‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 9 sur 331 · CHAPITRE PREMIER. «S · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. «S

femme y plus encore son premier devoir, est de rendre heureux l'homme qui l'aime ; que cet homme porte à la main un sceptre d^or ou un crochet de chiffonnier, n'importe I... La grande-duchesse possédait cet art et remplissait ce devoir avec toute l'inspiration de son cœur aimant, avec tonte l'application de sa nature ardente et vertueuse. Aussi le grand-duc se disait-il le plus heureux entre tons les sujets de Sa Majesté l'autocrate de toutes les Russies.

a Que medemanderiez-vous, lui dit un jour Alexandre, si Dieu me prêtant en ce moment sa puissance surnaturelle, je vous disais : Mon frère, formulez vos désirs vos vœux seront accomplis.... »

Le grand-duc mettant ses trois enfants sur ses genoux et attirant sa femme sur son cœur, répondit :

a Je vous demanderais , Sire , de me laisser toujours tel que je suis. »

Le cœur du grand-duc se trouve tout entier dans cette réponse. Appelé au trône par des circonstances indépendantes de sa volonté, contraires même à ses espérances, il a prouvé qu'il en était digne , mais il ne Ta jamais ambitionné. Quoi qu'il en soit, le caractère de Nicolas comme époux et comme père se développait d'une marche lente, mais sûre, continue, intelligente. Comme prince, il se montrait de plus en plus magnifique, de plus en plus riche en espérances. Il exerçait sur tous ceux qui l'entouraient un ascendant dont nul ne cherchait à se défendre , car le respect qu'il inspirait à son insu était tempéré toujours par la bienveillance et la bonté.

Un illustre savant dont le nom est aujourd'hui une gloire européenne, le baron Alexandre de Humboldt, se trouvant en 1822 en présence du grand-duc, qui avait fait un voyage à Berlin, le considéra quelque temps en silence et dit à l'un de ses amis, avec l'accent d'une conviction profonde :

kù HISTOIRE DE L'EMPEREUR NICOLAS.

tt Ou je me (rompe fort , ou le grand-duc d'aujoar- » d'hui sera le plus grand monarque de son temps. »

Le prince de la science avait découvert l'empreinte suprême que le baiser de la grande Catherine avait tracée pour la couronne } sur le front de celui qu'elle se plaisait à appeler le chevalier de la Russie.

A rheureux pronostic du baron de Humboldt, nous devons joindre le portrait que le prince Koslovsky a tracé du grand-duc, dans un journal inédit qui se trouve actuellement entre les mains de la grande-duchesse veuve de Mecklembourg-Schwerin. Ce portrait, fait d'après nature par un homme indépendant et antipathique sous plus d'un point de vue au système russe et aux représentants de ce système, a tout le mérite d'une oeuvre originale.

«Le grand-duc Nicolas, écrit le prince artiste, a reçu de la nature l'un des plus beaux dons qu'elle puisse accorder à ceux que le sort a élevés au-dessus des autres. II possède le plus bel extérieur que j'aie jamais vu de ma vie.

1» L'expression ordinaire de sa physionomie a quelque chose de sévère et de misanthropique qui n'est pas attrayant. Son sourire est un sourire de complaisance, mais qui n'est point l'effet d'une disposition gaie ou communicative. L'habitude de réprimer cette disposition s'est si intimement unie à son caractère, qu'on ne peut y remarquer rien de forcé, rien de contraint ou d'étudié.

» De même toutes ses paroles comme tous ses mouvements sont aussi mesurés que s'ils étaient réglés comme un papier de musique. L'aspect général de ce prince a quelque chose qui tient à distance , mais , en même temps ^ qui impose singulièrement. U parle avec viva-

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