CHAPITRE DIXIEME
en implorant secours et vengeance. Le peuple, qui ne demandait pas mieux de leur accorder l'un et l'autre ^ se porta en foule devant Thôtel de la légation ; une garde d'honneur de cent gardes du Schah et une trentaine de Cosaques russes s'y trouvaient de service. Fidèles à leur consigne, ils chargèrent leurs armes et se mirent sur la défensive. Le peuple , irrité de leur attitude menaçante , redoubla ses cris de colère, exigeant qu'on lui ouvrit les portes de l'hôtel. Les soldats répondirent que pour y parvenir on passerait sur leurs corps. La populace alors se précipita sur eux, mais reçue à bout portant par une décharge qui lui tua six hommes, elle se retira en désordre, emportant les six cadavres qui furent exposés dans six mosquées différentes.
Exaspérés à la vue du sang , les mollahs appelèrent tous les musulmans à venger les victimes des iuGdèles moscovites. En moins de cinq minutes, trente mille individus répondirent à leur appel, et du bazar se portèrent à IMidtel de la légation. Là, malgré une vive résistance des Cosaques et de la gardç persane , ils enfoncèrent les portes, se précipitèrent dans les appartements et massacrèrent tout ce qui s'offrit à leur rage. En vain le Schah lui-même parut accompagné de son fils, Sélou-Sultan , et d'un fort détachement, pour arrêter le massacre, il était trop tard, le ministre russe et sa suite avaient déjà succombé sous les coups de leurs meurtriers. Le premier secrétaire de la légation, M« Malzoff, et trois autres personnes, avaient eu seuls le bonheur d'échapper à ce carnage.
Une consternation profonde* succéda à cette horrible scène; le prince Abbas-Mirza surtout en fut accablé. « Plût à Dieu , dit-il , que ma vie pût racheter celle des victimes! " Mais le mal était sans remède, il ne lui
M* HISTOIRE OK L'SVfHSUH NICOLAS.
restait plus qu'ooe iuttUle espiaiiws : k Sdkêk u'IiAsila pas à Taocarder. Sa eaméquapce, il ordawia imi 4m1 de huit jours, et fil partûr à Tiastant méiae «« des graadi de sa cour pour porter les ièmo^ases de ses r^grals ao gouverneur géoéral des proviaces du Caucasa, ie ^éaé* rai Paskevitch, et lui dire qu'il eu verrait k Tempefear Nicolas luî*aiéaie toutes les saUsfactioua qu'il dlaM eu droit d'esiger.
Le miniftlre anglais , M. Macdonald > aecrédité près de la cour de Téhéran, ae trouvait alors à Tauria. A la première nouvelle de cet événement, dont il comprenaU les déplorables conséquences, U s'empressa de prendre sous sa protection les Russes échappés au masaaore. D fit plus, il déclara au Scbah qu'il ne lui suffisait pu de désavouer un pareil attentat, mais qu'il devail avant toutes choses punir ses auteurs du dernier supplice,. •« tt Prenez«*y garde, ajouta-t-il, si votre gouveraenent n'est pas en mesure de se laver complètement d'une par** ticipation quelconque à ce crime , ce n'est pas seulement la Russie, mais c'est le monde civilisé tout entier qui vous en demandera raison. «
La cour de Téhéran n'avait pas attendu cette menace pour se montrer disposée à donner à la Russie toutes les réparations qu'elle pouvait désirer ; elle décida que Tua des fils du prince héréditaire, KhosrewMirza, irait eo personne à Saint-Pétersbourg pour déposer au pied da trône impérial Teipression des regrets, les eMuses et le désaveu du Schah.
Celte démarche , dont nous verrons plus tard les conséquences , ne dissipa pa» enlièremeat les apprébenafens d'une rupture nouvelle entre la Russie et la Perseu Ces craintes, justifiées en quelque sorte par l'envoi d'un ambassadeur persan à Constanlinople, semblaient servir de