‹ Histoire de l'Empereur Nicolas (trente années de règne)Chapitre 102 sur 331 · CHAPITRE \EUVIÉHE · texte numérisé non relu

CHAPITRE \EUVIÉHE

L'Empereur le prenant à l'écart, lui demanda s'il y avait apparence de danger.

K Sire y répondit le capitaine Pape-Christ, le danger que nous courons est immense; mais en ce moment suprême il n'existe réellement que pour moi y puisque je porte la fortune de César. »

L'empereur Nicolas lui serra la main, et habitué à commander à 60 millions d'hommes , il voulut essayer la puissance de son empire sur les flots déchaînés. Hais au premier ordre qu'il donna, le capitaine du vaisseau lui iii avec une fermeté en rapport avec la gravité de la situation.

a Sire, je suis le maître ici, et seul j'ai le droit de commander, à moins que vous ne me demandiez mon épée.

— C'est juste, » répliqua l'Empereur, et il ajouta : c Faites donc votre devoir, la Providence fera le reste. » Bientôt le vaisseau impérial désemparé en partie par les coups sourds de la rafale, et par les ordres mêmes du commandant, ne fut plus qu'une ruine flottante au milieu des vagues. La tempête durait depuis vingt-quatre heures, implacable, acharnée, lorsque le lendemain le soleil venant à percer la brume qui enveloppait le vaisseau, l'Empereur demanda au capitaine.

« Oit sommes-nous?

— Noos sommes , répondit celui-ci avec une expression de terreur, nous sommes en vue des côtes de la Turquie , et si Dieu ne vient à votre aide , Sire , je ne verrai dans un instant peut-être qu'un seul moyen pour sauver Votre Majesté.

— Lequel ? demanda l'Empereur.

— Celui de chercher un refuge dans le Bosphore. » A ces mots Nicolas tressaillit j la pensée de tomber

vivant entre les mains de ses ennemis l'épouvantait j que la mort.

allais rassorez-vous , ajouta le capitaine, j^esf encore pouvoir épargner un tel malbenr à rem] msse. Me laissei-voos carte blanche , Sire ?

— Oui y mais à la condition expresse que lu fi tout pour empêcher Nicolas de devenir prisonnier guerre de Mahmoud.

— Il su£fit. n

Un instant après y l'Empereur, aussi calme que s'i fût trouvé dans un des salons du palais d'hiver, < cendit dans sa cabine, où il s'enferma seul pour dem der à Dieu une de ces inspirations, qui parfois saui les empires.

t)e son côté , le vaisseau monté par le corps dîplo tique se trouvait dans une détresse plus grande encc Complètement désemparé, sans voiles de rechan flottant à l'aventure , il semblait à chaque instant % loir s'engloutir. Le capitaine avait déclaré qu'un min seul, et un miracle de première classe, pouvait sai le Panleleiman. Alors il se passa à son bord une s( étrange mais solennelle, sans exemple peut-être ( les annales maritimes. Des cierges furent allumés ( l'entre-pont sur un autel dressé à la hâte et tendu draperies sombres; la clarté de ces flambeaux vacil sous le roulis du navire répandait de sinistres re sur un crucifix d'argent voilé de deuil ; les membre^ corps diplomatique, à genoux, entouraient l'autel; i ricre eux les marins rosses enveloppés de linceuls s< blaient assister à leurs propres funérailles. Un pr monta à l'autel, et après avoir dit ainsi que le eapitai « Nos âmes vont paraître devant Dieu! 91 il commença prières des agonisants, et donnant le premier l'exen

CHAPITM BTEUVIÈME. 33S

de k résîgiialioD, il prépara à la mort ces malbeweiix qoi ¥Ofaient déjà ereusé sous leurs pieds on sépolere saos fond. Une absolutiM générale , dmnée et reçne airec recueilleaient, termina cette sinistre mais pieuse cérémonie. Pendant ce temps Je capitaine Pape-Cfarist ei SM équipage faisaient des eflbrts surhumains poor sauter Vln^^airiee Marie; ils luttaient corpe à c<Hps afec la tempête^ ils semblaient la défiar de briser leur cottrage« L'Empereur, remonté sur le pont, avait dit à hpe-€hrist :

m fai Unit prévu.

— Et moi aussi I )> avait réponda le brave maria.

Enfin, après trente-six heures dont chaque minute paraissait devoir être la dernière, les côtes de la Turquie disparurent, et le capitaine PapeChrist s'écria en joignant les mains : « Dieu soit loué ! nous sommes au lu^el > Ce ne fut que le quatrième jonr et après avoir échappé à un danger dont seuls les îumimes dn métier comprirent l'importance, que TËmpereur débarqna dans la nuit du 19 an 20 à Odessa.

Son pranier soin en mettant pied à terre fut de s'informer do Panieietman; la pensée qu'il pouvait avoir péri corps et biens assombrit la joie qu'il éprouvait de sa propre délivrance. Interrogé sur les moyens qu'il avait pris pour l'empêcher de tomber au pouvoir des Turcs, Je capitaine Pape-Christ répondit en laisani un geste énergique :

0 J'aurais fait sauter mon vaisseau.

— Heureusement, lui dit l'Empereur, que j'en avais trouvé un moins extrême.

— Lequel, Sire, oseraîs-je le demander à Votre )fa)esté?

— J'avais préparé des pièces qui par kur caractère

officiel avaient donné à Y Impératrice Marie les t rences d^un bâtiment parlementaire , et Tavaienl mis sous la sauvegarde du droit des gens. »

La nouvelle de la perte du Panteletinon se rép dans la journée, et fut un coup de foudre pour le i du Czar, qui considérait ce désastre non-seulei comme un malheur personnel , mais comme une i strophe européenne. Cette nouvelle était fausse, ce timent, que nous avons laissé se débattre dans les vulsions de la tempête, avait eu le bonheur inespér se soutenir au large; mais après avoir échappé mir leusement à la fureur des flots , il avait couru un da non moins grand , celui de la famine. Ce ne fut q bout de sept jours, sept jours d'agonie, qu'il parvj entrer désemparé comme un oiseau sans ailes dai port de SébastopoL L'équipage et tous les passag anéantis presque de soif, de faim et de fatigue, semblaient à des spectres.

La prise de Varna produisit une profonde impres à Constantinople. L'orgueil humilié du Sultan ne vo ' y voir d'abord que l'œuvre de la trahison ; aussi n'hé t-il point d'accuser Joussouf-Pacha, en ajoutant à ï thème lancé contre lui l'ordre de séquestrer ses biei de garder sa famille en otage; mais revenu bientôt a idées plus justes et plus vraies, il se désista de ses mes de rigueur en accordant un bill d'indemnité au capit estimé dont il avait suspecté l'honneur et la loyauté

Pour réparer l'échec que venaient d'éprouver armes, il décréta l'armement général des musuin depuis l'âge de quinze ans jusqu'à soixante , la mol saiion de l'enfance et de la vieillesse. En attendant ( levée en masse et au moyen de quelques renforts tant à 140,000 hommes les forces de son armée acl

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