croit occupé devant Manloue , il s'échappe pour ainsi dire du siège de cette place , et se portant, avec la rapidité de l'éclair, du Pô sur TAdige, de la Chiesa au Mincio, il semble se multiplier pour se trouver presque en même temps à la rencontre de toutes les divisions ennemies, qu'il culbute, disperse et ruine dans une suite de combats qu'on appelle la campagne des cinq
jours , et qui se donnèrent à Salo , à Lonato , à Castiglione , etc. Qiios nadowich commandait les Autrichiens dans la plupart de ces défaites ; mais Wurmser fut battu en personne dans la plus désastreuse de toutes,
celle de Castiglione.
*5 brevier£
Dans le résumé de cette prodigieuse campagne , que le général victorieux rédigea sur le champ de bataille , et qu'il envoya au directoire le ^9 thermidor an iv (6 aoîiH796) , on trouve les détails qui suivent :
'< Depuis plusieurs jours les vingt mille hommes de renfort que Tarmée autrichienne du Rhin avait envoyés à l'armée d'Italie étaient arrivés , ce qui , joint à un nombre considérable de recrues et à un grand nombre de bataillons venus de l'intérieur de l'Autriche , rendait cette armée extrêmement redoutable : l'opinion générale était que bientôt les Autrichiens seraient dans Milan...
Dli NAPOLKO.N. 5Î)
» L'ennemi, en descendant duTyrolpar Bresciactl'Adijic, me mettait au milieu. Si l'armée républicaine était trop faible pour faire face aux divisions de l'ennemi , elle pouvait battre chacune d'elles séparé*ment , et par ma position je me trouvais entre elles. Il m'était donc possible , en rétrogradant rapidement , d'envelopper la division ennemie descendue de Brescia, la prendre prisonnière et la batti-e complètement , et de là revenir sur le Mincio attaquer Wurmser et l'obliger à repasser dans le Tyrol ; mais pour exécuter ce projet il fallait dans vingt-fjuatre heures lever le siège de Mantoue , qui était sur le point d'être pris , car il n'y avait pas moyen de retarder six heures. 11 fallait , pour Texècution de ce projet , repasser sur-le-champ le Mincio , et ne pas donner le temps aux divisions ennemies de m'envelopper. La fortune a souri à ce projet, et le combat de Dezenzano, les deux combats de Salo, la bataille de Lonado, celle de Castiglione, en sont les résultats...
» Le I G , à la pointe du jour , nous nous trouvâmes en présence ; le général Guieux , qui était à notre gauche , devait attaquer Salo ; le général Masséna était au centre et devait attaquer Lonado; le général Augereau, qui était à la droite, devait attaquer par Castiglione. L'ennemi, au lieu dètre attaqué , attaqua l'avant-garde de Masséna , qui était à Lonado ; déjà elle était enveloppée , et le général Digeon prisoiniier ; l'ennemi nous avait enlevé trois pièces d'artillerie à cheval. Je lis aussitôt former la 1 8® demi-brigade et la 32^ en colonne serrée par bataillons; et pendant le temps qu'au pas de charge nous cherchions à percer l'ennemi , celui-ci s'étendait davantage pour nous envelopper ; sa manœuvre me parut un sur garant de la victoire. 3Iasséna envoya seulement quelques tirailleurs sur les ailes des ennemis , pour retarder leur marche ; la première colonne arrivée à Lonado força les ennemis ; le 1 5^ régiment de dragons chargea les houlans et reprit nos pièces.
» Dans un instant l'ennemi se trouva éparpillé et disséminé. 11 voulait opérer sa retraite sur le Mincio; j'ordonnai à mon aide-de-camp, chef de brigade , Junot , de se mettre à la tète de ma compagnie des guides , de poursuivre l'ennemi , de le gagner de vitesse à Dezenzano ; il rencontra le colonel Bender avec une partie de son régiment de houlans , qu'il chargea; mais Junot ne voulant pas s'amuser à charger la queue , lit un détour par la droite , prit en front le régiment , blessa le colonel qu'il voulait prendre prisonnier, lorsqu'il fut lui-même entouré ; et après en avoir tué six de sa propre main, il fut culbuté, renversé dans
(Hl
HISTOIP.K
un fossé , et bk'ssé de six coups de sabre , dont on nie fait espérer qu'au (•un ne sera mortel.
n L'ennemi opérait sa retraite sur Salo : Sale se trouvant à nous , cette division errante dans les montagnes a été presque toute prisonnière. Pendant ce temps Augereau marchait sur Castiglione, s'emparait de ce village ; toute la journée il livra et soutint des combats opiniâtres contre des forces doubles des siennes : artillerie , infanterie , cavalerie , tout a fait parfaitement son devoir ; et l'ennemi , dans cette journée mémorable, a été complètement battu de tous les côtés.
)) H a perdu dans cette journée vingt pièces de canon , deux à trois mille hommes tués ou blessés et quatre mille prisonniers, parmi lesquels trois généraux...
)» Pendant toute la journée du 17 , Wurmser s'occupa à rassembler les débris de son armée , à faire arriver sa réserve , à lirer de Mantoue tout ce qui était possible , à les ranger en bataille dans la plaine , entre le village Scanello , où il appuya sa droite , et la Chiesa , où il appuya sa gauche.
» Le sort de l'Italie n'était pas encore décidé. 11 réunit un corps de vingt-cinq mille hommes , une cavalerie nombreuse , et sentit pouvoiiencore balancer le destin. De mon côté, je donnai des ordres pour réunir toutes les colonnes de l'armée.
L>l'^ ^ APOLLON.
" Je me rendis moi-même à Lonado , pour voir les troupes que je pouvais en tirer; mais quelle fui ma surprise en entrant dans cette place, d'y recevoir un parlementaire (pii sommait le commandant de Lonado de se rendre , parce .pie , disait-il , il était cerné de tous côtes. Effectivement, les différentes vedettes de cavalerie m'annonçaient que plusieurs colonnes touchaient nos grand'gardes , et que déjà la route de Brescia à Lonado était interceptée au Pont-San-3Iarco Je sentis alors que ce ne pouvait être que ks débris de la division coupée , qui , après axoir erré et s'être réunis, cherchaient à se faire passage.
» La circonstance était assez embarrassante : je n'avais à Lonado qii'à peu près douze cents hommes; je fis venir le parlementaire; je
lui fis débander les yeux ; je lui dis que si son général avait la présomption de prendre le général en chef de l'armée d'Italie, il n'avait qu'à avancer ; qu'il devait savoir que j'étais à Lonado , puisque tout le monde
ilISTOIIlE
savait que l'armée républicaine y était ; que tous les officiers généraux et officiers supérieurs de la division seraient responsables de l'insulte personnelle qu'il m'avait faite ; je lui déclarai que si sous liuit minutes toute sa division n'avait pas posé les armes , je ne ferais grâce à aucun.
» Le parlementaire parut fort étonné de me voir là , et un instant après toute cette colonne posa les armes. Elle était forte de quatre mille hommes , deux pièces de canon et cinquante hommes de cavalerie ; elle venait de Gavardo , et cherchait une issue pour se sauver. N'ayant pas pu se faire jour le matin par Salo, elle cherchait à le faire par Lonado.
» Le i 8 , à la pointe du jour , nous nous trouvâmes en présence ; cependant il était six heures du malin et rien ne bougeait encore. Je fis faire un mouvement rétrograde à toute l'armée pour attirer l'ennemi à nous , du temps que le général Serrurier , que j'attendais à chaque instant , venait de 3Iarcario , et dès lors tournait toute la gauche de Wurraser. Ce mouvement eut en partie l'effet qu'on en attendait. Wurmser se prolongeait sur sa droite pour observer.
)» Dès l'instant que nous aperçûmes la division du général Serrurier , commandée par le général Fiorella, qui attaquait la gauche, j'ordonnai
à l'adjudant-général Verdière d'attaquer une redoute qu'avaient faite les onneniis dans le milieu delà plaine pour soutenir leur gauche. Je char-
DK NAPOLEON. 6r,
geai mon aide de camp , chef de bataillon , ^larmont , de diriger vingt pièces d'artillerie légère , et d'obliger par ce seul feu l'ennemi à nous abandonner ce poste intéressant. Après une vive canonnade, la gauche de rennenii se mit en pleine retraite.
I) Augereau attaqua le centre de l'ennemi, appuyé à la tour de Solférino ; Masséna attaqua la droite; l'adjudant-général Leclerc, à la tête de la 5" demi-brigade , marcha au secours de la 'i*" demi-brigade.
" Toute la cavalerie , aux ordres du général Beaumont , marcha sur la droite , pour soutenir l'artillerie légère et l'infanterie. Nous fûmes partout victorieux, partout nous obtînmes les succès les plus complets.
•) Nous avons pris à l'ennemi dix-huit pièces de canon , cent vingt caissons de munitions : sa perte va à deux mille hommes tant tués que prisonniers. Il a été dans une déroute complète ; mais nos troupes , harassées de fatigue , n'ont pu les poursuivre que l'espace de trois lieues. L'adjudant-général Frontin a été tué : ce brave homme est mort en face de l'ennemi.
» Voilà donc en cinq jours une autre campagne linie. Wurmser a perdu dans ces cinq jours soixante-dix pièces de canon de campagne , tous ses caissons d'infanterie , douze à quinze mille prisonniers , six mille tués ou blessés, et presque toutes les troupes venant du Rhin, Indépendamment de cela , une grande partie est encore éparpillée , et nous les ramassons en poursuivant l'ennemi. Tous les officiers , soldats et généraux ont déployé dans cette circonstance difficile un grand caractère de bravoure. . . »
Ces événements merveilleux excitèrent au plus haut degré l'enthousiasme des peuples d'Itahe qui avaient manifesté de la sympathie pour la révolution française. Les partisans de l'Autriche furent atterrés; ils avaient eu l'imprudence de montrer leur joie en voyant arrivei* Wurmser , et de s'associer à la jactance des impériaux qui , à raison de leur immense supériorité de nombre , célébraient d'avance la déroute des Français et leur expulsion de la Péninsule. Le cardinal 3Iattei , archevêque de Ferrare, avait été un de ces imprudents. Il avait fait plus que se réjouir de l'approche des Autrichiens et de nos revers éventuels, il avait poussé la population sur laquelle s'exerçait son autorité pacifique à des actes d'hostiUté contre l'armée française. Après la bataille de Castiglione, Napoléon le fit arrêter et conduire à Brescia, Le prêtre
italien, converti par l'insuccès de ses manœuvres insurrectionnelles et par la déroute de ses amis , ne craignit pas de s'humilier devant le vain queur , et de lui dire : Peccavi. Cette contrition apparente lui réussit.
Ht
Napoléon se contenta de le faire enfermer pour trois mois dans un séminaire. Il était né prince romain , et fut depuis chargé des pleins pouvoirs du Saint-Siège , à Tolentino.
Mais le haut sacerdoce était loin de représenter l'esprit et les dispositions de la nation italienne à l'égard de la France. En Piémont, dans la Lomhardie et les légations , la propagande révolutionnaire avait
l'i: NAI'OJ.ION.
trouvé de nombreux prosélytes. Les Milannis surtout s'élmeiU nionlrts favorables au drapeau républieain; le général en ehef leur en témoigna
hautement sa reconnaissance. « Lorsque Tannée battait en retraite leurecrivit-il, quelques partisans de rAutriclie et les ennemis de là liberté la croyaient perdue sans ressource; lorsqu'il était impossible à vous-mêmes de soupçonner que cette retraite n'était qu'une ruse vous avez montré de rattachement pour la France, de l'amour pour' la liberté; vous a^ez déployé un zèle et un caractère qui vous ont mérité Testime de larjnée , et vous mériteront la protection de la république française.
" Chaque jour votre peuple se rend davantage digne de la liberté • il acquiert chaquejourderenergie.il paraîtra sans doute un jour avec gloire sur la scène du monde. lîecevez le témoignage de ma satisfaction et le vœu sincère que fait le peuple français pour vous voir libres et heureux ».
Napoléon ne s'en tint pas , avec ces peuples , à de simples félicitations. Il mit à profit leurs bonnes dispositions, et pour eux-mêmes, et pour la republique française, et pour la cause de l'émancipation universelle, en organisant la révolution au delà des Alpes, par la fondation des républiques transpadane et cispadane. Ces créations importantes, qu'il improvisait , en quelque sorte , en courant d'un champ de bataille à l'autre , ne l'empêchaient pas de pousser la guerre avec vigueur. A peine délim^ de Tarmée formidable que le cabinet de Vienne avait chargée de chasser
60 HISTOIIU:
lesFrançais de ritalic, il se remit à presser le siège de Mantoiie, où Wurinser ne parvint à se jeter avec quelques troupes et des provisions , (jue le jour même de la prise de Legnago { 1 3 septembre ) et après avoir été battu dans dix combats , savoir : le G août , à Pescbiera ; le -14 , à la Corona ; le 24, à Borgo-Forte et à Governalo ; le 5 septembre , à Serravalle ; le 4 , à Roveredo ; le 3 , à Trente, qui fut prise ; le 7 , à Covolo ; le 8 , à Bassano , et le ^2 à Cerca.
Le lendemain de son entrée dans Mantoue , les débris de son armée lurent encore mis en déroute à Dm Caslelli , et le surlendemain, 13, le combat de Saint-Georges compléta la ruine de Tarmée impériale.
Mais Wurmser ne fut point abandonné par sa cour dans cette position difficile. L'empereur d'Autriche le considérait comme le plus expérimenté et le plus habile de ses capitaines ; il savait ensuite que Mantoue était la clef de ses états. De nouveaux efforts furent donc tentés à ^'ienne pour réparer les désastres de la première expédition , et pour préparer, par la délivrance de Mantoue et de Wurmser , ce que les rois et les aristocrates européens appelaient la délivrance de Tltalie.
Une nouvelle armée impériale , forte d'environ soixante mille hommes , sous les ordres du maréchal d'Alvinzi , accourut donc au secours de Mantoue.
Au premier bruit de la marche de cette armée , iNapoléon dut se plaindre amèrement de ce que ses avis n'avaient pas été suivis sur le Rhin , où les forces républicaines étaient suffisantes pour opérer une diversion salutaire. Il avait demandé instamment des secours , et on ne lui en avait envoyé aucun. Quoique toujours confiant en lui-même et dans ses troupes , il crut devoir manifester au directoire des craintes sur l'issue de la nouvelle campagne , afin de faire comprendre au gouvernement français l'énormitéde ses torts envers l'armée d'Italie, qu'il avait négligée au milieu de ses innombrables triomphes.
« Je vous dois compte des opérations qui se sont passées depuis le 2-1 de ce mois. S'il n'est pas satisfaisant, vous n'en attribuerez pas la faute à Tarméc : son infériorité , et l'épuisement où elle est des hommes les plus braves, me font tout craindre pour elle. Peut-être sommes-nous à la veille de perdre l'Italie. Aucun des secours attendus n'est arrivé; la 85*^ demi-brigade ne part pas ; tous les secours venant des départements sont arrêtés à Lyon et surtout à Marseille. On croit qu'il est indifférent de les arrêter huit ou dix jours ; on ne songe pas que les destinées de
Di: .NAPOLi:ON. 07
i'Italie et de l'Europe se décident ici pendant ce temps-là. Tout l empire a été en mouvement et y est encore. L'activité de notre gouvernement . au commencement de la guerre , peut seule donner une idée de la manière dont on se conduit à Vienne. II n'est pas de jour où il n'arrive cinq mille hommes; et, depuis deux mois quil est évident (|uil faut des secours ici, il n'est encore arrivé qu'un bataillon de la A0\ mauvaise troupe et non accoutumée au feu , tandis que toutes nos vieilles milices de l'armée d'Italie languissent en repos dans la 8'' division. Je fais mon devoir , l'armée fait le sien : mon âme est déchirée , mais ma conscience est en repos. Des secours ! envoyez-moi des secours ! mais il ne faut plus s'en faire un jeu : il faut , non de l'effectif , mais du présent sous les armes. Annoncez-vous six mUle hommes , le ministre de la guerre annonce six mille hommes effectifs et trois mille hommes présents sous les armes ; arrivés à Milan , ils sont réduits à quinze cents hommes ; ce n'est donc que quinze cents hommes que reçoit l'armée...
»> Les blessés sont l'élite de l'armée : tous nos officiers supérieurs , tous nos généraux d'élite sont hors de combat ; tout ce qui m'arrive est si inepte ! et ils n'ont pas la confiance du soldat. L'armée d'Italie , réduite à une poignée de monde , e^t épuisée. Les héros de Lodi , de Millesimo , de Castiglione et de Bassauo sont morts pour leur patrie ou sont à l'hôpital ; il ne reste plus aux corps que leur réputation et leur orgueil. Joubert, Lannes, Lanusse, 'N'ictor, Murât , Chariot, Dupuis , Rampon , Pigeon , Menard , Chabran , sont blessés ; nous sommes abandonnés au fond de l'Italie. La présomption de mes forces nous était utile; on pubUe à Paris , dans des discours officiels , que nous ne sommes que trente mille hommes,
" J'ai perdu dans cette guerre peu de monde, mais tous des hommes d'élite qu'il est impossible de remplacer. Ce qui me reste de braves voit la mort infailhble , au milieu de chances si continuelles et avec des forces si inférieures ; peut-être l'heure du brave Augereau , de l'intrépide
Masséna , de Berthier , de est près de sonner : alors ! alors ! que
deviendront ces braves gens ? Cette idée me rend réservé ; je n'ose plus affronter la mort , qui serait un sujet de découragement et de malheur pour qui est l'objet de mes sollicitudes.
» Sous peu de jours nous essaierons un dernier effort : si la fortune nous sourit , Mantoue sera pris , et avec lui l'Italie. Renforcé par nnjn armée de siège , il n'est rien que je ne puisse tenter. Si j'avais reçu la