‹ Histoire de l'empereur NapoléonChapitre 7 sur 51 · IS · texte numérisé non relu

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85''. forte do trois mille cinq cents hommes connus à Tarmée , j'eusse répondu de tout ! Peut-être, sous peu de jours, ne sera-ce pas assez de ((uarante jnille hommes. »

Les funestes pressentiments de Bonaparte, (|u'il n'éprouvait peutêtre pas aussi profondément (ju'il affectait de le dire, ne se réalisèrent |)as, et la fortune sourit encore à nos armes.

Il ne fallut que quelques jours au vainqueur de Lodi pour renverse!* toutes les espérances que la coalition avait pu fonder sur la réputation de dAlvinzi et sui' la force numérique de ses troupes. Une bataille de trois jours, qui se termina par la mémorable victoire d'Arcole , acheva de donner et de faii*e reconnaître aux armes françaises rincontestable supériorité contre laquelle luttaient en vain les vieux généraux et les vieux soldats de lAutriche. C'est à cette bataille que Napoléon, voyant ses grenadiers hésiter un instant sous le feu terrible de l'ennemi qui occupait des positions formidables , sauta à terre , prit un drapeau , et s'élança sur le pont d'Arcole, où les cadavres étalent entassés, en s'écriant : « Soldats, n'êtes-vous plus les braves de Lodi? suivez-moi ! » Augereau en fit autant. Ces héroïques exemples ne furent pas sans influence sur le résultat de la bataille. Elle fit perdre trente pièces de canon , cinq mille prisonniers et six mille morts à d'Alvinzi ; Davidowich regagna le Tyrol et Wurmser rentra dans Mantoue.

Voici comment l'heureux vainqueur de tous ces guerriers allemands épanchait sa satisfaction et sa joie les plus intimes; comment il se délassait de ses fatigues et de ses triomphes , par l'effusion de la plus vive tendresse pour sa femme. 11 écrit de Véronne à Joséphine : « Enfin , mon adorable Joséphine , je renais. La mort n'est plus devant mes yeux , et la gloire et l'honneur sont encore dans mon cœur. L'ennemi est battu à Arcole. Demain nous réparons la sottise de Yaubois, qui a abandonné RivoH; Mantoue dans huitjours sera à nous, et je pourrai bientôt, dans tes bras, te donner mille preuves de l'ardent amour de ton mari. Dès l'instant que je le pourrai , je me rendrai à Milan. Je suis un peu fatigué. J'ai reçu une lettre d'Eugène et d'Hortense : ces enfants sont charmants. Comme toute ma maison est un peu dispersée, du moment que tout m\iura rejoint , je te les enverrai.

» Nous avons fait cinq mille prisonniers , et tué au moins six mille hommes aux ennemis. Adieu , mon adorable Joséphine , pense à moi souvent. Si tu cessais d'aimer ton Achille, ou si ton cœur se refroidis-

sait pour lui , tu serais bien affreuse , bien injuste ; mais je suis sûr que tu seras toujours mon amante , comme je serai toujours ton tendre ami, La mort, elle seule , pourra rompre l'union que la sympathie , T amour et le sentiment ont formée. Donne-moi des nouvelles du petit ventre ; mille et mille baisers tendres et amoureux. »

Le même jour, 29 brumaire (^9 novembre) , c'est-à-dire le surlendemain de la bataille d'Arcole, le général victorieux rendait compte au directoire de cette mémorable journée.

(I On avait jugé à propos , écrivait-il , d'évacuer le village d'Arcole , et nous nous attendions à la pointe du jour à être attaqués par toute l'armée ennemie , qui se trouvait avoir eu le temps de faire filer ses bagages et ses parcs d'artillerie , et de se porter en arrière pour nous recevoir.

I) A la petite pointe du jour , le combat s'engagea partout avec la plus grande vivacité. Masséna , qui était sur la gauche , mit en déroute l'ennemi et le poursuivit jusqu'aux portes de Caldero. Le général Robert , qui était sur la chaussée du centre , avec la 65*^ , culbuta l'ennemi à la

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baïonnette et couvrit le champ de bataille de cadavres. J'ordonnai à l'adjudant Yial de longer l'Adige avec une demi-brigade, pour tourner

I)i: NAFOLKON.

toute la gauche de lennciiii; mais ce pays offre des obstacles iiniijcibles; cest en vain que ce brave adjudant-général se précipite dans l'eau jusqu'au cou , il ne peut pas faiie une diversion suflisante. Je fis , pendant la nuit du 2G au 27 . jeter des ponts sur les canaux et les marais: le général Augei'eau y passa avec sa division. A dix heures du matin , nous fumes en présence : le général Masséna à la gauche , le général Robert au centre, le général Augereau à la droite. L'ennemi attaqua vigoureusement le centre , quil lit plier. Je retirai alors la 52'= de la

gauche , je la plaçai en embuscade dans les bois , et au moment où l'ennemi , poussant vigoureusement le centre , était sur le point de tourner notre droite , le général Gardanne sortit de son embuscade , prit l'ennemi en flanc et en fit un carnage horrible. La gauche de lennemi , étant appuyée à des marais, et par la supériorité du nombre, imposait à notre droite : j'ordonnai au citoyen Hercule , officier de mes guides . de choisir vingt-cinq hommes dans sa compagnie , de longer l'Adige d'une demi-heue , de tourner tous les marais qui appuyaient la gauche

des ennemis , et de tomber ensuite au grand galop sur le dos de l'ennemi en faisant sonner plusieurs trompettes. Cette manœuvre réussit parfaitement : l'infanterie se trouva ébranlée ; le général Augereau sut profiter du moment. Cependant elle résiste encore , quoiqu'(3n battant en retraite , lorsqu'une petite colonne de huit à neuf cents hommes , avec quatre pièces de canon que j'avais fait filer par Porto-Legnago poui* prendre une position en arrière de l'ennemi, acheva de le mettre en déroute. Le général Masséna, qui s'était reporté au centre, marcha droit au village d' Aréole , dont il s'empara , et poursuivit l'ennemi jusqu'au village de San - Bonifacio ; mais la nuit nous empêcha d'allei- plus avant. . .

» Les généraux et oiticiers de l'état-major ont montré une activité et une bravoure sans exemple ; douze ou quinze ont été tués ; c'était véritablement un combat à mort : pas un d'eux qui n'ait ses habits criblé.s de balles. >»

D'Alvinzi essaya néanmoins de se relever de sa défaite ; il revint , avec Provéra , par les gorges du Tyrol , et cette nouvelle agression ne fut qu'une occasion de nouveaux triomphes pour l'armée française et pour son chef. La bataille de Rivoli , les combats de Saint-Georges et de la Favorite , oii la victoire resta constamment iidèle au drapeau républicain, réduisirent Provéra à se rendre avec son corps d'armée, et presque sous les yeux deWurmser, qui capitula lui-même bientôt après dans Mantoue,

On lit dans les bulletins dictés par Bonaparte à son quartier-général de Roverbello , les 28 et 29 nivôse an v ( ^ 7 et 18 janvier ^ 79" ) , et renfermant les détails de ces nouvelles victoires :

« Le 24, l'ennemi jeta brusquement un pont à Anghiari , et y lit passer son avant-garde , à une lieue de Porto-Legnago ; en même temps le général Joubert m'instruisit qu'une colonne assez considérable filait par Montagna , et menaçait de tourner son avant-garde à la Corona. Différents indices me firent connaître le véritable projet de l'ennemi , et je ne doutai plus qu'il n'eût envie d'attaquer, avec ses principales forces, ma ligne de Rivoh , et par là arriver à Mantoue. Je fis partir dans la nuit la plus grande partie de la division du général Masséna , et je me rendis moi-même à Rivoli, où j'arrivai à deux heures après minuit.

" Je fis aussitôt reprendre au général Joubert la position intéressante

UE NAPOLKOX.

de San-Marco; je Hs garnir le plateau de RivoU .rarlillerie , et jo .li.nos .ou., a n de prendre, à la, «nte du jour, une offensive redou.al le et de niarclier iiioi-nième à reiiiionii. '

" A la pointe du jour, no(re aiJe droite et Taile gnuehe de IVnnemi

.. Cependant il v avait déjà trois heures que Ion se battait e. l'ennem, ne nous avait pas encore présenté toutes ses forces; une colonne onnennequ, avait longé l'Adige, sous la protection d™ rand oZ de pièces , marche droit au plateau de ISivoli pour lenleL et n" menace de tourner la droite et le centre. J'ordonnai a„ général de c v lor,e Leclercde se porter pour charger Fennemi sil parvena sU .

74 UISTOIRK

rer du plateau de Rivoli , et j'envoyai le chef d'escadron Lasalle , avec cinquante dragons , prendre en flanc rinfanterie , qui attaquait le centre , et la charger vigoureusement. Au môme instant, le général Joubert avait fait descendre des hauteurs de San-Marco quelques bataillons qui plongeaient le plateau de Rivoli. L'ennemi , qui avait déjà pénétré sur le plateau , attaqué vivement et de tous côtés , laisse un grand nombre de morts, une partie de son artillerie , et rentre dans la vallée de TAdige. A peu près au même moment , la colonne qui était déjà depuis longtemps en marche pour nous tourner et nous couper toute retraite se rangea en bataille sur des pitons derrière nous. J'avais laissé la 75^ en réserve , qui non-seulement tint cette colonne en respect , mais encore en attaqua la gauche , qui s'était avancée , et la mit sur-le-champ en déroute. La 18^ demi-brigade arriva sur ces entrefaites , dans le temps que le général Rey avait pris position derrière la colonne qui nous tournait : je fis aussitôt canonner l'ennemi avec quelques pièces de 4 2 ; j'ordonnai

rattaijue, et, en moins d'un quart d'heure, toute cette colonne, composée de plus de (juatre mille hommes , fut faite prisonnière.

bl- NAPOLÉON. 75

>• L'ennemi, partout en déroute, fut partout poui-suivi, et [>c\\dM\l toute la nuit on nous amena des pi'isonniers. Quinze eents hommes qui se sauvaient par Guarda furent arrêtés par cinquante liommes de la i S" , qui , du moment qu'ils les eurent reconnus , marchèrent sur eux avec confiance et leur ordonnèrent de poser les armes.

» L'ennemi était encore maître de la Corona , mais ne i^uvait plus être dangereux. 11 fallait sempresser de marcher contre la division de M. le général Provera , qui avait passé l'Adige le 24 , à Anghiari. Je fis filer le général Victor avec la brave 57* , et rétrograder le général Masséna, qui, avec une partie de sa di\ision, arriva à Roverhello le 2o. " Je laissai l'ordre , eu partant, au général Joubert d'attaquer, à la pointe du jour , l'ennemi s'il était assez téméraire pour rester encore à la Corona.

" Le général 3Iurat avait marché toute la nuit avec une demi-brigade d'infanterie légère, et devait paraître dans la matinée sur les hauteurs

de Montebaldo , qui dominent la Corona : effectivement, après une résistance assez vi^ e . l'ennemi fut rais en déroute , et ce qui était échappé

à la journée de la veille fut fait pi-isonnier. La cavalerie ne put se sauver qu'en traversant l'Adige à la nage , et il s'en noya beaucoup.

» Nous avons fait, dans les deux journées de Rivoli, treize mille prisonniers , et pris neuf pièces de canon. »

La suite du bulletin est consacrée au récit des combats de Saint- George, d'Anghiari et de la Favorite, soutenus contre le général Provera. Au deuxième combat d'Anghiari , un commandant des hulans se présente devant un escadron du 9^ régiment de dragons , et , par une de ces fanfaronnades communes aux Autrichiens : « Rendez-vous ! » crie-t-il au régiment. Le citoyen Duvivier fait arrêter son escadron : « Si tu es bra\e, viens me prendre, » crie-t-il au commandant ennemi. Les deux

corps s'arrêtent , et les deux chefs donnèrent un exemple de ces combats que nous décrit avec tant d'agrément Le Tasse. Le commandant des hulans fut blessé de deux coups de sabre : ces troupes alors se chargèrent, et les iiulans hu-ent faits prisonniers.. . ..

« Le 27 , à une heure avant le jour , les ennemis attaquèrent la Favorite dans le temps que Wurmser fit une sortie et attaqua les lignes du blocus par Saint- Antoine. Le général Victor , à la tête de la 57^ demibrigade , culbuta tout ce qui se trouva devant lui. Wurmser fut obhgé de

Dl" NAPOLI-:O.N. 77

rentrer dans Mantoue presque aussitôt qu'il en était sorti , et laissa lo champ de bataille couvert de morts et de prisonniers de guerre. Seriurier fit avancer alors le général Victor avec la 37« demi-brigade , afin d'acculer Provera au faubourg de Saint-George , et par là le tenir bloqué. Effectivement, la confusion et le désordre étaient dans les rangs en-

nemis : cavalerie , infanterie , artillerie , tout était pêle-mêle. La terrible 57^ demi-brigade n'était arrêtée par rien : d'un côté elle prenait trois pièces de canon , d'un autre elle mettait à pied le régiment de hussards de Herdendy. Dans ce moment le respectable général Provera demanda à capituler ; il compta sur notre générosité , et ne se trompa pas. Nous lui accordâmes la capitulation dont je vous enverrai les articles : six mille prisonniers , parmi lesquels tous les volontaires de Vienne , ^ingt pièces de canon , furent le fruit de cette journée mémorable.

» L'armée de la république a donc , en quatre jours , gagné deux batailles rangées et six combats , fait près de vingt-cinq m'dle prisonniers , parmi lesquels un lieutenant-général et deux généraux , douze à quinze

colonels , etc. ; pris vingt drapeaux , soixante pièces de canon , et tué ou blessé au moins six mille hommes. »

Tant de revers devaient préparer Wurraser à une capitulation inévitable, et lui faire comprendre que le siège de Mantoue allait finir comme toutes les autres entreprises de l'armée républicaine.

Lorsqu'il fut question de la reddition , il envoya le général Klenau , son premier aide de camp , au quartier-général de Serrurier, qui était à Roverbello , et qui ne voulut entendre aucune proposition sans en avoir référé au général en chef.

Napoléon eut fantaisie d'assister incognito aux conférences. Il vint à Roverbello , s'enveloppa dans sa capote et se mit à écrire , tandis que Klenau et Serrurier discutaient. Il donnait ses conditions en marge même des propositions de Wurmser , et quand il eut fini , il dit au général autrichien , qui Tavait pris sans doute pour un simple scrilx^

d'état-major : (( Si Wurmser avait seulement pour dix-huit ou vingt jours do vivres et qu'il parlât de se rendre , il ne mériterait aucune capitulation honorable. Voici les conditions que je lui accorde , ajoutat-il en remettant le papier h Serrurier. Vous y lirez surtout qu'U sera libre de sa personne, parce que j'honore son grand âge et ses mérites,

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et que je ne veux pas qu'il devienne la victime des intrigants qui voudraient le perdre à Vienne. S'il ouvre ses portes demain , il aura les conditions que je viens d'écrire; s'il tarde quinze jours, un mois, deux d aura encore les mêmes conditions. 11 peut donc désormais attendre jusqu'au dei-nier morceau de pain. Je pars à l'instant pour passer le P6 je marche sur Rome. Vous connaissez mes intentions, allez les dire à' votre général.

Surpris de se trouver en présence du général en chef , et plein d'admiration et de reconnaissance pour tout ce qu'il venait d'entendre, Klenau avoua que Wurmser n'avait plus de vivTcs que pour trois jours! Le vieux maréchal ne fut pas moins ému que son aide de camp , en apprenant ce qui s'était passé aux pourparlers de Roverbello. Il en' témoigna sa gi-atitude à Napoléon , en le prévenant d'une tentative d'empoisonnement qui se tramait alors contre lui en Romagne. Du reste , ce fut Serrurier qui, en l'absence du général en chef, présida à la reddition de Mantoue ( V^ février nOT ).

Trois jours après la capitulation de Mantoue, Ronaparle, mécontent de la conduite du pape , dirigea une colonne de l'armée française sur Rome, et publia, le 6 février ^ 797, de son quartier-général de Rologne, une proclamation dont voici le début :

" L'armée française va entrer sur le territoire du pape ; elle protégera la religion et le peuple.

» Le soldat français porte d'une main la baïonnette , sûr garant de la victoire , et offre , de l'autre , aux différentes viUes et villages , paix , protection et sûreté.... Malheur à ceux qui la dédaigneraient, et qui, de gaieté de cœur, séduits par des hommes profondément hypocrites et scélérats , attireraient dans leurs maisons la guerre et ses horreurs , et la vengeance dune armée qui a , dans six mois , fait cent mille prisonniers des meilleures troupes de l'empereur , pris quatre cent pièces de canon, cent dix drapeaux , et détruit cinq armées.

La résistance du saint-siége ne pouvait pas être sérieuse. Pie VI , menacé dans sa capitale , fit taire ses répugnances et ses dispositions hostiles, et se hâta de demander la paLx au général républicain, qui la lui accorda par un traité du ^9 fémer, et sous les con- (htions qui suivent: V le pape renonce à toutes ses prétentions sur Avignon et le comtat Venaissin ; 2" d cède à perpétuité à la république française Rologne, Ferrare et la Romagne; 3« il cède en outre tous

les objets d'art demandés par Bonaparte , tels que l'Apollon du Belvédère , la Transfiguration de Raphaël , etc. ; 4° il rétablit lYcole française à Rome , et paie à titre de contribution militaire ^ 5 millions en argent ou en effets précieux. A ce traité , Pie YI ajouta , le 22 février , un bref remarquable dans lequel il donne à Bonaparte le titre de son cher fils.

Cependant les revers si multipliés des armées autrichiennes avaient liumilié et consterné le conseil aulique , sans vaincre sa haine opiniâtre contre la révolution française , et sans lui inspirer des idées pacifiques. Épuisé par la guerre , il s'entêta à braver la fortune , et à lutter , avec les débris de ses formidables armées , contre la puissance victorieuse qui les avait si facilement dispersées et détruites quand elles étaient à l'apogée de leur confiance et de leur force. L'archiduc Charles fut envoyé en Italie pour y prendre le commandement en chef des troupes impériales , et pour essayer de réparer les désastres de ses prédécesseurs. Croyant d'abord que Bonaparte , alors occupé à punir le pape de la violation du traité de Bologne, avait emmené avec lui une bonne partie de son armée, il voulut profiter de cette absence pour presser son attaque, et fit repasser la Brenta au général Guyeux. Mais il s'aperçut bientôt de son erreur. Napoléon, qui n'avait conduit à Rome que quatre ou cinq raille hommes , reparut sur la Brenta , et porta , au commencement de mars , son quartier-général à Bassano , où il publia la proclamation suivante :

« Soldats !

» La prise de Mantoue vient de finir une campagne qui vous a donné des titres éternels à la reconnaissance de la patrie.

» Vous avez remporté la victoire dans quatorze batailles rangées et soixante-dix combats ; vous avez fait plus de cent mille prisonniers , pris à l'ennemi cinq cents pièces de campagne , deux mille de gros calibre , quatre équipages de ponts.

» Les contributions mises sur les pays que vous avez conquis ont nourri, entretenu, soldé l'armée pendant toute la campagne; vous avez en outre envoyé trente millions au ministère des finances pour le soulagement du trésor pubhc,

» Vous avez enrichi le Muséum de Paris de plus de trois cents objets, chefs-d'œuvre de l'ancienne et nouvelle Italie , et qu'il a fallu trente siècles pour produire.

» Vous avez conquis à la répul)li(iue les plus belles contrées de l'Eu-

I)K \.\IM)Li:o\. SI

rope. Les ivpiibliques Lombarde et Iranspadtino vous doivent leur liberté; les eonleiirs franeaises flottent |)()nr la pi-eniièiv fois s(M' les bords de rA(lriatii|iie, eu face et à vingt-(iualre heures de navii^ation de l'ancienne Macédoine ; les rois de Sardaigne , de Naples , le pape , le duc de Parme, se sont détachés de la coalition de nos ennemis, et ont brigué notre amitié; vous avez chassé les Anglais de IJvourne, de Gènes, de la Corse ... Mais vous u avez pas encore tout achevé ; une grande destinée vous est réservée : c'est en vous que la patrie met ses plus chères espérances ; vous continuerez à en être dignes.

)i De tant d'ennemis qui se coalisèrent pour étouffer la république à sa naissance , l'empereur seul reste dexant nous. Se dégradant luimême du rang d'une grande puissance , ce prince s'est mis à la solde des marchands de Londres ; il n'a plus de xolonté, de politi(pie , que celle de ces insulaires perfides qui , étrangers aux malheurs de la guerre, sourient avec plaisir aux maux du continent.

» Le directoire exécutif n'a rien épai-gné pour donner la paix à l'Eul'ope ; la modération de ses propositions ne se ressentait pas de la force de ses armées ; il n'avait pas consulté Aotre courage , mais l'humanité et l'envie de vous faire rentrer dans ^ os familles ; il n'a pas été écouté à Vienne. 11 n'est donc plus d'espérance pour la paix qu'en allant la chercher dans le cœur des états héréditaires de la maison d'Autriche. Vous y trouverez un brave peuple, acca!)lé par la guerre ([u'il a eue contre les Turcs , et par la guerre actuelle. Les habitants de Vienne et des états d'Autriche gémissent par l'aveuglement et l'arbitraire de leur gouvernement. Il n'en est pas un cpii ne soit convaincu que l'or de l'Angleten-e a corrompu les ministres de l'empereur. Vous respecterez leur rehgion et leurs mœurs ; vous protégerez leurs propriétés; c'est la liberté que vous apporterez à la brave nation hongroise.

•> La maison d'Autriche , qui , depuis trois siècles , \a perdant , à chaque guerre , une partie de sa puissance , qui mécontente ses peuples en les dépouillant de leurs pri\iléges , se trouvera l'éduite , à la fin de cette sixième campagne ( puisfiu'elle nous contraint à la faire ), à accepter la paix que nous lui accorderons , et à descendre , dans la réalité, au rang des puissances secondaires , où elle s'est déjà placée en se mettant aux gages et à la disposition de l'Angleterre. »

Napoléon, fatigué de vaincre l'empereur en Italie, sans pouvoir l'amener à négocier , avait en effet résolu de porter la guerre en Autriche

IIISTOIIIE

même , afin que la vue du drapeau tricolore , sous les murs de Vienne , produisît sur la chancellerie autrichienne une impression plus vive et plus profonde que n'avaient pu le l'aire les revers lointains de Beaulieu , de Provera , d'Alvinzi et de Wurmser. Son projet était de pénétrer en Allemagne pai' la chaussée de la Carinthie , et d'aller prendre position sur le Simmering. 11 fit occuper les gorges d'Osopo et delà Pontébapar

Masséna , ([ui , après avoir passé la Piave et le j'agliamento-, dans les montagnes, battit le prince Charles ( 10 mars 1797 ) , le poursuivit, l'épée dans les reins , s'empara de Feltre , de Cadore et de Bellune , et fit un grand nf>mbre de prisonniers , parmi lesquels un émigré français , le général de Lusignan , qui avait insulté ses compatriotes malades dans les hôpitaux de Brescia , à l'époque de la retraite simulée de l'armée répubhcaine. Le ^ 6 , la bataille du Tagliamento acheva de faire perdre à l'archiduc les belles espérances qu'il avait apportées en Italie , et que son commandement avait pu inspirer à sa cour.

Le prince Charles, ainsi battu et humihé, se décida alors à la retraite, rt ne parvint à l'effectuer , depuis le Tagliamento jusqu'à la Muer, qu'après avoir essuyé des défaites journalières , dans les combats de Lavis , Tramins, Clausen , l'arvis, Gradisca, Yillach , Palma-INova , etc.,ete

DE NAPOLLO.N. 85

Le 51 , iN'apoléon était à Clagenfurt , capitale de la Carinthie. En entrant dans cette province , il avait adressé une proclamation à ses habitants , I)our les engager à regarder les Français comme des libérateui-s et non point comme des ennemis. ■: La nation française , disait-il , est l'amie de toutes les nations , et particulièrement des braves peuples de la Germanie. . . . Vous détestez autant que nous , je le sais , et les Anglais . qui seuls gagnent à la guerre actuelle, et votre ministère, qui leur est vendu. »

Au milieu de ses triomphes , Napoléon guettait un ennemi secret , qui , dei)uis longtemps , n'attendait qu'une occasion favorable i)()ur éclater: c'était le sénat de Venise. Ce corps, essentiellement aristijci'atique et dévoué à la coalition des rois contre la révolution trançaise , fomentait l'insurrection et poussait à l'assassinat , dans la haute Italie et le territoire vénitien , contre l'armée républicaine. L'heure de son châtiment ne pouvait être retardée.

Bouaparîe écrivit au doge :

«« Toute la terre ferme de la séi-énissime république de Venise est en armes.

» De tous cotés le cri de ralliement des paysans que vous a\ ez armés est : (I Mort aux Français! » plusieurs centaines de soldats de l'armée dltalie en ontdéjà été les \ictimes. Vous désavouez vainement des rassemblements que vous avez organisés ; croiriez-vous que dans un moment ou 1 je suis au cœur de l'Allemagne , je sois impuissant pour faire respecter le ! premier peuple de lunivei s? Croyez-vous que les légicjus d Italie souffri- ; ront le massacre que vous excitez ? Le sang de mes frères d'armes sera ■ i vengé, et il n'est aucun des bataillons français qui , chargé d'un si nol)le I ministère, ne sente redoublerson courage et tripler ses moyens. Le sénat

de Venise a répondu par la perfidie la plus noire aux procédés généreux ; que nous avons toujours eus avec lui. Je vous envoie mon premier aide de

j \ camp, pour être porteur de la présente lettre. La guerre ou la paix. Si I i vous ne prenez pas sur-le-champ les moyens de dissiper les l'assemble- ! i ments ; si vous ne faites pas arrêter et hvrer en mes mains les auteurs I i des assassinats qui viennent de se commettre , la guerre est déclarée. Le j Turc n'est pas sur vos frontières , aucun ennemi ne vous menace ; vous

i avez fait à dessein naître des prétextes , pour avoir lair de justifier un

j i rassemblement dirigé contre l'armée : il sera dissout dans Aingt-quatre i . heures. Nous ne sommes plus au temps de Charles VIIL Si. contre le

84 HISTOIRR

vœu Ijien mani lesté ilu gouvernement Irançais , vous me réduisez au parti ({c l'aire la guerre , ne pensez pas cependant , qu'à l'exemple des soldats que vous avez armés , les soldats français ravagent les campagnes du peuple innocent et infortuné de la terre ferme; je le protégerai , et il bénii'a un jour jusqu'aux crimes qui auront obligé l'armée française à le soustraire à votre gouvernement tyrannique. »

Le 7 avi'il , un armistice fut conclu à Judenburg. Quand le prince Cbarles se vit tout à fait hors d'état de tenir la campagne , les défdés de INeuwmark et la position d'Hundsmark occupés par Masséna , il commença à comprendre que l'indexibilité monarchi(iue du cabinet autricbien n'était plus de saison. De son côté, Napoléon, qui avait compté sur le concours de l'armée de Sambre-et-Meuse , et qui venait d'apprendre que cette armée n'avait pas bougé et ne bougerait pas , n'osait dépasser le Simmering , de peur de s'engager isolément , sans appui sur ses flancs , dans l'intérieur de l'Allemagne. Aussi , dès qu'il eut reçu le message du directoire qui lui annonçait ofliciellement que les armées du Rhin et de Sambre-et-Meuse n'opéreraient pas la diversion dont il avait fait sentir l'importance et la nécessité , il s'empressa d'écrire à l'archiduc pour lui offrir de partager la gloire de pacifier l'Europe, et de faire cesser les sacriiîces immenses que la guerre coûtait à l'Autriche et à la France. « Les braves militaires , lui dit-il , fontla guerre et désirent la paix . Avons-nous assez tué de monde et assez causé de maux à la triste humanité?... Vous, qui, par votre naissance, approchez si près du trône, et êtes au-dessus de toutes les petites passions qui animent souvent les ministres et les gouvernements , ètes-vous décidé à mériter le titre de bienfaiteur de l'humanité entière et du vrai sauveur de l'Allemagne ?. . . Quant à moi , monsieur le général en chef , si l'ouverture que je viens de vous faire peut sauver la vie à un seul homme , je me trouverai plus fier de la couronne civique que je me trouverais avoir méritée , que de la triste gloire qui peut revenir des succès militaires. »

Les dispositions pacifiques que cette lettre renfermait furent bientôt connues à Vienne , oîi elles calmèrent un peu la consternation que l'approche du drapeau républicain y avait répandue. L'empereur s'empressa d'envoyer l'ambassadeur napolitain Gallo auprès de Bonaparte , et l'armistice de Indenburg fut le résultat de cette démarche.

Napoléon profita des loisirs que lui laissait la suspension d'armes pour se plaindre^ nu directoire de l'espèce (Varme au bras dans lequel les ar-

[)!• NAl'OLLON. 85

méos d'Allemagne avaient persisté à se tenir pendant qu'il luttait eu Italie, a\ec de l'aibles ressources , contre toutes les forces de la monarchie autrieliienne. Peu soucieux d'ailleurs du passé , vers lequel il pouvait se tourner sans regret, il s'occupait de l'avenir, et réclamait plus vivement que jamais la coopération de ;\Ioreau , pour obtenir de meilleures conditions dans le traité de paix , ou déplus grandes chances de succès en cas de reprise des hostilités. <^ Quand on a bonne envie d'entrer en campagne , dit-il au directoire, il n'y a rien ({ui arrête ; et jamais , de- |)uis que l'histoire nous retrace des opérations miUtaires , une rivière n'a pu être un obstacle réel. Si Moreau veut passer le Rhin , il le passera, et, s'il l'avait déjà passé nous serions dans un état à pouvoir dicter les conditions delà paix , ti'une manière impérieuse , et sans courir aucune chance ; mais qui craint de perdre la gloire est sûr de la perdre. J'ai passé les Alpes-Juliennes et les Alpes-Noriques sur trois pieds de glace , etc. Si je n'eusse vu que la tranquillité de l'armée et mon intérêt i)articulier , je me serais arrêté au delà 'de l'isonzo ; je me suis précii)ité dans l'Allemagne , pour dégager les armées du Rliin et empêcher l'ennemi d'y prendre l'offensive. Je suis aux portes de Vienne , et cette cour insolente et orgueilleuse a ses plénipotentiaires à mon cpiartier-général. Il faut que les armées du Rhin n'aient point de sang dans les veines : si elles me laissent seul , alors je m'en retournerai en Itahe. L'Europe entière jugera la différence de conduite des deux armées. »

C'était le 2G germinal que les nég<jciations avaient été ouvertes à Léoben ; les préliminaires de la paix y furent signés le 29. Bonaparte s'entretenant avec les plénipotentiaires autrichiens leur dit : « Votre gouvernement a envoyé contre moi quatre armées sans généraux , et cette fois un général sans armée. » Et comme ces commissaires lui montraient . en tête du traité projeté , que l'empereur reconnaissait la république française : « Effacez , s'écria vivement Napoléon ; l'existence de la répubrupie est aussi visible que le soleil ; un pareil article ne pourrait convenir qu'à des aveugles. »

Le moment de songer à Venise était venu. Cette république courut elle-même au-devant du danger qui la menaçait. Ses nobles , liés à l'Autriche qui semblait attendre à l'abri de la convention de Léoben que de lâches sicaires vinssent à son secours, et la déUvrassent d'un vainqueur qui avait triomphé de la bravoure de ses vieux soldats ; les nobles de Venise , dis-je , unis au sacerdoce italien , soulevèrent les populations

HISTOIR

ignorantes des bords de l'Adriatique , et firent égorger , dans Vérone , au milieu des fêtes de Pâques, un grand nombre de Français. Les ministres de la religion , oubliant leur mission de paix et de charité ,

prêchaient , en furieux , <( qu'il était permis et même méritoire de tuer les jacobins. »

Bonaparte accourut aussitôt pour faire cesser la révolte et l'assassinat dans le Yéronais , et pour aller tirer vengeance des Vêpres véniliennes. Le soir même de l'insurrection , il dit à son ancien camarade Bourrienne , dont il avait fait son secrétaire particulier, et qui avait failli périr sous les poignards en venant le rejoindre : « Sois tranquille , ces coquins-là me le paieront. Leur répubUiiue a vécu. »> Peu de jours après il écrivit au directoire <( que le seul parti qu'on pût prendre était de détruire ce gouvernement féroce et sanguinaire ; d'effacer le nom vénitien de dessus la surface du globe. •)

En vain les provéditeurs de Brescia , de Bergame et de Crémone rédigèrent-ils leurs procès-verbaux de manière à insinuer et à faire croire que les Français avaient provoqué les excès dont ils avaient été victimes : Bonai)arte leur donna un démenti solennel , dans un manifeste

m- NAPOLÉON. S7

qui fut i'aiTèt de mort de l'aristocratie vénitienne , et qui se terminait par les dispositions suivantes :

.< Le général en chef requiert le ministre de France près la n^ublique de Venise de sortir de ladite ville ; ordonne aux différents agents de la république de Venise dans la Lonibardie et dans la Terre-Ferme vénitienne de l'évacuer dans les vingt-quatre lieui-es ;

» Ordonne aux différents généraux de division de traiter en ennemies les troupes delà république de Venise ; de faire abattre dans toutes les villes de la Terre-Ferme le lion de Saint-Marc. ..

Cet ordre du jour fut ponctuellement exécuté. La terreur s'empara du grand conseil de Venise. 11 se démit du pouvoir , et rencUt la souveraineté au peuple , qui confia l'exercice de l'autorité à une municipalité. Le ^ 6 mai , le drapeau tricolore fut planté sur la place Saint-3Iarc par le général Baraguay d'Hilliers. La révolution démocratique la plus complète s'opéra dans toute l'étendue des états vénitiens. Dandolo , avocat

88 inSTOIHK

de Venise, run des deux seuls hommes de mérite que Napoléon déclara avoir rencontrés en Italie , fut porté , par la faveur populaire , à la direction de ce mouvement. Le lion de Saint-^Iarc et les chevaux de Corintlie , qui ont depuis servi à orner l'arc de triomphe du Carrousel , furent transportés à Paris.

Tandis que les négociations se poursuivaient avec TAutriche , Napoléon apprit que Hoche et Moreau avaient passé le Rhin. Il n'y avait que peu de jours que le directoire lui avait annoncé que ce passage n'aurait pas lieu ; et quand le refus de cette coopération puissante Tavait seul déterminé à suspendre les hostilités et à s'arrêter aux portes de Vienne , il se voyait condamné à assister , l'épée dans le fourreau , et lié par un armistice aux mouvements militaires qu'il avait réclamés et sollicités en vain pendant deux mois , alors qu'ils pouvaient l'aider à arhorer l'étendard répuhlicain sur la capitale de l'Autriche. Il était évident que ses succès trop rapides avaient alarmé le directoire , et que les pentarques pressentaient l'empereur dans le conquérant de l'Italie. Il a confessé lui-môme , à Sainte-Hélène , qu'en effet, (lepuis Lodi , il lui était venu dans l'idée qu'il pourrait bien devenir un acteur décisif sur la scène politique. '< Aloi's naquit , disait-il , la première étincelle de la haute ambition. >

Les directeurs , qui avaient aperçu cette étincelle , et qui craignaient qu'elle n'embrasât l'édifice républicain , dont ils occupaient le faîte , en contrariaient donc les progrès et le développement , poussés qu'ils étaient par leur jalousie personnelle et par l'instinct ombrageux de la démocratie. Ils voyaient avec peine que la reconnaissance nationale et l'admii'ation de l'Europe tendaient à se concentrer sur un seul homme, et ils ne voulaient pas fournir à cet homme les moyens de mettre le comble à l'engouement dont il était l'objet , en entrant triomphalement dans Vienne , à la tête de toutes les armées républicaines. Napoléon les devina comme ils l'avaient deviné lui-même , ce (pii ne l'empêcha pas dv témoigner vivement son mécontentement dans toutes ses lettres et ses conversations. Mais le directoire put d'autant mieux dissimuler les véritables motifs de son étrange conduite, que le général Bonaparte , commandant de l'armée de l'intérieur , après vendémiaire , avait conçu et laissé lui-même dans les archives de la guerre un plan de campagne qui fixait le terme des hostilités et la pacification sur la crête du Simmering. Il avait ainsi posé lui-même la barrière qu'il brûlait maintenant

de iraiiL'hir. Mais le vainqueur du prince Cliarles devait avoir nécessairement des pensées plus vastes et des vues moins modestes que le vain- (jueur des bourgeois parisiens.

Bonaparte était dans un île du Tagliamcnto lorsqu'il reçut le cour-

^cA

rier qui lui apportait la nouvelle du passage du Rhin par Morcau. « Rien, dit M. de Bourrienne , ne pourrait peindre Témotion du général , à la lecture de ces dépèches.... Le bouleversement de ses pensées fut tel , qu'il conçut un moment Tidée de repasser sur la rive gauche du Tagliamcnto , et de tout rompre sous un prétexte quelconque Il disait:

" Quelle différence dans les préliminaires , si toutefois ils eussent eu Ueu ! » 11 est certain que Napoléon n'aurait pas montré les dispositions pacifiques qu'il manifesta dans sa lettre au prince Charles , s'il eût pu compter sur la coopération des armées d'Allemagne. La conquête de Vienne lui souriait autant que celle de Rome l'avait peu tenté. La duplicité jalouse et soupçonneuse du directoire ne lui permit pas cette fois de satisfaire son ambition.

Les négociations trainaient en longueur. Le général en chef prolita des loisirs que lui laissait rarniistice pour visiter la Lombardie et les états de Venise , et pour y organiser un gouvernement. 11 lui fallait pour cela des hommes, et il les cherchait vainement. < Bon Dieu , disait-il, que les hommes sont l'ares ! Il y a en Itahe dix-huit millions d'hommes , et j'en trouve à peine deux , Dandolo et Melzi. »

A la lin , fatigué des entraves que les meneurs de la république avaient apportées à Texécution de ses plans , et dégoûté des lenteurs des diplomates autrichiens , Bonaparte parla de se démettre du commandement de Tannée d'Itahe, et d'aller prendre dans la retraite et la solitude , le repos dont il prétendait avoir besoin. Ce n'était sans doute qu'une menace qu'il n'avait nulle envie de réaliser. 11 ne croyait pas que l'on put se passer de lui , après les services qu'il avait rendus , les talents prodigieux dont il avait fait preuve , et l'immense popularité qu'il avait acquise. L'annonce de sa démission lui paraissait , à juste titre , un événement politique assez important pour compnmiettre , vis-à-vis de la nation , le gouvernement qui l'aurait provoquée par ses injustices , et acceptée par excès d'ingratitude et d'envie. Mais ce ne fut qu'une fausse alarme. Il se contenta de se plaindre amèrement et de prendre , de plus en plus , le ton haut et fier , dans sa correspondance officielle. Après avoir déclaré que , « vu la position des choses , les négociations mômes avec l'Empereur étaient devenues une opération militaire , » ce qui le rendait rarl)itre de la paix et de la guerre , et le préparait à le devenir du sort même de la républi(iue , il affecta de se montrer rassasié de gloire , pour bien convaincre ses admirateurs , ses rivaux et ses ennemis , que les intérêts de la France , et non les siens propres , étaient les seuls mobiles de la grande activité qu'il déployait. (. Je me suis lancé sur Vienne , dit-il dans une de ses lettres , ayant acquis plus de gloire qu'il n'en faut pour être heureux , et ayant derrière moi les superbes plaines de l'Italie , comme j'avais fait au commencement de la campagne dernière , en cherchant du pain pour l'armée que la république ne pouvait plus nourrir. »

Le Directoire fut aidé , du reste , dans sa basse jalousie et dans sa peur , par les excitations de la politique intérieure. La réaction thermidorienne avait ranimé le royalisme qui venait de se relever , dans les élections , de sa défaite de vendémiaire. Il était naturel que le parti de la contn^-révolution redoutât l'influence du général qui avait sauvé la républi(pie par cinquante \icloires . et dont la renommée , la gloire et

l'existence étaient attachées au salut et au pi-ogrès de la révolution. Los orateurs et les écrivains de ce parti protitèrentde la liberté illimitée de la tribune et de la presse , poui- répandre toutes sortes ih bruits et accréditer les soupçons les plus injurieux sur le caractère et les projets de Napolé'on. Le Directoire , malgré son étal de lutte acharnée à l'égard des Clichyens , les laissa dire et faire tout ce qu'ils voulurent et osèrent contr-e le héros d'Arcole et de Lo<li , dont l'illustration rapidi^ rolTusquait. Ou imprima dans les journaux et les pamphlets , ou proclama dans les conseils et dans les clubs , que le gouvernement de Venise avait été victime des perfidies et des provocations souterraines du général

-rl^voviu"^ »

français , et que tous ces assassinats , tlont on s'était plaint à la face du monde , et dont on avait tiré une \ engeance si éclatante , n'avaient été

que des événements prévus et macliiavéliquement combinés au quartiergénéral de l'armée républicaine. Dumolard, l'un des coryphées du royalisme , fit une motion , dans laquelle il glissa une phrase qui mentionnait expressément les doutes élevés , au conseil des anciens , sur les causes et la gravité des violations du droit des gens , commises à Venise. Napoléon , instruit de toutes ces attaques et insinuations malveillantes , en écrivit au Directoire : « J'avais le droit , lui dit-il , après avoir conclu cinq paix et donné un coup de massue à la coalition , sinon à des triomphes civiques , du moins à vivre tranquille , et à la protection des premiers magistrats de la répubhque. Aujourd'hui je me vois desservi, persécuté , décrié par tous les moyens honteux que la pohtique apporte à la persécution

)) Eh quoi ! nous avons été assassinés par des traîtres ; plus de quatre cents hommes ont péri , et les pi-emiers magistrats de la république lui feront un crime de l'avoir cru un moment !

» Je sais bien qu'il y a des sociétés où Ton dit : Ce sang est-il donc si pur? ....

» Que des hommes lâches et qui sont morts au sentiment de la patrie et delà gloire nationale l'aient dit, je ne m'en plaindrais pas , je n'y eusse pas fait attention ; mais j'ai le droit de me plaindre de l'avilissement dans lequel les premiers magistrats de la république trament ceux qui ont agrandi et porté si haut la gloire du nom français.

» Je vous réitère , citoyens directeurs , la demande que je vous ai faite de ma démission. J'ai besoin de vivre tranquille , si les poignards de CHchy veulent me laisser vivre.

» Vous m'avez chargé de négociations , j'y suis peu propre. »

Peu de temps auparavant il avait écrit en particulier à Carnot :

« J'ai reçu votre lettre , mon cher directeur , sur le champ de bataille de Rivoli. J'ai vu dans le temps avec pitié tout ce que l'on débite sur mon compte. L'on me fait parler chacun suivant sa passion. Je crois que vous me connaissez trop pour imaginer que je puisse être influencé par qui que ce soit ; j'ai toujours eu à me louer des marques d'amitié ((ue vous m'avez données à moi et aux miens, et je vous en conserverai toujours une vraie reconnaissance. Il est des hommes pour qui la haine est un besoin , et qui , ne pouvant bouleverser la république , s'en consolent en semant la dissension et la discorde partout où ils peuvent arriver. Quant à moi , quelque chose qu'ils disent , ils ne m'atteignent plus :

Di: NAPOLEON. '.r,

Testime (rim petit nombre de personnes comme vous, celle de mes camarades et des soldats , quelqiu'fois aussi l'opinion de la postérité , et par-dessus tout le sentiment de ma conscience et la prospérité de ma patrie, m'intéressent uniquement. »

Napoléon se chargea aussi de répondre lui-même aux calomnies de la faction clichyenne , au sujet de Venise , et il fit répandre à cet effet , dans Tarmée. sous le voile de l'anonyme , une note qui réfutait toutes les assertions mensongères du royalisme et qui rétablissait la \éiité dans tous ses droits.

11 y avait moins de sincérité , comme je l'ai déjà fait remarquer, dans l'offre de sa démission. Quant à cette modestie qui le portait à se déclarer peu propre aux travaux diplomatiques, on peut juger de la valeur de sa déclaration par le trait suivant , qui se rapporte aux négociations de Campo-Formio . et qu'il a raconté lui-même à Sainte-Hélène.

" M. de Cobentzel , disait-il , était l'homme de la monarchie autrichienne , l'âme de ses projets . le directeur de sa diplomatie. 11 avait occupé les premières ambassades de l'Europe . et s'était trouvé longtemps auprès de Catherine , dont il avait capté la bienveillance particulière. Fier de son rang et de son importance , il ne doutait pas que la dignité de ses manières et son habitude des cours ne dussent écraser facilement un général sorti des camps révolutionnaires ; aussi abordat-il le général français avec une certaine légèreté ; mais il suffit de l'attitude et des premières paroles de celui-ci pour le remettre aussitôt à sa place , dont , au demeurant , il ne chercha jamais plus à sortir. — Les conférences, ajoute M. de Las Gazes, languirent d'abord beaucoup. M. de Cobentzel , suivant la coutume du cabinet autrichien . se montra fort habile à traîner les choses en longueur. Cependant le général français résolut d'en finir. La conférence qu'il s'était dit devoir être la dernière fut des plus vives ; il en arriva à mettre le marché à la main ; il fut refusé. Se levant alors dans une espèce de fureur , il s'écria très-énergiquement : « Vous voulez la guerre? eh bien ! vous l'aurez. » Et saisissant un magnifique cabaret de porcelaine , que M. de Cobentzel répétait chaque jour avec complaisance lui avoir été donné par la grande Catherine , il le jeta de toutes ses forces sur le plancher , où il vola en mille éclats. <( Voyez , s'écria-t-il encore ; eh bien ! telle sera votre monarchie autrichienne avant trois mois ; je vous le promets. » Et il s'élança précipitamment hors de la salle. M. de Cobentzel demeura pétrifié . disait

r Empereur ; mais M. de Gallo, son second , et beaucoup plus conciliant accompagna le général français jusqu'à sa voiture, essayant de le retenir

1 me tirant force coups de chapeau , ajoutait l'Empereur , et dans une attitude si piteuse , qu'en dépit de ma colère ostensible , je ne pouvais m'empôcher d'en rire intérieurement beaucoup. »

Cette manière de négocier , qui semblait justifier ce que INapoléon avait dit de son peu d'aptitude pour la diplomatie , ne laissa pas néanmoins d'obtenir l'effet qu'il s'en était promis. En cette occasion , la l)rus(pierie pouvait passer pour de l'adresse et de l'habileté. 11 fallait en linii" avec les lenteurs calculées et les hésitations perfides du cabinet autrichien. INapoléon contribua à amener cette fin tardive en brisant l'élégant cadeau de Catherine. Sa violence servit mieux cette fois les intérêts de la France que n'aurait pu le faire la ruse polie d'un véléran de cour. 11 put s'emporter à propos , et l'on peut dire que , s'il manqua à l'éti- <|uelt(M'laux convenances, ce fut pour bien mériter de son pays et de l'humanité en accélérant la conclusion de la paix.

Mais tandis que INapoléon s'irritait , en Italie , des longueurs interminables des conférences diplomatiques , et de l'inaction que lui avait imposée le mauvais xouloir du l)ir(>ctoire, et des outrages que les lac-

Diï i\ A Pou: ON. ;)•>

lions de l'intérieur lui adressîiieut , de tous les points de rEuro^Hî , par rinterinédiaire des émigrés et des correspondants à gages , le l)ireeloii<' liit menacé dans son existence par la majorité royaliste des deux conseils ; le ^ 8 fructidor approchait.

L'armée d'Italie , qui avait vaincu dans tant de batailles , sous le drapeau républicain , et le chef illustre (|ui l'avait mené<' , au pas de eoui'se, de victoire en victoire , devaient lixer Tatlention des deux paitis , les craintes de l'un et les espérances de l'autre. ISapoléon , naguère calomnié ouvertement ou en secret par les Clichy(;ns et le Directoire , se \\l tout à coup rechercher et flatter de tout côté. François Ducoudray. l'un des orateurs les plus influents de la majorité monarchique , ne craignit pas de donner le titre de héros au mitrailleur du 1 3 vendémiaire , en disant de lui << qu'il s'était distingué par les talents du négociateur, après avoir égalé en huit mois les hommes les plus illustres dans l'art militaire. »

Mais ces louanges intéressées d'un homme habile ne pouvaient pas couvrir la haine (pie son parti nourrissait et exhalait , dans ses journaux et dans ses clubs, contre le général en chef de l'armée d'Italie. Aubry. ce vieil ennemi de Bonaparte , était un des meneurs de la réunion de Clichy. Soutenu par quelques orateurs furibonds , il demandait à grands cris la destitution et l'arrestation de Napoléon. C'en était assez poui* que ce dernier ne dût pas balancer entre le Directoire et les conseils. Mais Napoléon méprisait le Directoire, dans le sein duquel il n'y avait qu'un homme dont il estimât le caractère , et dont il reconnût les services et la capacité , et cet homme , Carnot , s'était séparé de la majoi'ité direct<jriale par des scrupules constitutionnels qui le faisaient répugner à repousser les envahissements du royalisme par un coup d'état. Cependant Tinfluence de ses antécédents , de ses souvenirs et aussi de ses pi'évisions remporta sur son mépris pour Barras , et sur son estime pour Carnot.

Un instant , il fut décidé à marcher sur Paris , en traversant Lyon , il la tète de vingt-cinq miUe hommes ; et il eût réalisé ce projet , si les chances de succès fussent restées aux CUchyens dans la capitale. Ce qui le détermina surtout à mettre sa puissante épée du côté des directeurs contre la majorité des conseds , ce fut la découverte de la trahison de Pichegiu , qui dirigeait cette majorité , et dont les intelligences criminelles avec l'étranger furent dévoilées par la saisie et le dépouillement des papiers du fameux comte d'Antraigues , intrigant royaliste, surpris

et arrêté dans les états de Venise , laissé libre , sur parole , dans Man , et qui s'évada en Suisse où il publia un libelle infâme contre Napoléon , dont il n'avait eu qu'à se louer.

L'indignation de Bonaparte contre le parti de l'étranger éclata dans l'adresse qu'il envoya , au nom de l'armée d'Italie , pour intimider les conseils et rassurer le Directoire. « La route de Paris , lit-il dire à ses compagnons d'armes , offre-t-elle plus d'obstacles que celle de Vienne ? non ; elle nous sera ouverte par les républicains restés fidèles à la liberté. Réunis , nous la défendrons , et nos ennemis auront vécu.

» Des hommes couverts d'ignominie , avides de vengeances , saturés de crimes, sagitent et complottent au milieu de Paris, quand nous avons

triomphé aux portes de Vienne Vous qui avez fait , du mépris , de

l'infamie , de l'outrage et de la mort , le partage des défenseurs de la république , tremblez ! de l'Adige au Rhin et à la Seine , il n'y a qu'un pas ; tremblez ! vos iniquités sont comptées , et le prix en est au bout de nos baïonnettes. »

Napoléon choisit , pour porter cette adresse , Augereau , celui de ses lieutenants qui pouvait le mieux aspirer au premier rôle , et faire oublier le général en chef , par sa consistance personnelle au milieu des circonstances qui se préparaient. Quant à l'argent que Barras avait demandé par l'intermédiaire de son secrétaire Bottot , pour faire réussir h journée préméditée , Napoléon se contenta de le promettre , et ne le livra jamais. 11 expédia , du reste , son aide de camp Lavallette , à Paris , comptant sur son zèle et sa perspicacité pour être instruit de tout , et à môme d'agir selon l'exigence des événements.

La liaison de Bonaparte avec Desaix date de cette époque. Desaix , employé à l'armée du Rhin , suivait de loin avec admiration les triomphes du général en chef de l'armée d'Italie. Il profita des loisirs que lui laissa l'armistice de Léoben pour venir admirer de plus près le grand capitaine. Ces deux hommes se comprirent et s'aimèrent en se voyant. Dans un de leurs entretiens , Napoléon ayant voulu confier à son nouvel ami le secret de la trahison de Pichegru : (( Mais nous le savions sur le Rhin il y a plus de trois mois, répondit Desaix. Un fourgon enlevé au général Klinglin nous a livré toute la correspondance de Pichegru avec les ennemis de la république, — Mais Moreau n'en a-t-il donné aucune connaissance au Directoire? —Non. —Eh bien ! c'est un crime ; quand il s'agit de la perte de la patrie , le silence est une complicité. » Après le

I)K \APOLEON.

i 8 fructidor , lorsque Pichcgru se trouva frappé par un décret de déportation, -Moreau le dénonça ignominieusement. » En ne parlant pas plus

tôt , a dit Napoléon , il a trahi la patrie ; en parlant aussi tard , il a accablé un malheureux . »

Bonaparte apprit avec une joie extrême la défaite et la proscription des Clichyens , qu'Augereau lui annonça en ces termes : « Enfin , mon général , ma mission est accomplie , et les promesses de larmée d'Italie ont été acquittées cette nuit. »

IMais le Directoire , une fois débarrassé des royahstes, revint à sa jalousie secrète et opiniâtre contre Napoléon. Quoiqu'il connût bien la pensée du général sur le 1 8 fructidor , après toutes les dépèches qu'il en avait reçues , et qui toutes réclamaient le coup d'état avec une énergie voisine de la violence , il répandit le bi'uit dans Paris , pour le faire propager de là dansTarmée, que Topinion de Bonaparte sur cette journée était douteuse ; et , pour donner plus de poids à ce soupçon , il chargea Augereau d'adresser lui-même à tous les généraux de division la circulaire que le général en chef seul aurait dû naturellement leur en-

Aoyer. Averti de toutes ces manœuvres , ISapoléon s'empressa d'en témoigner son mécontentement et son indignation.

« Il est constant, éci*ivit-il au Directoire, que le gouvernement en agit envers moi à peu près comme envers Picliegru après vendémiaire an IV.

» Je vous prie de me remplacer et de m'accorder ma démission. Aucune puissance sur la terre ne sera capal)le de me faire continuer de servir, après cette marque horrible de l'ingratitude du gouvernement , à laquelle j'étais bien loin de m'attendre. Ma santé, considérablement affectée, demande impérieusement du repos et de la tranquillité.

» La situation de mon ame a aussi besoin de se retremper dans la masse des citoyens. Depuis trop longtemps un grand pouvoir est conlié dans mes mains. Je m'en suis servi dans toutes les circonstances \x)ar le bien de la patrie ; tant pis pour ceux qui ne croient pas à la vertu , et (|ui pourraient avoir suspecté la mienne. Ma récompense est dans ma conscience et dans l'opinion de la postérité

» Croyez que , s'il y avait un moment de péril , je serais au premier rang pour défendre la liberté et la constitution de l'an m. »

Le Directoire, qui ne se sentait pas assez fort pour soutenir une lutte directe et ostensible avec l'illustre guerrier, continua de dissimuler. 11 se hâta de lui faire parvenir des explications et des excuses poui' calmer son ivssentiment. « Craignez , lui dit-il , <[ue les conspirateurs royaux , au moment où peut-être ils empoisonnaient Hoche , n'aient essayé de jeter dans votre ame des dégoûts et des défiances capables de priver ^()t^c patrie des efforts de votre génie. »

Bonaparte n'était pas aussi profondément dégoûté de son commandement en chef qu'il \ oulait le paraître ; il fit donc semblant d'accepter les explications flatteuses qu'on lui donnait , et se mit à correspondre particulièrement avec des menib)-es et des ministres du Directoire , sur les éventualités de la guerre , les conditions de la paix , et les plus graves questions de la poUtique générale. Les dangers de la répubhque momentanément conjurés à l'extérieur et à l'intérieur , il penchait désormais à la modération et à la clémence. « Le sort del'FAirope , écrivit-il à François de Neufchàteau , est dans'^l'union , la sagesse et la force du gouvernement. 11 est une petite partie de la nation qu'il faut vaincre par un bon gouvernement.... Un arrêté du Directoire exécutif écroule les trônes; faites (|uc des écrivains stipendiés (;u d'ambitieux fanatiques, déguisés

DK \ AIMd.KoX. ;»'.)

soiis toute espèce de masques , no nous replong«'iil plus ilyns le loiivnt l'évoliitionnaiiw »

C'est à cette époque (jiriin lu iinme taiiiciix , îles rasseinlilce constituante , et dont la renonmiee n'a lait que s'étendre depuis par luic actisc participation à l'établissement et à la chute de tous les régimes (pii on! poussé la France de réaction en réaction jusqu'à sa situation présente ; c'est à cette époque , dis-je , (jue ïalle\ raud . toujours prompt à saluer le soleil levant , chercha à ouvrir des relations suivies et des rappoils confidentiels avec Bonaparte. 11 lui écriN it plusieurs lettres sur le i 8 fructidor, et dans toutes il s'exprima avec la véhémence d'un ardent révolutionnaire. 11 est curieux de le voir, lui , qui a si puissanmient contribue dans la suite à faire monter sur le trône les deux branches de la maison de Bourbon , et dont les dernières affections politiques ont été définitivement acquises , du moins en apparence . à la dynastie régnante ; il est curieux de le voir annoncer avec enthousiasme à sijn futur empereur, à l'idole qu'il devait tour à tour encenser et briser . (\aune mort prompte a été prononcée contre (juiconque rappellerait la royauté, la constitution (le 93 ou f/'ÛRLÉAXS !

Napoléon reçut ces avances du chef de la faction qu'on appelait dans le temps les comtHulionnisles et les diplomates , en homme pressé de donner des étais et de préparci' des instruments à la grande am})itioii dont il était animé. 11 sentait que sou heure n'était pas venue , mais qu'elle viendrait , et il tâchait de se concilier les hommes pour les faire mouvoh' à sou gi'é quand les circonstances l'exigeraient. Loi*squ'on pense à l'anarchie qui régnait en France avant et après le 1 8 fructidor , à la déconsidération des dépositaires du pouvoir , à la corruption des uns et à l'ineptie des autres , il est permis de croire que Napoléon fut trop réservé et trop timide , et qu'il ne présuma pas assez de l'influence de son nom et de la lassitude des partis, en reculant devant le coup d'état qu'il méditait, et qu'il exécuta plus tard avec tant de succès. Mais il lui parut qu'il fallait agi'auchr encore sa renommée par de nouveaux prodiges , et laisser s'accroître le dégoût de la masse de la nation pcjur les tourmentes de la démocratie. Peut-être songea-t-il dès lors à l'expédition d'Egypte ; c'est ce ijue beaucoup de gens ont pensé , après av oir lu la proclamation qu'il adressa , le 1 6 septembre 1 797 , aux marins de l'escadre de l'amiral Brueix , et dans laquelle , célébrant le triomphe du Dh'ectoire sur les truilres et les émigrés qui s'élaienl emparés de la tri-

ISTOIRE DE NAPOLEO^^

bnne nalimale , il dit à ces braves : « Sans vous , nous ne pouvons porter la gloire du nom fi-ançais que dans un petit coin de l'Europe ; avec vous , nous traverserons les mers , et porterons l'étendard de la république dans les contrées les plus éloignées. »

Pour réaliser ce vaste projet , il fallait d'abord conclure la paix en Europe. L'Autriche, dont le ^8 fructidor avait détruit les espérances, fondées sur une révolution intérieure en France , n'avait plus les mêmes raisons de retarder la marche des négociations ; mais le Directoire , enflé de sa victoire sur les royalistes, alliés de l'Empereur, montrait des dispositions guerrières. « Il ne faut plus ménager l'Autriche, écrivit-il à Bonaparte ; sa perfidie , son intelligence avec les conspirateurs de l'intérieur sont manifestes. » Ces ordres belliqueux n'entraient point dans les vues du général en chef. L'approche de l'hiver le détermina à presser la conclusion de la paix, i' Il faut plus d'un mois pour que les armées du Rhin me secondent si elles sont en mesure , dit-il à son secrétah'e , et dans quinze jours les neiges encombreront les routes et les passages. C'est fini, je fais la paix. Venise paiera les frais de la guerre et la Ihnite du Rhin. Le directoire elles avocats diront ce qu'ils voudront. »

La paix fut en effet signée à Campo-Formio, le 26 vendémiaire an vi (17 octobre 4797). La délivrance des prisonniers d'Olmutz, La Fayette, Latour-Maubourg et Bureau de Pusy, fut une des premières conditions du traité. Napoléon y tint avec persévérance, et l'exigea avec chaleur. Il est juste de dire qu'il agissait en cela selon les instructions du Directoire.

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