‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 10 sur 331 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

cité, mais avec une simplicité égale à la dignité. Toat ce qn'il dit est plein de noblesse et de bon sens. Jantais de plaisanteries usées, jamais un mot courant après Tesprit on employé mal à propos. Dans le ton de sa voix comme dans la composition de ses phrases , il n'y a rien qai trahisse Forgueil ou la dissimulation ; et, cependant, l'on sent bien que son cœur est fermé et que cette barrière est insurmontable, et même qu'il serait insensé d'espérer pouvoir arriver à sa pensée intime ou gagner complètement sa confiance.

T> Le grand-duc ne s'occupe pas seulement des détails du militaire, mais on l'envisage aussi comme un ttcellent ingénieur, et, par conséquent, comme un parfait mathématicien. Il lit beaucoup, et toutes les personnes qui l'entourent m'ont assuré qu'il possède au plus haut degré celte puissance d'attention qui, d'après la célèbre définition de Montesquieu, n'est pas autre chose que le génie. Le grand -duc s'est contenté jusqu'à présent d'être général, mais tout indique qu'il ne lui serait pas difficile d'être homme d'État. Si ce prince terminait sa vie sans avoir fait de grandes choses il aurait manqué sa vocation, car évidemment la nature l'a destiné à quelque chose de grand.

y> Je ne doute pas qu'il ne donne à son fils une excellente éducation; mais je crains qu'il ne l'occupe trop de science, en négligeant le goàt pour la belle littérature , et particulièrement pour la poésie. Ce goût serait l'un des plus grands bienfaits pour l'avenir de la Russie, car le monde réel y exerce une influence si fâcheuse sur le caractère, qu'il faut nécessairement lui donner un contre-poids pour les attraits enchanteurs de l'imagination.

» An cas que le grand-duc Nicolas monte un jour sur

le trône, je ne doute pas qu'on ne le serve avec enthousiasme. II ne gagnera pas, comme Henri IV, le cœur de ses sujets par un aimable abandon, mais ils lui obéiront volontiers comme à un prince qu'on peut toujours contempler avec orgueil, et Mqnel on peut justement appliquer les deux célèbres vers de Bérénice:

Kn quelque obscurité que le ciel IVàt fait naître, Le monde, en le voyant, eftt reconnu son maître.

V Et qui enfin, sous le sceau de majesté que lui a imprimé la nature , cache une haute intelligence qui relève encore l'impression que son aspect imposant avait produite.

n Notre individualité se manifeste aussi bien par nos inclinations que par nos répugnances. Le grand -doc aime sa femme, et montre cette affection comme il a coutume de faire en toutes choses, c'est-à-dire de la manière la plus franche et la pins noble, La grandeduchesse a une taille majestueuse, un air imposant, des traits agréables et harmonieux. Quand elle s'anime, la froideur de son regard scrutateur disparait , et elle redevient entièrement la fille de la reine Louise de Prusse et la sœur de la grande-duchesse Alexandrioe de Mecklembourg. Alors la princesse s'efface quelque peu, mais la femme apparaît d'autant plus ravissante •sous ses traits vraiment angéliques n

Pour plaire et passionner, le grand-duc Nicolas n'avait pas besoin d'une couronne. D'une taille dépassant en hauteur la mesure de six pieds, mais parfaitement bien proportionnée, il aurait pu poser devant le statuaire antique pour servir de modèle au dieu de la guerre. L'uniforme militaire qu'il ne quittait jamais allait admirablement au caractère de sa physionomie. Ses traits étaient réguliers,

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