CHAPITRE yi
Voyage à Kainslailt. Uistoiir à Paris. Dqiarl poiir rEg\)j(.(
A guerre et les négociations ne le retenant plus sur les frontières de l'Autriche , Napoléon se ^ mit à visiter ses conquêtes et à parcourir la Lombardie, qui l'accueillit en libérateur. Les acclamations populaires le suivirent partout, ■et, lorsqu'un ordre de Paris l'obligea de se rendre à Rastadt pour y présider la légation française, il rencontra la même admiration et le même enthousiasme dans toute la Suisse, qu'il traversa de Genève à Bâle. Avant de quitter Milan , il envoya au Directoire , par Joubert , le drapeau de l'armée d'Italie , lequel offrait sur l'une de ses faces le résumé de toutes les
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merveilles (|ue cette armée avait accomplies ; sur rautre , ces mots : A l'armée d'Italie, la patrie reconnaissante. Lors tle son dernier passage à Mantoue, il avait fait célébrer un service funèbre en l'honneur de Hoche, qui venait de mourir, et il avait pressé l'achèvement du monument élevé à la mémoire de Virgile.
Parmi les admirateurs et les curieux qui se portèrent sur son passage, à cette époque , se trouva un observateur , plein d'esprit et de pénétration , et dont les remarques , envoyées à Paris , furent insérées dans un journal, en décembre 1797, On y lisait : « J'ai vu avec un vif intérêt el une extrême attention cet homme extraordinaire qui a fait de si grandes
choses, et cpii semble annonc(>r (|ue sa carrière n'est pas terminée. Je l'ai trouvé fort ressemblant à son portrait, petit, mince, pâle, ayant l'air
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faligiu', mais non malado, comme on l'a dit. Il m'a paru qu'il écoulait avec plus (le distraction (|ue (rinlérèt, et qu'il était plus occupé de ce (pi'il pensait que de ce ([u'on lui disait. Il y a beaucoup d'esprit dans sa pli\sionomie ; on y remarque un air de méditation habituelle qui ne révèle rien de ce ([ui se passe dans l'intérieur. Dans cette tète pensante , dans cette àrae forte , il est impossil)le de ne pas supposer quelques pensées hardies, qui influeront sur la destinée de l'Europe. »
En traversant la plaine de ^lorat , où les Suisses exterminèrent l'armée de Charles-le-Téméraire , en i 4o6 , Lannes voulut dire que les Français d'aujourd'hui combattaient mieux que cela. « Dans ce temps-là , interronq)it brusquement Napoléon , les Bourguignons n'étaient pas des Français. »
Arrivé à Uastadt . Napoléon s'aperçut bientôt que son nouveau poste ne lui convenait nullement. C'était à Paris, au centre du mouvement politique, ou à la tète de son armée, que cet homme prodigieux pouvait désormais trouver une place digne de lui. 3Iais il n'eut pas besoin de réclamer son retour dans la capitale ; une lettre du Directoire l'y appela. M. de Bourrienne, son secrétaire , qui ne conuiiissait pas encore sa radiation de la Uste des émigrés, craignait de l'accompagner et voulait rester en Allemagne. <( Venez, lui dit Bonaparte, passez le lihin sans crainte ; ils ne vous arracheront pas d'auprès de moi ; je réponds de vous. »
Fa réception de IVapoléon à Paris fut telle qu'il devait l'attendre de la faveur universelle que ses hauts faits avaient acfjuise à son nom. Le Directoire , organe officiel et obligé de la reconnaissance nationale , dissimula ses craintes et sa jalousie , pour donner une fête brillante au conquérant de l'Italie, dans l'enceinte du Luxembourg. Ce fut Talleyrand qui présenta le héros aux directeurs, et il prononça, à cette occasion, un discours ([ui respirait le plus ardent et le plus jHUM'épubhcanisme. « On doit remarquer, dit-il , et peut-être avec quelque surprise, tous mes efforts en ce moment pour explicjiier , pour atténuer presque la gloire de Bonaparte; il ne s'en offensera pas. Le dirai-je? j'ai craint un instant pour lui cette ombrageuse inquiétude qui , dans une répubhque naissante , s'alarme de tout ce qui semble porter une atteinte quelconque à l'égaUté; mais je m'abusais : la grandeur personnelle, loin de porter atteinte à l'égalité, en est le plus beau triomphe; et dans cette journée même, les répubUcams français doivent tous se trouver plus grands. »
Napoléon répondit, et, donnant pour la première fois à la nation française le titre de grainde, il s'exprima en ces termes : « Citoyens directeurs,
.) Le peuple français, pour être libre, avait les rois à combattre.
)) Pour obtenir une constitution fondée sur la raison , il y avait dixhuit siècles de préjugés à vaincre.
» La constitution de l'an m et vous avez triomphé de tous ces obstacles.
» La religion , la féodalité et le royalisme ont successivement depuis vingt siècles gouverné l'Europe ; mais , de la paix que vous venez de conclure, date l'ère des gouvernements représentatifs.
» Vous êtes parvenus à organiser la grande nation , dont le territoire n'est circonscrit que parce que la nature en a posé elle-même les limites.
» Vous avez fait plus.
» Les deux plus belles parties de l'Europe , jadis si célèbres par les sciences, les arts elles grands hommes , dont elles furent le berceau, voient a^ec les plus grandes espérances le génie de la liberté sortir des tombeaux de leurs ancêtres.
» J'ai l'honneur de vous remettre le traité signé à Campo-Formio , et ratifié par sa majesté l'empereur.
» Lorsque le bonheur du peuple français sera assis sur les meilleures lois organiques, l'Europe entière deviendra libre. »
Il y avait quelque modestie, de la part du négociateui* de Passeriano, à faire ainsi honneur au Directoire de la conclusion de la paix. Biais les convenances exigeaient cet hommage officiel , et ceux qui le reçurent n'en furent pas plus dupes que celui qui se crut obligé de le rendre. Napoléon, dès cette époque, s'était mis, de fait, à la place du gouvernement de la république , vis-à-vis de la diplomatie européenne. Il personnifiait déjà l'état en lui, et il prêtait à la France l'attitude et le langage que sa noble ambition et sa haute raison , et non les instructions du Directoire , lui indiquaient comme les plus dignes du grand peuple, et les plus favorables aux vues ultérieures du grand homme. Depuis son entrée en Italie, et surtout depuis Lodi, il s'était appliqué à faire perdre à la poHtique française le caractère farouche que la lutte terrible de 95 lui avait nécessairement imprimé. Ce n'était pas au nom d'une démagogie furibonde et implacable qu'il voulait conquérir une paix glorieuse pour son pays et une renonnnéc immense pour lui-même. 11 lui parut que le temps
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était venu d'apaiser le fanatisme révolutionnaire dont il avait compris autrefois la nécessité et ressenti les inspirations. Dans les négociations avec le ro. de Sardaigne, avec le pape, avec Tempereur. il se montra anime de œt esprit de conciliation et de tolérance qui distingue les hommes supérieurs aux exigences et aux passions des partis. 3Iais ce fut surfout dans les conférences qui amenèrent le traité de Campo-Formio qu'il s'efforça de présenter aux rois de l'Europe la république française comme un ennemi généreux, qui n'avait point de haines aveu-des et dont les principes et les conseUs n'auraient rien de menaçant désormais pour les gouvernements étrangers. II l'a déclaré Uii-mèmià Sainte-Hélène : « Les principes qui devaient régler la république, a-t-il dit avaient ete déterminés à Campo-Formio : le Directoire y était étranger »' El telle était la puissance réelle qu'exerçait cet homme, que le Directoire dont d avait amsi méconnu l'autorité suprême et usurpé les fonctions n'osa pas lui demander compte de ses mépris et de son audace, et qu'd lui adressa solennellement, par l'organe de son président , les flatteries les plus pompeuses. . La nature, avare de ses prodiges, dit Barras en répondant au général ne donne que de loin en loin de grands hommes à la terre; mais eUe dut être jalouse de marquer l'aurore de In liberté par un de ces phénomènes, et la sublime révolution du peuple français nouvelle dans l'histoire des nations . devait présenter un génie nouveau dans rhistoire des hommes célèbres. .. Cette adulation, imposée à Tenvie par l'influence de Topinion publique, indique toute la hauteur de la position que Napoléon avait conquise ; et il est remarquable que le chef du gouvernement républicain se soit cru obligé de parier à un simple général, son subordonné, comme lui paria plus fard dans le même lieu , le président de son sénat , ou le premier de ses serviteurs.
Les Parisiens se montrèrent oublieux ; le vainqueur d'Arcole avait effacé le mitrailleur de vendémiaire. Partout où Napoléon paraissait, il était l'objet des plus vives acclamations. Au théâtre, le parterre et les loges le demandaient à grands cris, dès qu'on le savait dans la salle. Ces démonstrations, si flatteuses pour son amour-propre, paraissaient cependant le gêner; il dit une fois : « Si j'avais su que les loges fussent amsi découvertes, je ne serais pas venu. « Ayant eu le désir de voir un opéra -comique qui attirait alors la foule, et dans lequel jouaient madame Saint-Aubin et Elleviou, il en fît demander la représentation.
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sous cette modeste formule : « Si cela était possible; » et le directeur répondit adroitement qu'il n'y avait rien d'impossible pour le vain- (jueur d'Italie, qui, depuis longtemps, avait fait rayer ce mot du dictionnniie.
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Malgré l'empressement universel dont il était lobjet, ^apoléon, sans se laisser enivrer par lencens qu'on lui prodiguait, et jugeant sa position avec calme et sang-froid , craignit qu'une trop longue inaction ne fil perdre le souvenir de ses anciens services et n'attiédît l'exaltation de ses mlmirateurs. « On ne conserve à Paris le souvenir de rien , disait-il. Si je l'oste longtemps sans rien faire, je suis perdu. Une renommée dans cette
grande Babylone en remplace une autre ; on ne maura pas vu trois fois au spectacle qu'on ne me regardera plus : aussi n'irai-je que rarement. » Puis il répétait le mot de Cromwel, quand on lui faisait remarquer combien sa présence excitait Tenthousiasme : >> Bah ! le peuple se porterait avec autant d empressement au-tlevantdemoi, si j'allais à l'échafaud. » 11 refusa une représentation d'apparat que lui offrit l'administration de l'Opéra ; il n'allait plus au spectacle qu'en loge grillée.
11 y eut, dès cette époque , des complots contre sa personne. Une femme le fit prévenir qu'on voulait l'empoisonner : on arrêta l'individu qui vint lui donner cet avis, et on le conduisit, accompagné du juge de paix de l'arrondissement, chez la femme d'où Tavertissement était parti. On trouva cette malheureuse baignée dans son sang ; les assassins , instruits qu'elle avait entendu et dénoncé leurs infâmes projets, tentèrcMit de se débai-rasser de son témoignage par un nouveau crime.
î'.carfcdu Dirf'ct(»ire. Honaparlo \onlut fo faire admoltro dans Tlnsli-
tut , quoiqu'il lui fallût tout autre chose que des occupations scientifiques ou des passe-temps littéraires. Il fut reçu en remplacement de Garnot, que le ^ 8 fructidor avait atteint , el fit partie de la classe des sciences et des arts. La lettre qu'il écrivit au président Camus est trop remarquable pour que nous ne la donnions pas ici en entier. « Citoyen président ,
» Le suffrage des hommes distingués qui composent Tlnstitut m'honore.
» Je sens bien qu'avant d'être leur égal je serai longtemps leur écolier.
» S'il était une manière plus expressive de leur faire connaître l'estime que j'ai pour vous, je m'en servirais.
» Les vraies conquêtes , les seules qui ne donnent aucun regret , sont celles que l'on fait sur l'ignorance.
» L'occupation la plus honorable comme la plus utile pour les nations c'est de contribuer à l'extension des idées humaines.
)) La vraie puissance de la république française doit consister désormais à ne pas permettre qu'il existe une seule idée nouvelle qui ne lui
appartienne.
" Bonaparte. »
Ce langage était admirable dans la bouche d'un homme qui était parvenu au sommet de la gloire par des travaux purement militaires. Mais Napoléon était jaloux de montrer qu'il n'était pas aveuglé par la fortune et par l'engouement du métier. Pour arriver à l'élévation que son génie ambitieux avait aperçue, et vers laquelle il portait sa pensée avec ardeur et persévérance , il avait besoin de laisser voir en lui plus qu'un grand capitaine infatué de ses succès , et disposé à n'apprécier que l'art de la guerre, la science et le courage des camps. Il lui importait que la grande nation, cette reine du monde sur laquelle il voulait régner lui-même , s'accoutumât à le regarder comme le plus capable , non-seulement de la défendi'c par les armes , mais aussi de protéger le développement de ses richesses intellectuelles et l'exercice du patronage universel qu'elle exerçail* autant par sa supériorité morale que par sa prépondérance militaire.
Mais le moment était-il venu de faire éclater les prétentions secrètes qu'il nourrissait depuis la campagne d'Italie? Napoléon ne le pensa pas , et dès lors il dut songer à sortir nu plus vite de l'oisiveté qui
risquait de compromettre, sinon de dévorer rapidement sa vaste l'cnommée.
Le départ pour l'Egypte fut donc résolu. Le Directoire s'y prêta, parce que sa pré\ oyance peu lointaine , et qui n'embrassait que les dangers du lendemain , lui faisait désirer l'éloignement de l'illustre guerrier , sans réfléchir que de nouveaux triomphes ne feraient qu'éblouir de plus en plus la nation, et qu'accroître, par conséquent, la popularité qu'il redoutait. Bonaparte, qui avait conçu le plan , en prépara seul l'exécution, et se chargea d'organiser toute l'armée expéditionnaire. Ce fut lui aussi qui forma et choisit les diverses commissions de savants et d'artistes qui devaient suivre nos troupes pour faire servir les succès de nos armes aux progrès de la civiUsation. Quand on lui demanda s'il resterait longtemps en Egypte, il répondit : « Peu de mois , ou sLx ans; tout dépend des événements. ») Il emporta avec lui une bibliothèque de camp, composée de volumes in-48, en livres de sciences et arts, géographie et voyages, histoire, poésie, romans et poUlique. On trouve dans son catalogue: Plutarque , Polybe , Thucydide , Tite-Live , Tacite , Raynal , Voltaire , Frédéric H, Homère, Le Tasse, Ossian, Virgile, Fénelon, La Fontaine, Rousseau , Marmontel , Le Sage , Goethe , le Vieux-Testament , le Nouveau, le Coran, le Védam, l'Esprit des Lois, la Mythologie.
A la veille de quitter Paris , un démêlé de Bernadotte avec le cabinet autrichien, au sujet du drapeau tricolore que l'ambassadeur français avait arboré sur son hôtel, et qui avait été insulté par la populace de Vienne, faillit retenir Bonaparte en Europe. Le Directoire voulait obtenir vengeance de cet outrage au prix d'une nouvelle guerre, que le vainqueur de l'Italie aurait conduite. Mais celui-ci, dont cette nouvelle direction dérangeait les vues , tit remarquer avec raison « que cétait à la politique à gouverner les incidents , et non pas aux incidents à gouverner la politique, » Le Directoire dut céder à une observation aussi frappante de justesse , et ^'apoléon s'achemina vers Toulon.
Arrivé, le 8 mai i 799, dans cette ville qui fut le berceau de sa renommée et de sa gloire , Bonaparte apprit que la législation draconienne que l'émigration avait provoquée contre elle, et que le ^8 fructidor avait remise en ^^gueur, répandait encore le deuil dans la neuvième division militaire. IN'ayant point d'ordres à donner, comme général, dans un pays qui n'était pas sous son commandement , il écri^^t , comme membre de l'Institut national, aux commissions miUtaires du Midi, pour les exhorter
ilO HISTOIIIK
à prendre conseil de la clémence et de riiumanité dans leurs arrêts. « J 'ai appris avec la plus grande douleur, leur dit -il , que des vieillards âgés de soixante-dix à quatre-vingts ans , de misérables femmes enceintes ou environnées d'enfants en bas âge , avaient été fusillés comme prévenus d'émigration.
» Les soldats de la liberté seraient -ils donc devenus des bourreaux !
» La pitié qu'ils ont portée jusqu'au milieu des combats serait-elle donc morte dans leurs cœurs ?
» La loi du ^9 fructidor a été une mesure de salut public. Son intention a été d'atteindre les conspirateurs, et non de misérables femmes et des vieillards caducs.
») Je vous exhorte donc, citoyens, toutes les fois que la loi présentera à votre tribunal des vieillards de plus de soixante ans , ou des fennîies , de déclarer qu'au milieu des combats vous avez respecté les vieillai'ds et les femmes de vos ennemis.
» Le militaire qui signe une sentence conti'e une personne incapable de porter les armes est un lâche. »
Cette généreuse démarche sauva la vie à un vieil émigré que la commission toulonnaise allait envoyer à la mort. 11 est beau de voir ainsi un soldat , habitué à faire couler le sang humain sur les champs de bataille , recommander à des soldats de respecter ce sang dans la faiblesse inoffensive de la vieillesse et de la femme ; il est beau de le voir, lui, le premier des guerriers, rappeler les gens de guerre à l'humanité, et s'appuyer, dans ses exhortations philanthropiques, non sur son pouvoir ou sa célébrité militaire, mais sur les titres que sa capacité rationnelle, que ses talents, ses connaissances et ses travaux pacifiques lui ont lait obtenir. Il y a dans cette lettre de Bonaparte , membre de l'Institut , aux commissions militaires du 3Iidi, un sentiment bien profond de la subordination nécessaire du glaive à la pensée, dans la grande œuvre du progrès social.
Lorsque tout fut prêt pour l'embarquement, et que le départ paru! prochain, Napoléon adressa à son armée la harangue suivante : « Officiers et Soldats ,
» Il y a deux ans que je vins vous commander : à cette époque, vous étiez dans la rivière de Gênes, dans la plus grande misère, manquant de tout, ayant sacrifié jusipi'à vos montres pour voli-e subsislano(' r('ripro-
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que; je vous promis de faire cesser vos misères; je vous conduisis on lin .e ; In, tout vous fut accordé... Ne vous ai-je pas tenu parole? . I.cs soldats repondii-ent par le cri général : .. Oui ! „
iNapoléou reprit :
« Eb bien ! apprenez que vous navez point encore assez fait pour la patrie , et que la patrie n'a point encore fait assez pour vous.
» Je A ais actuellement vous mener dans un pays où , par vos exploits futurs, vous surpasserez ceux qui étonnent aujourd'hui vos admirateurs, et rendrez à la patrie des services qu'elle a droit d'attendre d'une armée d'invincibles.
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» Je promets à chaque soldat qu'au retour de cette expédition il aura de quoi acheter six arpents de terre.
» Vous allez courir de nouveaux dangers , vous les partagerez avec vos frères les marins. Cette arme, ju3qu'ici , ne s'est pas rendue redoutable à nos ennemis; leurs exploits n'ont point égalé les vôtres; les occasions leur ont manqué; mais le courage des marins est égal au vôtre : leur volonté est, celle de triompher; ils y parviendront avec vous.
» Communiquez -leur cet espoir* invincible qui partout vous rendit victorieux ; secondez leurs efforts ; vivez à bord avec cette intelligence qui caractérise des hommes purement animés et voués au bien de la même cause; ils ont, comme vous, acquis des droits à la reconnaissance nationale , dans Tart difficile de la jiiarine.
» Habituez-vous aux manœuvres du bord; devenez la terreur de vos ennemis de terre et de mer; miitez en cela les soldats romains, qui surent à la fois battre Carthage en plaine et les Carthaginois sur leurs flottes. »
Les cris de '< Vive la république! » furent la réponse de Tarmée.
Joséphine avait accompagné son mari à Toulon. Bonapart(> Taimail
^Apol.Ko^.
CIIAIMTIÎK VII.
CiHUniètc (le rEsy|if('-
N sortant de Toulon, l'escadre se dirigea vers Malte. Un soir que Ton voguait sur la mer de Sicile , le secrétaire du général en cliel' crut apercevoir , par un beau soleil couchant , la cime des Alpes. Il fit part de sa découverte à Honaparte , qui ne répondit que par un geste d'incrédulité. Mais l'amiral Brueyx, ayant pris sa lorgnette, déclara que Bourrienne avait très-bien vu. Alors Bonaparte de s'écrier : (( Les Alpes! » Et après un moment de profonde méditation et de rêverie, il ajouta : « Non, je ne puis voir sans émotion la terre de l'Italie! Voilà l'Orient; j'y vais. Une entreprise périlleuse m'appelle. Ces monts dominent les plaines où
UISTOIHK Di: ^A1M)M•<)^.
j'ai eu le bonheur de conduire tant de fois les Français à la \ieloiiv. Avec eux , nous vainci'ons encore. »
Pendant la traversée il se plaisait beaucoup à converser avec les savants elles généraux qui raccompagnaient, parlant à chacun de lobjct de ses goûts et de ses études. Avec Monge et Berthollet , (ju'il appelait souvent auprès de lui, il s'entretenait des sciences exactes et même de métaphysique ou de politique. Le général Cafarclli Dulalga , qu'il estimait et affectionnait dune manière particulière , lui procurait aussi du journalières distractions par la vivacité de son esprit et le charme de sa conversation. Après le diner, il aimait à poser des questions difficiles sur
les plus graves matières, et à lancer les uns contre les autres des interlocuteurs qu'il désignait, soit pour apprendre à les juger, soit pour s'instruire lui-même , et c'était toujours au plus habile , à celui qui soutenait le plus ingénieusement le paradoxal et Tabsurde , qu'il donnait la préférence. Ces discussions n'avaient donc pour lui qu'une valeur d'exercice rationnel ou de gymnastique intellectuelle. 11 aimait aussi à mettre en jeu le double problème de Tàge du monde et de sa destruction probable. Son imagination et sa pensée ne se trouvaient à Taise que sur de larges ou de sublimes données.
116 HISTOIIU'
Après une navigation tranquille de vingt jours, l'escadre française parut , le 1 0 juin , devant Malte , qui se laissa occuper sans résistance ; ce qui fit dire par Cafarelli à Bonaparte, après la visite des fortifications : « Ma foi , mon général , nous sommes bien heureux qu'il y ait eu quelqu'un dans la ville pour nous en ouvrir les portes. » Napoléon a pourtant nié à Sainte-Hélène qu'il eût été redevable de cette conquête à des intelligences particulières. « C'est dans Mantoue , a-t-il dit, que je pris Malte ; c'est le généreux traitement employé sur Wurmser qui me valut la soumission du grand-maître et des chevaliers. » M. de Bourrienne affirme au contraire que les chevaliers furent livrés.
Quoi qu'il en soit, Bonaparte ne s'arrêta que peu de jours à Malte. La flotte cingla vers Candie, qui fut reconnue le 25 juin, et ce fut ce détour qui trompa Nelson, et qui l'empêcha de rencontrer l'expédition française devant Alexandrie, comme il l'avait calculé. Ce fut très-heureux pour l'armée française, car Brueyx déclarait qu avec dix vaisseaux seulement l'amiral anglais aurait pour lui toutes les chances de succès. « Dieu veuille , disait-il souvent avec un profond soupir, que nous passions sans rencontrer les Anglais ! »
Avant de toucher la côte africaine , Bonaparte voulut s'adresser une fois encore àses soldats, pour réchauffer leur enthousiasme parla perspective d'une prochaine et vaste conquête , et pour les prémunir contre les dangers du découragement et de lïndiscipline. Voici la fameuse proclamation qu'il leur fit en cette circonstance :
(I BONAPARTE, MEMBRE DE L'iINSTITUT NATIONAL, GÉNÉRAL EN CHEF. » A bord du LORiENT, le 4 messidor an vi.
» Soldats,
» Vous allez entreprendre une conquête dont les effets sur la civilisation et le commerce du monde sont incalculables. Vous porterez à l'Angleterre le coup le plus sùr.et le plus sensible , en attendant que vous puissiez lui donner le coup de mort.
» Nous ferons quelques marches fatigantes ; nous hvrerons plusieurs combats ; nous réussirons dans toutes nos entreprises ; les destins sont pour nous. Les beys mamelucks , ([ui favorisent exclusivement le commerce anglais, qui ont couvert d'avanies nos négociants, et qui tyrannisent les malheureux habitants du Nil, quelques jours après notre arrivée n'existeront plus.
DK \AP(H,KON. 117
« Les peuples avec lesquels nous allons vivre sont mahométans : leu premier article de foi est celui-ci : u 11 n y a pas d'autre Dieu que Dieu, et 3Iahometest son prophète. .> Ne les contredisez pas; agissez avec eux comme nous avons agi avec les juifs , avec les Italiens ; ayez des égards pour leurs muphtis, pour leurs imans, comme vous en avez eu pour les rabbins et les évêques ; ayez pour les cérémonies que prescrit lAlcoran, pour les mosquées, la même tolérance que vous avez eue pour les couvents , pour les synagogues , pour la religion de Moïse et de Jésus-Christ.
» Les légions romaines protégeaient toutes les religions. Vous trouverez ici des usages (Ufférents de ceux de l'Europe : il faut vous y accoutumer.
» Les peuples chez lesquels nous allons entrer traitent les femmes différemment que nous ; mais , dans tous les pays , celui qui viole est un monstre.
» Le pillage nenrichit quun petit nombre dhommes, il nous déshonore , il détruit nos ressources , il nous rend ennemis des peuples quil est de notre intérêt d'avoir pour amis.
» La première ville que nous allons rencontrer a été bâtie par Alexandre ; nous trouverons à chaque pas de grands souvenirs dignes d'exciter l'émulation des Français. »
A la suite de cette proclamation , Bonaparte publia un ordre du jour qui portait pemedemort contre tout individu de l'armée qui pillerait , violerait, mettrait des contributions, on commettrait des extorsions quelconques. Il rendait les corps responsables des excès de ceux de leurs membres que la camaraderie mihtaire aurait voulu soustraire à lapplication de cette redoutable pénalité. Les chefs étaient aussi soumis à une responsabilité qui devait activer leur surveillance et stimuler leur sé\érité.
Toute cette rigidité prudente était d'aillé^ imitée des Romains , que Bonaparte rappelle si justement dans sa proclamation. Mais ce qu'il y a de vraiment nouveau dans cette pièce remarquable , comme dans la plupart de celles que l'expédition d Egypte inspira au grand homme qui la dirigeait , c'est le spectacle d'un conquérant qui , toutes les fois qu'il a besoin de faire entendre une parole solennelle à ses soldats ou aux peuples dont il envahit le territoire, ne va point , sur les traces de ses devanciers , rechercher dans des titres pompeux ou terribles l'appui de la
lis niSTOIKE
superstition , de la vanité ou delà peur, mais qui affecte au contraire de considérer comme son premier titre au respect et à la contlance des nations sa qualité de membre d'une institution académique, dont Tautorité ne repose que sur rinfluence pacifique de la pensée et de la raison humaine. Alexandre s'était annoncé, en Egypte même, comme fils de Jupiter; César avait voulu descendre aussi des dieux par Ascagne; Mahomet s'était présenté en prophète , tout en agissant , dans l'exercice de son apostolat, comme un soldat farouche, et en donnant au plus redoutable de ses lieutenants le surnom de l'Épée de Dieu. Attila se fil appeler le fléau de Dieu ; et la divinité elle-même , dans le moyen âge chrétien, comme dans l'antiquité païenne, reçut pour principal attribut, de la part des théologiens et des poètes , le dépôt de la foudre , le commandement des armées et la direction des batailles. Bonaparte comprenait trop bien le siècle dont il était la plus brillante expression , et sur lequel il devait exercer Tomnipotence du génie, pour s'entourer d'autres prestiges que de ceux que de grands talents et de grands succès peuvent enfanter ; et comme s'il eût voulu témoigner d'une manière éclatante et par son propre exemple que le progrès social , annoncé par les philosophes et accueilli par les peuples , consistait dans la subordination progressive du glaive à la puissance civilisatrice des arts, du commerce et delà science, il place , lui , le premier des guerriers, chez la nation la plus belliqueuse de la terre , sa qualité de général en chef après celle de simple académicien ; il met en tête de ses lettres officielles et de ses proclamations : Bonaparte , membre de l'unsifiut natioinal.
La flotte arriva le 4 ""^ juillet devant Alexandrie. Nelson y était deux jours auparavant, et, surpris de n'y pas rencontrer l'expédition française , il supposa qu'elle avait gagné les côtes de Syrie, pour débarquer à Alexandrette. Bonaparte , instruit de son apparition, et prévoyant son prochain retour, résolut d'effectuer immédiatement le débarquement de son armée. L'amiral B^eyx y trouvait des inconvénients et s'y op posait de toutes ses forces. Bonaparte insista, et lit valoir son commandement suprême. « Amiral, dit-il à Brueyx , qui demandait un retard de douze heures seulement', nous n'avons pas de temps à perdre; la Fortinie ne me donne que trois jours ; si je n'en profite pas, nous sommes perdus. »
L'amiral dut céder, heureusement pour son escadre ; car Nelson , ne l'ayant |)as ti'ouvée dans les parages où il l'avait cherchée, ne tarda pas
DE NAPOLÉON. Il,,
à revenir vers Alexandrie. 3Iais c^était trop tard ; la ténacité et la promptitude de Bonaparte avaient sauvé Tannée française , qui él.iit alors entièrement à terre.
Le débarquement eut Heu dans la nuit du \'' au 2 juillet, à une heure
du matin, au Marabout, à trois lieues d'Al^pdrie. On marcha aussitôt sur cette ville, dont les remparts furent escaladés. Kléber, qui commanda lattaque , fut blessé à la tète. Cette conquête ne coûta du reste que peu d'efforts , et ne fut suivie daucun excès : il n'y eut ni pillage , ni meurtre dans Alexandrie.
Au moment de mettre pied à terre , Bonaparte écrivit la lettre suivante au pacha d'Egypte :
« Le Directoire exécutif de la répubhque française sest adressé plu-
sieurs fois à la Sublime- Porte pour demander le châtiment des beys d'Egypte qui accablaient d'avanies les commerçants français.
» Mais la Sublime -Porte a déclaré que les beys, gens capricieux et avides , n'écoutaient pas les principes de la justice , et que non-seulement elle n'autorisait pas les insultes qu'ils faisaient à ses bons et anciens amis les Français , mais que môme elle leur ôtait sa protection.
» La république française s'est décidée à envoyer une puissante armée pour mettre fin aux brigandages des beys d'Egypte , ainsi qu'elle a été obligée de le faire plusieurs fois dans ce siècle contre les beys de Tunis et d'Alger.
» Toi, qui devrais être le maître des beys , et que cependant ils tiennent au Caire sans autorité et sans pouvoir , tu dois voir mon arrivée avec plaisir.
» Tu es sans doute déjà instruit que je ne viens point pour rien faire contre le Koran ni le sultan ; tu sais que la nation française est la seule et unique alliée qu'ait en Europe le sultan
» Viens donc à ma rencontre, et maudis avec moi la race impie des beys. ))
En entrant dans Alexandrie , il s'empressa de publier une proclamation aux habitants ; elle était ainsi conçue :
<i Bonaparte , membre de l'institut national , général en chef
DE l'armée française.
» Depuis assez longtemps les beys qui gouvernent l'Egypte insultent à la nation française , et couvrent ses négociants d'avanies ; l'heure du châtiment est arrivée.
» Depuis longtemps ces ramassis d'esclaves , achetés dans le Caucase et la Géorgie , tyrannisent la plus belle partie du monde ; mais Dieu , de qui dépend tout, a ordonné que leur empire finît.
» Peuples de l'Egypte , i|a dira que je viens pour détruire votre religion ; ne le croyez pas ! Répondez que je viens vous restituer vos droits , punir les usurpateurs , et que je respecte plus que les mamelucks Dieu , son prophète et le Koran. Dites-leur que tous les hommes sont égaux devant Dieu ; la sagesse , les talents et les vertus mettent seuls de la différence entre eux. Or, quelle sagesse , quels talents, quelles vertus distinguent les mamelucks , pour qu'ils aient exclusivement tout ce qui rend la vie aimable et douce?
DE \APOLÉO\. Ji2i
» Si TÉgypte est leur ferme , qu ils montrent le bail que Dieu leur en a fait. Mais Dieu est juste et miséricordieux pour le peuple.
.. Tous les Égyptiens seront appelés à gérer toutes les places ; les plus sages, les plus instruits, les plus vertueux , gouverneront , et le peuple sera heureux.
» 11 y avait jadis parmi vous de grandes villes, de grands canaux, un grand commerce; qui a tout détruit , sicen^st lavarice, les injustices et la tyrannie des raamelucks?
•> Cadis , cheiks , imans , schorbadgis, dites au peuple que nous sommes amis des vrais musulmans. N est-ce pas nous qui avons détruit le pape , qui disait quil fallait faire la guerre aux musulmans? N est-ce pas nous qui avons détruit les chevaliers de 3Ialte , parce que ces insensés croyaient que Dieu voulait quïls flssent la guerre aux musulmans? Nest-ce pas nous qui avons été dans tous les siècles les amis du grand-seigneur (que Dieu accomplisse ses désirs! ) et Tennemi de ses ennemis? Les mamelucks, au contraire, ne se sont-ils pas révoltés contre 1 autorité du grand -seigneur, qu'ils méconnaissent encore? ils ne suivent que leurs caprices.
» Trois fois heureux ceux qui seront avec nous ! ils prospéreront dans leur fortune et leur rang. Heureux ceux qui seront neutres ! ils auront le temps dapprendre à nous connaître , et ils se rangeront avec nous. Mais malheur , trois fois malheur à ceux qui s'armeront pour les mamelucks et combattront contre nous! Il ny aura pas d'espérance pour eux : ils périront. »
Bonaparte, après avoir confié à Kléber le commandement d'Alexandrie, quitta cette place le 7 juillet, prenant la route de Damanhour, à travers le désert, où la faim , la soif et une chaleur accablante firent éprouver à larmée des souffrances inouïes auxquelles beaucoup de soldats succombèrent. On trouva quelques soulagements à Damanhour, où Bonaparte étabht son quartier-général chez le cheick, vieillard qui affectait la pauvreté, pour se mettre à couvert des exactions que les apparences de la richesse lui auraient attirées. Il continua à marcher sur le Caire, et en quatre jours il eut battu les mamelucks à Ramanieh, et détruit la flottille et la cavalerie des beys à Chebreisse. Dans ce dernier combat, le général en chef avait adopté l'ordre de bataille en carrés, contre lesquels la cavalerie ennemie vint se briser malgré l'audace de son attaque ef rimpétuosité de son courage. Au commencement de cette affaire, où le
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chef de division Pérée, attaqué par une force supérieure, changea une
position périlleuse en un succès éclatant, les savants Monge et Ber-
I)l- NAPOLEON.
tliollet rendii'ent des services essentiels en combattant en personne l'ennemi.
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Ces divers avantages remportés sur les Arabes ne lurent que le prélude d'un triomphe plus complet , qui ouvrit les portes du Caire à Tarraée française. Vers la fin de juillet , elle se trouva en présence de Mourad-Bey, et au pied des pyramides. C'est là fjue Bonaparte, inspiré à la vue de ces antiques et gigantesques monuments, s'écria, au moment de livrer la bataille : « Soldats, vous allez combattre les dominateurs de l'Éiïypte ; songez que du haut de ces monuments quarante siècles vous contemplent! ')
Quarante siècles contemplaient en effet les Français du haut des pyramides ! quarante siècles , dont le premier avait vu jeter les fondements de ces immenses tombes royales par les mains serviles des castes égA p- (iennes, et dont le dernier voyait conquérir, au profit de la civilisation,
ces monuments de la servitude anti(iue, par les mains libres des citoyens français ! La courte harangue de Napoléon indiquait toute la distance qui
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séparait les fondateurs des conquérants : les uns, tyrans ou esclaves par la naissance; les autres , tous libres et égaux, chefs ou soldats, selon leur mérite. Des Pharaons, maîtres absolus et oppresseurs des tribus héréditairement soumises aux travaux les plus durs et à Texistence la plus abjecte , au général qui vient dire aux Égyptiens que « tous les hommes sont égaux devant Dieu, » et qui leur annonce le règne exclusif des talents et des vertus , il y a une chaîne non interrompue de progrès lents et pé-
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nibles, dont le premier anneau touche à la première pierre des pyramides, posée par la misère héréditaire , et le dernier à la proclamation du guerrier qui ne reconnaît (pi à la sagesse et à la capacité le droit de commander aux hommes, et qui se montre plus jaloux et plus fier de la prépondérance de ses lumières que de la puissance de son épée. En disant aux soldats de la république que quarante siècles les contemplent , alors qu'ils ont en face et qu'ils vont combattre les tribus qui ont recueilli les débris de l'esclavage antique , Bonaparte excite vivement Tardeur de ses troupes à conserver et à étendre les bienfaits d'une civilisation qui a coûté à l'humanité quatre mille ans d'efforts et de sacrifices. Du reste , ces témoins imposants et mystérieux ne furent pas attestés en vain : l'armée française répondit par une victoire complète à Tinvocation éloquente de son général.
La bataille a reçu le nom d'Embabeh, du village près duquel elle se donna. Les mamelucks y furent écrasés après un combat opiniâtre, qui dura dix-neuf heures. Voici le récit de cette lutte acharnée et terrible , tel que le vainqueur se chargea de l'écrire lui-même.