CHAPITRE NEUVlKlIfi. Z
russe prouvait qu'il savait allier aux ressources do génie militaire la valeur froide et contenue qui assure la victoire.
Plusieurs jours se passèrent marqués de part et d'autre par une incessante canonnade et des essais de négociation demeurés sans résultais ; cependant le 7 octobre fut signalé par un brillant fait d'armes ; une heure avant le jour une colonne formée de tirailleurs et de matelots d'élite, commandés par un lieutenant de marine et soutenus par deux compagnies de la garde, avec cent cinquante travailleurs munis de gabions pour oc* cuper le premier bastion, s'avancèrent l'arme au bras dans la brèche et firent main basse sur tous les Turcs qui s'y trouvaient. Ces braves, emportés par un excès de courage qui leur fit oublier que le but unique de leur mission était l'établissement d'une batterie, péné* trèrent dans la place, refoulant devant eux tous les Turcs qui cherchaient à leur disputer le passage.
Vainement on essaya de les soutenir en pratiquant de fausses attaques sur d'autres points; les assiégeants, revenus de leur terreur panique, reprirent vigoureusement l'offensive : les Russes n'eurent que le temps d'enclouer ou de jeter dans les fossés les pièces du bastion oîi ils avaient re<2u l'ordre de s'établir; ils avaient perdu beaucoup des leurs, mais ils eurent la consolation de ramener au camp un grand nombre de femmes et d'enfants chrétiens qui s'étaient mis sous leur protection à leur sortie de la ville.
Tout était prêt pour un assaut général, lorsque le secrétaire particulier de Joussouf-Pacha se présenta le 8 octobre, en qualité de parlementaire, à bord de la Vilie de Paris. Une première conférence n'aboutit à rien; reprise le lendemain sous la tente du général Worontoff,
tm HISTOIRE DE L'EMPEREUR NICOLAS.
elle n'eat pas un plus heureux succès ; mais le soir, J souf partit lui-même , promettant une réponse déc pour le jour suivant. En effet , il revint le 10 dai matinée , et déclara à TEmpereur que , persuadé de ] possibilité oh se tromraient les Turcs de défietidre longtemps une ville réduite à la dernière extrémil «mil conseillé sa reddition, mais que le capoodan-p ne voulait Toffrir à aucane condition... Il crojait^i loi j JousMuf4^ha^ avoir asseï satisfait aux exige de rhonneur militaire poar se donner le droit d( plus rentrer dans la place, et de demander asile et tection aux aigles russes. L'empereur Nicolas laiaec l'un et Tautre.
Cet incident produisit une vive impression sur l'e des assiégés. Les troupes qui avant l'arrivée du ca dan -pacha avaient été sous les ordres du générale •«uf , sortirent de la ville au nombre de 6,800 homn et vinrent sans armes au camp des Russes pour s'y décl prisonniers de gnerre. Cette défection se passait les yeux du capoudan-pacba , auquel trois cents bon seulement restèrent fidèles. De la dtadelle ou il t ferma avec eux, il envoya ce fier message à TEmpen « Si avant quatre heures Votre Majesté ne m'ace point raotorisation de rejoindre Orner- Vrione, je i sauter la citadelle avec les braves qui se sont associ ma fortune. — C'est la première fois , répondit TEi renr au parlementaire , que le vaincu dicte des ce tîons au vainqueur. Allez dire à celui qui vous en que j'estime trop le courage de mes ennemis pour accorder les honneurs du martyre. . . Je consens donc que le capondan-pacha sorte librement de la citad< mais sous la condition expresse qu'il prendra la r de Bourgas. » Vers midi, une nombreuse députi
CHAPITtE NBUVIÉMK. 38t
BOiiîede la ville vînt en préaeiiler les cleis à l'Emiperear. L'occnpalion de Varna par les troupes russes fut aussifdt saluée par des saltes d'artillerie, tirées des batteries de teire et de tous les biliments de la flotte.
Les ambassadeurs des puissances étrangères veaateot i'arriter a« camp pour être témoîas de ce triomphe, le plus important de la campagne. Ils assistaient le lendemain an Te Dtum qui fut chanté au camp du généraà Woronsoff, et unirent leurs actions de grâces à celles d'une armée dont ils admiraient le courage dans l'action ei\a ^nérosité dans le succès.
Cent soîiante^nx bouches à feu, des magasins cou* sidéiaUes en annes, en poudre et en munitions de gauic iombètent au pouvoir des vainqueurs.
NigoIbs voulant perpétuer le souvenir de ses aiH oétres qui avaient combattu sous les murs de Varna et ccUe de la tin gloriease que, l'an 1644, Wladislas VI, «ù de Pologne, y avait trouvée dans «ne bataille contre Amnral II, envoya douze canons pris à Varna pour élever en monumei^ à la mémoire des guerriers dont il veaaU de venger la mort liais la Providence en disposa aalrement : ces pièces, jetées quelques jours après par «ne tonpéte 8«r les cdtes de Bourgpu, retombèrent dans les mains des Turcs. Les récompenses, les faveurs et les promotioos que l'empereur Nicolas distribua a roccamn de la prise de Varna aux braves qui y avaient pris part, prouvent l'importance qu'il attachait à la conquête de cette place. Joussoof-Pacha lui-même ne fat pas ooUié dans la répartitkm des largesses impériales. U re^t è Odessa une somme considérable et des terres m Crimée en compensation des biens immenses qu'il possédait en Macédoine, et qui étaient menacés d'être mis en séquestre.
aaS HISTOIRE DE L*EMPEREUR XIGOLAS.
Les troupes turques accourues au secours de Va s'étaient retirées avec précipitation au delà du Kj tschick^ alors, après avoir pris les dispositions néi saires pour la continuation des opérations , et donné ordres pour relever et augmenter les fortifications Varna, l'Empereur prit la résolution de se rendr Saint-Pétersbourg, de manière à y arriver le jour d( naissance de son auguste mère. Le sentiment de famille n'a jamais failli dans son cœur également escl de ses devoirs de soldat et de fils. Le 14 octobre passa de la Ville de Paris à bord du vaisseau l'/mpe trice Marie, et mita la voile pour la capitale de ses Et U était accompagné du grand-duc Michel et de quelq généraux. Le comte de Nesselrode et les légations éti gères passèrent à bord du Panteleïmon. La mer c calme et semblait annoncer une traversée heureuse, n à peine les deux vaisseaux étaient-ils sortis de la ra< que la brise fraîchit et qu'une de ces tempêtes si red tables dans les eaux de la mer Noire, éclata dans toi ses fureurs. Les marins les plus expérimentés ne se i pelaient pas en avoir essuyé de plus terribles. Les d vaisseaux ne tardèrent pas à être séparés par une bn épaisse. La violence du vent, la hauteur des vague brisant contre les flancs des vaisseaux, l'obscurité | fonde qui avait remplacé la lumière du jour, donnaie ce drame maritime un caractère qui présageait une \m nente catastrophe. La plus grande confusion régnt bord de V Impératrice Marie, Seuls, l'empereur Nicoli le capitaine Pape-Christ conservaient un sang-froid ne se démentit pas un seul instant. Le calme de ceU se trahissait à peine par une émotion bien légitii quand on pense à la terrible responsabilité qui pi sur lui.